PREMIÈRE PARTIE. Il
Monsieur,
Je vous serai très-obligé de ne plus me suivre comme vous le faites depuis quinze jours. Je n'ai rien compris à vos lettres et je ne peux accepter de rendezi-vous d'un jeune homme que je ne connais pas et qui n'a pas été présenté à ma mère.
Je ne dis pas que votre vue me soit indifférente, mais vos démarches et votre correspondance me compromettent. J'ai dix-huit ans, c'est l'âge où l'on cherche un mari; si j'en trouve un, tant mieux, quand même ce serait vous.
Je vous salue.
Léonie,
Mademoiselle,
Pardon, je vous aime depuis le jour où j'ai vu jouer la chatte blanche. Je n'osais pas vous le dire, mais aujourd'hui que nous sommes des Volontaires, ça m'enhardit au point que j'ose vous écrire.
Encore une fois pardon, et si vous ne dédaignez pas mon amour, mettez-vous à votre balcon, jeudi prochain, je passerai sous vos fenêtres. J'aurai un camélia ;\ la boutonnière. A deux heures, sans faute.
Celui qui aspire à se dire votre
Ludovic.
Mademoiselle Gabriel le... Je crois.
Vous vous mourez d'ennui ; je m'en suis aperçu en passant devant le trou de magasin où vous vous enfermez.
Vous êtes trop jolie pour y rester, et moi je vous aime trop pour vous y laisser.
Voulez-vous que je vous arrache au triste sort auquel la mercerie vous condamne?
Dites oui.
Et avant huit jours vous aurez cessé de souffrir.
Marquis^ comte ou baron de X***.
Mademoiselle,
Depuis que je vous ai vue, je ne sais comment ni pourquoi, vous avez pris une place dans ma vie, j'ai eu beau pendant quelque temps essayer de chasser votre image de ma pensée, elle y est toujours revenue et elle y règne en maître absolu. Je sens que vous avez sur mon cœur et sur mon esprit un ascendant dont je ne suis plus maître, maintenant que vous avez bien voulu me recevoir et que je vous connais, maintenant que je sais tous les trésors de bonté que renferme votre cœur, vous m'êtes devenue indispensable, et je sens que je deviendrais fou, non-seulement si vous ne me laissez pas vous aimer, mais encore si vous ne m'aimez pas.
Armand,
premiekf: pahtie. \'\
Mademoiselle,
(juand pourrai-je vous dire que je vous aime, et que faut-il faire pour vous le prouver ? Je ne vous ai vue qu'une fois, mais votre charmant visage dont le sourire reflète la pureté de votre cœur ne peut s'effacer de mon souvenir.
Qui êtes-vous? peu m'importe. Les anges n'ont pas de nom, et j'en ai un à vous off"rir, celui d'un honnête garçon qui n'aura pas trop de toute sa vie pour vous adorer ;\ deux genoux.
Je n'ose confier à la poste ces quelques lignes, qui peignent insuffisamment le trouble où votre vue m'a jeté depuis huit jours, et du reste, il me faudrait m'enquérir de votre nom et de votre adresse, ce qui pourrait vous compromettre. J'aime mieux confier ma lettre au dévouement de ma femme de ménage qui m'a promis de vous la porter elle-même aujourd'hui... si elle peut vous découvrir.
Un mot de réponse rassurerait votre adorateur passionné. Pardonnez-mdi d'abord, vous m'aimerez après.
Anatoie.
A mademoiselle Voldenoir au théâtre Cluny.
Mademoiselle,
Est-ce parce que je ne suis qu'un étudiant, que vous avez laissé mes deux lettres sans réponse? mais vous ne savez donc pas que rien ne ressemble moins à un étudiant d'autrefois qu'un étudiant d'aujourd'hui? Il faut vraiment que vous arriviez de la rive droite pour êlre si peu au courant des choses.
Je ne demeure pas dans une mansarde, comme les étudiants de Gavarni, je ne me coiffe pas d'un béret et je ne porte pas de pantalons à carreaux. Je n'habite pas d'hôtel garni, mais bien un joli appartement, boulevard Saint-Michel.
On peut venir chez moi sans se compromettre, c'est dans le même escalier qu'une couturière en renom. J'ai suivi en cela le conseil d'Alexandre Dumas fils, qui dit quelque part : De vingt-cinq à quarante ans, un homme intelligent doit toujours demeurer dans la maison d'une couturière ou d'un dentiste.
J'aurais besoin pour mon ameublement que je suis en train de renouveler des conseils d'une personne de goût comme vous devez en être une.