OBSTACLES DIVERS
Au début d'une correspondance, c'est-à-dire quand on ne connaît pas où l'on va, les termes n5 doivent jamais être familiers ; on doit en rester aux Monsien?' et Mademoiselle, aux prénoms ou à ce mot vague « Amin qui ne signifie rien en amour.
Soyez respectueux sans humilité, et si vous avez à dire :
« Mademoiselle, je vous aime et voudrais bien vous le dire en attendant que je vous le prouve, »
ne mettez pas votre esprit à la torture, comme M. Jourdain de Molière, pour changer ou allonger la phrase. Ne dites que ça tout simplement, et cela suffira. Pour commencer, il faut que votre épître amoureuse soit courte, par l'excellente raison que vous n'avez pas grand'chose à dire et que votre belle peut n'avoir ni le temps ni le désir de vous lire.
Quand la connaissance est faite, bavardez. Pariez de tout, du ciel, de la Inné, des oiseaux, des fleurs, à la condition que vnns en parlerez au prolit dovdtre belle.
LA PEÏITR FOSTF: DKS AMOUKELX.
Mademoiselle Léonie,
Je sais votre nom : merci de me l'avoir fait savoir, c'est une preuve que vous m'avez pardonné mon audace ; mais vous n'avez pas osé me répondre. Je ne peux vous en faire le reproche, car j'espère être plus heureux cette fois. C'est peut-être de la fatuité, mais il me semble que nous sommes créés l'un pour l'autre.
Je vous aime trop pour que vous ne m'aimiez pas un peu. A cela vous répondrez que vous ne me connaissez pas. C'est très-juste, et le remède est facile.
Jeudi est mon jour de sortie. A quoi pourrais-je mieux employer mes heures de liberté qu'à vous revoir, vous parler et vous faire connaître l'amant le plus passionné, le plus sincère, qui jure h vos pieds d'être l'époux le plus fidèle?
Ah! si je pouvais dire :
Voire Anatole.
Monsieur. . .
Non, monsieur^ non, je n'irai pas à votre rendez-vous. D'ailleurs ma mère vous guette, et je ne veux pas avoir l'air de m'entendre avec vous.
La bonne lui redit tout et ne me quitte pas plus que son ombre. Ainsi donc, perdez tout espoir tant que vous ne prouverez pas à maman que vos intentions. sont honnêtes.
PREMIÈRE PARTIF:. «
11 est probable que demain je ferai le marché avec ma bonne. Je vous en préviens pour qu'il ne vous prenne pas la fantaisie de venir rôder de ce côté-là.
Dans le cas où vous violeriez ma défense, soyez prudent au moins. C'est égal, vous devriez bien parler à ma mère. Une fois la présentation faite, nous pourrions nous voir et nous parler sans crainte.
Mes amitiés.
Léonie,
Jeudi soir, minuit.
Seul !... je suis seul, ma chère Léonie.
Eh quoi ! après la journée que j'ai passée à vous contempler, fi vous parler du regard, il me faut rentrer seul, dans ma chambre de garçon !
Est-ce la joie de vous avoir revue ou la douleur de ne plus vous voir qui fait couler mes larmes? Je vous en supplie, ma Léonie adorée, faites que nous puissions nous revoir ailleurs qu'à la "promenade, sous l'œil inquiet de votre mère, au milieu des bavards et des indifférents, que j'entende votre voix me dire : Espérez un rendez-vous ? c'est grave, et je vous vois déjà rougir.
Ne vous fâchez pas, mettez que je n'ai rien dit, mais si vous vouliez, dimanche après midi — c'est l'heure des vêpres, et vous y allez souvent avec votre bonne, vous voyez que je suis bien informé ! — passez devanl la portt*
du magasin, je vous y attendrais, et là, en quelques mots, nous en dirions plus long que dans toutes les lettres du monde.
Je vous aime.
Voire Anatole.
Monsieur, Je vois le piège que vous me tendez. C'est très-mal de votre part, d'autant plus mal que je commençais à vous aimer.
Je vous prie de cesser votre correspondance, je ne recevrai plus vos lettres, et si vous m'en écrivez encore, je les montrerai k ma mère. Je suis une honnête fille, c'est assez vous dire que vous vous êtes trompé en vous adressant à moi.
•Pai l'honneu?' de vous saluer , Léonie.