PREMIÈRE PARTIE. -jy
Belle voisine, Vous étiez ma Fauvette, et depuis quinze jours vous ne chantez plus, vous devez avoir quelques chagrins. Laissez-moi essayer de les connaître, peut-être à l'aide d'une bonne amitié, pourrais-je les faire disparaître.
Ne craignez rien du Dieu malin, ']e vous promets de lui fermer la porte au nez s'il voulait se faufiler chez vous quand vous voudrez bien m'y recevoir.
Ce sera bientôt, n'est-ce pan ?
Ludovic.
Mon cher voisin, J'ai, il est vrai, quelques petits ennuis, ils ne seront, j'espère, que passagers, et vous n'y pouvez absolument rien. Puis vous connaissez la romance ; Quand elle est sage, une fillette ne conte pas tout ce qu'elle a.
Ne vous formalisez pas si je vous dis que je ne puis vous recevoir; je ne trouverai peul-Ctre jamais de mari, je tâcherai de m'en consoler en chanlani, mais je n'aurai jamais d'amoureux.
Celle que vous voulez bien appeler, La fauvette d'en face.
Mademoiselle,
Vous m'avez toujours reçu d'une façon si dédaigneuse que je n'ai jamais pu m'expliquer avec vous. Du reste, avec mes intentions j'approuve votre conduite ; elle augmente mon estime pour vos qualités, car on trouverait difficilement une jeune dame plus faite pour qu'on s'intéresse à elle de tout son cœur.
Pensant, n'est-il pas vrai, que vous êtes bien demoiselle, c'est un honnête homme, de bonne santé, doué d'une fortune qui s'élève à cinq mille et quelques cents francs de revenus, bien acquis par son travail, qui prétend à l'honneur d'obtenir votre main et vous demande en légitime mariage.
Vous serez ainsi mariée, ce qui vaut mieux que de rester demoiselle et d'être exposée à des suppositions toujours dommageables même quand il n'y a rien de vrai. On m'a bien dit des petites choses sur vous, mais je n'y crois pas. Vous voyez, j'y vais bon jeu, bon argent. Je ne demande qu'une honnête fille. On me prend pour brutal parce que je dis ma pensée, et encore ici, je ne dis pas tout, que je suis bien amoureux de vous et toiit plein de flamme.
Le soussigné qui aura l'honneur de se présenter chez
vous pour causer plus amplement dans l'espoir qu'il
sera écouté.
Vot)'e seî'viteur empressé.
Pierrichon.