‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 156 sur 269 · QUESTIONS. RÉPONSES · texte numérisé non relu

QUESTIONS. RÉPONSES

1° Boucheries établies et en activité Aucune.

2° Personnes qui achètent régulièrement de la viande.. Personne.

3° Personnes qui n'ont pas de quoi acheter de la viande et qui n'en achètent pas Onze cents.

40 Personnes qui n'ont pas de quoi acheter de la viande, mais qui ont chez elles de la volaille pour remplacer la viande de boucherie Vingt.

50 Indigents qui n'ont pour vivre que le pain qu'on leur donne Onze cents.

Certifié conforme, à Montavit le 28 prairial de la 2*^ année républicaine.

Lacoste, maire.

Vingt personnes seulement, sur une population de onze à douze cents habitants, qui peuvent se permettre de manger de la viande; et, par contre, onze cents indigents qui n'ont pour se nourrir que le pain qu'on leur donne : on ne peut clamer sa détresse d'une façon plus éloquente !

Dans une .situation aussi critique, en face d'une population manquant de tout, que la faim, mauvaise conseillère, aurait pu pousser aux plus regrettables excès, les municipalités étaient profondément anxieuses et l'on conçoit que quelques-unes d'entre elles aient songé à ordonner des visites domiciliaires

chez les propriétaires soupçonnés de dissimuler des grains et de s'emparer, même de force, de tout ce qu'ils pouvaient avoir d'excédent. Aucune loi sans doute, ne les autorisait à prendre une pareille mesure. Mais il s'agissait d'empêcher le peuple de mourir de faim et le salut du peuple n'était-il pas la plus équitable des lois? L'administration du district de Belvès n'était pas éloignée de partager cette manière de voir et, à la municipalité de Sainte Sabine qui lui avait demandé des conseils pour résoudre au mieux sa crise alimentaire, elle adressait, le 27 avril 1792, la très intéressante lettre que voici {ArcJt. de la Dordogne, série L-331) :

Du 27 avril 1792.

Les administrateurs du district de Belvès

aux officiers municipaux de Sainte Sabine.

La question que vous nous proposez, MM", est également difficile et délicate, et sa solution tient aux circonstances des temps et des lieux.

Il est certain que la première, la plus équitable et la plus souveraine des lois est le salut d 1 peuple, mais il est souvent bien difficile de statuer et de connaître si son salut exige qu'on s'écarte des règles ordinaires en dérogeant momentanément à la liberté et à la propriété également garanties par la Constitution.

Dans les circonstances où vous vous trouvez, nous pensons que vous devez préalablement prendre une délibération de municipalité et conseil de la commune, qui constatera : a) l'état de détresse de votre municipalité; b) son éloignement des marchés et minages de Beaumont; c) le peu d'abondance ordinaire du comestible à ces minages; d) l'usage où sont certains citoyens de donner du grain pour de l'argent et d'en refuser pf)ur des assignats, et ensuite après les considérations (quatre ou cinq mots illisibles), arrête :

I" Qu'il sera fait une visite chez tous les citoyens sans distinction présumés avoir du grain au-dessus de leurs provisions, auxquels il sera fait injonction d'en délivrer au prix courant à tous ceux qui se présenteront, compté soit en argent, soit en assignats;

2" Que lesdits citoyens prélèveront et retiendront la quantité nécessaire pour leur maison;

3" Que, pour prévenir toute idée de partialité, l'assemblée détermine le nombre et le nom des citoyens présumés avoir de l'excédent des grains et chez qui la visite sera faite;

4" Que ladite visite sera faite par deux officiers municipaux et le

Page 1