V. in fine. Appendice, B, Testament de Jean Thierry
marchand à Château-Thierry, leur part dans la succession de leur père, moyennant 200 livres.
D’un autre côté, Jean Thierry, dans son testament de 1654, recommande à ses héritiers de Champagne, a de ne pas abandonner les Thierry de Lorraine et de Bâle », ce qui indique suffisamment que ceux-ci se trouvaient, comme les précédents, dans une situation précaire.
Or, peut-on admettre ou supposer que des individus placés dans une telle condition sociale, ne sachant même pas tous écrire leur nom, aient possédé ou pu posséder des œuvres d’art et aient appliqué leurs armes sur ces œuvres pour en constater la possession?
Avaient-ils seulement un cachet, ces simples marchands villageois, à peu près complètement illettrés?
Peut-on admettre, peut-on supposer que les parents de Jean Thierry, qu’il a laissés pauvres en les quittant et qui sont demeurés pauvres toujours, possédaient une œuvre de la valeur et du caractère de la Petite Sainte-Famille? — Où l’auraient-ils eue et pour quelle raison?
Tandis que l’on comprend très bien, au contraire, que Tipaldi, le riche marchand et banquier vénitien, et Jean Thierry, son fils adoptif et son légataire universel, aient possédé des œuvres d’art de toute nature. On s’étonnerait même s’il n’en était pas ainsi, surtout si l’on considère que le commerce auquel ils se livraient leur mettait tous les jours en mains des marchandises ou des objets précieux, et qu’ils habitaient une ville essentiellement artistique, Venise.
Nous ajouterons que la famille Thierry, de Saint-Tho-
mas-lès-Vienne, a toujours été absolument ignorée en France comme famille noble et l’est encore, s’il en reste quelque rejeton. Son nom, ses armes, ne figurent dans aucun autre armorial imprimé que celui de dom Pelletier, et celui-ci remonte à près d’un siècle et demi *.
I. L'ouvrage de Dom Pelletier est le premier document imprimé concernant la noblesse des duchés de Lorraine et de Bar.
Ici s’arrêterait ce que nous connaissons touchant la Petite Sainte-Famille de Raphaël, qu’il ne pourrait demeurer aucun doute dans l’esprit en ce qui la concerne.
L’existence seule du cachet de Jean Thierry sur le tableau établit, en effet, qu’il provient de Venise;
Or, c’est à Venise même que Daniel Nys avait transporté et exposé, comme on l’a vu, les tableaux qu’il avait acquis du duc Vincent II, parmi lesquels la Petite Sainte- Famille de Raphaël, cataloguée dans l’Inventaire de Mantoue dressé en 1627;
Et d’où provenait la Petite Sainte-Famille, la Madonna Piccola de la collection de Mantoue? — Directement de Raphaël, qui avait promis, dès i5i5, à Isabelle de Gonzague, un petit tableau de sa main h
Le cachet de Jean Thierry suppléerait donc, au besoin, à toutes autres indications en ce qui touche la provenance ou l’origine du tableau et, conséquemment, son authenticité.
Nous sommes ainsi en mesure de répondre à la ques-
I. V. La Petite Sainte-Famille de Raphaël, Madonna Piccola de la marquise Isabelle d’Este de Gonzague. Collection de Mantoue. Paris, Dumoulin et C‘“, 1892.
tion posée, et nous pouvons le faire maintenant avec toute certitude :
— La Petite Sainte-Famille d’Isabelle de Gonzague n’a pas été envoyée en Angleterre : elle est demeurée à Venise, dans les mains de Daniel Nys;
— La preuve positive que nous nous trouvons bien en présence de la Madonna Ficcola de Raphaël achetée par Daniel Nys à Mantoue et comprise dans ses Listes ou États d’acquisition, résulte incontestablement de l’existence du cachet de Jean Thierry, contemporain de Daniel Nys et, comme lui, marchand à Venise, , apposé sur le tableau signalé.
Si le tableau de la Petite Sainte-Famille de Raphaël n’a pas été rapporté en France par un des héritiers de Jean Thierry, comment, dans quelles conditions y est-il venu?
C’était un point assez difficile à résoudre.
Ne connaissant pas alors la signification du cachet armorié qui se trouve sur le tableau ni la personnalité qu’il représente, et la Petite Sainte-Famille de Raphaël ayant pu être expédiée en Angleterre par Daniel Nys ou y avoir été portée par Lanier', nous avons d’abord dirigé nos recherches de ce côté et consulté tous les documents relatifs aux collections de Charles P', mais sans résultat; — et il devait forcément en être ainsi, le tableau de la Petite Sainte- Famille n’ayant pas été livré au Roi.
Beaucoup d’œuvres d’art ayant été transportées en France à la suite des guerres de la République et de l’empire, nous avons également parcouru la correspondance et les rapports des généraux français et des commissaires aux armées qui ont participé aux campagnes d’Italie, le tout vainement encore.
Une circonstance particulière, signalée plus loin, nous mit enfin sur la véritable voie.
I. V. La Petite Sainte-Famille de Raphaël, ouvrage cité, p. 43» à 54.
Chacun sait que le cardinal Mazarin possédait un tableau de la Petite Sainte-Famille, qu’il prétendait être de Raphaël. — D’où le tenait-il?
La réponse est aisée, pensera-t-on : il suffit de consulter les auteurs, lesquels se sont religieusement copiés depuis Félibien, — ou Félibien lui-même, — pour être renseigné.
Voici ce que dit ce dernier
« Quant à celuy qui est aujourd’huy dans le cabinet de M. le duc de Mazarin 2, le chevalier del Pozzo, que vous avez connu à Rome, le fit acheter par M. le marquis de Fontenay pendant qu’il estoit ambassadeur auprès du pape Urbain VIII, prétendant que c’estoit l’original que Raphaël a avait commencé et sur lequel celuy dont j’ay parlé (le tableau du Louvre) avait esté copié par Jule Romain. »
Félibien n’indique pas oit se trouvait, lors de son acquisition, le tableau dont il parle, ni de qui il provenait.
Nous avons' appris, d’ailleurs, à ne pas ajouter une