DESTRUCTION- DES EMBLÈMES DE LA ROYAUTÉ
de faire disparaître jusque dans les jeux de cartes, les signes de royauté et de féodalité qui s'y trouvent.
Par décret en date du 21 vendémiaire (12 octobre 1793), la Convention ordonne à tous les propriétaires de maisons, locataires ou fermiers, dont les cheminées ou contre-feux seraient garnis de plaques portant des signes de féodalité ou de royauté, de les retourner pour rendre ces signes invisibles.
La municipalité de Beaumont s'occupa, sur le territoire de son ressort, de faire exécuter ces différents décrets. De son côté, la Société populaire des Amis de la Constitution, dans sa séance du 12 octobre 1793, à la demande d'un de ses membres, arrêta que tout vestige de royauté et féodalité serait brûlé le dimanche suivant, vingt et un octobre, sur le Champ de la Fédération ^. Et, pour procéder à cette opération «par toutes les voies de droit », elle délibéra que la municipalité de Beaumont « serait invitée de se joindre aux citoyens Bertrand et Delayre, nommés commissaires, pour faire une exacte recherche de tous les tableaux et statues représentant les ci-devant rois de France, ainsi que tous les monuments féodaux ».
De son côté, l'administration du district surveillait attentivement l'exécution, par les municipalités, des décrets précités. Le 19 messidor an II (7 juillet 1793), l'agent national de Belvès envoya à « ses frères » les agents nationaux près les communes, une circulaire pour leur rappeler ces décrets et leur demander compte de leur exécution. La lettre débute ainsi :
« L'idée seule de l'esclavage serait un tourment pour un peuple libre.
» Le souvenir en serait trop affligeant pour qu'il pût le supporter.
» Il lui rappellerait des humiliations que son courage et sa fierté repoussent.
» Il lui retracerait des vices dont sa vertu a triomphé et dont elle doit effacer tous les vestiges.
I. La Place du Cti s/r/ol, où avzit été célébrée, en juillet, la fête de la Fédération.
Et l'agent national rappelle alors, en les résumant brièvement, les lois et décrets sus-indiqués. Il termine ainsi :
« Le Comité de salut public, par sa lettre du 6 messidor, que je viens de recevoir, me demande compte de l'exécution de ces lois et m'instruit de la manière dont elles doivent être exécutées.
» Il ne faut pas qu'il paraisse que ces signes de royauté et de féodalité ayent existé.
» Il ne faut pas se borner à détruire les écussons.
» Il faut détruire les attributs et toutes les formes et tous les linéamens qui pourraient faire rappeler que ces signes existaient autrefois.
» Il faut rembrunir la place d'où ils ont été effacés, de manière que la couleur des pierres, bois et autres matières, soit partout égale et uniforme.
)) Il faut, autant qu'il sera possible, substituer à ces signes abhorrés, les attributs de la liberté.
» Je suis chargé de faire réparer et consolider les parties de bâtiments nationaux qui auraient souffert de l'ébranlement, si les édifices en méritent la peine et les frais.
» Vous ne serez acquittés envers la loi, citoyens collègues, que lorsqu'il n'existera plus dans votre commune aucune trace qui puisse rappeler à la mémoire de vos concitoyens l'existence de ces signes infamants pour ceux qui prétendaient s'en décorer, humilians pour des hommes qui n'osaient pas les briser.
» Je vous requiers donc, au nom de la loi, de me répondre par oui ou par non aux questions suivantes, et de mettre votre réponse à côté de la demande, en me renvoyant le tout. » Salut et fraternité,
» R. Fabré. »
A la lettre de R. Fabré est annexé un questionnaire détaillé, avec, sur sa droite, un grand espace en blanc destiné à recevoir les réponses des municipalités.
J'ai trouvé, aux archives municipales de Beaumont, un certain nombre de ces répon.ses. Voici, à titre documentaire, colles