‹ La Petite poste des amoureuxChapitre 6 sur 25 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dans cette intention, j'ai cru de notre dignité commune de supprimer les intermédiaires. Je suis habitué à agir directement.

Veuillez, mademoiselle, mettre sur le compte de ma nationalité étrangère l'extrême liberté que je prends, et laissez- moi solliciter une réponse de laquelle dépend la joie ou la tristesse du plus respectueux de vos serviteurs.

Prince Jouillakof.

Mademoiselle,

Vous êtes un ange. Demain vers midi, je me présenterai à votre boutique, comme commis voyageur. Dans votre intérêt, tâchez d'être au comptoir, car je sais que vous y restez le moins longtemps possible : c'est h vous

L'd l.A PETITI-; POSTE DKS AMUIKKLX.

que je m'adresserai directemenl, et en deux iiiuls vou^ connaîtrez mon projet que je n'ose pas confier au papier. A demain, idole de ma vie, et piiissé-je être assez heureux pour vous inspirer la centième partie de la passion que j'éprouve pour vous, et qui me fait souhaiter le suprême bonheur d'être un jour

Votre Gaston.

A Mademoiselle Touchard, aux Menus- Plaisirs.

Mademoiselle,

Il y a le café Anglais et la maison d'Or où l'on dîne dans les principes : il y a Voisin dont la cave est irréprochable.

Dans lequel de ces trois cabarets vous plaît-il que nous disséquions quelques écrevisses en discutant sur les qualités du Rœderer frappé?

On dit que vous avez un superbe coup de fourchette : je suis bien aise de m'en assurer.

S'il vous était agréable d'amener deux témoins, j'en inviterais deux de mon côté que je prendrais dans le tas de vos adorateurs.

Est-ce convenu?

Josf^ Morales y Kaiba.

l'HEMÎÈRE PAUTlt;. il

. Mademoiselle,

Vous ne m'avez sans doute pas compris, puisque vous évitez de me voir et me fuyez comme un criminel. Je vous aime de tout mon cœur, croyez-le bien, et je ne demande rien que de vous épouser. Mes maîtres m'en ont donné la permission, et il est probable que vous serez aussi de la maison. J'ai de l'argent de côté dont vous pourrez disposer comme s'il était à vous, car je veux que vous soyiez la maîtresse absolue dans mon ménage. Si la maison où je suis ne vous convenait pas, nous pourrions en chercber une autre ou bien faire un petit commerce. Tout ce que vous voudrez, pourvu que vous soyez ma femme. Je sais bien que vous me méprisez parce que je ne suis qu'un domestique, mais je suis un honnête homme, mademoiselle, et l'honnêteté ça vaut bien quelque chose. A défaut d'amour, vous pouvez me donner votre estime et je m'en contenterai en attendant mieux.

Daignez croire, mademoiselle, à l'assurance de mon amour profond el dévoué.

Anloine.

Miss,

Choisisisez: un coup de re\olver à moi ou mille livres sterling à VOUS: J'attends le petit réponse.

•i"2 LA PETITE POSTE DES AMOUREUX.

Mon chéri,

Je t'écris exprès pour te dire que je t'aime. Hélas ! vous me quitterez bieutôt, ingrat ! car voilà le moment où, sous le prétexte d'être notaire, avocat ou médecin, vous abandonnez Paris! Et nous, pauvres victimes, il faut rester à se désoler.

Mes larmes m'empêchent d'en dire davantage, car tu es ma famille, mon Dieu, mon àme !

Ton Arthurine.

P.-S. A propos, je t'envoie la reconnaissance de mon chàle que j'ai mis au mont-de-piété. Dégage si tu peux, et reviens si tu l'oses.

Ma belle, Je t'aime 1 je t'écris tout exprès pour te le dire.

Baou/.

P.-S. Tu trouveras avec ce pli ton chàle et ma reconnaissance.

PKEMIÈRE PAKTIE. 23

0 Anaïs !

Je vous ai vue ce malin à votre fenêtre, arrosant leb capucines dont elle est, fleurie, mais dans ce bpuquet je n'ai vu qu'une fleur, vous, mademoiselle, pour qui mon cœur soupire et ma tête s'égare.

En vérité, si je ne vous rencontre pas demain à huit heures, passage du Saumon, je ne sais pas ce que je de%iendrai.

Adolphe.

Monsieur,

Vos lettres m'ennuient : quand flnirez-vous cette comédie? Vous saurez, monsieur, que je ne vais jamais passage du Saumon. Pour en finir, j'y passerai ce soir afin que vous me laissiez en repos.

Andis.

Mademoiselle,

Ayez pitié d'un malheureux qui, malgré sa bonne santé et son robuste estomac, se meurt littéralement d'amour pour vos beaux yeux. Ne soyez pas plus longtemps cruelle pour un pauvre diable, qui ne vous demande qu'un tout petit rendez-vous à seule (in de vous convraincre de sa flamme et de la pureté de ses intentions.

Par grâce, ne lardez pas à le lui accorder, car alors il ne serait plus (et pour vous quel élernel remords !)

qu Octave le Desséché.

LA PETITE POSTE HES AMULKELX.

Mademoiselle, Voilà près d'un an que je vous vois et que je vous aime. Si vous ne vous êtes pas aperçue de mes regards, si vous n'avez pas entendu mes soupirs, c'est que vos yeux sont aveugles et vos oreilles sourdes comme votre cœur.

Je n'y i^eux plus tenir. Autorisez-moi à demander voire main à votre famille, et dès demain je fais celte démarche d'où dépend le bonheur de ma vie.

I otre respectueux serviteiw, Louis.

Monsieur, Demandez d'abord, nous verrons après.

Berthe.

Mademoiselle, iJ'ai demandé. On m'a refusé. Que dois-je faire ^

Louis.

.Attendre si vou> m'aimez. Vous consoler, si vorus ne m'aimez pas.

Berthe,

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