DIFFICULTÉS D'APPROVISIONNEMENT DU MARCHÉ 63I
marché du chef-lieu. Le maire, Jacques Coste, en présence d'une pareille obstination qui livre ses administrés aux « horreurs de la faim », réunit d'urgence le conseil général de la commune et prend la délibération suivante :
Le 17 germinal, l'an II de la République française une et indivisible, en l'assemblée du conseil général, furent présents les citoyens Jacques Coste, maire ; Antoine Randonnier, Pierre Mianne, Jean Dubut, Jacques Auriel et Pierre Grenier, officiers municipaux; Antoine Reynal, Jean Pierre Carrière, Arnaud Tinet, Pierre Rivière, notables; et Pierre Melon, agent national;
Considérant que les citoyens de cette commune se trouvent actuellement exposés à toutes les horreurs de la faim, puisque toutes les mesure momentanées, que le Comité des subsistances avait prises pour les préserver, se trouvent rompues par l'obstination et la rébellion aux lois et aux autorités de la part du peuple des communes de Montavit et de Labouquerie ;
Considérant que les habitants de cette dernière commune se sont émeutes ce jour pour empêcher, soit la levée des scellés requise par les officiers municipaux de Labouquerie, soit pour empêcher le versement des grains contenus dans le grenier de Raymond Merle dans le minage de Beaumont, ainsi qu'il résulte du procès-verbal de l'assesseur du juge de paix de ce canton;
Considérant, enfin, que toutes ces menées, tant de la commune de Labouquerie que de celle de Montavit, tendent évidemment à fomenter la désunion entre voisins et à allumer parmi eux la torche de la guerre civile, malheurs qu'il est on ne peut plus urgent de prévenir;
A ces causes, le conseil général.
Sur ce ouï l'agent national et après avoir mûrement délibéré:
A nommé le citoyen Coste, maire de cette commune, à l'effet de solliciter auprès du susdit Comité des subsistances de Belvès, et par toutes les voies que la loi lui a mises en main, l'exécution des mandats par lui tirés sur les municipalités de Montavit et de Labouquerie, en faveur de celle de Beaumont; de solliciter également la plus prompte remise de la portion des grains et des châtaignes qu'il destine pour l'approvisionnement des habitants de cette commune.
Délibéré audit Beaumont en la maison commune, conseil général tenant, lesdits jour et an ci-dessus.
Coste, maire.
Randonnier, off. mpl. Mianne, ofj. mpl. Auriel, off. mpl. Dubut, off. mpl. Grenier, off. mpl.
CosT-E. notable. Kbyn al. notable. Carrière, wo^afe/e. Tinet, «o/aWe.
P. Rivière, notable.
Melon, agent national. Robert, secr. greff.
Toutes ces foudres administratives lancées par les municipalités contre les cultivateurs ne furent jamais bien efficaces. Les détenteurs de grains avaient intérêt — ils le croyaient tout au moins — à ne pas ouvrir leurs greniers : ils les fermèrent et, sur le marché de Beaumont, les subsistances se firent de plus en plus rares.
§ 4. - Restrictions alimentaires.
En même temps qu'elle s'efforçait, par tous les moyens en son pouvoir, de se procurer des subsistances, la municipalité de Beaumont songeait à réaliser des économies.
Elle restreignit, tout d'abord, la ration alimentaire des habitants. Le 28 germinal an II, le conseil général de la commune étant en séance, le citoyen Ségala, membre du comité des subsistances du district de Belvès et délégué de ce comité dans les cantons de Beaumont et de Montpazier, remit au maire un arrêté des administrateurs du district en date du 23 courant, portant que les subsistances de tout genre qui peuvent exister encore dans les municipalités du district seront partagées entre tous les citoyens d'après les propositions suivantes :
lo Les travailleurs de terre, les ouvriers travaillant sur le fer, sur le bois et la pierre, les chapeliers en activité de travail, les femmes enceintes ou nourrices seront pourvus à raison de cinq quarts de subsistances par personne et par jour jusqu'au 30 juin;
2° Tous les autres citoyens demeurent taxés à raison de trois quarts jusqu'à la même époque, les enfants au-dessous de l'âge de six mois exceptés.
Le conseil, délibérant séance tenante sur les moyens à prendre pour exécuter promptemcnt l'arrêté du district, prend à son tour l'arrêté que voici :
Du 28 germinal de l'an II.
Article t^^.
La municipalité demeure chargée de se transporter chez tous les citoyens de son arrondissement à l'effet de connaître la cpiantité de subsistances dont ils sont encore en possession.