LA PRODUCTION AGRICOLE 64I
Pierre Biard, Jean Saignette, autre Pierre Biard dit Combète, Pierre Mouliérac, Jean Boisserie, Léon Beaufort et François Petit.
On sait qu'une loi de la Convention faisait à chaque commune l'obligation de travailler et d'ensemencer les terres appartenant aux défenseurs de la patrie. Par une lettre en date du 5 pluviôse, le citoyen Fabré, substitut de l'agent national du district de Belvès, rappela cette obligation aux municipalités de son ressort, en même temps qu'il leur demandait de lui rendre compte de l'exécution de la dite loi. Il résulte des rapports envoyés à ce sujet au district, qu'elle fut exécutée partout, sous la surveillance des officiers municipaux, avec le plus grand empressement. Voici, à titre documentaire, la réponse des deux municipalités de Glottes et de Born de Champs :
Au citoyen Fabré, substitut de l'agent national, Belvès.
Nous, maire et officiers municipaux de la commune de Glottes, canton de Beaumont, soussignés, en réponse à la lettre du citoyen Fabré, relative à l'exécution de la loi qui charge les municipalités de faire embléver et ensemencer les terres des défenseurs de la patrie, attestent que toutes les terres des défenseurs de la patrie sont ensemencées la présente année, du moins celles accoutumées à se semer.
En témoignage de quoi, nous avons signé, à Glottes, dans la maison commune, le 22 ventôie, deuxième année républicaine.
GiRAUDEL, maire. Durant, 0//'" mp'.
La municipalité de la commune de Born de Champs envoie une réponse analogue :
Born de Ghamps, le 26 ventôse, l'an 2^ de la République française une et indivisible.
Au citoyen agent national près le district de Belvès.
Nous n'avons reçu votre lettre du 5 courant que le 23. La loi qui ordonne de faire embléver les terres des volontaires a été exécutée dans la commune de Born et le sera toujours exactement.
Salut et fraternité,
Lespinasse, maire. Souffleteau, o//' m/>'.
Le canton de Beaumont, en fait de substances alimentaires, ne récoltait guère sur son territoire que des céréales et les légumes les plus usuels. La pomme de terre ou patate, que Parmentier venait d'introduire en France, on sait avec quel succès, y était à peine connue. L'administration du district, qui savait toutes les ressources qu'on pouvait retirer de ce tubercule pour l'alimentation de la population, fit tous ses efforts pour le répandre dans le pays.
Par une lettre en date du 5 ventôse an II, les administrateurs du district, en appelant l'attention des municipalités sur la culture de cette précieuse substance alimentaire, leur demandaient si elle était cultivée dans leur commune et, sinon, qu'elles étaient les raisons qui en auraient empêché jusqu'à présent la culture.
Les réponses des municipalités sont à peu près les mêmes partout. Quelques-unes écrivent au district que la pomme de terre n'a pas été cultivée jusqu'ici dans la commune, mais en ajoutant, comme celle de Born, que cette culture paraît devoir « faire le vœu de tous ». La plupart font savoir que la pomme de terre est bien cultivée sur leur territoire, mais sur de faibles étendues de terrain, par quelques propriétaires seulement et sans le moindre enthousiasme. Quant aux raisons qui rendent les cultivateurs hésitants, elles sont multiples : tout d'abord, on ne connaît pas le produit ou, tout au moins, on n'en connaît que ce que veut bien leur en dire l'administration; le bruit a couru qu'il n'était pas entièrement inoffensif, qu'il donnait notamment la lèpre à ceux qui en mangeaient; sans ajouter foi à de pareils bruits, certains propriétaires craignaient que sa culture ne fût ruineuse pour la terre. L'expérience, écrivait le maire de Beaumont, « apprend à nos cultivateurs qu'un terrain qui donne annuellement dix sacs de patates, peut donner dix cartons de blé d'Espagne » et il ajoutait : «Voilà d'où vient que le plus grand nombre d'entre eux préfèrent l'un à l'autre. »
Mais, parmi toutes les lettres que reçut à cette occasion le district de Belvès, aucune ne traduit plus clairement la mentalité