‹ La Petite poste des amoureuxChapitre 12 sur 25 · SOUVENIRS ET REGRETS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS ET REGRETS

Dans une liaison amoureuse, il faut s'attendre à tout, el, comme dit Georges Sand, tout prévoir quand on ne peut rien empêcher. Or, il n'est pas inutile d'offrir le moyen de rompre convenablement, surtout quand on donne aussi un moyen de se raccommoder.

Rompre est difficile, même quand on n'aime plus; à plus forte raison quand on aime encore, ce qui malheureusement arrive quelquefois, sinon toujours. Les scènes de jalousie font aussi le sujet principal d'une correspondance amoureuse; maison n'a qu'à laisser parler la passion et celle-ci fait rarement fausse route dans le choix de son style et de ses expressions. Enfin tout ce qui concerne les adieux, les reproches, l'indifférence, les regrets, les souvenirs, forriae le bilan de l'amour qui s'éteint ou se rallume et a besoin d'une main délicate pour ne pas dépasser les bornes de la courtoisie.

Il ne faut pas croire que, dans ce deuil de l'amour, on ne trouvera pas encore par-ci par-là quelquesnotes gaies. Comme l'a dit Beaumarchais, il faut se hâte?' de rire, de peur d'avoir à pleurer, aussi avons-nous tâché de sécher leslarmes avec quelques sourires joyeux. Mais après tout dans notre sujet, qu'importent les larmes : ne sont-elles pas la rosée de l'amour?

Monsieur, Je vous donne ma main, mais, vous le savez, mon cœur ne m'appartient pas. Ne l'oubliez jamais pour ne pas compromettre la paix de notre ménage par une jalousie ridicule dans le genre.

Non, Diane, vous ne m'aimez pas. Je ne peux croire à votre amour quand je vous vois, réservée jusqu'à l'indifférence, mettre sans cesse un obstacle entre nous! Ah ! si encore je pouvais dire ; Elle ne m'aime plus ! mais je n'ai pas même cette consolation, puisque tu ne m'as jamais aimé! Ce doute est trop cruel; il me faut une explication, Diane, repousse-moi, chasse-moi, mais donne-moi du moins le secret de ton indifférence.

Louis.

Ah! grand enfant! que d'hommes seraient heureux d'une pareille indifférence ! Ils comprendraient qu'il suffit d'un regard pour en faire de l'amour, d'un mot pour la changer en adoration. Mais voilà! Il faut que ce soit moi qui commence. Ce mol, ta dignité t'empêche de le dire ; ce regard, tu es trop fier pour le laisser tomber sur moi. A nous autres femmes, notre grandeur est dans notre humilité, notre force dans notre faiblesse. Je vous laisse donc, monsieur, votre dignité et votre fierté ; mais si tu voulais t'humilierun peu et être faible à ton tour, ah ! comme je serais heureuse de te prouver que je t'aime !

Diane,

Madame^ Je vais en voyage, et pendant mon absence je vous recommande de ne pas me tromper. Cela vous sera peutêtre difficile, mais je vous assure que c'est la seule chose à laquelle je tienne, pas pour moi, grand Dieu! mais pour le monde.

Donc, au revoir, et, en attendant, aimez-moi très-peu et ne me trompez pas du tout.

Votre X.

Monsieur, Soyez tranquille 1 je n'ai jamais envie de vous tromper que quand je vous vois. Ainsi, ne revenez plus I

Voire X.

Adieu, mon ami ; je voj'ais bien qu'il fallait nous quitter et je m'en suis allée. Loin de vous, du moins, je vous retrouverai selon mon cœur. Hélas ! où aller? Si j'ai la force de vivre loin de vous, je reviendrai plus tard.

Adieu.

Madeleine.

Ma chère Lucie,

L'amour, chez l'homme, c'est la tyrannie ; chez la femme, c'est l'esclavage. Le jour où la femme ne subit plus le joug, c'est qu'elle n'aime plus.

Adieu donc, esclave, ton tyran te rend la liberté.

Etienne.

Ma chère belle,

Vous finissez les romans à merveille. C'est bien un peu lugubre, mais nos romanciers n'en font pas d'autres. Votre lettre était un chef-d'œuvre de candeur et de passion ; je vous la retourne pour qu'elle puisse vous servir ailleurs. En vieil ami, je vous conseille de ne plus faire plusieurs romans à la fois. C'est gaspiller son talent

mal à propos.

Arthur,

Service des pompes funèbres. Première classe.

Reçu de monsieur X. la somme de . . . fr., pour le service funèbre de feu très-noble et très-grand amour dudit sieur X. pour mademoiselle ***, lequel pauvre amour est mort, tel jour, à telle heure, à la première année de son âge.

Le directeur des pompes funèbres,

Seigneur le Temps.

Ami,

Lorsqu'il y a quatre ans, vous me dites : Adieu pour toujours I vous souvient-il que je vous répondis: Qui

sait? El comme, étonné de ces paroles, vous m'en demandiez l'explication : — Une idée folle, répliquai-je, n'y faites pas attention.

Eh bien, mon ami, cette idée folle est devenue une chose sérieuse. Il y a six mois que je suis veuve. Mon mari s'est éteint dans mes bras à Naples. Vous comprenez que mon premier soin a été un voyage en France . Une occasion s'est présentée, je suis partie et me voilà.

Voulez-vous venir ce soir me serrer la main. Je vous en serai d'a"utant plus reconnaissante que, cette fois, ce sera la dernière.

Hélène.

Mademoiselle,

Je le vois, ce n'est pas mon cœur que vous voulez, c'est mon nom. Je ne donnerai pas l'un sans l'autre et encore 1 Un poëte a dit : La fleur d'oranger est le symbole du mariage. Les fleurs en sont blanches et les fruits en sont jaunes. — J'ai peur de la jaunisse et me retire sous ma tente. Adieu,

Ma chère amie,

Je crois deviner que le petit roman que nous lisions à deux ne vous intéresse plus, je préférerais dans ce cas vous voir fermer le livre avant d'en venir à l'ennui.

Dans un naufrage, si naufrage il y a, on sauve ce que l'on peut, et je tiendrais beaucoup à sauver votre estime et votre amitié.

Si j'étais assez heureux pour m'être trompé, et si les ombres qui depuis quelque temps couvrent votre joli front, n'étaient que le résultat d'ennuis auxquels je sois étranger, le moindre petit mot me ferait revenir bien vite, pour continuer à vous offrir toute ma tendre affection.

Tout en V espérant, je n'ose vous offrir qu une très-amicale

poignée de main.

Léoji .

Mon cher Léon,

Hélas ! vous avez raison et vous avez deviné juste, mon cœur pourtant n'a pas dû changer, mais ce que je croyais être de l'amour, n'était qu'une vive sympathie pour votre caractère franc et loyal.

Pendant quelque temps, cessons de nous voir, nous

nous retrouverons ensuite comme de bons camarades,

toujours heureux de se rencontrer et de se donner une

bonne poignée de main.

Louise.

Mon cher Léon,

On m'a causé rupture toute la soirée, et on m'a soufflé une mauvaise bouffée d'air dans l'esprit. Que veuxtu? je sais que mon bonheur habite une maison de paille, et je m'effraye quand un voisin crie au feu.

Je suis assiégée de mauvais pressentiments, j'ai le cœur

triste. Viens vite.

Camille.

Ah 1 bonne fée, bonne fée, toi qui donnes l'insouciance à tes filleules, pourquoi n'es-tu pas ma marraine ?

Ma chère Sensiiice,

Toujours des larmes 1 Décidément tu passes au saule pleureur. Crois-tu que ce soit amusant, une femme qui pleure? Et trouveras-tu étonnant que, pour aller te voir, j'attende que tes yeux ne soient plus rouges et que le rire, ce rire qui te va si bien, étincelle sur tes lèvres? Voyons, une risette à ce pauvre homme.

Raoul. Ami^

Il est temps de renoncer aux erreurs de jeunesse et d'abandonner un espoir trompeur ; je ne serai jamais à vous.

Rendez-moi donc la liberté que je vous ai engagée et dont mon père veut disposer, ne mettez pas le comble à ma douleur en m'accablant de reproches immérités.

Julie.

Madame^

Parlez-moi franchement; je sais qu'il est des liens qu'une femme ne peut briser qu'avec peine, des relations incommodes qu'on ne peut rompre que lentement. Vous ai-je demandé de trop pénibles sacrifices?

Dites-moivoschagrins,jeles comprendrai. Voscraintes, votre fantaisie, les nécessités de votre position, rien de tout cela ne peut ébranler l'immense affection que je vous porte, ni troubler même la pureté de notre amour.

Ne manquez pas de franchise, ce serait de l'inhumanité. Mieux vaudrait me chasser de suite, si vous ne voulez pas que je vive pour vous aimer.

Un mot.

Votre Raoui.

Mon ami,

Tout mon bonheur, comme tout mon amour, est entre vos mains, mais écoutez-moi bien. Si vous croyez qu'il vous soit possible de m'aimer un jour moins que vous ne m'aimez à cette heure, rompons à l'instant. J'en mourrai peut-être, mais si vous deviez ne plus m'aimer un jour, oh! je préférerais mourir tandis que vous m'aimes, plutôt que d'attendre ce jour-là.

Catherine.

Mon a?ni, fai voulu dire mon âme,

Vous n'êtes pas venu hier, si vous ne venez pas aujourd'hui, je serai folle demain.

Quel supplice ! et dans ma douleur pas une amie pour me consoler et m'encourager ! Vous n'êtes pas venu ! qui donc vous a empêché hier? A minuit, j'étais encore à la grille. J'écoutais, je n'entendais que mon cœur. Suis-je assez folle? Je mettais la tête entre les deux barreaux comme si je devais vous y rencontrer. Mais j'avais beau vous appeler! je parlais au vent. Prenez garde, si vous ne venez pas aujourd'hui, si vous ne venez pas demain, vous tiendrez trop. tard. L'amour seul console l'amour, mais je ne suis pas de celles qui se consolent.

Rosa.

Mon cher ami,

Vous avez vingt-cinq ans, j'en ai trente-deux, c'est-àdire que j'ai le double de votre âge; car, dans dix ans, vous serez encore un homme jeune, et moi j'aurai atteint l'époque oîi, pour une femme, l'amour est un ridicule. Une irrégularité de position, déjà coupable quand on est jeune, l'est bien davantage quand les années s'accumulent, car on ne rompt pas impunément avec les lois du monde et de la société, puis enfin vous avez une famille à laquelle vous devez bien quelque chose en échange des sacrifices qu'elle a faits pour vous.

<( La femme qui aime ne raisonne pas ainsi, » me direz-

vous; au contraire, mon ami, c'est ainsi que raisonne la femme quand son amour n'est pas de l'égoïsme, quand elle n'aime pas pour elle seule. Dieu a mis en nous, créatures faibles, une force invincible d'abnégation, un besoin insatiable de dévouement. Nous avons toutes notre calvaire. 11 n'en est pas une seule de nous qui n'ait vu mettre en croix une de ses affections les plus chères, un de ses rêves les plus doux.

Voilà ce que je me disais souvent en pensant à vous : voilà ce qui me faisait ces heures si tristes dont vous me demandiez la raison, sans que je pusse vous la donner.

C'est au milieu de ces agitations qu'est arrivée la lettre de votre père. Vous êtes devenu rêveur et soucieux pendant quelques jours, comme il arrive à l'homme qui voit surgir la réalité au milieu de ses illusions. Vous n'avez pas voulu me dire la vérité, c'était tout naturel, et moi, me trompant à votre rêverie, je me suis mise à croire que vous ne m'aimiez plus ; j'ai été jalouse, j'ai fait une chose, a peine excusable chez la femme qui aime ; j'ai violé le secret de vos papiers et j'ai trouvé la lettre de votre père, où il vous parlait d'un mariage projeté pour vous, mariage qui, selon lui, doit faire votre bonheur et celui de votre famille, assurer votre avenir et vous donner enfin tout ce que vous ne pouviez trouver en moi.

Votre refus serait le désespoir de tous les vôtres et la ruine de votre avenir, je dois vous faire un courage avec le mien. Mon ami, il faut obéira votre père, il faut avoir une famille, une femme qui vous aime en ayant le droit de vous aimer, et que vous aimerez un jour, car, quoi qu'on en dise, et surtout chez les hommes, le cœur n'aime pas qu'une fois.

Adieu donc, mon ami, courage, séparons-nous. Ne me voyez plus, mais écrivez-moi encore et, quoi qu'il arrive, vous n'aurez jamais de meilleur amie que moi.

Louise.

Louise ^

Vous ne m'aimez pas, vous ne m'avez jamais aimé ; sans quoi vous n'eussiez pas écrit une pareille lettre. 11 est impossible de raisonner plus froidement, plus utilement peut-être, les nécessités de la vie et les exigences du monde.

Oti avez-vous pris cette cendre froide que vous jetez si tranquillement sur le feu de mon âme? Vous dites que cette séparation est un service que vous me rendez?

Merci donc, et que votre volonté soit faite I Je pars, mais le cœur navré.

Pour vous je n'ai pas à vous souhaiter le bonheur; quand vous ne l'aurez plus dans votre cœur, vous le retrouverez dans votre raison.

Adieu,

Julien.

Mon ami,

Je vous ai pardonné votre lettre, avant même pour ainsi dire de l'avoir reçue. Lorsque j'ai pris la résolution du conseil que je vous ai donné, je me suis préparée d'avance à toutes les réactions, à toutes les injustices, à toutes les aigreurs d'un amour blessé? Que serait votre amour sans la colore, que serait le mien sans le pardon?

Courage, ami ! courage pendant quelque temps encore, et vous verrez que l'épreuve sera peut-être plus facile que vous ne le croyez. Voyez autour de vous vos parents, c'est-à-dire le passé ; votre femme, c'est-à-dire le présent; vos enfants, c'est-à-dire l'avenir. Croyez-moi, ne vous préoccupez que d'une pensée, celle de faire heureux et honnêtes ceux qui vous entourent, vous comprendrez alors que la vie est bonne à quelque chose.

Mon amour vous a rendu bien heureux, je le crois. Eh bien, ce souvenir-là, mon ami, sera peut-être bien peu de chose pour vous, à côté de celui que vous laissera le premier aveu de cette jeune fille. Quand cette enfant.

dont le cœur n'a encore batlu à la vue d'aucun homme, vierge et rougissante, s'abandonnera à vous, votre cœur s'emplira d'une noble extase, d'un juste orgueil, et vous oublierez tout ce que jusque-là vous aurez appelé le bonheur.

Ce sera à vous, de faire de ce moment la source de vos félicités à venir, d'en ménager les émotions, de les enfermer dans votre cœur, d'en tirer une protection sûre pour votre compagne, un appui définitif pour vous.

Puis, quand cet amour légitime aura eu pour résultat un enfant, vous verrez comme ses petites mains vous tireront facilement du cercle où vous croyez maintenant pouvoir vous renfermer.

La vérité est là, mon ami. Séparons notre vie, séparons nos cœurs, quelle que soit la douleur que nous dussions en éprouver, c'est la punition des amours illégitimes.

Heureux ceux qui peuvent trouver Vamour dans le devoir.

Louise.

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C'en est fait, mon ami, mon déshonneur est complet. Ce secret que ma famille connaît seule, je ne pourrai bientôt plus le cacher aux yeux du monde. Hélas 1 je vais être mère et je suis fille I quelle triste position ! Je ne vous fais aucun reproche. Votre abandon est très-naturel et votre famille ne consentira jamais à ce que vous m'épousiez. Je vais aller cacher ma honte dans le fond d'une province et prier Dieu que mon malheur serve d'exemple à quelques-unes. Puisque vous ne venez pas quand je vous appelle, vous trouverez bon que je ne vous laisse pas mon adresse.

Adieu pour toujours,

Fanny.

TROISIÈiMb: PARTIE. 85

Mademoiselle,

Ma posilion ne me permet plus de continuer des relations auxquelles vous semblez peu tenir et qui font jaser tous les employés de la gare. Jaloux de^ caractère, je ne peux pas assez vous surveiller et, si j'étais marié, je serais encore plus malheureux. N'ayant qu'une nuit sur trois, ce n'est pas assez pour un amant, à plus forte raison pour un mari.

Ah ! Si j'étais sûr de vous ! mais il paraît que vous aimez la toilette et le bal; la toilette, ce n'est pas avec mes ^',73 c. par jour, que je pourrais en donner, et, quant au bal, ce sont les trains qui passent, qui me font danser. Vous vous amusez pendant que je travaille, vous veillez pendant que je dors. Croyez-vous que nous ferions bon ménage?

Quittons-nous donc bons amis, à moins que vous ne prouviez que j'ai tort et qu'un pauvre facteur du chemin de fer mérite d'être aimé tout comme un autre. Ah I si votre amour pouvait me procurer ça, comme je me jetterais à vos pieds pour vous demander pardon ! Je n'ose vous dire ni adieu ni au revoir. Décidez.

Laurent.

8ê LA PETITE POSTE DES AMOUREUX.

Claire,

Voilà huit jours que tu m'as quiLté . Je ne me console qu'aujourd'hui. Je me marie. Et toi?

Robert.

Comment donc, ma chère Ambroisie, mais il fallait le dire tout de suite. Votre raison vaut mieux que mon amour. Mariez-vous. Mais serez-vous plus heureuse? j'en doute. Pour mon compte,je vous pardonne dem'oublier si vite et je vous jure de vous oublier à mon tour.

Adieu, Mademoiselle, et pour toujours,

Léon.

Ainsi, Monsieur, vous ne voulez pas me rendre mes lettres. Ni les prières ni les menaces ne peuvent vous fléchir. Eh bien ! soit, gardez-les, mais rappelez-vous que ce que vous faites est bien infâme, que la haine me monte au cœur et que je me vengerai un jour ou l'autre.

Quoi 1 Vous aurez eu tout ce qu'il y avait de meilleur en moi, mes premières aspirations et mes premières larmes, toute mon âme de vingt ans. Ce n'est pas assez pour vous ! Il faut que vous assouvissiez votre rage de ne pas m'avoir affichée, que vous me tuiez lentement, que vous disiez atout le monde : Vous voyez cette jeune femme qui passe si fière, elle m'a écrit des choses bien drôles !. . . Voulez-vous voir ça?. . .

Qu'est-ce donc que l'amour s'il peut finir par l'injure et la lâcheté I

Je ne vous padonner ai Jamais.

Ma chère voisine,

De plus en plus, je vois que notre intimité est pour vous pleine de tristesse, et je ne crois pas me tromper en pensant que, si je veux conserver votre amitié, il faut me résoudre à renoncer au reste. C'est une des peines les plus vives que j'ai éprouvées jusqu'ici; ce qui pourra plus tard la diminuer, ce sera le souvenir charmant du temps trop court, hélas ! où mon affection était un peu partagée.

J'espère qu'une amitié sincère survivra au passé, et vous trouverez en moi dans n'importe quelle circonstance un ami dévoué, toujours heureux lorsque ma

main pourra serrer la vôtre.

Mademoiselle,

Pardonnez-moi d'avoir osé espérer un instant me faire aimer de vous, et oubliez tout de moi, excepté que je serai toujours votre ami dévoué.

Ma chère amie,

Il y a un proverbe qui dit que les absents ont tort; je crois en avoir personnellement fait l'expérience pendant ma dernière absence. Vous m'avez trompé, Camille ; je voudrais en douter, mais cela est bien difficile, et je ne suis que trop suffisamment éclairé.

Cette désillusion me laisse un regret que le temps et d'autres affections plus sérieuses dissiperont sans doute, mais il est une pensée qui gâtera les bons souvenirs que je voulais conserver de vous au delà même de notre amour : c'est que, si je lui ai dû de belles heures dans un autre temps, je ne pourrai oublier qu'elles ont pu aussi sonner pour d'autres.

Ceci est notre dernier adieu, je l'aurais souhaité meilleur, mais ce n'est pas moi qui ai provoqué les circonstances.

Adieu.

Madame,

Vous repoussez ma main en me disant que Dieu ne nous a pas faits pour être unis, puisqu'il nous a jetés dans la vie à dix ans d'intervalle. Vous oubliez une vérité

élernelle : c'est que la femme aimée est toujours la femme aimée, c'est-à-dire l'unique et l'incomparable, et, pour la lèvre de chaque arnant, la coupe de tous les délices et de toutes les voluptés.

Quand la soif de la passion est calmée, celle que l'on a aimée comme je vous aime devient l'être le plus cher, le plus doux, le plus sympathique de ce monde. Quand arrivera l'hiver de notre vie, que nos cheveux blanchiront, nous serons tous deux encore, vieux comme notre amour et jeunes comme notre tendresse.

Par grâce, ne repousicz pas un cœur qui vous appartient aussi entièrement, et laissez-moi vous dire avec le poëte :

Quand on s'est aimé, l'on s'en souvient toujours, Et ces doux souvenirs, que le cœur accumule, Survivent à l'amour comme un long crépuscule.

Vous m'avez lâchement trompé. Que Dieu vous le

pardonne! Si je vous estimais davantage, j'irais à l'homme

qui est venu me voler mon bonheur et je le tuerais,

mais il est votre complice. Je me contente de vous fuir

et de vous oublier.

Adieu.

Gaston.

Monsieu7',

Lucie m'a raconté hier soir une histoire à laquelle je n'ai pas ajouté foi, mais enfin, comme il n'y a pas de fumée sans feu, et que les cartes me disent la même chose, je désirerais en avoir le fin mot. Est-il vrai qu'Estelle va vous voir tous les matins ? Vous allez me répondre : Non, mais il me faut la preuve que Lucie m'a menti. Estelle est une bonne fille, mais je ne lui laisse pas un cheveu sur la tête si elle a le malheur de franchir le seuil de votre porte!

Ernest, pas de simagrées et, ce soir, explications avec Lucie et Estelle. En attendant, mon gros, je t'embrasse de bon cœur sur tes joues qui recevront ce soir une bonne paire de gifles, si tous ces tripotages sont vrais.

Alice.

TROISIÈiME PARTIE. 91

Cher maître et seigneur,

Vous êtes un orgueilleux. Vous voulez commander et que tout cède à votre impérieuse volonté. Est-ce de l'amour, cela? Eh bien, voyez ! je m'humilie, je me soumets. Je vous fais arbitre de mon sort. Je vous implore à genoux.. Un esclave fût-il jamais tenu de s'abaisser davantage?

Soyez généreux et prenez la main que je vous tends en signe de pardon et d'amitié.

Votre Ernestine.

Laure,

Ce mot est un adieu. Vous n'êtes qu'une enfant pour qui les hommes sont des poupées qui parlent : quand elles ont parlé, vous les jetez à vos pieds parce que vous trouvez qu'ellesne disent rien de nouveau . Je vais bien loin chercher la solitude et m'efforcer d'oublier une femme trop capricieuse. Brûlez mes lettres et oubliez-moi.

J'ai passé une nuit affreuse !...Eh! bon Dieu, que voulez-vous que je devienne si nous nous quittons 1 Écoutez, nous nous aimons tous deux d'une amitié vraie ; ne nous faisons pas un mal irréparable... Voulez-vous donc me réduire au désespoir ! Que vous ai-jc fait, si ce n'est de vous aimer à l'adoration 1 Par pitié, que je vous parle aujourd'hui. Chaque minute me tue.

Mon bien cher ami,

Votre mère veut vous marier à mademoiselle ***, m'at-on dit, et peut-être a-t-elle raison. Vous vous trouvez entre une vie presque misérable et une vie opulente, entre la fiancée de votre cœur et une femme selon le monde, entre obéir à votre mère et à voire choix, car je crois encore que vous m'avez choisie. Si vous avez une détermination à prendre, je veux qu'elle soit prise en toute liberté; je vous rends la parole que vous m'aviez donnée dans un moment qui ne s'effacera jamais de ma mémoire. Ce souvenir suffità toute ma vie.

Si vous persistez dans votre serment, désormais une terrible idée troublerait mon bonheur, au milieu de nos privations acceptées si gaiement aujourd'hui, vous pourriez penser plus tard que, si vous aviez observé les lois du monde, il en eût été bien autrement pour vous. Si vous étiez homme à exprimer cette pensée, elle serait pour moi l'arrêt d'une mort douloureuse, et si vous ne le disiez pas, je soupçonnerais les nuages qui couvriraient votre front.

Que sommes-nous d'ailleurs en ce moment? Un frère et une sœur. Restons ainsi. Épousez cette heureuse fille qui aura la joie de vous donner un bonheur, que, selon votre mère, je diminuerais.

Vous n'entendrez jamais parler de moi. Le monde vous approuvera; moi, je ne vous blâmerai jamais et je vous aimerai toujours.

Uj'sule.

Ma chère Ursule^

Votre lettre me brise le cœur en ce que vous vous êtes fait inutilement beaucoup de mal, et que poqr la première fois nos cœurs ont cessé de s'entendre. Si vous n'êtes pas ma femme, c'est que je ne veux pas me marier sans le consentement de ma mère et que je laisse au temps, le soin de lui faire mieux vous apprécier.

Vous m'avez permis de vous regarder comme ma fiancée, et vous ne pouvez briser à vous seule des liens qui nous sont communs. Ai-je besoin de vous dire que j'ai déclaré à ma mère que je ne voudrais pas recevoir une fortune d'une jeune personne que je n'aimerais pas et que je n'aurais jamais d'autre femme que vous.

Rien ne peut nous séparei^ à vous pour la vie.

^^y\> * il

Il est indispensable que je vous parle ce soir, mon ami, indispensable. De neuf à dix je vous attendrai chez moi. Et pas de sotte bouderie, vous vous en repentiriez cruellement.

Maria.

Oh ! Madeleine, que je vous aime ! Comment n'avezpas compris ce que j'ai sur le cœur? Depuis quelque temps je n'ai plus mon franc parler avec vous, moi qui étais si heureux de vous aimer, même quand je croyais ne pas tant vous aimer I C'était ma consolation de penser à vous, et maintenant c'est tout malheur et tout désarroi. Allons, ne m'aimez point, Madeleine, c'est bien assez de m'avoir fait espérer par caprice. Je n'ai pas le droit de vous en demander davantage, mais ne vous étonnez pas si à l'avenir, vous ne trouvez plus en moi, ni joie ni fierté. Aimer, c'est souffrir, et je souffre 1

François.

Madame,

J'ai fui, parce que vous êtes une honnête femme et parce que je vous adore.

Depuis que je suis la proie de cet amour, de cette fièvre, de ce délire dont vous n'avez nulle idée, mes joues se sont creusées, mes lèvres se sont flétries, il me

semble qu'un démon fatigue mon cœur, le tourmente, l'étreint. J'en mourrais ou j'en deviendrais fou, si je ne fuyais .

Je cours revoir mon pays, ma vieille maison, mes amis et mes chiens. J'essayerai de vous oublier: l'absence vous donnera tort. Mais je calomnie l'absence, car partout où j'irai, vous m'apparaîtrez toujours belle, toujours charmante : mon âme est pleine de votre souvenir.

Les femmes, les fleurs, les arbres, le ciel, la musique, le bruit, le silence, tout enfin m'empêchera de vous oublier. Vous m'avez à jamais dépeuplé l'univers de femmes.

Adieu, Madame. Ae nous revoyons jamais,

Gabriel.

Monsieur, Vos assiduités m'importunent, je n'ose pas dire me compromettent, car ma réputation est à l'abri de cette injure. Je vous serais obligé de les cesser. Un mot suffira. J'en aime un autre. S'il ne suffisait pas, je me verrais forcée de tout dire à mon père. Je vous salue.

Louise.

Monsieur Stéphen^ premier grand rôle au théâtre de Belleville.

Monsieur,

Je ne viens pas vous faire de reproches : vous ne voulez plus me voir, ceci vous regarde, mais moi qui vous aime de plus en plus, surtout depuis votre succès dans Fanfan la tulipe, je viens vous prier de me faire entrer au théâtre. Je ne vous adresserai jamais la parole. Je vous verrai et cela me suffira. Et puis je n'ai pas perdu l'espoir que tu me reviendras un de ces jours. Tu m'as trop aimé pour m'oublier si vite.

J'attendrai demain ta réponse à l'heure delà répétition.

Ta Célie.

Mademoiselle ou Monsieur,

Vous avez trop d'esprit pour être amoureux (ou amoureuse). Je ne crois ni à vos regrets ni à vos larmes. Si cela vous plaît, aimez-moi ; moi je ne vous aime plus. Chacun son tour.

Lui ou Elle.

Cher ange.

Eh bien, oui, j'ai eu tort, je le reconnais, je le confesse. Je n'aurais pas dû me laisser entraîner à cet excès d'emportement et de ridicule. Pardonne-moi, mon ange chéri, je le demande pardon mille fois. Tu connais mon horrible caractère; on ne se refait pas du jour au lendemain. Pardonne-moi.

Je me suis présenté trois fois chez toi, ce matin; on m'a refusé la porte. Que vais-je devenir si tu ne consens plus à me voir? Clara, ma Clara, songe aux extrémités auxquelles peut se livrer mon désespoir. La vie me serait insupportable : il ne me resterait plu? qu'à me faire sauter la cervelle devant toi . ..

Je deviens fou. Voilà deux heures que je me promène devant ta maison: oh! Clara, j'implore un mot, un signe, rien qu'un 1

Georges.

Ami ou Amie,

Je t'en supplie. Reviens, je ne te ferai pas de reproches, je ne serai même pas triste. Je mentirai à mes tourments pour te prouver cette vérité : malgré tout je t'aime et

te pardonne.

Lui ou Elle.

Non, ma chère amie, il est inutile que tu cherches à prendre d'assaut un cœur qui est passé à l'ennemi avec armes et bagages. Tu ne réussirais qu'à changer mon indifférence en mépris. Je ne dis pas en haine, car haïr c'est encore une variété d'aimer.

Tout est fini et je ne veux pas recommencei\

Mon amie.

Je ne sais pas ce que j'ai. Je m'ennuie et je me fais pitié. Je voudrais recommencer la vie, je voudrais l'impossible^ mais je sens bien que de ma part ce n'est point un caprice, c'est une espèce de crise qui me bouleverse et me mènera je ne sais à quoi. L'existence me pèse, et tout ce qui comptait pour moi jusqu'ici a perdu sa valeur.

Vous ne m'aimez pas. Non, vous ne m'aimez pas, et j'ai perdu du temps à m'en apercevoir. C'est vous qui

m'avez rendu tel que je suis, malheureux et méchant, malheureux de vos dédains, méchant contre ceux qui vous entourent d'hommages. Ah! ne vaudrait-il pas mieux s'arrêter court et s'endormir à jamais sur un lit fait de souvenirs et de fleurs fanées?

Un homme à la mer l

Jules.

Eh bien, oui, je vais vous le dire parce que je ne suis pas habitué à souffrir comme je souffre depuis que je vous connais. J'étais tranquille et froid. Je ne savais pas ce que c'est qu'aimer. Tenez, je crois que je n'étais pas né pour cela. Pour aimer il faut de la confiance, et je n'en ai pas. C'est absurde d'être jaloux à ce point. Affreuse passion, affreux supplice que la jalousie 1 Je sens que je deviens méchant et que je vais faire de nous deux victimes I Je voudrais être ton maître pour avoir le droit de te faire souffrir 1 Je ferais mieux de rompre, mais je n'ose pas. Et si cela venait de toi, je sens que ce serait plus que je ne peux en supporter.

Par pitié ne m'aime plus!

Ton X.

hk PETITE POSTE DES AMOUREUX.

Monsieur,

Voilà quinze jours que j'ai rais au monde une petite fille que je nourris. C'est mon père qui m'a dit de vous écrire et je lui obéis à contre-cœur. Il est vrai que ce n'est pas à cause de moi, mais bien à cause de mon enfant. J'ai oublié tous mes devoirs, Dieu m'en a puni, j'ai eu confiance en vous et vous m'avez trompée. Vous ne me tromperez plus. Vous êtes libre de vous marier, je ne dirai pas un mot, je ne ferai pas un pas pour vous en empêcber.

Me voilà bien loin de ce que mon père m'avait prié de vous demander. J'y reviens, car c'est un devoir pour moi. Je compte bien que vous donnerez à l'enfant le nom que vous avez refusé à la mère.

Réponse, s'il vous plaît, votre silence serait une insulte de plus et je pense qu'il y en a assez comme cela.

Fan7iy.

Ma chère Cor a,

Te souviens-tu du petit René qui t'aima tant l'année dernière ? Cherche bien dans ton souvenir, les six semaines d'ivresses, de soupers et de chansons que nous avons passées ensemble. Eh bien, c'est moi, je suis rentré dans ma province oîi je m'ennuie à mourir excepté le jour où je rêve à loi 1

Celui qui t'apporte cette lettre est un de mes amis, bon vivant s'il en fut, que le caprice entraîne à Pari pour y passer six semaines dans le genre de celles que j'ai passées avec toi. Je te réponds de lui, tu peux le présenter à nos amis, nous serons deux à nous rappeler ce bon et beau temps de la vie de Paris.

Mille amitiés.

René.

Mon bien cher ami,

Il faut renoncer aux doux projets que nous avions formés, mes parents auxquels j'ai fait part de vos désirs s'y opposent formellement, et mon devoir exige que je leur sacrifie les affections de mon cœur.

Je sens par ce que je souffre moi-même tout ce que ma lettre va vous causer de douleur ; hélas ! il m'en a coûté beaucoup, croyez-le bien, pour obéir à la volonté de mes parents.

J'ai combattu longtemps, j'ai prié, j'ai supplié, peines inutiles, il m'a fallu céder, n'augmentez pas ma douleur en essayant de me revoir et oubliez s'il se peut celle qui

fUv.

Votre Clara.

Si tu ne viens pas ce soir à notre rendez-vous, c'est que tout sera fini entre nous, et alors je sais ce qui me reste à faire. Je ne t'en dis pas plus long, mais tu peux en penser davantage.

Lui ou Elle.

Vous n'étiez pas chez vous hier soir. J'ai frappé pendant une heure et personne n'a répondu. Et vous y étiez 1 Pourquoi ne pas m'avoir ouvert? Est-ce parce que votre cœur est fermé ?

Lui ou elle.

Mon cœur est fermé et j'ai perdu la clef. Voilà pourquoi je n'ai pas ouvert.

Elle ou lui.

Mademoiselle,

Croyez bien que dans tout ce qui s'est passé, il n'y a rien de ma faute. De graves raisons de famille me forcent à m'éloigner de vous et, comme vous les connaîtrez un jour, je suis sûr que vous me pardonnerez l'étrangeté de ma conduite. Je vous aime toujours, croyez-le bien. Cet amour sera ma punition, car j'en souffrirai toute la vie. Pardonnez-moi et oubliez le malheureux qui n'oubliera

jamais le bonheur que votre amour lui aurait donné et qu'il a perdu en vous perdant.

C'est la première fois que je termine cette lettre par ce mot qui retombe sur nos amours comme la dalle de marbre sur une tombe : Adieu I

Celui qui ne peut plus vous dire au revoir,

Henri^

Mademoiselle,

Saint Paul a dit : Mariez-vous, vous ferez bien. Ne vous mariez pas, vous ferez mieux.

Saint Paul était sage. Suivons son conseil. Faisons le

mieux.

Sans rancune,

Louis.

Monsieur,

Faisons toujours le bien. Fera le mieux qui pourra. Voilà ce que je répondrais à saint Paul. A vous je présente mes salutations.

Louise.

Mon cher,

Je te haïssais. Mais je suis heureuse, le bonheur rend indulgent : je t'ai pardonné. Quand tu es si près d'elle, refuseras-tu de serrer la main de celle qui t'a tant aimé et que tu as quittée si brusquement?

Lucile.

Félicien.

Si vous ne m'aimez plus, il vaut mieux le dire que de m'écrira trois lignes insignifiantes. Comment, tu ne dois pas venir à notre rendez-vous, et c'est à peine si tu daignes m'en dédommager avec une bonne longue lettre. Et puis, qu'est-ce que c'est que cette histoire de votre oncle ? Je n'y crois pas le moins du monde, et si, au lieu de jupes, j'avais un pantalon, c'est moi qui vous aurais suivi hier soir. Mais courez donc la ville avec des jupes, quand le moindre cotillon ferait suivre un bataillon.

Ah ! Félicien ! depuis quelque temps je remarque votre froideur, je vous engage à vous réchauffer, si vous ne voulez pas tourner au glaçon. En tous cas, prends garde à toi. Pas de faux fuyants. C'est oui ou non avec moi, et je te plains si c'est non.

Elisa,

Mon bien cher ami,

Je suis seule à Paris jusqu'à demain. Je vous expliquerai comment cela se fait. Que je suis heureuse de ce jour de liberté, sur lequel je ne comptais pas hier 1 Je puis donc encore vous voir aujourd'hui.

Attendez-moi de midi à une heure. J'ai hâte de vous revoir, j'ai tant de choses à vous dire.

Toujours toute à vous,

Alberiine.

Cher Albert,

N'oubliez pas combien je vous aime, et qu'il me faut beaucoup d'amour pour trouver le courage de vous quitter. Je ne puis vous dire à quel point je souffre, mais nous sommes trop pauvres pour nous unir. Quand il faut sans cesse et sans relâche acheter son bonheur au prix d'un travail souvent insuffisant, la misère, dit-on, tue vite l'amour.

Soyez courageux, bien cher ami ; et, pour ne pas m'en vouloir, cherchez à deviner tout ce que je souffre, vous reconnaîtrez plus tard que j'ai eu raison.

Jeanne,

Je ne voulais pas vous revoir, et j'avais raison ; je vous sais digne de porterie nom d'un honnête homme, et je ne vous ferai pas l'injure de prendre un prétexte banal pour couvrir ma retraite. Je vous ai beaucoup aimée, et aujourd'hui c'est encore vous que j 'aimerais entre toutes, si, par une de ces lois suprêmes que l'on subit sans les expliquer, une autre affection n'avait envahi mon cœur. Cette affection est à la fois un devoir et un souvenir ; elle est devenue tout pour moi.

Souvenez-vous que, en toutes circonstances, vous trouverez en moi l'ami le plus vrai et le frère le plus dévoué.

Georges.

Mon cher Etienne,

Vous m'aimez toujours, je le sais : je vous aime bien aussi, mais c'est toujours la même chanson, chantée à deux. Cela devient monotone à la longue. Après avoir chanté cette chanson d'amour, on arrive à ne plus chanter que le refrain, et ma foi, je voudrais bien le chanter seule.

Ton esclave qui s'affranchit,

Lucie.

Ma chère enfant,

Je me rappelle une vieille devise que j'ai lue au bas d'une estampe représentant un naulonnier et un passager dans une barque changeant alternativement de rôle :

L'amour fait passer le temps,

Le temps fait passer l'amour.

Ne trouves-tu pas|qu'il est temps de faire passer le nôtre, puisque son temps est passé?

Pas de réponse et adieu.

Ton ex-Amadis^

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