LA \ILLE ET COMTÉ DE BEAUMONT A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
La ville de Beaumont, comme ses voisines, Montpazier, Villeréal, Montflanquin, Molières, Lalinde, est une vieille bastide du xiii^ siècle. Elle fut fondée en 1272 par Edouard I^^", roi d'Angleterre, sur un emplacement qui lui avait été donné à la fois et d'un commun accord par le prieur de Saint A\'it. l'abbé de Cadouin et le seigneur de Biron. La nouvelle bastide resta sous la domination anglaise pendant près de deux siècles. Après la bataille de Castillon (1453), qui chassa définitivement les Anglais de la Guyenne, elle passa entre les mains des rois de France, qui l'administrèrent pour leur compte à l'aide de consuls. Cela dura jusqu'à la fin du xvi^ siècle. Entre temps, l'ancienne bastide avait été érigée en comté. On disait alors, de Beaumont et des paroisses qui en dépendaient : la ville et comté de Beaumont en Périgord.
Le 19 février 1596, Henri IV aliéna la comté de Beaumont pour la somme de treize mille deux cents livres. Les documents de l'époque nous apprennent que les habitants, fort mécontents I. I
de cette ciliénation, protestèrent hautement contre un acte qui leur enlevait leurs anciennes libertés et les mettait désormais sous la domination d'un seigneur. Ils se réunirent en assemblée de jurade et, après délibération, ils demandèrent au roi l'autorisation de racheter la comté et de la lui offrir, à la condition, toutefois, qu'elle ne serait jamais plus vendue, ni par lui ni par ses successeurs. Le roi, comme bien on pense, s'empressa d'accepter cette proposition et, alors, les habitants de Beaumont, avec le précieux concours de Pierre Laphite «syndic des manans» qui se chargea d'avancer les fonds, rachetèrent la comté et en lirent la remise au roi. Beaumont devint de nouveau une ville i ovale.
Dans l'acte de rachat précité, le roi a\'ait solennellement promis que ni lui ni ses successeurs ne pourraient à l'avenir aliéner la seigneurie (iu'on lui avait remise. Mais souvent, hélas ! les promesses des rois ne valent pas plus que celles d'un simple roturier et ce fut le cas pour celles d'Henri IV au sujet de la comté de Beaumont.
L'année même de l'avènement de Louis XI\', en 1643, la reine régente mit en vente à Sarlat «les domaines» ainsi que «la justice » de la ville et juridiction de Beaumont. Le tout fut adjugé, comme dans les ventes publitj[ues, au «plus offrant et dernier enchérisseur », à un certain Jean Jacques de Bergues, pour la somme de 3.780 livres. Cette nouvelle aliénation de leur ville en faveur d'un seigneur étranger, souleva chez les habitants de Beaumont une émotion profonde. Ils refusèrent de le reconnaître et, quand il se présenta devant la ville, avec une compagnie de cent hommes, pour en prendre possession, il trouva les portes fermées. Plus (pie jamais les habitants de l'ancienne bastide tenaient à leurs libertés et, en voyant un seigneur entrer de nouveau en possession de la comté avec l'humeur avide et tracassière (pi'on lui connaissait, « les gentilshommes, ecclésiasti([ues, officiers et autres habitants » se décidèrent, comme autrefois leurs pères, à racheter la seigneurie au sieur de Bergues <t à la remettre encore une fois entre les mains du roi. ("'est ce qui fut fait.
Pour ce (Icu.xièiue rachat, ce fut Jean Martin, sieur de ("hani-
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bard, procureur du roi (.n la juridiction de Bcaumont, i\\\\ a^■an(;a les fonds et nous rappellerons, à ce sujet, qu'il éprou\a]es i)lus grandes ditïicujtés poiu" rentrer en possession de sa créance. 11 en attendit le remboursement pendant plus de quarante ans.
Les liabitants de Beaumont ne devaient pas jouir bien longtemps des bienfaits de cette administration royale, à laquelle ils étaient si profondément attachés et que, du reste, ils avaient achetée chèrement en i()05 et en 1643.
Le 20 mars 1651, moins de neuf ans après l'acliat du sieur de Bergues, Louis Xl\ céda à Frédéric Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, en échange de la principauté de Sedan, le duché d'Albret avec un certain nombre de seigneuries, au nombre desquelles se trouvait la comté de Beaumont. Voilà donc la ville de Beaumont, avec son vaste territoire, aliénée pour la troisième fois par la couronne, cette fois en faveur d'un grand seigneur, le duc de Bouillon. La prise de possession de la comté eut lieu en mai 1(^54 et la remise en fut faite officiellement aux délégués du nouveau seigneur, sous la halle, par les trois consuls de la ville qui étaient alors Pierre Révaugier ou Révauger, Yzaac Laphite et (iuy Batut ^
La famille de Bouillon conserva la seigneurie de Beaumont pendant quatre-vingts ans. En l'année 1733, Charles Godefro\' de La Tour d'Auvergne la vendit à M. d'Augeard ou Daugeard, président de tribunal au parlement de îjordeaux. Le président Daugeard, comme on l'appelait alors dans les actes officiels, ne jouit que peu de temps de sa seigneurie. Il mourut le i*^'" janvier 1739, la laissant à sa veuve, M™^ dg Belrieu de Virazel, plus connue sous le nom de Virazel Daugeard ou de présidente Daugeard. Elle la garda encore pendant vingt-quatre ans. Le 27 juin 1763, par acte passé devant M^ Bonnet, notaire à Bergerac -, la '< seigneuresse » Daugeard aliéna la comté de Beaumont en faveur de Jean de Paty, qui possédait déjà, dans le pays, la
1. Voy. L. Testct, Lu prixe de possession de la ville de Beaiiiitoiit piir Ui Udii' lie de Bouillon en ià-,4, Bull. Soc. Hist. et Archéol. A\\ Périgord, 1921, p. 192-
2. L'nncienne étude de maître Bonnet, ;i Bergerac, est aujourd'hui entre les main-* de niaitrc Braeq.
seigneurie de Lusiés, et qui put ainsi ajouter à son titre de seigneur de Lusiés celui de comte de Beaumont. La vente fut faite pour 20.000 livres. Jean de Paty, en mourant (1769), laissa la seigneurie de Lusiés et la comté de Beaumont à son fils Léonard de Pat^^ qui les conserva l'une et l'autre jusqu'à la Révolution.
Telle est, sommairement résumée, l'histoire de Beaumont depuis sa fondation jusqu'à la période révolutionnaire. Depuis lors, la ville de Beaumont et son territoire ont subi des transformations nombreuses et, avant d'entrer dans notre récit, il ne sera pas sans intérêt de rappeler, dans un tableau succinct, mais suffisamment précis, ce qu'étaient, à la fin de l'ancien régime :
i" La comté de Beaumont :
2° La ville proprement dite :
3" Les habitants.
L'étendue territoriale de Beaumont ^ a beaucoup varié suivant les époques. A l'origine, la bastide fondée par le roi Edouard avait comme dépendances, outre la paroisse de Beaumont : la paroisse de Saint Christophe de Montferrand, avec son château;
I. Les terriers de la comte tle Beaumont ont disparu et toutes les recherches que j'ai faites pour les retrouver ont été iiilVuctueuses. Par contre, j'ai pu recueillir çà et là, dans des archives particulières, de nombreux actes de reconnaissance en faveur des seigneurs de Beaumont. soit le roi, soit M. de Bouillon, soit M. de Patv. Pour la seule ville de Beaumont, je rencontre comme tenanciers ou « recognaissants » :
a) En mars 1607 (en faveur du roi) : noble François Fressanges, lieutenant général au bailliage de Périgord ez \ lUcs de la présente ville de BeaunioiU et Mouillèrcs: messire Gadifé Bouciion, curé: Pierre Tinel, marchand: Jean Merle, bourgeois: Raimond Artigole, bourgeois; Bernard Xeyrac, praticien et consul: Pierre Surguier, procureur du roi au siège dudit Beaumont; M» Antoine Martin, praticien; Guillaume Lafite, bourgeois; M« Durand Baylé, notaire royal ; Jean de Guilhem Redon, marcliand: Jean Lafite, bourgeois; M« Pierre Artigole, etc.
h) Hn juillet, août et septembre 1O98 (en faveur de M. le duc de Bouillon) : Etienne Joseph de iMartin, sieur de Chambard : Charles Dupuis, sieur de Lesp i nasse ; .VI' Jean Dutinel, notaire: Kaimond Martin, sieur de Lagorce : Jacques Surguier, sieur de Lacoste; .VI« Guy Cliamillac, avocat en la Cour; M» (juv ("hamillac, docteur en niàdecine : .M« Jacques Clcrmont, prêtre cl curé de la [)résenlc \ille: Pierre Ba\le,
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