‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 146 sur 269 · ADRESSE EN FAVEUR DES VOLONTAIRES · texte numérisé non relu

ADRESSE EN FAVEUR DES VOLONTAIRES

brosses de Tinet... Et si maintenant vous tenez à savoir, ami lecteur, combien coûtait à cette époque, l'équipement d'un cavalier, je n'aurai qu'à mettre sous vos yeux le tableau suivant que je trouve dans les registres du district de Belvès {Arch. dép. de la Dordogne, Série L-318) au sujet de l'équipement du citoyen Révauger :

Equipement de Révauger, volontaire à cheval.

Jument de Cantin, avec les harnais, estimée.. 650 livres

Manteau de Laroque Poussai 150 —

Valise de Delpit 15 — ■

Pistolet à lui 30 — •

Sabre de Delpit 24 —

Bottes à lui 23

Étrilles et brosses 3 — •

Total 897 livres

Ce n'est que très exceptionnellement que les volontaires étaient, comme le fut Révauger, habillés et équipés dans la commune même qu'ils habitaient et où ils avaient signé leur enrôlement. D'une façon générale, c'était au chef-lieu du département qu'ils recevaient leurs uniformes, leurs différents objets d'équipement et leurs armes.

§ 4. - Adresse de la « Société populaire » de Beaumont

aux habitants du canton

en faveur des volontaires.

Nous savons que les groupements provinciaux qui, sous le nom de Sociétés populaires, s'affiliaient au club des Jacobins, furent généralement des foyers d'enthousiasme patriotique, toujours prêts à prêter leur concours — concours souvent précieux — aux municipalités et aux administrations, soit du district, soit du département. Tout en luttant à l'intérieur pour le triomphe de leurs idées révolutionnaires, ils ne cessèrent jamais de songer aux ennemis de l'extérieur, à la frontière et aux armées qui avaient mission de la défendre.

La Société populaire de Beaumont, les Amis de la Constitution, eut, elle aussi, le souci constant d'organiser la défense du pays et elle ne laissa jamais passer l'occasion de manifester ouvertement, soit par la parole, soit par les actes, la sollicitude profonde qu'elle avait vouée à l'armée nationale. C'est ainsi que, le 12 juin 1792, en apprenant la mort du général Gouvion, « officier, député et homme de bien », elle arrêta qu'on ferait chanter une messe « pour le repos de l'âme du brave général, mort pour la Liberté ». Lorsque la garde nationale eut terminé sa réorganisation, la Société populaire réclama l'honneur d'offrir au bataillon de Beaumont son premier drapeau, un drapeau tricolore. C'est toujours avec anxiété qu'elle attendait, dans ses séances, des nouvelles des armées et quand le président annonçait quelque nouvelle victoire, elle était saluée par les applaudissements mille fois répétés de l'assistance. Lorsque, le 23 octobre 1793, un courrier extraordinaire venant de Montpazier apporta à Beaumont la défaite des Vendéens par les « Mayençais » \ l'entrée des troupes de la République dans Cholet et Mortagne, lieux où « d'infâmes fanatiques avaient commencé leur brigandage », l'assemblée applaudit frénétiquement et, dans son enthousiasme, décida « qu'en action de grâces de cette fameuse victoire sur les brigands », il serait chanté un Te Deum dans l'église paroissiale. Elle décida, en outre, que tous les habitants de la ville, sans distinction de sexe, seraient invités à y assister et elle alla même jusqu'à nommer une commission de six membres, qui se tiendraient aux portes de l'église pour noter ceux des habitants qui s'abstiendraient sans raisons légitimes.

Quelques jours après la loi du 24 février qui ordonnait la levée des 300.000 hommes, le 6 mars 1793, les « Amis de la Constitution », étant assemblés dans le local ordinaire de leurs séances, sous la présidence du citoyen Labarrière, le citoyen Lacoste, curé de la paroisse de Beaumont, demande la parole pour une proposition. L'ayant obtenue, il rappelle, tout d'abord, la situa-

I. On appelait ainsi le,< 16.000 hommes de troupe de la garnison de Mayence, à qui les Prussiens avaient laissé la liberté de servir ailleurs qu'aux frontières.

ADRESSE EN FAVEUR DES VOLONTAIRES 56c)

tion pénible de nos soldats sur la frontière : leurs fatigues, leurs souffrances, leurs privations. Il exalte ensuite les sentiments généreux des sociétés patriotiques de la République qui, avec un empressement louable, ne cessent de « secourir ces braves défenseurs de notre liberté». Et il demande, alors, qu'à l'exemple de ces Sociétés, celle de Beaumont ouvre un registre de souscription sur lequel seraient inscrites les offrandes des citoyens composant la Société, qui voudraient donner des marques réelles de leur

FiG. 95.

Le citoyen Micliel Lacoste, curé de Bcauniont, président de la Société Populaire.

civi.sme. Il demande, en outre, qu'il soit nommé des commissaires, qui se transporteraient chez tous les citoyens du canton de Beaumont indistinctement, pour les inviter à concourir, avec la Société, à cette « offrande civique ». La proposition du curé citoyen Lacoste est acceptée à l'unanimité et, séance tenante, le président, « à qui la Société en a déféré le choix ", désigne comme commissaires, les citoyens Loiseau, juge de paix, Lacoste, Bessot et Randonnier. Loiseau, à qui ses fonctions judiciaires ne permettent pas d'accepter une pareille charge, est remplacé dans la commission par le citoyen Pierre Colin.

Le curé Lacoste, « voulant donner à ses frères des preuves manifestes du civisme qui l'anime, a accompagné et terminé sa proposition » par une offrande d'un assignat de 5 livres, en exprimant tous ses regrets que sa situation de fortune ne lui permît pas de faire davantage. Avec une spontanéité touchante, le portier de la Société populaire, « jaloux de partager les bienfaits de la Société » {sic), s'inscrit pour 10 sols et, incontinent, il dépose cette somme sur le bureau du président, en s'écriant qu'il est volontaire pour la levée des 300.000 hommes et qu'il attend impatiemment l'heure de partir.

En fin de séance, la Société arrête qu'il sera fait par le président, qui est Labarrière, une Adresse aux citoyens du canton

pour les inviter à seconder le zèle des commissaires et à consentir en faveur des braves défenseurs de la Liberté originaires de notre canton, des sacrifices dignes des républicains français; que cette adresse sera affichée dans toutes les communes du canton et qu'il sera fait « mention honorable des citoyens qui donneraient, par leurs offres, des preuves de leur civisme ».

Dès le soir, Labarrière se mit à l'œuvre.

Le lendemain, il donna lecture de son adresse aux memlires du bureau de la Société populaire et, après l'avoir fait approuver,

FiG. 96.

Le citoyen Labarrière, président de la Société populaire, chargé de la rédaction de r« Adresse ».

il la transcrivit lui-même sur le registre des délibérations de la Société. Cette adresse, dans le fonds comme dans la forme, n'est pas banale et mérite d'être reproduite :

Adresse des « .4ms de la Liberté et de l'Egalité yt de Beaumont aux citoyens et citoyennes du canton.

« Citoyens,

» Lorsque vos frères d'armes bravent la rigueur des saisons, l'intempérie de l'air et la mort pour affermir votre Liberté naissante que des tyrans coalisés veulent vous ravir, seriez-vous insensibles à leur sort ! Des esclaves mercenaires voudraient vous arracher le sceptre de l'indépendance, que vos braves concitoyens vous ont acquis au prix de leur sang. Mais leurs efforts, jusqu'à ce jour, sont devenus impuissants et la vigilance française a déjoué les desseins affreux des perfides.

» De nombreuses cohortes avaient déjà envahi une partie de notre territoire. Mais, au sacré nom de la Liberté, les hommes

ADRESSE E\ EA\'ErR DES VOLONTAIRES 57I

du 14 juillet les ont repoussées et dispersées. Un autre tyran vient de se joindre à la horde coalisée. Tant mieux : c'est une occasion de plus pour signaler la valeur française; c'est une victoire de plus à remporter. Les mers sont déjà couvertes de nos vaisseaux. L'airain gronde de toutes parts, et le pavillon tricolore va être arboré sur un autre hémisphère.

» Les trônes sont renversés, les sceptres brisés, le règne des tyrans est passé. La France est une République : ses habitants ne forment plus qu'une famille et son sol qu'un camp redoutable. Les chaînes du despotisme sont rompues. Le joug c^ui était appesanti sur vos têtes est réduit en poudre. Vous êtes libres : vos biens sont affranchis, les privilèges anéantis. La vertu et les talents peuvent seuls vous tirer du niveau du reste des hommes. Ce n'est qu'à ce prix que vous pouvez les surpasser. Un rayon bienfaisant de lumière a rendu à son premier éclat cette pierre précieuse foulée aux pieds, ensevelie depuis plusieurs siècles dans l'oubli, dans les plus profondes ténèbres. L'aurore de la Liberté et de l'Égalité commence à luire sur notre République et, tranquilles dans vos foyers, vous commencez d'en goûter les prémices.

)) Si chacun de vous, citoyens, se sent ému des sentiments de la plus intime reconnaissance pour l'auteur de ses jours, ne serait-il pas le comble de l'ingratitude d'oublier vos libérateurs? Si vous devez le jour à ceux-là, vous devez à ceux-ci votre Liberté, bien qui est plus précieux que la vie. Car, vivre sans être libre, c'est être esclave; vivre dans l'esclavage, c'est être dans le néant.

» Ces libérateurs, ce sont vos amis, vos frères, vos époux, vos fils. Si vos propriétés sont respectées, si vous jouissez tranquillement du fruit de vos travaux, si vos greniers regorgent de grains, si un soldat inhumain n'a point ravagé vos fertiles campagnes, si son fer n'est pas rougi du sang de ceux que vous chérissez le plus, songez que ce sont les peines et les fatigues de ces braves défenseurs qui vous procurent cette tranquillité. Songez que c'est au prix de leur sang que vous jouissez de cette aisance qui fait votre félicité.

0 Riches, partagez avec eux le superflu de vos revenus, qui seraient déjà la proie d'un soldat étranger. Que vos trésors s'ouvrent. Que la toison de vos troupeaux garantisse de la rigueur des glaces et des neiges ceux qui empêchent l'ennemi d'y porter une main sacrilège.

)) Vous, que le sort a placés dans un moindre degré de fortune; vous, dont les modiques facultés ne peuvent seconder les désirs, portez votre denier, et vous aurez donné trois fois plus que ce riche.

y Et vous, jeunes citoyennes, dont les grâces et les attraits avaient capté les cœurs de nos jeunes héros, occupez vos mains délicates d'un tissu qui, les garantissant des rigueurs du froid, conserve dans leur âme ce feu charmant qui vous animait mutuellement et qui, depuis leur départ, a été tant de fois l'objet de vos tendres soupirs. Dites-leur qu'ils ne posséderont ce gage que vous leur conservez si fidèlement que lorsqu'ils reviendront près de vous, à la fin de la campagne, mêler les lauriers qu'ils auront cueillis aux couronnes civiques que vous leur préparez : et, alors, ils compteront les journées par les victoires.

» Vous tous, enfin, sincères citoyens, vous êtes invités, au nom de la patrie, au nom sacré de la Liberté et de l'Egalité, au nom de la Société des Amis de la Constitution de Beaumont, de vous montrer les dignes émules des généreux républicains. Cette Société, jalouse de concourir par ses libéralités à l'équipement des soldats volontaires du département, espère de votre civisme les plus généreux sacrifices. C'est dans son sein que vous pourrez déposer vos offrandes par le moyen des commissaires chargés de se transporter devers vous et de les recevoir.

» Empressons-nous à l'envi de subvenir aux besoins pressants de nos frères, de nos vaillants défenseurs de la Liberté, qui ne quitteront les armes que lorsqu'ils auront exterminé tous les tyrans de la terre.

» Labarrière, président. »

Conformément aux v(eux exprimés par la Société populaire, cette Adresse du président Labarrière fut afiichée dans toutes

LES PKl.SONMEKS Dli (;LL;KKE A HKAUMON'T '^y^

les communes du canton, et le Registre des souscriptions, promené de village en village par les commissaires Lacoste, Bessot, Randonnier et Colin.

Je n'ai pu mettre la main sur ce registre et je le regrette.

J'aime à croire que, à l'a assignat de 5 livres» du curé Lacoste et aux « 10 sous » du portier de la Société, s'ajoutèrent rapidement, en argent et en nature, de nombreuses et grosses offrandes qui, envoyées à nos braves volontaires, contribuèrent à améliorer convenablement leur situation matérielle, tout en leur apportant ce réconfort moral que, là-bas, dans ce petit coin du Périgord où ils étaient nés et vers lequel s'envolaient chaque jour leurs pensées et leurs rêves..., ils n'étaient pas oubliés.

§ 5. - Les prisonniers de guerre a Beaumont sous la Convention.

Beaumont, dans les derniers mois de la Convention, eut à loger des prisonniers de guerre.

Le 20 fructidor de l'an II, l'agent maritime de Rochefort écrivit à l'agent national du district de Belvès pour lui annoncer l'envoi de trois cents prisonniers de guerre. L'administration, après lecture de cette lettre, prit toutes les mesures nécessaires pour les recevoir et les répartir judicieusement entre les différentes municipalités de son ressort. D'autre part, elle envoya à ces municipalités des instructions très détaillées qui devaient leur servir de règle dans leurs rapports avec les prisonniers.

Elles auraient, tout d'abord, à veiller soigneusement sur leur conduite, leurs habitudes, leurs liaisons, sur leurs propos et discours. En conséquence, il serait distribué à chaque prisonnier des cartes individuelles, qui serviraient à les faire reconnaître et qu'ils devraient exhiber à chaque réquisition de l'autorité civile ou militaire.

Les prisonniers ne pourraient sortir de la commune qui leur était assignée sans une permission expresse de la municipalité et encore cette permission n'était valable qu'à la condition d'être

visée par le district et par le département. Tout citoyen était requis d'arrêter les prisonniers de guerre qui seraient rencontrés hors de la commune qui leur avait été assignée comme lieu de dépôt et, à cet effet, le district enverrait à chaque commune un état détaillé des prisonniers qui leur étaient confiés.

Les prisonniers de guerre devaient porter à l'extérieur et sur leurs habits une pièce d'étoffe de couleur tranchante, et les municipalités auraient à veiller à ce que cette pièce soit maintenue et réattachée au besoin. Du reste, chaque municipalité resterait libre, ou bien de loger les prisonniers par petits groupes chez les habitants, ou bien de les réunir en bloc dans un local unique servant comme de caserne. Au cas où elle opterait pour cette dernière solution, elle aurait à établir une garde, au moins la nuit, dans le bâtiment où ils se trouveraient réunis.

Les municipalités distribueraient deux fois par décade, c'està-dire tous les cinq jours, cinq rations de pain pour chaque homme, chaque ration représentant i livre et demie. D'autre part, elles pourvoiraient à leurs besoins en fait d'habillement, de linge et de chaussures. Les habillements ne pourraient être fournis que d'étoffes en couleur blanche ou grise.

Dans chaque commune, la municipalité serait autorisée, invitée même à employer les prisonniers à des travaux publics ou particuliers. Elle pourrait retenir sur leur salaire le montant des avances qu'elle leur aurait faites en objets d'habillement, linge, chaussures. Le surplus leur serait payé.

Comme dernière instruction, le district rappelle à ses municipalités que, « en tout ce que n'exigera pas la sûreté publique et pour tout ce qui ne pourrait la compromettre, les prisonniers de guerre seront traités avec humanité, tant par les autorités constituées que par les citoyens».

Des 300 prisonniers de guerre annoncés au district par l'agent maritime de Rochefort, 30 furent envoyés à Beaumont. La commune de Montpazier en reçut également 30, la commune de Villefranche 2g, la conunune de Capdrot 6, celle de Biron 15. La commune de Mcmtavit dut aussi en recevoir un certain nombre, car, dans une lettre adressée le 19 floréal au III par le

LES PRISOXXIliUS DH (HERRE A BEAUMOXT 375

district à la municipalité de cette dernière commune, je lis cette phrase : « Je fais conduire dans votre commune deux autres prisonniers de guerre..., vous devez agir à leur égard, pour tout ce qui concerne la police, la distribution de solde et la ration de pain, comme pour ceux que vous avez déjà dans votre commune. »

En recevant les 30 prisonniers à elle destinés, la municipalité de Beaumont se préoccupa d'assurer leur subsistance et leur logement. *

Pour la subsistance, elle n'eut qu'à se conformer à l'arrêté du conseil général d'administration du directoire du district de Belvès, en date du 6 frimaire an III, qui est ainsi conçu :

Art. 1er

Les municipalités où ont été logés et où seront logés les prisonniers de guerre pourvoiront à leur nourriture. Elles délivreront à chacun des prisonniers une livre et demie de pain par jour.

Art. II

La fabrication du pain pour les prisonniers envoyés dans le district sera confiée à des boulangers ou à tout autre entrepreneur, qui s'en chargera aux conditions qui vont être exprimées.

Art. III

Les entrepreneurs s'obligeront : i^' de donner une quantité fixe de pain pour une quantité fixe de bled, moitié froment et moitié seigle, ou moitié froment et moitié bled d'Espagne; 2" d'aller chercher les grains au magasin qui leur sera indiqué; 3° de porter le pain aux prisonniers dans les communes qui leur seront désignées; 4° de rapporter récépissés des officiers municipaux du pain qu'ils a\u-ont livré.

Art. IV

Cette entreprise sera livrée au rabais et les soumissions seront reçues sur les deux propositions suivantes : i" quelle quantité de pain veut-on donner pour un quintal de bled moitié seigle et moitié bled d'Espagne ou moitié bled d'Espagne et moitié froment; 2" combien exige-t-ou, pour aller chercher les grains au magasin, faire et porter le pain aux prisonniers tous les jours et en retirer récépissé des municipalités de l'an-ondissement. Celui qui offrira le plus de pain par quintal de bled et qui exigera le moindre salaire pour la fabrication

^76 BEAUMONT SOl'S LA CONVK.NTION

et le transport du pain et pour retirer le bled au magasin sera chargé de l'entreprise et obtiendra l'adjudication.

Art. V

Les grains seront livrés au.x adjudicataires sur des mandats de l'administration.

Art. VI

Les communes qui ont reçu ou qui doivent recevoir des prisonniers de guerre seront formées en neuf arrondissements : Beaumont formera le septième arrondissement.

Art. VII

Les entrepreneurs de la fabrication du pain des prisonniers situés dans le septième arrondissement recevront les grains destinés à la consommation des prisonniers au magasin de Beaumont.

Art. VIII

Les enchères pour l'entreprise de la fabrication du pain seront ouvertes à Beaumont, les soumissions reçues et l'adjudication faite par le citoyen Laroque Foussal, que l'administration commet à ces fins, le 15 du courant à l'heure qui sera fixée par le commissaire, préalablement apposée.

Art. IX

Le commissaire de l'adjudication remettra les procès-verbaux de l'adjudication dans le plus court délai possible.

Art. X

Les municipalités chargeront un de leurs membres d'j la distribution du pain aux prisonniers et d'en donner décharge à l'entrepreneur.

Art. XI

Le même membre sera chargé de payer la solde au.x prisonniers aux mêmes époques où la distribution du pain sera faite. A cet effet, il sera mis à la disposition des municipalités la solde pour lui mois pour tous les prisonniers logés dans leur commune.

Art. Xn

Les entrepreneurs ne pourront pas extraire moins de (]uin/c livres de son par <|uintal de farine.

Collationné à l'original :

BoNi'iLs, président.

LES PRISO.WIEKS DE GUERRE A BEAUMONT 577

En exécution de l'article 8 du précédent arrêté, le citoyen Laroque Poussai fait apposer les affiches pour annoncer l'adjudication de la fabrication du pain pour les prisonniers de guerre à la date du 15, mais personne ne se présente pour enchérir.

Le lendemain, 16 frimaire, l'administration du district, au reçu du rapport du citoyen Laroque Poussai, arrête que de nouvelles affiches seraient apposées pour le 19 courant et que, en attendant, la municipalité de Beaumont

serait « tenue, sous sa responsabilité, de ^^^ joij /jy^ y^ pourvoir à la subsistance des prisonniers ô de guerre, jusqu'à ce qu'il y aura été pi^, g^,

pourvu en la manière déterminée dans Le citoyen Laroque Poussai,

l'arrêté du 6 » Délé^tué par la municipalilé

;iu.\ enchères pour li'nlreprise

J'aime à croire que cette deuxième î:^;:^^;^,^"^,. adjudication eut plus de succès que la

précédente, car quelques semaines plus tard nous trouvons, dans des documents de l'époque, le citoyen Gibert, de Beaumont, comme chargé de la fourniture du pain aux prisonniers de guerre dans la commune de Beaumont et dans celle de Montavit.

Gibert, malgré toute sa bonne volonté, n'arriva pas toujours à contenter ses clients qui, à plusieurs reprises, réclamèrent contre la qualité du pain qui leur était fourni. Le 3 prairial, notamment, la municipalité de Montavit formula à ce sujet une plainte en règle, qu'elle adressa au district. Sept jours après, l'administration envoya à Beaumont le citoyen Choisy « pour comparer le grain qu'on livre au citoyen Gibert avec la qualité du pain qu'il fournit pour qu'on puisse voir par cette comparaison si la faute en est à ce fournisseur ou si les grains qu'il tire du grenier national sont réellement avariés ». Je n'ai pu mettre la main sur le procès-verbal de l'administrateur Choisy. Mais il est très probable que, comme aujourd'hui, la mauvaise qualité du pain provenait avant tout de la qualité inférieure des farines mises à la disposition des fourniers.

En ce qui concerne le logement des prisonniers de guerre qui lui étaient confiés, la municipalité de Beaumont, réunie en séance pour en délibérer (17 février an III), arrêta qu'ils seraient tous logés « dans un seul lieu, c'est-à-dire dans un des appartements de la maison de réclusion et dans celui connu sous le nom de pensionnat des ci-devant Filles de la Foy ». C'est le deuxième étage du couvent. Toutefois, comme ce local renfermait encore un certain nombre de reclus et que, d'autre part, il avait besoin de très grosses réparations, il fut décidé que, à titre provisoire, les prisonniers seraient logés chez les habitants.

Ce provisoire, hélas ! était, comme on l'a vu depuis, un provisoire de longue durée. Sept mois après, le 7 messidor, les réparations n'étaient pas encore commencées. La municipalité^, dans une séance spéciale présidée par Jacques Coste, maire, arrêta qu'il « serait, sur-le-champ demandé à l'administration du district un commissaire pour verbaliser de l'état des réparations à faire dans le lieu qui doit servir au casernement desdits prisonniers » et, une fois encore, elle décida que, en attendant, ils continueront à loger chez les habitants.

Le provisoire était devenu définitif.

Du reste, on ne vit jamais, à Beaumont, le moindre conflit entre les prisonniers de guerre et la population. Les prisonniers eurent toujours une tenue correcte. La population, de son côté, apporta toujours, dans ses rapports avec eux, comme le leur avait recommandé le district, des sentiments humanitaires auxquels les prisonniers eux-mêmes se plaisaient à rendre hommage.

J'ai trouvé, dans les archives de l'abbé Chastaing, aussi riches que largement ouvertes, une lettre fort curieuse dans laquelle des ofticiers espagnols, en quittant Beaumont où ils avaient été internés, expriment leur gratitude au maire, à sa famille et à la population. Elle n'est pas datée et je ne sau-

I. r>;i immicipalilo Je BeauiiioiU se composait alors (MU'ssuidr an III) Je Jai."*|iR's Costes, maire: Pierre Melon, «j^^h/ national; Antoine Randonnicr, Pierre Grenier, Jean Duhiit, Jaei|iies Auriel, Pierre Mianne, o/luicrs iiiiiitit ip.uix: lilieniie Robert, .secrétaire.

LES PRISONNIERS DE GUERRE A BEAUMONT 57g

rais dire, même d'une façon approximative, l'époque où elle a été écrite. J'estime, toutefois, qu'elle est un peu postérieure à l'époque qui nous occupe. Je me permettrai, cependant, de la reproduire ici :

Discours de reconnaissance à M' le Maire et à sa famille

Je suis persuadé, M^, que vous, aussi bien que votre famille, rougirez peut-être quand vous entendrez les vives expressions de notre reconnaissance envers touts les bienfaits reçus de vos mains généreuses et libérales. Pourrions-nous, sans manquer à notre devoir, ensevelir dans le gouffre de l'oubli une si longue suite de faveurs et de bontés ? Pourrions-nous, sans vous témoigner notre gratitude, quitter tranquillement votre maison, unique asile de notre disgrâce, ou plutôt un port qui pût nous garantir du naufrage et des malheurs que nous allions essuier par un événement innatendu? Non : nous sommes nés avec honneur et celui-ci est l'avant-coureur de nos actions; nous prenons la vertu pour notre guide et la probité est la base de notre conduite et, conséquemment, nous serions criminels et blâmables aux yeux des hommes, si nous ne faisions voir aux habitants de Beaumont que la chaîne continue des traits de votre beau cœur a comblé tous nos désirs.

M"", le temps des épreuves est passé. Le Tout-Puissant, par un effet de sa miséricorde, a déjà banni notre déchirante tristesse, en dissipant les affreux nuages de nos calamités et une guerre malheureusement si longtemps prolongée. Il est arrivé le moment de nous rendre à notre patrie. Nous voyons d'un œil de joie et de plaisir approcher l'occasion favorable de nous acquitter de notre obligation; et chacun d'entre nous redoublera touts ses efforts pour vous en fournir la preuve. Nous nous ferons un grand plaisir et un honneur sans pareil de rapporter à nos familles votre générosité et vos beaux sentiments. Les louanges de vos noms retentiront par les lieux plus écartés de nos villes, et tout le monde y apprendra qu'il y a des hommes, et plus justement nommés des héros, qui doivent, pour leurs vertus, être couronnés.

Habitants de Beaumont, nous ne pouvons vous regarder qu'avec respect et avec amour. Dieu n'oublie pas ceux qui compatissent aux malheurs : soyez donc sûrs que vous en recevrez la récompense. Vous vous êtes intéressés pour nous, vous nous avez marqué assez de bienveillance et, à l'abri de votre aimable politesse, nous avons mené ici une vie tranquille et passé des jours heureux.

Nous, poussé par notre reconnaissance, nous avons eu recours à la plume afin de vous faire de notre mieux nos plus tendres adieux. Nous ferons continuellement des vœux et des prières afin que le ciel vous

comble de tout le bien possible, outre que nous mettons tous nos moyens et facultés à l'empire de votre caprice.

Maintenant nous partageons l'allégresse générale et nous vous félicitons d'avoir un homme à la ville, qui tendra à jamais à la félicité du peuple qu'il gouverne.

M"", nous avons l'honneur de vous saluer avec un profond attachement et nous vous embrassons le plus tendrement possible.

Des officiers espagnols

Antoine Figueras. * Gaspar Serrano.

Fran<=" Navarro. Franc" Morales.

Cette lettre, on le voit, est fort intéressante pour notre histoire locale, et les sentiments qui s'y trouvent exprimés ne peuvent qu'être agréables à mes lecteurs de Beaumont. Elle fait honneur à la fois aux habitants de notre petite ville, qui s'étaient montrés bons pour de malheureux étrangers que les hasards de la guerre avaient internés chez nous, et à ces derniers qui, après avoir su le mériter, s'étaient empressés de dire bien haut toute leur gratitude.

Page 1