‹ La Petite poste des amoureuxChapitre 8 sur 25 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mademoiselle,

Je ne me fais pas illusion sur la défiance que doit vous inspirer un jeune homme dans la position que j'occupe, aussi est-ce avec une profonde humilité que je me mets à vos pieds pour vous avouer mon amour.

Cette déclaration n'est pas dictée par une folle passion, elle vient d'une certitude qui embrasse la vie entière, car j'ai senti le prix de votre belle âme qui se révèle dans les plus petites choses.

Voilà ce qui me donne la hardiesse de vous demander, si vous n'aimez encore personne, de me laisser vous prouver par mes soins et par ma conduite que je suis digne de vous.

Il s'agit de ma vie ; vous ne pouvez douter que toutes mes forces ne soient employées, non-seulement à vous plaire, mais encore 5 mériter votre estime.

Avec cet espoir, mademoiselle, si vous me permettez de vous nommer dans mon cœur comme une adorée, la vie sera pour moi le paradis,'et les plus difficiles entreprises ne m'offriront que des jouissances qui vous seront rapportées comme on rapporte tout à Dieu.

Dites moi donc que je puis me dire.

Votre IJon .

Monsiieur,

.le ne puis être que fort honorée de la lettre par laquelle vous m'offrez votre main, mais à mon âge j'ai dû la communiquer K ma tante qui est toute ma famille.

Voici les objections qu'elle m'a faites et qui doivent me servir de réponse. J'aurai dix-sept ans dans quelques mois, vous reconnaîtrez vous-même que nous sommes

•js 1,A PE'flTK FUSTK DKS AMOUREUX.

l'un et l'autre trop jeunes et trop inexpérimentés poui combattre les misères d'une vie commencée sans fortune. Ma tante désire d'ailleurs ne pas me marier avant que j'ai atteint vingt ans. Qui sait ce que le sort vous réserve pendant ces trois années les plus belles de votre vie? Ne la brisez donc pas pour une pauvre fille.

La prudence qui dicte cette réponse est d'une personne à laquelle la vie est bien connue ; mais la reconnaissance que je vous exprime est d'une jeune fille à qui nul autre sentiment n'est entré dans l'àme.

Votive sei^vante.

Ursule.

Chère Ursule, Je suis un peu breton et une fois mon parti pris, rien ne peut m'en faire changer; votre tante a peut-être raison en reculant notre mariage jusqu'à ce que ma position soit un peu plus dessinée. Je ne puis lui en vouloir, mais je voudrais seulement savoir de vous si vous m'aimez.

Dites-le-moi, ne fût-ce que par un signe, et alors je supporterai courageusement ces deux années.

A vous pour la vie.

IJo/t .

Page 1