LES BRAMES DE LA^VIE
LA
PETITE MIONNE
BÉVËLATIOIf TBRHIBLE
Qui ne conniitt pas la Bourgogne et particulièrement ce riclie déparlement de la Côte-d'Or où l'on rencontre, à chaque pas, comme dans l'Orléanais et la Touraiae, écrits sur la pierre, les grands souvenirs de notre histoire et de DOS longues et sanglantes luttes intestines, alors que les orgueilleux grands vassaux voulaient s'affraocbir de l'autorité du roi, leur seigneur et maître?
Ed ce temps-là, les princes bourguignons, grAce k leurs immenses ricbesses, pouvaient, comme on l'a vu, tenir télé à la royauté et souvent mftme lui faire échec ; les monuments qu'ils ont laissés et qui restent debout
UN DRAME i)E PAMitLE
Les bois de Noisy, de Sartigny et d'Evan appartiennent également au château et font partie de son domaine ; de plus, par suite d'acquisitions successives, d'autres bois sont venus se joindre aux premiers, de sorte que, aujoui;d*hui, les bois du domaine sont une magnifique fo- ^
rêt, intelligemment aménagée, de plus de quarante mille hectares. Et le domaine ne s'arrête plus à la limite du département, il 8*enfonce dans celui de la Haute- Marne, du côté d'Auberive, par une large enclave.
C'est à peu de distance de Noisy-les-Monts que la jolie petite rivière TAubette prend sa source. Après avoir baigné les terres basses du château, où elle reçoit les eaux qui alimentent les pièces d'eau et les rivières anglaises, elle s'en va tranquillement, toujours claire, agrémentée de ses méandres, arrosant les prairies, fertilisant ses rives, se perdre dans l'Aube.
Le château, autrefois demeure féodale, avec ses larges fossés, ses ponts-levis et ses murs à créneaux et à meur^ trières, était une espèce de fort avancé, défendant de ce côté la ville de Dijon. Il n'a plus maintenant son aspect guerrier. Les fossés ont été comblés, les murs des cours intérieures abattus pour ne plus former devant le château qu'une belle et vaste cour bien pavée. Plus de pontlevis : l'entrée principale est ornée d'une grille magnifique attachée à des pilastres, servant de piédestaux à deux superbes lions taillés dans le marbre 4 •
On entre au château par un large perron de douxe >]
marches ; derrière, un autre perron également de douze ^ [:^l marches à descendre pour pénétrer dans les jardins ; une 'jj
belle avenue bordée de tilleuls séculaires conduit au parc. > ;^ De tous les côtés, de larges et longues allées, des plates- .^
bandes et des corbeilles de fleurs, des massifs verts, des bosquets pleins d'ombre et de fraîcheur. ;i^
Complètement restauré, ou plutôt reconstruit dans le
Et le bien se faisait vite. On avait la joie de sécber bien des larmes. Grâce à l'activité de Pierre et à la charité éclairée de la vieille comtesse, les pauvres gens étaient partout rassurés et consolés ; l'espoir était rendu aux désespérés, et les malheureux appelaient toutes les bénédictions du ciel sur le château.
Mais il y avait au château une femme coupable, une malheureuse, qui avait foulé aux pieds tous ses devoirs d'épouse et de mère, car elle allait mettre bientôt un enfant au monde, et, en même temps qu*elle, le malheur était entré dans cette somptueuse demeure des princes de Bourgogne, où elle avait été reçue comme une souveraine par une foule respectueuse et enthousiaste, criant : Yive monsieur le comte I vive madame la comtesse I Joie et bonheur à tous !
L'orage approchait, menaçant, terrible, épouvantable.
Pendant que les domestiques étaient tous à leur travail du matin, comme nous l'avons dit, Pierre Valenski se promenait dans la cour, sous les fenêtres du château, en proie à une grande agitation ; il marchait d'un pas saccadé, fiévreux, les mains au dos, la tête inclinée sur sa poitrine ; il était très pâle et plus sombre que de cou«
tume.
Les domestiques, étonnés, le regardaient; mais aucun n'osait lui adresser la parole.
— Qu'a-t-il donc? se demandaient-ils; peut-être estil arrivé hier soir quelque mauvaise nouvelle I
De temps à autre, Pierre s'arrêtait brusquement et jetait un long regard sur la façade du château qu'illuminaient les rayons d'or du soleil levant.
Quatre fenêtres, aux persiennes fermées, deux à droite, deux à gauche, étaient surtout l'objectif de ses yeux. La chambre à coucher de la comtesse mère était à droite, celle de Raymonde à gauche. Plusieurs grandes pièces et
sobre de mouvements, parlant peu, ne riant jamais, rigide en ses principes et très religieuse, il y avait en elle quelque chose de monacal. Quoique bienveillante et bonne^ il y avait de la fierté dans son regard clair, perçant, pro* fond. Plus encore que son grand air, sa froideur et son attitude sévère imposaient. Déjà peu indulgente pour les fautes légères, une faute grave trouvait en elle un juge terrible, qui pouvait devenir, selon les circonstances, impitoyable. Sévère pour elle-même, elle l'était également pour les autres. Elle était ferme dans ses idées et absolue dans ses volontés. Elle était charitable, mais ne possédait point dans toute sa grandeur la troisième vertu théologale. Malheur à qui s'attirait sa colère I Elle n'était femme ni à oublier, ni à pardonner une injure. Vindicative sans le savoir, car elle n'avait jamais eu à se venger de personne, sa haine pouvait être excessive.
Elle avait aimé son mari au-dessus de tout et c'est ainsi qu'elle aimait son fils. Elle avait fait beaucoup pour le bonheur du jeune comte : lorsqu'il avait voulu se marier, elle avait su vaincre ses répugnances pour donner son consentement à un mariage qu'elle n'avait point approuvé, d'abord, et qui était à ses yeux une mésalliance. Aussi était-elle jalouse du bonheur de son fils dont elle avait toujours été la vigilante gardienne.
S'attaquer à son fils, c'était s'en prendre à elle-même, c'était la frapper dans ce qu'il y avait pour elle de plus sacré; son amour maternel.
Quand elle fut habillée, elle passa dans son boudoir, s'assit dans son grand fauteuil Voltaire et dit à sa femme de chambre':
— Voyez, je vous prie, où est Pierre, et dites-lui que je r attends.
La femme de chambre s'inclina et s'éloigna aussitôt
— Alprs, qu'attend6z-vous donc pour me le faire connaître?
Pierre hocha tristement la tète.
— Si M. le comte était ici, répliqua-t-il, ce n'est pas à vous, mais à lui que je parlerais.
— - Pourquoi ? demanda la comtesse d'un ton sec.
— Parce que devant vous, madame la comtesse, le courage me manque.
— S'il en est ainsi, pourquoi n'attendez-vous pas le retour de votre maître?
— Avant de rentrer ici M. le comte, doit savoir ce qui s'y passe.
La comtesse se dressa debout, le regard chargé d'éclairs.
— Mais que se passe-t-il donc ici ? s'écria-t-elle. D'une voix lente et grave le vieux serviteur répondit:
— Madame la comtesse Raymonde se conduit mal, elle trompe M. le comte.
L'effet produit fut celui d'un coup de foudre. La pauvre mère chancela comme si elle allait tomber ; mais se rai* dissant contre sa faiblesse, elle se redressa aussitôt.
La révélation était épouvantable et d'autant plus foudroyante que la comtesse savait que son vieux serviteur était incapable de porter une fausse accusation ou seulement de s'en faire l'écho. Cependant la chose était si monstrueuse que tout d'abord la comtesse ne voulut pas admettre qu'elle fût possible.
— Malheureux! s'écria-t-elle d'une voix frémissante, poux-tu oser, devant moi, accuser d'un pareille crime la fename de mon fils?
pierre poussa un soupir et répondit :
— Si ma maîtresse croit que j'ai eu tort de parler, git'elle me chasse immédiatement et je m'en irai; mais si