ELECTION DES DÉPUTÉS A LA CONVENTION 4I
L'assemblée primaire de Beaumont eut lieu dans les derniers jours d'août. Elle fut beaucoup plus nombreuse que les précédentes. La Législative, en effet, avait décrété à la date du lo août, que, pour la formation de la Convention nationale, « tout Français, âgé de vingt et un ans, domicilié depuis un an, vivant du produit de son travail » serait admis à voter dans les assemblées primaires et, d'autre part, qu'il suffisait d'avoir vingt-cinq ans pour être éligible, soit comme électeur, soit comme député. C'était, comme aujourd'hui pour les élections sénatoriales, le suffrage universel (ou à peu près), mais à deux degrés.
Les élus des assemblées primaires, en Dordogne, se réunirent à Sarlat le z septembre 1792. Ils étaient au nombre de 774, Leurs opinions étaient assez concordantes : ils approuvaient la décision de la Législative qui avait suspendu le roi. Mais la grande majorité d'entre eux allaient plus loin : ils désiraient la suppression de la royauté elle-même et, dans ce gouvernement sans roi, une vraie république en somme, ils entrevoyaient une France heureuse et prospère : « Quand nous n'aurons plus de roi, s'écriait à l'assemblée électorale de Sarlat le procureur syndic du district, quand les conspirateurs seront exterminés, les étrangers tourneront les yeux sur la France comme le séjour de l'homme et du citoyen, et ils aborderont en foule nos rivages, charmés de trouver, sous un beau ciel et dans une terre fertile, la sociabilité française, la liberté grecque et la majesté romaine. » {Arch. nat., C-178.)
L'assemblée électorale, dont les travaux durèrent huit jours, choisit comme députés du département de la Dordogne les dix citoyens dont les noms suivent : i*^ Lamarque, juge au tribunal de Périgueux; 2» Tinet aîné, membre du directoire de Bergerac; 30 Lacoste, médecin; 4» Roux Fazillac, ancien officier, administrateur du département; 50 Taillefer, médecin, administrateur du district de Sarlat; 60 Peyssard, maire de Périgueux; 70 Borie Cambort, juge à Sarlat; 8» Allafort, vice-président de l'administration du district de Nontron; 90 Meynard, accusateur public du tribunal criminel du département; iqo Bouquier aîné, juge du canton de Terrasson.
42U LA FIN Di: LA LEGISLATIVE
Remarquons que les cinci premiers avaient été membres de l'Assemblée législative.
A ces dix députés titulanes, les électeurs durent ajouter trois députés suppléants. Leurs suffrages, pour ces derniers postes, se portèrent sur les sieurs Fabré, agent national du district de Belvès, Pinet S^ Nexaint, adjudant général de l'armée des Pyrénées orientales, et Cavailhon, juge du tribunal d'Excideuil.
Les élus, députés titulaires et députés provisoires, étaient en communion d'idées avec leurs électeurs : c'étaient des partisans de la souveraineté nationale, entièrement acquis à l'idée républicaine.
Onze jours après l'élection de Sarlat (21 septembre), l'Assemblée législative, ayant terminé ses travaux, céda la place à la Convention qui devait, le lendemain, abolir la royauté et proclamer la république.
C'était le 22 septembre 1792.
Le même jour, une vive lueur illuminait soudain le ciel politique de la France, jusque-là si sombre : Kellermann avait arrêté les Prussiens à Valmv. Comme autrefois Villars, à la bataille de Denain, il venait de sauver la France.