‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 183 sur 269 · RÉPONSES DES MUNICIPALITÉS · texte numérisé non relu

RÉPONSES DES MUNICIPALITÉS

Le canton, à ce moment-là, par le fait de la mauvaise récolte d'abord, puis par suite de certains prélèvements qu'on avait déjà faits dans sa provision de blé pour les porter au marché, se trouvait dans une situation fort précaire. Il manquerait de grains cette année pour sa consommation et, de ce fait, se trouvait dans l'impossibilité absolue de faire les sacrifices qu'on lui demandait. C'est un long concert de lamentations que les mvmicipalités, à la place de grains, envoyèrent au district.

Voici d'abord la lettre, très courte, mais très expressive, que le maire de Beaumont, Jacques Coste, adressa au directoire de Belvès :

La municipalité de Beaumont à V administration du district

de Belvès.

Citoyens administrateurs,

Vous nous avez compris pour soixante quintaux grains, trois quarts

froment et un quart seigle ou orge pour l'approvisionnement de l'armée

des Pyrénées occidentales. Quelque désir que nous ayons de secourir

nos braves frères d'armes, comment serait-il possible que nous puissions

verser cette quantité, nous à qui il ne reste pas certainement trente livres

de grains de l'espèce requise pour chaque individu de notre commune,

ainsi que vous pouvez le vérifier par le recensement qu'il en fut fait en

exécution de l'arrêté du représentant du peuple Pélissier, et vous sentez

par 11, citoyens et très dignes administrateurs, que nous sommes bien

moins dans le cas d'en donner que d'en recevoir.

Salut et fraternité.

Coste, maire.

Grenier, officier municipal. Auriel, officier municipal.

La municipalité de Montavit, assemblée en séance, le ig nivôse, déclare, à son tour, qu'il lui est impossible de fournir le contingent de 20 quintaux de grains qui lui est assigné par le district, « vu le peu qui s'en est recueilli dans la commune et la consommation qui s'en est faite depuis sa maturité jusqu'à

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la récolte du blé d'Espagne». Les cultivateurs ont eu juste de quoi ensemencer leurs terres et il y en a même plusieurs qui « n'ont pu finir de semer les terres qui devaient l'être, faute de semences ».

La municipalité de Bouniiquel , par la plume de son maire, Jean Ducros, expose longuement (20 nivôse) l'impossibilité absolue où se trouve la commune de Bourniquel de fournir le contingent de 80 quintaux que l'administration du district lui avait imposé.

» Les motifs de cette impossibilité, écrit-il, sont déduits d'après une juste connaissance des deux derniers recensements qui ont été faits dans ladite commune, le premier par la municipalité et le second par les commissaires envoyés par la commune de Beaumont.

» Du premier, qui fut fait du 21 au 30 fructidor, il résulte que :

Le total du froment de ladite commune ne s'élevait qu'à 257 qx 30 livres.

De cette quantité, il y en avait de la maison de Cardou 120 qx »

Par conséquent, ne demeurait pour le reste de la commune que 137 qx 30 livres.

» Du deuxième recensement, qui fut fait du 2 au 8 frimaire dernier, il résulte que :

Il n'y avait de froment, dans toute la commune que 126 qx 40 livres.

De cette quantité, il y en avait de la maison de Cardou 56 qx »

Par conséquent, il ne demeurait pour le reste de la commune que 70 qx 40 livres.

» Depuis le deuxième recensement jusqu'à aujourd'hui, qui fait un espace de plus de deux mois, il n'est pas de doute que la commune aurait dii consommer la totalité du froment, si elle n'eût économisé d'une manière extraordinaire. »

La municipalité fait observer, en outre, que de tout temps les habitants de la commune qui manquaient de grains s'ap-

provisionnaient dans la maison de Cardou. Mais aujourd'hui, la maison étant en ferme et les fermiers ayant fait emporter hors de la commune, comme n'y résidant pas, tous les blés qu'ils avaient retirés de la dernière récolte, laquelle « avait été bien diséteuse », ils ne savaient où aller pour refaire leurs provisions. Elle espère qu'en raison des circonstances, l'administration du district « lèvera le requis » qu'elle a fait sur la commune de Bourniquel de 80 quintaux de froment, par son arrêté du 17 frimaire.

La municipalité de Sabine (la commune, on le sait, a changé son ancien nom par celui de Sabine Germain Le Bel réunis), bien que récoltant beaucoup de blé, n'est pas plus en mesure que les autres de fournir le contingent qui lui est assigné par l'arrêté du 17 frimaire. Au reçu de cet arrêté, le maire, qui était alors Blanche, réunit ses officiers municipaux et, après délibération, répond aux administrateurs du district par la lettre suivante :

Sabine, le 30 nivôse, 3^ année républicaine.

Les officiers municipaux de Sabine à l'agent national près le district de Belvès.

Citoyens,

Nous avons reçu l'arrêté de l'administration du 17 frimaire dernier que tu nous a transmis, portant une réquisition de 375 quintaux froment sur cette commune. De suite, après en avoir pris connaissance, nous nous sommes empressés de vouloir remplir ces dispositions.

En conséquence, nous avons examiné le tableau des déclarations, ainsi que le dernier recensement, qui fut fait par les citoyens Durant, Giraudel et Barriat, commissaires nommés par la municipalité de Glottes. A la vue de l'un et de l'autre, nous avons reconnu qu'il était impossible que cette coiiimune pût remplir la réquisition de 375 quintaux froment. Bien le contraire, cette commune a le malheur d'être du nombre de celles ([ui manqueront de subsistances, puisqu'il lui en faudra au moins 400 quintaux.

Nous n'avons pas besoin de te rappeler quelle est la population de cette commune et quelles sont les ressources. Nous te prions de mettre l'une et l'autre sous les yeux de l'administration et lui certifier qu'il est impossible de remplir les vœux de son arrêté.

Salut et fraternité.

Blanchk, maire. Claveille, officier municipal.

Brousse, notable. Bigot, notable.

La municipalité de Born de Champs, à qui l'administration demande 275 quintaux, se trouve, elle aussi, dans l'impossibilité de les trouver dans la commune et, dans sa séance du 25 nivôse, prend la délibération suivante :

i" Après avoir vu le recensement des grains de la commune où il n'y a que 423 quintaux (pain, farine et froment), il est impossible de faire la répartition de 275 quintaux froment, attendu que dans ce moment, il n'y a pas 100 quintaux froment dans la commune.

2° Au lieu de pouvoir fournir ladite quantité de 275 quintaux froment, il manquera au moins plus de 200 quintaux.

Lespinasse, maire.

(c Ah ! quel terrible coup de foudre vient de frapper nos vues bienfaisantes », écrit le maire de Nojals à l'administration du district, en lui accusant réception de son arrêté du 17 frimaire, portant à 150 quintaux le contingent de grains que devait verser la commune pour l'armée des Pyrénées occidentales. Et il lui expose les raisons (elles sont toujours les mêmes!) qui l'empêchaient d'effectuer ledit versement : la récolte a été mauvaise, la consommation en a déjà absorbé la plus grande partie, les habitants manqueront de subsistances cette année, etc., etc.

A Rampieux, la situation économique est la même qu'ailleurs. La commune est profondément appauvrie. Autrefois, les habitants avaient à leur disposition le grenier du domaine de Montsec ^ : mais ici, comme à Cardou, le domaine, devenu bien national, avait été mis en ferme et, le fermier ayant transporté sa récolte hors de la commune, ils ne savaient plus où s'approvisionner désormais. Ils sont absolument sans ressources, n'ayant que le tiers des subsistances qui leur seraient nécessaires pour attendre la prochaine récolte. « Si notre commune, écrit le maire à la date du 23 nivôse, se trouve privée du peu de subsistances qui lui reste, elle se voit réduite à ne pouvoir faire aucune espèce de culture et, en même temps, à mourir de faim. »

I. 11 s"agit de Bouchou, qui appartenait jadis à Antoine Surguier, s^ de Falgueyret, et qui, par héritage, avait passé, vers 17^7, entre les mains de M. Charles de Montsec, habitant Beauniont.

A Lahouquerie, comme à Rampieux, les habitants manquent de subsistances. Ils n'ont même pas de grains pour ensemencer leurs terres. Comment pourraient-ils alors réunir les 20 quintaux que leur demande le district? La municipalité, par la plume de son maire, le citoyen Nadal, se fait l'écho de leurs doléances :

Du 22 nivôse, an 3e de la République française.

Aux citoyens amministrateurs du destris de Belvès.

A la réquisitions de l'ageant national qui nous afait leture d'uns extres de registre des cheancses du conchel (séances du conseil) gênerai de larainistrations du destris de Velves du 17 frimere ^^ année replubliquenne sur la repartitions de grens de cinq mille quinto de grens et qu'il nous dite que notre contingeans et fîget a 20 quintos de froment pour la municipalité de Labouquerie.

Mais après avoir antendus l'ageant national :

Nous, officier municipaux et congeil gênerai de la municipalité, avans de ne riens délibéré, nous avons fait ressemblé tous les endividus de notre commune et uns chagueuns nous porte leur ressons que dans peux de jour les citoyens de notre commune resteront leur biens a travailler faute de sussistenge (subsistances), atendeux qu'il est sortis beaucoup de grens qu'il {un mot illisible) dans les biens des Emigrés ' qui et sorti de notre commune, il nous et impossible daderet votre demande.

Sitoyens aministrateur, nous vous adressont la pressente pâtissions, seur la rapor qui nous a ete fait par nos endividus de notre commune.

Fait a la maysous commune de Labouquerie le 22 nivôse.

Nadal, maire.

Randonnier, officier municipal. Faure, officier municipal.

Et, comme on le voit, le citoyen maire de Labouquerie est toujours fidèle à ses habitudes orthographiques.

30 Nouvelle réquisition du district, nouvelles lamentations des municipalités.

L'administration du district, qui n'ignorait pas la répugnance profonde qu'avaient les cultivateurs à ouvrir leurs grc-

I. Il s"agit d(.'s d():nainos de Falgucvret, de Caudc-Boric, de Merle et de I.éom.Trd qui appartenaient, les deux premiers, au citoyen Montsec, les deux autres, au citoyen Constantin, ici, comme à liouchou et à Cardou, ces domaines avaient été donnés en ferme, et les l'ermiers avaient emporté la récolte en dehors de la commune.

KEQUISITIONS DES GKAINS 703

niers, ne se laissa pas émouvoir par toutes ces lamentations. Elle pensa, à tort ou à raison, que cette pauvreté des populations était exagérée, qu'il y avait encore des grains dans toutes les communes et, dans un arrêté en date du 14 pluviôse, elle rappela aux municipalités du canton de Beaumont celui du 17 frimaire précédent, en insistant cette fois pour son exécution immédiate.

Les municipalités, réellement malheureuses, n'ayant en fait de subsistances que ce qui leur était absolument nécessaire, ne purent que renouveler leurs premières déclarations, en même temps que leur supplique de ne pas mettre la main sur le peu qui leur restait encore.

Nous avons en main un certain nombre de leurs réponses. Elles sont à lire :

A Beaumont, le maire, Jacques Coste, réunit d'urgence le conseil général de la commune et lui fit prendre la délibération suivante :

Après avoir pris connaissance de l'arrêté du conseil d'administration du district de Belvès du 14 du présent mois, relatif à la répartition du contingent assigné sur cette commune, consistant en soixante quintaux grains.

Après avoir également pris connaissance du résultat du recensement fait dans cette commune au commencement du mois brumaire par les commissaires de la commune de Saint Avit Sénieur;

Considérant que, suivant ledit recensement, bien loin d'y avoir dans cette commune des subsistances suffisantes, il est probable au contraire qu'il en manquera au moins pour quatre mois;

Considérant que, si un grand nombre d'individus n'avaient trouvé le moyen de se procurer quelques subsistances dans les communes éloignées, celles qui existaient à l'époque du recensement seraient entièrement déjà consommées ;

Considérant que toutes ces ressources paraissent épuisées et qu'il n'est plus possible même d'en trouver au plus haut prix;

Considérant, enfin, que, malgré les désirs extrêmes que les bons citoyens de cette commune témoignent à l'effet de secourir leurs frères d'armes, ils se trouvent malheureusement dans l'impossibilité absolue de le faire;

Après avoir sur ce oui l'agent national. Le conseil général a délibéré:

Que, attendu la pénurie des subsistances qui règne dans cette commune, il est impossible de procéder à la répartition prescrite par l'arrêté pré. cité, et qu'en conséquence la présente délibération sera incessamment

envoyée à l'administration du district, qui voudra bien s'occuper du dégrèvement des grains qui faisait l'objet de notre contingent.

Fait en la maison commune, conseil général tenant, le 25 pluviôse, l'an 3e de la République française une et indivisible.

CoSTE, maire. Dubut, officier municipal.

AuRiEL, officier municipal. Randonnier, officier municipal.

MiANNE, officier mtmicipal.

ÏINET, notable. Bessot, notable. Jardel, notable.

Robert, secrétaire greffier.

Le 6 ventôse suivant, sur une réquisition nouvelle de l'agent national, la municipalité renouvelle sa déclaration du 25 pluviôse que la répartition des 60 quintaux grains <( devient impossible à cause du grand déficit des subsistances qui se fait sentir dans la commune ». Jacques Coste, à ce sujet, fait observer aux administrateurs du district que la presque-totalité des habitants de la commune en sont réduits à vivre de blé d'Espagne. Il lui fait observer en même temps que, si au lieu de donner aux prisonniers de guerre du pain de froment, on les nourrissait, comme se nourrissent les cultivateurs, avec du blé d'Espagne et des châtaignes, on réaliserait ainsi sur le blé des économies considérables, dont on pourrait faire bénéficier l'armée des Pyrénées occidentales. Et, au nom de la municipalité, il envoie au district un commissaire spécial pour l'inviter à prendre cette mesure, en lui assurant qu'il existe dans les différentes communes du canton, une quantité suffisante de blé d'Espagne, de châtaignes et de pommes de terre, que l'on pourrait mettre en réquisition pour l'usage des prisonniers. Cette proposition du maire de Beaumont était fort sage et j'aime à croire qu'elle fut acceptée par le district.

A Montavit, la municipalité, après avoir sérieusement examiné le recensement fait dans la commune, le peu de froment qui s'y est recueilli » par l'effet de la grêle qui avait affligé » son territoire, la consommation qui s'y est faite depuis sa maturité jusqu'à la récolte du blé d'Espagne, la grande difficulté qu'ont rencontrée les cultivateurs pour se procurer du blé de semence, écrit à l'administration du district que, malgré toute sa bonne \'olonté de livrer la quantité de grains qui lui est demandée, il

lui est matériellement impossible de le faire : il n'y en a pas dans la commune; si quelque particulier en possède quelques quartons, c'est qu'il se les est procurés à prix d'argent dans les communes voisines; ceux qui, faute d'argent, n'ont pu s'en procurer ne mangent que du blé d'Espagne et des châtaignes, et encore n'en ont-ils qu'une provision fort restreinte. Dans ces conditions, qu'il déplore, le maire Lacoste estime qu'il est pour le moins inutile de procéder à une répartition « qui ne ferait qu'exciter du mécontentement » et il demande à l'administration de vouloir bien, pour cette fois, reporter le contingent de la commune de Montavit sur des communes plus fortunées, (( offrant, une autre année, si elle recueille du grain, de fournir en remplacement pour celles qui fourniront à présent pour son défaut ». On ne pouvait être plus raisonnable.

A Bourniqucl, la municipalité, au reçu^de la nouvelle réquisition du district, se réunit en séance (lo ventôse). A la demande de l'agent national qu'il soit pris les « mesures les plus promptes et les plus salutaires pour découvrir les fraudes qui auraient pu se commettre dans les recensements », on nomme quatre commissaires, pris dans les membres du conseil, « à l'effet de se transporter chez tous les particuliers pour y faire la visite domiciliaire et recensement de tous les grains qui se trouveront dans la commune ». Deux jours après, le 12 ventôse, le conseil se réunit de nouveau pour entendre le rapport de ses commissaires.

Ce rapport, hélas ! n'est rien moins que satisfaisant : les commissaires recenseurs, malgré toute leur activité et tous leurs soins à visiter les greniers, n'ont pu y recenser des grains qui n'existaient pas.

Sur ce, le maire de Bourniquel, Jean Ducros, écrit à l'administration du district « qu'il y a un déficit considérable en froment pour la subsistance des individus qui composent la commune, et que les motifs exposés par l'arrêté de la municipalité du 20 nivôse ne sont point exagérés ». Il ne peut donc que renouveler ici sa déclaration qu'il est matériellement impossible à la commune de Bourniquel de fournir son contingent.

A Born de Champs, la municipalité nomme aussi des com-

7o6 LES AFFAIRES DE SUBSISTANCES SOUS LA CONVENTION

missaires pour se rendre dans toutes les maisons de la commune et y recenser les subsistances qui pourraient s'y trouver. Mais encore ici ces visites domiciliaires n'aboutissent à d'autre résultat que d'établir que la commune est dans l'impossibilité absolue de fournir les grains qu'on lui demande. Lisons, à ce sujet, la délibération que prit le conseil général de Born dans sa séance du lo ventôse :

Considérant qu'ayant donné connaissance pendant deux différentes fois à l'administration du district de l'impossibilité où se trouve la commune de pouvoir fournir lesdits 275 quintaux froment et, notamment par l'arrêté du 25 pluviôse dernier, que l'agent national a transmis à l'agent national du district et où l'administration a pu reconnaître la vérité du fait;

Considérant, enfin, que s'exposer à faire une répartition de cette quantité de grains, ce serait s'exposer à quelque excès du peuple qui manque déjà de subsistance;

Dans cet état des choses.

Vu la pénurie de subsistance dans cette commune, qui manque déjà de plus de 200 quintaux de subsistances en grains,

L'agent national, entendu, arrête :

Article 1er.

Qu'il est impossible que la commune de Born puisse fournir la quantité de 275 quintaux de froment a elle demandée pour l'approvisionnement des armées des Pyrénées occidentales; que faire la répartition desdits grains ^conformément aux arrêtés de l'administration du district, ce serait exposer le peuple, qui manque déjà de subsistances, à quelque excès critique.

Article II.

Que le présent arrêté sera, à la diligence de l'agent national incessamment transmis à l'agent national près du district, pour qu'il le mette sous les yeux de l'administration et lui faire connaître l'état de cette commune et la solliciter, pour reconnaître la vérité de ce qu'elle avance, de jeter un coup d'œil sur les déclarations faites par les citoyens de cette commune et sur les derniers recensements.

Fait et arrêté à Born, le 10 ventôse, 3^ année républicaine.

Lespinasse, maire, Bouscaillou, officier municipal.

Caunière, notable, Mouliérac, agetii national

Lespinasse, p^ le Secrétaire.

A Sabine, le maire rappelle à l'administration du district la délibération de la commune à la date du 30 nivôse (voy.

RI'yUISlTIONS DES GRAINS 707

p. 700) et lui déclare à nouveau que les habitants de Sabine manquent de grains et, par conséquent, ne sauraient en donner:

Sabine 25 pluviôse 3^ année républicaine .

Les officiers municipaux de Sabine à l'agent national près le district.

Citoyens,

Pour répondre à ton arrêté, nous te déclarons qu'il est impossible de faire la répartition des susdits grains, attendu que cette commune manquera au moins de 400 quintaux de subsistances.

Nous te prions de mettre la présente ainsi que le tableau des déclarations sous les yeux de l'administration. Elle reconnaîtra la vérité du fait et que Sabine est dans l'impossibilité de fournir des subsistances à l'armée des Pyrénées occidentales.

Salut et fraternité. Blanche, maire.

A Rampieux, où les habitants sont d'autant plus misérables que le fermier de Montsec a emporté tous les grains récoltés dans la commune, la municipalité adresse à l'administration du district la supplique suivante :

Aux citoyens administrateurs du district de Belvès. Citoyens,

La commune de Rampieux vous expose que vous la mettez dans la plus grande impossibilité de pouvoir ren plir le contingent de grains que vous lui avez assigné dans la répartition que vous en avez faite.

Veuillez donc jeter les j^eux sur le recensement dernier et, par là, vous verrez que la plus grande partie de la commune va maintenant pas avoir rien pour se substanter que quelques châtaignes, qu'ils se procurent au marché de Montpazier.

Veuillez donc avoir égard à une commune qui est dans une si grande pénurie. La commune avait pour ressource le blé de Montsec; et que la municipalité avait pris son arrêté et que vous avez révoqué comme étant contre les lois. Et, en conséquence, les fermiers l'ont tout enlevé. Voilà donc la commune sans ressource.

Xous vous observons aussi que la commune s'est épuisée pour faire semer ceux qui n'en avaient pas dès après le dernier recensement.

Malgré la bonne volonté que la commune aurait de remplir le contingent de votre demande, elle se trouve dans l'impossibilité.

Salut et fraternité.

Gay, maire. Vyé, agent national.

Segalas, officier municipal. Gouyou, officier municipal.

]avbkrt, notable. Martin, notable. Vurhilt, notable. Parsat, notable,

BoissERiE fils. Gay fils. Roucheyrolle, secrétaire greffier.

A Nojals, la municipalité, au reçu de l'arrêté du 14 pluviôse la sommant de fournir au plus tôt les 150 quintaux de grains qui lui étaient assignés, ne croit pas devoir se récuser de nouveau. Cette fois, elle s'exécute et répartit la dite réquisition des 150 quintaux de froment entre dix-sept habitants de la commune. Mais ces dix-sept citoyens, dans les vingt-quatre heures, défilent les uns après les autres chez le maire en lui déclarant qu'ils « étaient dans une consternation des plus humiliantes de ne pouvoir remplir le devoir le plus sacré en donnant du secours à leurs

(^(rFrfmttictSm^^^juC^ — /— — U

FiG. 103.

Le maire de Xojals et son secrétaire.

très chers frères d'armes défenseurs de la chose commune, mais qu'il connaissait aussi bien qu'eux leurs tristes ressources et qu'ils ne pouvaient absolument en verser dans le grenier de la commune destiné à cet effet, attendu qu'ils étaient sur la fin de leurs subsistances )>.

Et le maire Carrier, par la plume de son secrétaire, s'empresse de transmettre ces doléances aux administrateurs du district en ajoutant : « Nous sommes dans le plus furieux désespoir que le sol ingrat de notre territoire ne nous ait point fourni les ressources que désiraient nos vues bienfaisantes. Mais, pour plus grande preuve du fait, nous vous supplions avec instance de dépécher un ou plusieurs commissaires pour parcourir l'entière surface de notre commune, et vous serez instruits alors si on peut compter sur nos remontrances, ce que nous désirons avec ardeur. En attendant, nous vous prions de croire de la parfaite soumission avec laquelle nous conserverons jusqu'au tombeau. »

Toute cette belle phraséologie, est-il besoin de le rappeler, est du citoyen Landa Fontanelle, secrétaire greffier.

A Labouquerie, la situation alimentaire des habitants de la commune s'est encore aggravée depuis le 30 nivôse et la munici-

palité ne peut que renouveler les protestations et les suppliques qu'elle envoyait, à cette époque, à l'administration du district. Voici sa nouvelle délibération. Elle porte la date du 8 ventôse.

Nous, officier municipaux et conseil général de la commune de Labouquerie, avant de ne riens déliberet, nous avons rappelât tous les endividus de notre commune de set rendretà la maysont commune. Uns chaceund a portes par rezoïs que dans peux de jour nous serons tous à la famine Nous avons examiné notre ressencement qui nous et impossible daderét à votre demande atendus (^ue le fermier National nous a emporté la plus grande partie des grens de la commune, qui ont anporté cet grens dans la commune de Bomont. Et. dans ce moment, nous nous voyons presque tous a la famine.

Sitoyens aministrateur, nous vous dressont la pressente peticions pour vous dire, sil vous ne le croyet pas, vous pouvès envoyer de commissere pour faire uns nouvaux ressencement dans notre commune. Nous navons pas de grenier nationos...

Fait a la maysout commune le 8 ventoze.

Nadal, maire. Pagnoux, agent national.

Randonnier, officier municipal. Faure, officier municif>al.

Lagarrigue, notable.

BoissERiE, notable. Juglat, notable.

Au total, les réponses des municipalités du canton de Beaumont à la deuxième réquisition du district (14 pluviôse) rappellent exactement celles qu'elles avaient faites à la première (17 frimaire). Elles traduisent éloquemment, en l'accentuant encore, la profonde détresse économique où se trouvait plongée la population : presque partout les subsistances sont au-dessous des besoins; le blé, notamment, fait entièrement défaut, au point que bien des cultivateurs n'ont pu, faute de grains, ensemencer leurs terres; les habitants en sont réduits à se nourrir de blé d'Espagne, de pommes de terre et de châtaignes, et encore sontils obligés, ces denrées étant rares, de s'imposer des restrictions ; la famine est de plus en plus menaçante; on ne peut vraiment, dans de pareilles conditions, songer à une réquisition quelconque, et il serait à craindre, si l'on persistait à vouloir faire une répartition entre les habitants de chaque commune, de les pousser à des excès qui, provoqués par la faim, pourraient avoir des conséquences redoutables.

Nous ne trouvons plus rien, dans les archives municipales .de Beaumont, relativement à la réquisition de 5.000 quintaux de grains destinés aux armées des Pyrénées occidentales.

Il est très probable que l'administration du district se rendit, cette fois, aux bonnes raisons que lui exposaient nos municipalités et que, reportant sa réquisition sur des contrées plus riches, elle laissa aux populations malheureuses de Beaumont le peu de subsistances qu'il leur restait pour vivre ou, plus exactement peut-être, pour ne pas mourir de faim.

§ 2. - RÉQUISITIONS DE FOURRAGES ET d' AVOINES.

Ces réquisitions étaient pour ainsi dire permanentes, l'administration de la guerre ayant toujours des chevaux à nourrir, soit dans les casernes, soit dans la zone des armées. On sait que l'armée des Pyrénées occidentales se ravitaillait en grande partie dans le département de la Dordogne.

Il se passa pour la réquisition des fourrages ce qui s'était passé pour la réquisition des grains.

Nos populations, profondément patriotes, donnaient, quand elles le pouvaient, tout ce qu'on leur demandait, sans se plaindre, parfois même avec une sorte d'empressement. Voici ce que l'agent national de la commune de Born de Champs, le 23 ventôse an III, écrivait à son collègue près le district de Belvès :

Citoyen,

J'ai reçu l'arrêté de l'administration du district du 11 courant, portant répartition de 25 quintaux foin sur cette commune. J'en ai requis l'exécution, et la municipalité a de suite procédé à la répartition entre les particuliers. Malgré c[u'elle manque totalement de fourrages, elle saura toujours se priver de son strict nécessaire pour le maintien de nos armées victorieuses.

Salut et fraternité.

MoLiÉRAC, agent national.

Mais la gêne était souvent très grande, pour les fourrages comme pour les grains, les quantités réquisitionnées dépassant parfois celles pos.sédées par les communes. Et celles-ci alors, dans l'impossibilité où elles étaient de donner .satisfaction à

RÉQUISITIONS DE FOURRAGES ET d'aVOINES 71I

l'administration, lui envoyaient des lettres désolées, comme celles que rfous avons vues et celles que nous verrons encore.

Nos archives municipales nous parlent de trois réquisitions de fourrages faites en l'an II et en l'an III dans le canton de Beaumont : la première, le 2 fructidor de l'an II ; la seconde, le 6 nivôse de l'an III; la troisième, le 11 ventôse suivant..

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