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LA CULTURE DE LA POMME DE TERRE

des cultivateurs que celle de la municipalité de Monta vit, qui porte les signatures du maire Lacoste et des officiers municipaux Puyvandrant et Marchés, mais qui bien certainement a été rédigée par le jeune Jean Delpit. Cette lettre mérite d'être reproduite in extenso. La voici :

A Mont Avit, le 26 ventôse, 2^ année de la République française,

une et indivisible.

A l'agent national près le district de Belvès, les maires et officiers municipaux de Mont Avit.

Nous sentons comme toi, citoyen, les avantages que peut procurer la culture de la pomme de terre. Nous savons qu'il est différentes préparations par lesquelles on peut rendre cette plante aussi agréable au goût que saine au corps et cette conviction augmente les regrets que nous éprouvons de voir sa culture très négligée.

Pour répondre à tes questions, nous te dirons que la pomme de terre est peu cultivée dans notre commune. Il n'y a que quelques particuliers qui aient fait quelques essais et ces essais ont été assez heureux pour donner de l'encouragement aux autres.

Nous trouvons les causes qui en ont empêché la culture jusqu'à présent dans les préjugés des cultivateurs qui, toujours esclaves de l'habitude, ne savent semer que ce que leurs pères ont semé, ne veulent faire produire à leurs terres que ce que leurs pères leur ont fait produire. Il faut espérer de la marche rapide des lumières que bientôt elles éclaireront l'agriculture et dissiperont les ténèbres, dont une routine aveugle a entouré cette science intéressante. Il est digne de ton amour pour le bien public d'éclairer révolutionnairement les agriculteurs. Nous féconderons tes vues pour ce qui est des pommes de terre. Nous les exhorterons à en cultiver. Mais nous t'observerons que les commissaires pour le recensement des grains ont porté dans leurs tableaux le peu de pommes de terre que quelques cultivateurs réservaient pour ensemencer leurs terres. Nous t'invitons à ne pas faire considérer comme subsistances ce qui est destiné à ensemencer les terres et à nous procurer le plus de pommes de terre qu'il te sera possible, pour que nous puissions les distribuer à ceux qui voudront s'adonner à cette culture.

Lacoste, maire. Marchés, off mp'-.

Puyvandrant, o//*" mp'.

Comme celle de Montavit, la plupart des municipalités du canton réclament des semences. Pour répondre à leurs vœux, l'administration du district s'empresse d'aviser les maires qu'elle

644 Llî^ AllAIKHS Dli SUBSISTAxNCES SOUS LA CONVENTION

tient à leur disposition une certaine provision de pommes de terre, destinées à être distribuées à leurs administrés. Mais, hélas, ces provisions arrivent mal et, quand elles arrivent, elles sont en quantité notoirement insuffisante, presque ridicule : un sac, un demi-sac !

Voyez-vous le maire de Beaumont ou de Montavit partageant un demi-sac de pommes de terre entre tous les cultivateurs de la commune !

Or, il y avait, pour un maire, une situation encore plus pénible, c'était de n'avoir rien à partager. C'est ce qui arriva à ce pauvre Vyé, maire de Rampieux, que les administrateurs du district avaient envoyé chercher son demi-sac de pommes de terre chez un particulier de la commune de Saint Romain... qui n'en avait plus aucune. Écoutons ses doléances dans une lettre, du reste très calme et très résignée, qu'il adressait au district le 1^^ floréal :

Rampieux, ce i^r floréal, 2^ année républicaine, une et indivisible.

Liberté. Égalité.

L'agent national près .la commune de Rampieux, ,

à l'agent national près le district de Belvès.

J'ai resut ta letre en dacte du 22 germinal au sujet de pomme de terre avec un requis du Commité de subssistance pour prendre un demisac de pomme de terre ché le citoyen Magimel de Saint Romain, du canton de Moncferant et ce Magimel a repondu qu'il n'en avait pas. Voila pourquoi je te repond de suite pour te demander un autre requis pour en prendre aillieer. S'il était possible den avoir un sac atandu que ya beaucoup dindividus dans notre commune qui en demendent.

Salut et fraternité.

Raimond Vyé.

Les provisions de pommes de terre envoyées par le district aux municipalités du canton furent donc tout à fait insuffisantes. Fort heureusement, des propriétaires qui avaient récolté des pommes de terre l'année précédente, en avaient conservé une quantité qui dépassait leurs besoins : ils en donnèrent à ceux

qui n'en avaient pas et l'on put ainsi en semer un peu partout dans toutes les communes.

La récolte fut, du reste, abondante et les cultivateurs, qui avaient vite abandonné leurs anciens préjugés à l'égard de la pomme de terre, s'empressèrent de mettre en réserve la provision qui leur était nécessaire pour l'ensemencement de l'année suivante.

Par une réaction heureuse, le tubercule si longtemps dédaigné parut à tous une substance alimentaire de premier ordre. Sa culture prit, dans le pays, une extension de plus en plus grande et, en quelques années, dans l'alimentation des villes, dans l'alimentation des campagnes surtout, la pomme de terre devint un succédané précieux du blé et du maïs. On sait les immenses services qu'elle a rendus aux populations pendant les années de disette.

§ 8. - La loi du maximum.

Les grains et autres denrées alimentaires, moins encore du fait de leur pénurie que par suite de la dépréciation du papiermonnaie, atteignirent, en 1792 et 1793, des prix exorbitants, lesquels, naturellement, s'élevèrent de plus en plus au fur et à mesure que baissaient les assignats. Pour mettre un terme à ce renchérissement toujours croissant des substances, la Convention fit une loi, la Loi du maximum, aux termes de laquelle les administrateurs des départements, districts et communes étaient autorisés à fixer à chaque denrée un prix maximum qui, en aucun cas, ne pouvait être dépassé. Une telle mesure, croyaiton, devait maintenir les subsistances à un prix raisonnable et permettre alors aux citoyens pauvres de se procurer, comme les citoyens fortunés, les objets nécessaires à leur subsistance.

La loi du maximum devenait ainsi une loi bienfaisante et c'est comme telle que les administrateurs la présentaient aux populations des villes et de la campagne. Relisons la lettre par laquelle le substitut de l'agent national du district de Belvès envoyait les premières feuilles du maximum aux municipalités

et aux sociétés populaires de son ressort {Arch. dép. de la

Dordogne, Série L-348) :

Du 19 thermidor an 2.

Le substitut de l'agent national près le district de Belvès aux autorités constituées et Sociétés populaires.

Je vous envoie les deux premières feuilles du maximum général. La troisième et successivement toutes celles qui doivent former ce recueil précieux où nos rapports d'intérêt et d'ambition doivent trouver une mesure et une règle invariable, suivront de près, autant que les travaux dont l'imprimeur est déjà chargé le permettront. Le moment est venu où l'égoïsme et la cupidité doivent dépouiller leur masque hideux et subir enfin le joug d'une loi qui doit avoir tant d'influence dans la prospérité publique : amener la confiance entre les citoyens et ce concours heureux d'opinions et de sentiments qui font le charme de la vie.

Vous, donnez des bénédictions aux législateurs, dont les mains bienfaisantes ont porté des secours sous le chaume, à l'infirmité, à la vieillesse, qui ont donné des consolations et des adoucissements au malheur. L'humanité a suggéré ces lois à la justice et la justice les a consacrées.

L'humanité et la justice sont intéressées aussi dans la loi du maximum. Elles y sont étroitement liées. Mais celle-ci a une recommandation de plus, puisqu'elle garantit les droits de l'homme dans le commerce et qu'elle a pour objet un juste équilibre entre la fortune territoriale et la fortune d'industrie.

Réunissons donc nos efforts pour l'accomplissement de cette mesure de la plus haute sagesse; que les bons citoyens surveillent les infractions et les dénoncent aux autorités constituées; que l'opinion frappe de mépris les astucieux qui veulent agrandir leur fortune en fraude de la loi; en même temps que la loi les frappera, qu'aucune considération de voisinage, d'habitude et de liaisons n'arrête le témoin de la violation.

Le silence serait un crime, puisqu'en pareil cas la dénonciation est un devoir.

Les officiers municipaux feront publier à son de trompe les deux

feuilles du maximum qui font l'objet de cet envoi.

Fabré.

Au reçu de ces premières feuilles du maximum, la municipalité de Beaumont les fit publier, non à son de trompe comme le voulait la lettre de Fabré — il n'y avait pas de trompe à Beaumont — , mais au son du tambour et, en plus, il les fit afficher, suivant l'habitude, à la porte de la maison commune, au portail de l'église paroissiale et sur les piliers de la halle.

La loi du maximum ne fut pas seulement appliquée aux grains, au pain et à la farine; elle frappa aussi tous les autres

objets de première nécessité, c'est-à-dire les fruits, les légumes, le bois, les charbons, les boissons, les graisses, le beurre, le sel et les salaisons, les cuirs, le chanvre, le lin, la laine, le drap et toutes les étoffes, excepté les soieries. Voici, à titre de curiosité, le prix maximum auquel le conseil d'administration du district de Belvès [Arch. mun., 2^ Registre, p. 554) avait taxé les denrées de première nécessité, que l'on trouvait en grande partie chez tous les marchands de nos petites villes :

Tableau du maximum ou plus haut prix des denrées de première nécessité.

lo Viande fraîche.

Le bœuf sera fixé à raison de 18 sous la livre de

48 onces, ci ))^i8tf »

La même livre, le veau i 4 «

Le cochon avec le lard ^ i 12 »

Le chevreau, la livre de 16 onces » 7 »

2» Volaille.

Les poulets, poules et chapons, la livre «^ Scf »

Les pigeons, la paire » 10 »

Les dindons, oies et canards, la livre » 6 »

30 Poissons frais.

Assaies, la livre »^ 5 J" »

Barbeau » 8 »

Anguille et poissons de marque » 12 »

40 Viandes salées.

La viande, la livre i^i3<^ »

Graisse fine, la livre i 17 »

Graisse en rame, la livre » 16 »

Morue du nord, la livre » 9 »

Morue moyenne, la livre wWiOrfô*

Morue ou grand poisson, la livre » 13 3

Morue blanche, le couple 4

Sardines Concarneau, le cent 3

50 Liqiietirs.

Le vin, la pinte ^ »# 8J" »

Vinaigre, id » 8 »

Eaux-de-vie, id i 12 »

Huile d'olive fine, la livre i 13 »

Huile commune, id i 4 »

Huile de noix bonne, livre rayante et poids de mars. « 10 »

Pain de noix, le quintal 5 18 »

Chandelle de suif i » »

Bougie d'église 3 4 »

Miel, la chopine - « 8 »

Le sel, la livre de 16 onces » 2 »

Le savon, id i 5 »

Le poivre, id 2 16 »

Les clous de girofle, la livre 12 » »

Muscade et canelle, id 10 » »

Sucre lin, id i 12 9

Le papier fin, la rame 6 » »

6° Bois à brûler.

La brasse ^ de bois de chêne, dans sa perfection,

prise sur place 8// » J" »

La brasse, bois de châtaignier, dans sa perfection,

prise sur place 5 10 »

1. Pinte, ancienne mesure de capacité pour les liquides, contenant environ un litre : elle valait à Paris 93 centimes.

2. Chopine, autre ancienne mesure de capacité, encore usitée dans notre pays, contenant un denil-litre.

V La Hr.i!.i,e de hois vaut 4 stères : dans nos pavs, on achète encore le bois à la brasse.

Charbon de chêne et de brande, le sac de trois

cartons «/f i6<f »

Charbon de chêne, id « 13 »

70 Merceries, étoffes du pavs.

Bure, à l'aune ^ z^f 2<fn^

Ras -, id 2 5 4

Etamine, id 2 » »

Ras, façon d'Agen 4

80 Toiles du pays.

Étoupes grosses, à l'aune i// 6<r8 '

Le bouyradi, id i 12 »

90 Souliers et sabots.

Souliers grands, la paire 6v/ ))<f »

Souliers moyens, id 4 » »

Souliers d'enfant, id 2 » »

Souliers pour femme, id 3 15 »

Sabots pour homme, id » 15 »

Sabots pour femme, id » 10 »

Sabots d'enfant, id » 6 »

iqo Draperie.

Gros Elbeuf, l'aune 33//iRcf8

Elbeuf en autres couleurs 24 » »

Sedan bleu ^^ 6 8

Sélégie ^ bleu 10

I. Aune, mesure «Je longueur, valant i '" i88, soit 12 décimètres.

1. R^is ou rnsf, sortes d'étoffes croisées et très unies, en laine ou en soie, dont le poil ne parait pas.

3. Sélégie, probablement pour stléste. siléiienne, étoffe mi-soie, nii-laine, dont on se servait pour faire des doublures.

Cadis bleu ^ 5^ 4 J »

Ras de castor bleu - 7 7 »

Cadis de Montauban rouge 5 8 8 ♦^

Serge 2 2 8

iio Cuirs.

Cuir fort, la livre 1^13 cJ'4'*^

Veau 2 18 9

Vache i 6 4

Cuir rouge i 4 8

Cuir de sellier blanc i 6 8

Cuir noir i 13 4

Cuir jaune anglais 2 » »

Basane, la douzaine 16 » »

Peaux blanches 10 13 4

12^ Fers.

Fer carré, la livre ))^ 8cf8*>

Fer rond » 10 8

Fer en verge « 3 4

Fer travaillé » 10 8

Fer en feuille et clouterie de charrette » 12 »

Fer plat, fort « 8 »

Fer plat martinet » 9 4

Fer à rampe » 10 8

La fonte » 4 »

L'acier » 16 »

130 Autres métaux.

Cuivre travaillé, la livre «w 2 cr6'*>

Étain fin, id i 13 4

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