RÉQUISITION DE NIVÔSE ET VENTÔSE AN IIL
En nivôse (le 6) et ventôse (le ii) de l'année suivante, nouvelle réquisition militaire. Les communes, qui n'ont pas accru leurs provisions de fourrages depuis fructidor, qui les ont vues diminuer au contraire par la consommation qu'en ont faite les bestiaux, font les mêmes réponses : les fourrages et l'avoine manquent et il leur est absolument impossible d'apporter aux magasins militaires le contingent, soit de foin, soit d'avoine, qui leur est imposé.
Il n'existe, dans la commune, fait observer le maire de Rampieux, que très peu de fourrages, une quantité bien insuffisante pour les besoins et cette situation est d'autant plus pénible qu'on n'en trouve nulle part à acheter pour l'alimentation des bestiaux. VA quant à l'avoine, il ne s'en est même pas semé sur le territoire de la municipalité.
REQUISITIONS DE FOURRAGES ET d'aVOIXES 713
A Montavit, la commune, par l'arrêté du ii ventôse, est imposée pour 50 quintaux de foin, destinés à l'armée des Pyrénées occidentales. Le maire, le citoyen Lacoste, envoie aussitôt un « requis » au fermier des biens du Petit Peyssou^ pour fournir et envoyer au dépôt, dans le plus bref délai, les 50 quintaux en question. Le maire savait que cette quantité de fourrages se trouvait chez le fermier du Petit Peyssou : <> autrement, ajoutet-il, nous ne voyons pas un individu de notre commune qui ait du foin; au contraire, il y en a les trois quarts qui en manquent, et les autres en ont fort peu, de façon qu'on est fort embarrassé dans cette commune pour nourrir les bestiaux ».
A Labouqueric, c'est la même disette et les mêmes lamentations. Les officiers municipaux convoquent à la mairie, pour avoir leur avis, tous les citoyens de la commune. « Uns chaquens, écrit le maire Nadal dans ce style qui lui est particulier, nous a porté .scet déclarations a notre maysout commune : lund saceund dit par set ressons quil nat pas la motier de fourage quil leur fait boisoint pour leur bestios ».
Si les communes du canton de Beaumont sont entièrement dépourvues d'avoine, elles ont encore un peu de paille et, bien qu'elle leur soit nécessaire, soit comme litière, soit comme nourriture pour les bestiaux, elles peuvent consentir à en céder une partie pour la réquisition. Mais ce qu'elles ne peuvent accepter, c'est d'être obligées de les verser dans le magasin de Limeuil, qui est très éloigné de Beaumont et plus encore des communes situées au midi de la ville. Kampieux, Nojals, Sainte Sabine, Labouquerie, Born de Champs protestent hautement contre cette décision du district :
« Ce qu'il nous est impossible d'exécuter, écrit au district l'agent national de Born de Champs, c'est le transport de cette paille à Limeuil, comme semble nous le prescrire l'arrêté de l'administration. Comment, en effet, peut-on juger possible à des bœufs, surtout chargés, un trajet de six à sept lieues pour
1. Le bien du Petit Peyssou, déclaré bien national (son propriétaire se trouvant inscrit sur la liste des Émigrés), était sous séquestre et régi par un fermier. 11 appartenait, avant la Révolution, à M. Coustin Bourzolles.
714 r.ES AFFAIRES DE SUBSISTANCES SOUS LA CONVENTIOX
aller et autant pour le retour, qui est la distance d'ici à Limeuil? Il est vraisemblable que l'administration ne peut nous assujettir à transporter cette paille que jusqu'à Beaumont, comme elle l'avait précédemment fait, et que c'est un défaut de transcription. Si nous nous trouvions soumis, dans la copie de l'arrêté que nous avons reçu, à aller à Limeuil, parce que cette dernière disposition se trouve dans le cercle des impossibles, je vous prie de soumettre nos observations à l'administration, pour qu'elle veuille bien fixer à Beaumont l'endroit où nous devons faire transporter nos pailles. »
Ce transport de charretées de paille de Born de Champs — et en général de toutes les communes du canton de Beaumont — au port de Umeuil, à une distance de 6 à 7 lieues et par des chemins à peine carrossables, se trouvait, en effet, « dans le cercle des impossibles »>, comme le disait Grenier. C'était évidemment le résultat d'une erreur de secrétariat, que l'administration du district, à la demande des municipalités intéressées, s'empressa de rectifier.
30 Les COMMUNES en retard, l'arrêté du 14 GERMINAL.
Nous sommes aux premiers jours de germinal, les communes n'ont pas versé le contingent de fourrages qui leur était assigné par l'arrêté de ventôse et rien n'annonce qu'elles songent même à le verser. Or le besoin se fait de plus en plus sentir de ravitailler, en foin et avoine, nos armées des Pyrénées occidentales.
Le 14 germinal, le citoyen Fournier, commissaire spécial du département pour les fourrages, prend un arrêté portant que le citoyen (iirot, son représentant à Beaumont, se transporterait dans toutes les communes en retard et leur ordonnerait de verser dans les magasins militaires, et cela dans les huit jours, tout ce qu'elles devaient encore sur leur contingent. Dans le cas où quelques communes se refuseraient pour une raison ou pour une autre d'obéir à la loi, le citoyen Girot, en application d'un arrêté du représentant du peuple en mission à la date du 7 ventôse, établirait sur leur territoire une « garnison de cavalerie »