UN RENDEZ- VOUS MANQUÉ
Les lettres sont plus rares. On est aimé et l'on aime plus ou moins, mais enQn il y a possession du cœur, et comme on dit dans le Gode et dans l'opérette : i Possession vaut titre, n Ce n'est plus qu'un échange de doux propos, de tendres reproches pour réveiller l'amour qui tourne en amitié et qui meurt plus souvent d'indigestion que d'inanition. C'est un jeune mari qu'un voyage d'affaires tient éloigné de sa femme ; quelquefois, hélas! c'en est un autre qui, comme Gavarni nous le montre, écrit à sa femme qu'il l'adore, pendant un souper fin avec une Phryné aux cheveux roux.
Ma Sidonie, ■
Merci d'avoir eu confiance en moi. Tes larmes m'auraient désespéré ; ton sourire m'a rassuré. Tu m'as donné ton cœur. Ah ! c'est plus que je n'aurais osé espérer. Il me semble que tout le monde peut lire mon bonheur sur mon visage, et, quand je passe dans la rue, je baisse les yeux pour qu'on n'en voie pas le rayonnement.
Je rentre vite chez moi et je m'enferme pour savou-
rer mon bonheur sans témoins et me rappeler un à un les courts instants que nous avons passés aujourd'hui ensemble. Hélas ! quand l'ivresse est passée, je me retrouve seul et cette solitude me pèse. Tu n'es plus là !
Aussi, mon amie, je ne peux résister au désir de causer avec toi. Ma plume remplacera-t-elle la parole ? C'est impossible. Ton image est bien devant mes yeux comme elle est dans mon cœur ; mais ce n'est pas la même chose. Si tu étais près de moi, je trouverais bien à te parler ; tu n'y es pas, et je ne trouve rien à t'écrire.
Rien que ces mots : Je t'adore et.jure de t'aimer toute la vie. Tous les obstacles vont être levés. Bientôt j'en serai fier, tu seras ma femme devant les hommes et devant Dieu. Mais en attendant, ma chérie, soyons prudents, et comme Roméo et Juliette, aimons-nous sans pourtant compromettre notre amour. Je t'écrirai l'heure et le jour oh nous pourrons nous revoir; d'ici là, pensons bien l'un à l'autre, et aime-moi, comme je t'aime.
Ton amant passionné, et bientôt ton mari,
Alfred.
Ami,
Je rentre et trouve ton billet ; je le baise mille fois pour y boire ton amour qui fait éclater mon cœur comme un ciel en feu ; quand je t'aimerai trop, tu me renverras. Ne t'inquiète jamais de moi, je sais vivre avec un souvenir. Demande-moi tout et ne me donne rien ; ton rien vaut le tout des autres.
Ta Julie.
P. -S. — A propos, j'oubliais de te prier de passer régler ma note chez le tapissier ; son caissier me la présente trop souvent, et il en profite pour me faire des yeux !
Mon angCy
Eh ! bien, Mariette, n'es-tu pas plus contente aujourd'hui que tu m'as accordé le rendez-vous que je le demandais ? Est-ce que je ne l'en aimerai pas davantage ? Personne ne nous a vus. D'ailleurs on n'userait pas nous soupçonner. Ainsi sois sans inquiétude. (Juand je pourrai me marier, et cela sera bientôt, ça ira tout seul. Pour le moment, il y a encore quelques empêchements
que je travaille à lever. Qu'il n'y en ait pas du moins à notre amour !
.4 demain encore, et toujours.
l'on Barnabe.
Ma chère demoiselle Mimi,
Je serai libre demain toute la journée, je quitterai Je rayon pour l'aviron : venez donc me retrouver à Joinvillele-Pont, nous ferons une partie de canot. J'ai une pièce de vingt francs qui s'ennuie depuis deux jours dans mon gousset, vous m'aiderez à la distraire.
Si parfois, il pleuvait nous resterions à Paris et nous irions le soir au théâtre. Des folies, quoi ! on peut bien en faire quand on a vingt francs et vingt ans. A demain coûte que coûte.
Toujours tout à vous, Louis.
Ma chère petite femme adorée.
Il est impossible d'avoir moins de chance que moi. Au moment de partir, je suis retenu par une affaire trèssérieuse qui me prendra bien deux ou trois jours et m'empêchera d'être de relour au jour indiqué. Qui va bien s'ennuyer? c'est ton pauvre homme, qui comptait si bien t'embra.-ser demain. Et qui ne s'amusera pas non plus? C'est ma chère Cécile, qui ne s'attendait-pas à être encore privée des caresses de son Jujiiles.
Mais nous mettrons les morceaux doubles pour réparer le temps perdu.
A bientôt et mille baisers.
De ma Cécile, le cher petit mari, Jides,
Bien chère amie,
Je suis dans une inquiétude extrême. Depuis quatre jours je ne vous vois pas, ou je ne vous vois qu'avec tout le monde. J'ai comme un fatal pressentiment. Que vous ayez été sincère avec moi, je le crois ; que vous soyez changée à mon égard, je l'ignore,, mais je le
crains. Prenez pitié de mes incertitudes ou vous attirerez sur nous quelque malheur.
J'ai été timide et dévoué plus qu'un homme ne devrait le montrer. J'ai entouré mon amour de tant de réserve, j'ai craint si fort de vous offenser que j'ai peut-être été trop loin dans ma délicatesse et que vous avez pu me croire refroidi. Eh bien, non ! j'ai respecté votre retraite : les jours où vous me défendiez votre porte, j'ai contenu mes émotions et j'ai caché sous un masque riant les tortures de mon cœur. D'autres n'auraient pas eu tant de ménagement, mais aussi nul ne vous a prouvé tant d'affection vraie et n'a si bien senti tout ce que vous valez.
Je ne veux pas vous outrager par trop de défiance, mais donnez-moi la force d'attendre le jour heureux où devant tous je pourrai vous nommer ma femme.
Éternellement à vous, Gérard.
Mon chéri,
Qu'est-ce que tu deviens dans ce Paris? pas de lettres, pas de nouvelles de toi. Si je te connaissais moins, cela m'inquiéterait, mais je le connais comme mes poches, et je sais ce que tu n'as pas fait.
Tu ne m'as pas oublié 1 tu n'as pas cessé de m'aimer, c'est tout ce que je tiens à savoir. Quant au reste, carte blanche.
Lorsqu'un homme est hors de la portée du bras d'une femme, il fait ce qu'il veut, et la femme en croit ce qu'elle veut croire.
En ce bas monde, il n'y a que la foi qui sauve. Tu Tas, je l'ai, nous voilà dos à dos et je t'embrasse sur tes deux joues.
Maivina.
Mon cher Jérôme,
On m'a tenu des propos sur votre compte. On dit que vous menez à Paris une vie de Baltazar, je n'en crois rien ; mais si j'y croyais... Enfin n'importe, il y a trop de fumée pour qu'il n'y ait pas un peu de feu, je pars et dans quelques jours je te regarderai entre les deux yeux.
Ta femme,
Malvina.
iO LA PETITE POSTE DES AMOUREUX.
Ange ou fée,
Que je suis heureux ! J'ai envie de chanter ; oui, tu l'as dit, lu m'aimes ! ... Ah I quand on aime, on a le diable au corps et Dieu dans le cœur. Viens, viens vile, c'est un grand diable qui t'invite, mais c'est un petit dieu qui te recevra ! A ce soir, n'est-ce pas.
Stephen.
Mon amie,
Ce n'est pas vivre que de souffrir ainsi. Ah I comme le poëte a eu raison de dire : L'amour dans notre cœur, c'est le diamant dans le charbon. On y trouve le feu, la mort et la lumière ! mon cœur brûle. Ingrate qui ne veut pas se réchauffer à ce foyer 1 Et pourtant je sens que tu m'aimes et ce m'est tout à la fois un tourment et une consolation, que d'espérer en cet amour qui me désespère.
Un bon mouvement. Écris-moi, quand même ce serait pour me dire que lu ne m'aimes plus, si tu m'as aimé, que tu m'aimeras bientôt si tu ne m'aimes pas. encore.
È tienne i
Ma chhe fernme,
Il est dix heures du soir, je viens d'arriver à Liège. Tu devines avec quelles pensées, n'est-ce pas?, Tandis que mes compagnons de route dînent à table d'hôte, moi, enfermé dans une des chambres de l'hôtel, dans une de ces chambres sombres et froides, sur les murs desquelles on dirait que chaque voyageur a laissé en passant une partie de sa tristesse et de son isolement, je pense à loi et je t'écris.
Pourquoi faut-il, hélas 1 que les difficultés de la vie m'obligent à de pareilles absences ! je suis à peine à la moitié de mon voyage, et me voilà déjà à bout de forces. Parfois je me dis : Que m'importe l'avenir, si je dois le payer par d'aussi pénibles séparations. Il me faut appeler à mon aide toute ma raison et toute ma volonté, il faut que je me dise que cette épreuve n'aura qu'un temps, que bientôt je te retrouverai pour ne plus te quitter et que nous nous dédommagerons alors de notre séparation.
D'ici là dis-moi que tu m'aimes toujours et que tu m'attends, moi je t'aime plus que tout au monde ; ma vie est : toi.
Ton mari.
Mademoiselle Antonine,
Comment dois-je vous nommer après ce que je viens d'apprendre? Dois-je me renfermer dans mon respect, ou me permettez-vous de vous parler avec tous les sentiments que j'éprouve?
Ainsi vous, si belle, si heureuse, vous qui pouvez choisir entre tous, la main que vous voudrez, vous consentez à m'aimer, à devenir ma femme.
En reconnaissance d'une félicité si grande, je ne puis que vous jurer de vivre pour vous aimer. Antonine, il y aura peut-être des femmes plus heureuses, mais il n'y en aura pas de plus aimées que vous, je serai votre esclave soumis et dévoué. C'est Dieu qui a permis notre rencontre, c'est lui qui a voulu ce qui est, comment m'expliquer autrement le bonheur qu'il m'accorde en si peu de temps. Si vous saviez comme je vous aime, Antonine!... Ah! laissez-moi vous dire, dans cette lettre, tout ce que j'ai de joie et de ravissement dans l'âme !
Est-il quelque chose dans le monde de plus sacré, de plus noble, que deux jeunes cœurs bien unis, qui ne se rappellent de leur passé que le temps où ils pensaient l'un à l'autre, qui ne voient dans l'avenir que le temps qu'ils passeront ensemble !... Ces deux cœurs, ce sont les nôtres; jamais je n'aurais pu rêver une félicité pareille.
Edmond,
Je vous écris sans songer à terminer ma lettre ; les mots viennent en foule sous ma plume. Il me semble impossible de vous exprimer tout ce que je sens.
Mademoiselle,
J'avoue que je suis philosophe et je me serais consolé de vos dédains, si je n'avais subitement pensé à finir notre roman par où j'aurais dû le commencer; voulez-vous être ma femme ? Quand nous serons mariés, nous reprendrons ce roman et nous tâcherons qu'il ne finisse jamais.
Votre futur mari qui vous aime,
Adolphe.
Mon cœur,
Je suis arrivé hier soir de bonne heure, mais j'ai été importuné de visites, jusqu'au soir. L'espérance que j'ai de vous voir demain m'a un peu consolé et relient ma plume de vous faire un plus long discours.
Bonjour, cher cœur; venez demain de bonne heure, car il me semble déjà qu'il y a un an que je ne vous ai vue. Je baise un million de fois, les pieds de mon ange adoré.
Henri.
Mes chei's amours,
Je vous écris, devant votre portrait, bien que votre image soit vraiment peinte dans mon cœur et que vous embellisiez tous mes rêves. Il faut dire vrai : nous nous aimons bien ; certes, pour femme il n'en est pas de pareille à vous, pour homme rien ne m'égale à savoir aimer.
J'ai patienté un jour de n'avoir point de vos nouvelles, mais je n'y peux plus tenir et vous écris pour savoir comment se porte ma belle adorée. Vite un mot.
A bientôt. Je chéris votre bonne grâce plus que ma vie, encore que je m'aime bien.
HeH7i.
Mon cher Stephen,
Je ne peux pas aller ce soir chez toi. Je dîne chez ma tante au Gros-Caillou. A demain.
Isabelle.
Ma clihe Isabelle,
Je la connais ta tante ; elle s'appelle Adolphe et porte des moustaches. Non, merci de ton amour. Il y a trop de place dans Ion cœur, je m'y perdrais. Adieu.
Stephen.
Mademoiselle,
Il y a un système de petites annonces dans un journal bien connu. Si nous en usions ? Le langage des fleurs nous fournirait notre alphabet et personne ne devinerait cette innocente supercherie de deux cœurs qu'on voudrait en vain désunir. A dimanche ma première missive signée :
Un bouquet de imlettes.
Monsieur^
Est-il possible que tout soit fini entre nous? Je ne peux y croire. J'ai passé toute la journée à vous attendre et vous n'êtes pas venu. Où est le temps oh vous m'attendiez? J'iriii chez vous demain, si je ne vous vois pas ce soir.
Lucie.
Ma chère Ambroisie,
Tu dois savoir comment tes parents m'ont reçu hier. On m'a presque mis à la porte. Que veux-tu que je fasse à présent? Je ne pouvais pas leur dire que tu es ma maîtresse depuis deux mois et que.... je n'ose même pas l'écrire tant j'ai peur que cette lettre ne soit interceptée.
Encore une fois que veux-tu que je fasse? donne-moi un conseil, car je ne sais plus où j'en suis. Nous ne pouvons ni l'un ni l'autre quitter notre famille. Oti ironsnous.
Ma bien-aimée, cause avec ta mère, essaye de toucher son cœur, dis-lui que je n'ai qu'à te dévouer ma vie et à l'offrir le nom d'un honnête homme.
Ton amoureux qui t'embrasse,
Léon.
Ma chère Lucette,
Le feu de mes fourneaux n'est qu'une étincelle en comparaison de la flamme qui me consume pour toi. C'est au point que je brûle tous mes rôtis et que la tête
me tourne avec mes sauces. Cette situation ne peut durer; il faut nous entendre et attendrir ton père, ce qui ne sera pas facile, car il est rudement coriace 1
Mais on dit que le ciel fait des miracles et j'espère qu'il ne dédaignera pas d'en mitonner un en notre faveur. Dans ce doux espoir, je t'embrasse mille fois.
Ton amoureux bien ennuyé, Chariot dit Vatel.
Mon chou à la crème,
Tu n'as pas oublié que c'est après- demain ma fête. Ce n'est pas pour te le rappeler au moins. Non, seulement, si tu dois me faire un cadeau, achète-moi une paire de bottines, bien montantes; il y a assez longtemps du reste que tu ne m'as rien donné, ç;\ me dédommagera et je pourrai faire enrager Rosalie, qui dit que je suis chaussée comme un curé de campagne.
Je t'aime tout de même avec ou sans bottines, le jour de ma fête ou les autres jours, à midi comme à minuit.
Ta Nana.
Mon chéri,
Je m'ennuie quand tu n'es pas là, et l'ennui pour moi, c'est l'âme qui pleure. Je m'ennuie même quand tu es là et que tu n'es pas seul avec moi. Ton meilleur ami ou ma meilleure amie nous rejette l'un l'autre aux deux bouts du monde. Vivons seuls. Toi, c'est moi ; moi, c'est toi.
Laure.
Ma chère Aurélia,
Je t'assure que je n'ai pas reçu ta lettre, sans ça j'aurais été à noire rendez-vous, et la preuve que je ne l'ai pas reçue, c'est que, pressentant un malentendu, j'ai couru toute la soirée après toi. Tu pourras le demander au grand Gustave. D'abord, je suis allé à la sortie de ton atelier; je ne t'ai pas vue, ce qui m'a fait penser que tu avais été dîner avant les autres pour venir me retrouver plus tôt.
Je cours à la crémerie, tu venais de sortir. Me voilà reparti. J'arrive dans la rue, oti je rôde une bonne heure sans pouvoir te dénicher des yeux.
Enfin, de guerre lasse, je suis allé au petit café de la rue Saint-Louis où nous nous cachons souvent : tu étais bien venue me demander plusieurs fois, mais tu avais fui comme une ombre. En rentrant chez moi, je croyais de trouver une lettre, mais là, rien comme ailleurs. Ah ! la jolie soirée !
Je m'en dédommage en f embrassant mille fois.
Ton Auguste.
Réponse.
Tout ce que tu m'écris n'est pas vrai. Tu m'as habituée à ne plus croire à rien, ne t'étonne donc pas si je traite tout ce que tu me diras de mensonge. Je t'ai écrit ; l'adresse était très-bien mise et, en admettant que tu ne l'aies pas reçue à temps, tu aurais toujours eu ma
lettre le lendemain. N'en parlons plus. Tu avais ta soirée prise et tu as préféré me sacrifier à une partie de
dO la petite poste des amoureux.
billard, mais tu ne trouveras pas étrange que j'en fasse autant de mon côté, ni que je ne te sois plus longtemps à charge. Quand tu voudras me voir, tu en as les moyens ; du reste, je ne te fuirai pas, mais je ne courrai pas après toi, non plus. Ne m'écris pas. La poste perd les lettres et l'on en est pour ses pattes de mouche et son timbre-poste.
Adieu ou plutôt au revoir,
Ton amie,
Aurélia.
Je me demande quelle mouche t'a piquée de le prendre ainsi? Voyons, ma mignonne, pas de disputes, ça donne la migraine. Viens ce soir et nous nous expliquerons plus vite et mieux que par lettre. Si tu ne viens pas, c'est que tu voudras que j'aille te chercher et tu comprends que je n'irai pas....
A ce soir. Si nous faisions la moitié du chemin chacun?
Ton Auguste.
Ma chère Agathe,
Je suis bien fatigué; le corps est malade autant que l'esprit. Pourtant je me suis disposé au travail et j'ai fait appel à mon courage, mais j'ai besoin de toi pour
m'aider dans cette lutte nouvelle. Si je devais, ici ou ailleurs, vivre sans toi, j'aimerais mieux mettre bas les armes tout de suite.
Cette maison me paraît morte sans le bruit de tes pas, et machinalement je me penche sur la route à chaque voiture qui passe pour voir si quelque bonne inspiration ne t'amènerait pas avant le jour convenu. Mais tu seras là mercredi, n'est-ce pas, chère mignonne bien-aimée?
A toi encore et toujours,
Alfred, Mademoiselle,
Je ne suis pas dupe de vos jongleries amoureuses. Vous vous êtes vengée de ce que je ne suis pas allé à notre rendez-vous, avec un monsieur que je ne nommerai pas, mais que vous connaissez trop bien ! Que Dieu et l'amour vous gardent!
Adolphe.
Ma chère belle,
Un incident, dont le récit ne pourra manquer de vous égayer, m'a privé du plaisir d'aller vous rendre mes hommages. Attendez-moi ce soir vers neuf heures et comptez cette fois sur une exactitude royale.
Mille baisers sur vos mains blanches.
Monsieur Georges,
Je sais pourquoi vous m'en voulez et pourquoi hier, au bal, vous ne m'avez seulement pas regardée. Vous êtes fâché de ce que j'ai manqué au rendez- vous que je vous ai donné, et vous croyez que je me suis moqué de vous. Je vous prie de croire que ça n'est pas, que je ne me suis jamais moquée de personne, à plus forte raison de vous qui êtes si aimable, si gentil et si bon pour moi.
Voici la chose, le soir même, on se doutait sans doute de quelque chose, on m'a cherché une querelle de Prussien et enfermée, j'ai fait tout au monde pour sortir el je n'ai pas pu; un autre fois je prendrai mieux mes précautions.
Pardon encore une fois el à bientôt,
Lucie.
Ma chère amie,
Je n'y serai pas ce soir, mon oncle m'emmène je ne sais oti ni chez qui et je rentrerai tard. Je me consolerai en ne pensant qu'à toi, et cette soirée perdue sera un stimulant de plus à mon affection. A demain sans faute.
Ton Félicien.
Ecoute, mon gros lapin, ne fais pas de bêtises pour moi. Ton amour me suffit ; un bon baiser vaut mieux qu'un cadeau. Nous nous souhaiterons la bonne année comme deux amoureux qui n'ont plus rien à se souhaiter.
Pourtant, si tu veux à toute force faire comme les autres qui rentrent chez eux chargés de cadeaux, retiremoi ma montre et ma chaîne du clou, et achèle-moi ce costume complet que nous avons vu l'autre soir à l'étalage. D'abord ce n'est pas de luxe. Tu vois que je préfère l'utile à l'agréable. Il y a aussi dans la même maison des chapeaux et des bottines à très-bon marché. Mais pas de folies, ton amour me suffit.
A ce soir, mon bien-aimé, Ta petite Uline .
Mon petit chien, Je l'ai vu ton oncle ; entre nous elle est bien laide, et si tu me quittes pour ce fagot mal habillé, ce sera une consolation pour moi, je serai bien vengée. Il ne valait pas la peine de me mentir. Au moins, on se sépare bons amis, tandis que, maintenant, je ne pourrai plus te voir en face. Oh 1 ces hommes I Et tu crois que tout est fini? Si, ce soir, tu n'es pas là, j'irai te chercher et gare à ton oncle !...
Arabelle.
Ma chérie, Qu'il me tarde de revoir mon petit Paradis! Quinze jours d'absence, quand ils ne tuent pas l'amour lui rendent l'ardeur des premiers jours, et tu sais mieux que moi peut-être les raisons qui rendent mon amour éternel. Mes os dans la tombe t'aimeront encore ! aussi n'y tiendrais-je pas ! si je suis forcé de rester encore quinze jours, j'irai pour quelques heures à Paris, embrasser
ma femme adorée.
Monsiew,
On ne donne qu'aux pauvres. Que voulez-vous que
fasse une femme pour un homme qui demande au lieu
de prendre ? Je sors tous les soirs à huit heures.
Georgette.
Mademoiselle,
Je ne peux vous voir que devant vos parents, et il
m'est impossible de vous exprimer les vrais sentiments de
mon cœur. Convenons d'un signe : quand je causerai
avec votre père ou que je ferai la partie de votre oncle,
tout ce que je dirai en me touchant la moustache sera à
votre adresse. Vous, faites-en autant en vous touchant
les cheveux. Et comme cela nous arriverons à nous
comprendre et à nous parler devant tout le monde sans
que personne ne le sache.
Brûlez celte lettre.
Votre futur mari,
Alfred.
Ma petite chatte,
Je ne puis pas aller à notre rendez-vous. Mon oncle me tombe sur les bras avec sa famille. Mon cœur est désolé, mais mon porte-monnaie a des envies folles de danser. Mon oncle est si riche.
Patience et à bientôt,
Adrien.
Monsieur,
Je ne devrais pas vous répondre, mais vous avez l'air si peiné de mon silence que je ne crois pas être trop coupable de vous envoyer un mot d'espoir. Seulement permettez-moi de vous dire qu'il eût été plus simple de vous adresser à ma famille ; moi, je ne peux que vous aimer, c'est beaucoup, mais ce n'est pas tout. N'oubliez pas que ma famille peut aussi nous marier. Obi le jour où vous ferez cette démarcbe, croyez bien que vous n'aurez plus à vous plaindre de mon silence.
Marie.
Mademoiselle,
Faites-moi la grâce de me répondre. En dépit du proverbe : qui ne dit mot consent, votre silence est pour mon amour d'un très-mauvais augure. C'est oui ou non qu'il me faut. La paix ou la guerre. M'aimez-vous ? non? Eh bien ! permettez-moi de commencer les hostilités. Oui? pourquoi ne pas le dire? Ah! je vous en supplie, que vous m'aimiez ou ne m'aimiez pas, répondez au plus soumis et au plus respectueux de vos adorateurs.
Alexis.
Mon canard )-ose,
N'oublie que c'est aujourd'hui vendredi, le jour de Vénus, comme tu t'appelles. Je sais bien que tu ne l'oublieras pas, car il faut te rendre cette justice, tu es presque toujours le premier au rendez-vous, mais j'avais du temps de reste ce matin et j'aime mieux le consacrer à toi qu'à mon magasin.
Voilà une journée qui va me paraître bien longue ; si encore je pouvais la consacrer tout entière à t'éciire, il n'y aurait pas de mal. Si je pouvais te voir ou t'embrasser, ça reposerait mon impatience; mais non, il faut rester au milieu d'indifférents, auxquels je voudrais faire avaler mon aiguille : quel ennui 1
Allons, à ce soir puisqu'il n'y a pas moyen d'avancer l'heure.
Je ne t'embrasse pas, je te mange de baisers.
Léoniine»
Mademoiselle,
Pourquoi toujours refuser ? Je vous en supplie, si vous m'aimez, accordez-moi ce que je vous demande, un rendez-vous 1
Votre Eih/ard.
Ma belle Suzanne^
Je t'aime bien. Je pioche comme un nègre, mais je n'avance guère, j'ai peur d'être encore refusé comme l'an dernier. C'est dur pour arriver à être docteur ! comme si nous avions besoin d'un diplôme pour nous marier.
Je ne t'en écris pas plus long. J'ai un de mes amis qui me tire le papier pour me prévenir que le courrier va partir. A bientôt.
Ahl comme il faut que je t'aime pour rester ici. Car c'est pour toi... mais le courrier me presse.
Un milite?' de baisers.
Ton Gustave.
Ma petite Anaïs, Oui, j'attendrai à demain. Encore un jour, encore un siècle 1 Je serai comme d'habitude au coin de la rue, dans mon équipage à trente sous, mais ne tarde pas trop. Les cochers ne sont pas patients.
Ton esclave affolé^ Lucien,
Adolphe,
Je ne suis pas coupable et je t'aime. Ah! j'ai enfin réussi à vous rendre jaloux, monsieur. Pardonne-moi, je veux le voir encore, je veux t'aimer toujours.
A ce soir, Elvire,
Chh^e âme,
Quand vous reviendrez, me donnerez-vous ciiaquejour un moment ? Je ne vous demande qu'un quart d'iieure, seul avec vous. Sans cela je regretterais presque ce moment qui m'attend chaque soir, où je vous raconte toute ma journée, oii je vous dis tout ce que j'ai dans l'àme . Non, je ne regretterai rien; je vous verrai, et la présence vaut mieux que le reste.
Mais pourquoi ce plaisir me coûterait-il la perte de celui que je goûte maintenant? N'est-ce pas que je pourrai tous les jours vous faire ma lettre de vive voix? Il fautécrirecette promesse et, quand vous l'aurez promise, il faudra la tenir, contre votre usage.
Adieu ; tranquille ou agité, je vous aime.
En vrag^on.
Vous pouvez regarder du coin de l'oeil ce que je fais, belle inconnue; mais ce n'est pas de l'hébreu que j'écris, c'est de bel et bon français, ce qui plus est, une déclaration. — A mon adresse? semblez-vous me dire. — Oui, à votre adresse. — Voyons vite. — Tout à l'heure. Je n'ai pas fini, que dis-je, je n'ai pas commencé, m'y voici :
Vous revenez des bains de mer, moi aussi. Ah! vous vous souvenez maintenant, nous nous sommes vus à travers une vague!.... Je sais à quoi m'en tenir du moins ; ne vous étonnez donc pas si je vous aime pour vous seule et non pour le talent de votre couturière.
Mais je vois que j'ai eu tort de parler de bains. Rien n'est si laid qu'un homme qui se débarbouille. N'est-ce pas? Moi, je vous aime, mais vous, m'aimerez-vous, ne m'enverrez- vous pas... baigner? Réponse à la prochaine station.
Vous n'avez pas répondu, vous avez ri, donc vous êtes désarmée, donc vous pourrez m'aimer. — Non, ditesvous? — C'est ce que nous verrons. Je vous assassine de billets doux jusqu'à votre arrivée à destination... Tiens ! mais je m'aperçois que nous sommes seuls. Si, au lieu d'écrire, je parlais... je laisse tomber à vos pieds ma demande avec mon amour. Ne marchez pas dessus.
fi!
Voyons, ma chère petite, sois sage. Je ne suis pas allé à notre rendez-vous par une excellente raison, c'est qu'il y avait du monde à la maison, que la soirée a fini trèstard et que je n'ai pu m'échapper. Ce soir j'ai à conduire ma mère au spectacle, mais demain, je serai libre. Plus de jalousie et aime-moi bien.
Ton Isidore.
Au moment d'aller chez toi, je reçois unlélégramme
qui m'appelle dans ma famille. Je serai un mois absent,
peut-être plus, mais pas moins. Ne pleure pas trop et
pense à moi.
Raoul.
Je suis seul ici. Ah 1 par pitié écris-moi, ton oubli me lue et m'accable de douleur. Si tu as un cœur, écris-moi, je t'en supplie à genoux ; je t'aime et ton indifférence me coûte des larmes bien amères.
Mon ami, je m'ennuie, il me prend une grande tristesse, c'est peut-être le mauvais temps. En tous cas je m'ennuie de ne pas te voir et je suis triste de te le dire. Si tu étais près de moi, je t'embrasserais et je pleurerais. 11 faut que je te fasse une confidence. Hier je t'aimais, aujourd'hui je t'adore. Que ferai-jedonc demain? Ah ! je t'en prie, viens passer l'après-midi auprès de moi, que je sache si je ne suis pas folle.
Oui, folle de toi, Amiette.
Ma chère A lice, Deux mots pour vous dire que mon affection et mon amour pour vous sont toujours aussi vifs et aussi sincères qu'au premier jour. Je ne cesse de penser à vous, et, en votre absence, je vis des souvenirs heureux du passé, en attendant avec impatience le moment de vous revoir. A vous tout mon cœur.
Monsieur,
Vos assiduités m'importunent ; je n'ose pas dire me compromettent, car ma réputation est à l'abri de cette injure. Je vous serai obligée de les cesser. Un mot suffira. J'en aime un autre; s'il ne suffisait pas, je me verrais forcée de tout dire à mon père.
Je vous salue,
Louise.
Monsieur,
Vous avez daigné me sourire l'autre soir, au théâtre. Vous m'avez suivie à la promenade, vous avez cherché à savoir mon adresse. Est-ce que vous auriez honte de vos cruautés h mon égard, et vous repentiriez-vous déjà de m'avoir quittée si tôt ?
Ah! si je le croyais, comme je ne me souviendrais que de mon amour I Comme je vous dirais: Je demeure rue
fj'i LA. PETITE POSTE DES AMOUREUX.
Laffite, 24. J'attendrai votre visite ; quand me ferez vous l'insigne honneur de venir me voir?
Monstre ! je parie que tu ne viendras pas. ..
Tl/«??> Anaïs,
J'ai reçu de vous hier une lettre étrange. Gommentl vous venez me voir lundi, sans me dire que vous partez le mardi, et vous partez en m'écrivant deux lignes auxquelles j'aime mieux ne rien comprendre que d'y voir l'indifférence qu'elles prouvent !
Vous ne me dites même pas le motif de votre départ :
que votre cœur m'envoie bien vite une explication, et je
lui pardonnerai peut-être....
Tu ne viens pas? Pourquoi? que t'ai-je fait encore? Oh 1 je ne peux pas m'imaginer que tu ne reviendras plus. De temps en temps j'écoute à la porte, mon cœur bat si quelqu'un monte l'escalier, mais personne ne s'arrête, alors je me mets à la fenêtre et je regarde les passants pendant des heures entières. Ah 1 si seulement tu passais dans la rue, si tu levais la tête, je crois que je me jetterais dans tes bras I
Veux-tu donc que je meure de chagrin ? Ton Ernestine.
Ma tendre amie,
Je vous écris la mort dans l'âme. Mon désappointement en ne recevant pas de lettre de vous m'a jeté dans un abattement que je ne puis exprimer. Je suis seul et perdu dans cette ville où personne ne vous connaît, oii je ne puis entendre parler de vous. Cet isolement m'ac cable et je ne sais que devenir.
J'attends un mol de vous pour rendre mon cœur à la vie.
Enfin voici un mot de vous : je suis ravi, transporté. Ce que vous me dites est précisément ce que je voulais, ce que j'espérais. Chaque mol de votre lettre est délicieux à lire. Gomme j'ai vite déchiré l'enveloppe de cette lettre bénie, comme j'ai été ému en la lisant, comme je vous aime enfin !
Mais pourquoi ne m'a voir pas répondu plus tôt? j'ai tant souffert de votre silence ; oh ! ne manquez pas un courrier. Adieu, je ne croyais pas encore pouvoir être aussi heureux.
Mon beau Capitaine, Vous aurez beau dire et beau faire, vous ne me tenterez pas. Étant donné que l'amour est le capital du cœur, je tiens à placer mes fonds sur de bonnes valeurs.
Chapeau mauve.
Cher ami,
Nous sommes séparés, cher ami, mais si vous ne pouvez avoir ma main sous vos lèvres, vous devez bien avoir entrevu quelle place vous occupez dans le cœur de votre
Ma chère âme,
Un ennui douloureux m'étreint la poitrine. Ton souvenir seul réussit à me charmer. Ah ! que de fois j'ai regretté les belles saisons passées avec toi, tantôt en poétiques promenades, tantôt au coin du feu 1 je m'accuse de barbarie ; j'ai fini par écouter mon cœur qui te réclame, plutôt que mes amis qui m'ont éloigné de toi, et je tends les bras avec un sentiment mêlé de tendresse vers l'image adorée du passé ! Ah ! que ne puis-je te revoir pour te demander pardon à genoux et t'embrasser encore une fois 1
Voulez-vous me pardonner? veux-tu, dis?
Ton sauvage Alexis .
Mon beau cavalier,
On me remet à l'instant votre aimable lettre. Mon cœur vous envoie un bonjour matinal, et il compte toujours sur votre tendre affection.
Edouard^
Je n'ai trouvé que ce soir, en rentrant démon magasin, la lettre que tu m'as écrite hier. Que veut dire cette lettre ? Est-ce que tu ne m'aimes plus? On le croirait en la lisant. D'où vient ce départ dont tu ne m'as pas parlé la veille? Serait-il arrivé un malheur dans ta famille, ou ce voyage ne serait-il qu'un prétexte pour ne plus venir me voir.
Écris-moi tout de suite pour me tranquilliser, car depuis hier je suis comme une folle.
Je t'embrasse comme je t'aime, et toujours
Ta Loidsa,