I.A PATRIK EN DANGER
senter son canton ù la fête de la Fédération du district. Il s'était fait remplacer, à la fête de Bcaumont, par son greffier, le citoyen Gilles Daichier, notaire royal.
§ 3. - La patrie en danger.
On donnait le nom d'émigrés à des Français, appartenant pour la plupart à la noblesse, qui, pour ne pas se soumettre aux lois nouvelles et peut-être aussi pour mettre leur personne en sûreté, s'étaient réfugiés à l'étranger, de préférence en Allemagne. Les premiers, comme les plus marquants de ces émigrés, furent le comte d'Artois, frère du roi, et les princes de Condé, qui avaient quitté la France le 15 juillet 1789. Quelque temps après, partait aussi le comte de Provence, autre frère de
du chef-lieu et que leurs délégués prêtèrent le serment civique sur la place du Castelot.
A Belvés, la veille du jour fixé pour la fête, c'est-à-dire le 13 juillet [Arcfi. dép., Série L-317), le directoire du district, rassemblé dans le lieu ordinaire de ses séances, avait arrêté que tous les officiers municipaux seraient invités à se réunir à lui. Il avait aussi arrête que les députés de la garde nationale des différentes municipalités se réuniraient sur la Place de la Liberté, en attendant la cérémonie.
En conséquence, « les membres du directoire étant rassemblés et les divers officiers municipaux réunis à eux, on est venu avertir que la garde nationale, précédée des tambours et de la musique militaire, se mettait en mouvement pour se rendre devant l'hôtel de l'administration ». Alors, les délégués des municipalités du district, le corps municipal de la ville, les juges du tribunal de commerce, le juge do paix de la ville de Belvès et les juges de Beaumont, de Montferrand, de Cadouin et d'Orliac, se sont réunis à l'administration et, avec elle, se sont rendus à l'église paroissiale, où le curé de Belvès, qui était en même temps aumônier des fédérés, « a pris le saint sacrement et l'a porté processionnellement à l'autel de la patrie », lequel était dressé sur la Place Publique.
Sur cet autel, la messe a été dite par le curé de Belvès. Les gardes nationales avaient formé un bataillon carré, au centre duquel avaient pris place le corps admitlistratif et les différents corps constitués. La musique militaire a joué pendant la messe et, celle-ci une fois dite, « ledit sieur curé a donné la bénédiction du saint sacrement ». Puis, les gardes nationales «ont entonné le verset Domine salvain fac gentem, et toute la troupe a répondu en chœur et avec l'énergie du vrai patriotisme. »
Après la bénédiction, un membre du directoire a fait un discours « relatif aux circonstances » et, alors, les corps constitués, la garde nationale et tous les citoyens présents ont prêté avec enthousiasme le serment d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, de maintenir la Constitution et de vivre libre ou mourir. Cela fait, le curé de Belvès, prenant à son tour la parole, a prononcé une allocution pleine d'énergie et de patriotisme.
La cérémonie est finie.
La garde nationale réunie en corps, les membres du directoire, lus membres des différentes municipalités et les corps constitués « ont raccompagné le saint sacrement .T l'église paroissiale et, de retour sur la place de la Liberté, chacun a été prendre son logement. »
4l6 LA FIN DE LA LÉGISLATIVE
Louis X\'I. Dans les deux ou trois années qui suivirent, mais principalement en 1791, après la fuite de Varennes et la suspension du roi, un très grand nombre de nobles, d'ecclésiastiques et d'officiers vinrent les rejoindre aux environs de Coblentz. Ils étaient là de quinze à vingt mille émigrés au moment où l'Assemblée législative entrait en fonction, et on estimait qu'il devait, dans un mois, en arriver un nombre égal.
Cette petite armée, commandée par le prince de Condé, ne rêvait rien moins que de franchir la frontière avec le concours de l'empereur d'Autriche, de marcher sur Paris, de s'en emparer et de rétablir Louis XVI sur le trône, avec toutes ses anciennes prérogatives. L'un d'eux, le duc de Broglie, ne se faisait pas faute d'écrire: «Je connais les chemins de Paris, j'y guiderai les armées étrangères et, de cette orgueilleuse capitale, il ne restera pas une pierre. » Fort heureusement, à cette époque comme aujourd'hui, le proverbe était toujours vrai : il y a loin de la coupe aux lèvres.
A ces menaces hautaines, l'Assemblée lit la réponse qui convenait : elle édicta les lois les plus sévères contre les émigrés et, résolument, déclara la guerre à l'Autriche.
Les premières opérations ne furent pas heureuses : l'armée française, profondément désorganisée par le départ d'un grand nombre de ses officiers pour l'armée de Coblentz, mal servie aussi par la cour qui transmettait secrètement à l'ennemi ses plans de campagne, eut à subir un certain nombre d'échecs. D'un autre côté, des troubles graves, suscités par les royalistes, éclatèrent dans l'Ouest et dans le Midi. Par surcroît, l'armée prussienne s'allia contre nous avec les Autrichiens et les émigrés, et le chef des troupes coalisées, le duc de Brunswick, vraisemblablement à l'instigation de la reine, lança son célèbre manifeste, outrageant pour Paris et pour la France. La situation, sans être désespérée, n'en était pas moins fort critique. C'est alors que l'Assemblée législative, en présence d'un péril qui menaçait à la fois la France et la liberté, proclama la Patrie en danger, en faisant appel à tous pour la défendre.
LA FlVlE Dlî LA FÉUIÎKATION l-N 179J .| 1 7
Ce cri d'alarme, jeté par Paris, retentit dans l.i iMaiice entière, non seulement dans les grandes villes, mais dans les plus petites nuniicipalités, à Beaumont comme ailleurs.
Le samedi 21 juillet 1792, le maire, qui était toujours Jienoît Loiseau, au re^u dun pli envoyé par le district, convoque d'ur-
FiG. 71.
Le citr)ven Jenn Baptiste Lacoste, procureur de la comniune.
gence les officiers municipaux en l'hôtel commun. La séance étant déclarée ouverte, le procureur de la commune, Jean Lacoste, se lève et dit :
Messieurs,
La Patrie est en danger. Notre liberté est menacée. Nos ennemis redoublent leurs efforts pour propager les troubles dans les diverses parties du royaume. Les conjonctures critiques, les trames perfides des mauvais citoyens exigent la surveillance et les mesures les plus sévères pour l'exécution de la loi du 8 du courant, qui fixe les mesures à prendre quand la patrie est en danger.
Et il requiert l'application de la dite loi. Sur ce, le maire et les officiers municipaux, faisant droit au réquisitoire du procureur Jean Lacoste, arrêtent :
i" Que tous les citoyens de la mimicipalité seront tenus de déclarer devant la municipalité le nombre et la nature des armes et munitions dont ils seront pourvus;
2» Que le refus de déclaration ou la fausse déclaration seront poursuivis par le procureur de la commune pour être punis selon la rigueur de la loi;
4l8 I-A FIN DE LA LÉGISLATIVE
3" Que le délai de cette déclaration sera, savoir : pour les citoyens de la ville, de trois jours; et pour ceux de la paroisse et banlieue, de quatre jours, à compter d'aujourd'hui.
Loi SEAU, maire, CosTE, off. mpl. Blanchard, off. mpl.
Je ne sais la quantité d'armes et de munitions que cette déclaration mit à la disposition de notre municipalité. Mais ce que je sais bien c'est que l'appel de l'Assemblée législative trouva un écho dans la jeunesse enthousiaste de notre communauté et qu'il y eut des enrôlements nombreux, soit pour la garde nationale,, soit pour les régiments de la frontière.
Nos populations périgourdines étaient, en effet, furieusement montées contre les agissements, ouverts ou secrets, du roi et des royalistes et elles étaient prêtes à tous les sacrifices pour assurer, contre eux, le triomphe de leurs idées révolutionnaires. Nous ne savons pas, au juste (puisqu'ils ne nous ont rien laissé à ce sujet), ce que pensaient de leur roi les habitants de Beaumont, Mais, tout à côté de Beaumont, à Bergerac, nous voyons un certain nombre de citoyens, dans une adresse envoyée à l'Assemblée législative, aller jusqu'à dresser un acte d'accusation contre Louis XVI qui, « ayant faussé plusieurs fois son serment, protesté par écrit contre les décrets qu'il avait sanctionnés, déplacé des ministres constitutionnels et ayant perdu la confiance du peuple, a, par conséquent, aux termes de la loi, abdiqué sa couronne » ; et demandant « qu'il soit déposé jusqu'à ce qu'il aura acquis la confiance d'un peuple souverain ». Cette adresse, que je rappelle ici, d'après H. Labroue {loc. cit., p. 42), était écrite dans les premiers jours d'août 1792.
§ 4. - Élections des députés a la Convention.
Quelques jours plus tard, l'Assemblée législative, à la veille de céder la place à la Convention, convoqua les électeurs en assemblées primaires à l'effet de nommer des délégués qui, à leur tour, auraient à élire, à Sarlat, les députés du département à la nouvelle assemblée.