FIN DE LA CONVENTION
La réaction thermidorienne fut marquée, à Beaumont, par trois événements importants: i» l'élargissement des prisonniers politiques qui se trouvaient encore détenus à la maison de réclusion; 2° l'acceptation, dans nos assemblées primaires, de la Constitution de l'an III, établissant en France le régime directorial; 30 la désignation, dans ces mêmes assemblées primaires, des électeurs au second degré, chargés de nommer à leur tour, aux élections de vendémiaire an IV, les députés du département au Conseil des Anciens et au Conseil des Cinq-Cents.
§ I. - Élargissement des prisonniers politiques.
Les événements du 9 thermidor provoquèrent, à Paris et dans la France entière, comme un long soupir de soulagement. On ne doutait pas que la chute de Robespierre n'amenât la fin de la Terreur et on voyait déjà, après les cruelles épreuves de ces derniers temps, s'ouvrir pour le pays une ère nouvelle, ère réparatrice, où l'on pourrait enfin respirer à l'aise et retrouver la vie calme et paisible d'autrefois.
« Le tribunal révolutionnaire, écrit M. Thiers [loc. cit., p. 236), était suspendu, la loi du 22 prairial rapportée, les comités de
Salut public et de Sûreté générale recomposés en partie, les principaux agents de la dernière dictature arrêtés et poursuivis. Le caractère de la dernière Révolution se prononçait, l'essor était donné aux espérances et aux réclamations de toute espèce. Les détenus qui remplissaient les prisons, leurs familles, se disaient avec joie qu'ils allaient jouir des résultats de la journée du 9. Avant ce moment heureux, les parents des suspects n'osaient plus réclamer, même pour faire valoir les raisons les plus légitimes, dans la crainte, soit d'éveiller l'attention de Fouquier- Tin ville, soit d'être incarcérés eux-mêmes pour avoir sollicité en faveur des aristocrates. Le temps des terreurs était passé.
» On commença à se réunir de nouveau dans les sections; autrefois abandonnées aux sans-culottes payés à quarante sous par jour, elles furent aussitôt remplies de gens qui venaient de reparaître à la lumière, de parents de prisonniers, de pères, frères ou fils des victimes immolées par le tribunal révolutionnaire. Le désir de délivrer leurs proches animait les uns; la vengeance animait les autres. On demanda dans toutes les sections la liberté des détenus et l'on se rendit à la Convention pour l'obtenir d'elle. Ces demandes furent renvoyées au Comité de sûreté générale, qui était chargé de vérifier l'application de la loi des suspects. Quoiqu'il renfermât encore le plus grand nombre des individus qui avaient signé les ordres d'arrestation, la force des circonstances et l'adjonction de nouveaux membres devaient le faire incliner à la clémence.
» Il commença, en effet, à prononcer des élargissements en foule. Quelques-uns de ses membres, tels que Legendre, Merlin et autres, parcoururent les prisons pour entendre les réclamations et y répandirent la joie par leur présence et leurs paroles; les autres, siégeant jour et nuit, reçurent les sollicitations des parents, qui se pressaient pour demander des mises en liberté. Le Comité était chargé d'examiner si les prétendus suspects avaient été enfermés sur les motifs de la loi du 17 septembre, et si ces motifs étaient spécifiés dans les mandats d'arrêt. Ce n'était là que revenir à la loi du 17 septembre mieux exécutée. Cependant, c'était assez pour vider presque en entier les prisons.
La précipitation des agents révolutionnaires avait, en effet, été si grande qu'ils arrêtaient le plus souvent sans énoncer les motifs et sans en donner communication aux détenus. On élargit comme on avait enfermé, c'est-à-dire en masse. »
Dès que furent connus à Beaumont les mesures de clémence prises par la Convention en faveur des prisonniers politiques, les suspects et prétendus suspects qui étaient détenus dans la maison de réclusion de la ville réclamèrent de nouveau leur mise en liberté et, cette fois, leurs réclamations furent remises, examinées et, presque toujours, accueillies favorablement. Comme dans les prisons de Paris, les détenus, à Beaumont, furent élargis en masse.