‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 199 sur 269 · SOUS LA LÉGISLATIVE ET LA CONVENTION · texte numérisé non relu

SOUS LA LÉGISLATIVE ET LA CONVENTION

Le club des Jacobins de Paris, dit les Amis de la Constitution, avait dans les départements un grand nombre de Sociétés affiliées, qui remplissaient exactement, auprès des administrations départementales et des municipalités, le rôle important qu'il jouait lui-même auprès de l'Assemblée nationale : surveillant discrètement mais attentivement leurs faits et gestes, stimulant leur zèle dans la lutte quotidienne qu'elles avaient à soutenir pour le développement de la révolution, les aidant de leur autorité et de leurs conseils, mais aussi dans bien des cas les « invitant » (c'était le terme consacré) à prendre telle ou telle mesure qu'elles leur indiquaient et qu'en réalité elles leur imposaient.

Les sociétés affiliées étaient en correspondance suivie avec la société mère, qu'elles renseignaient soigneusement sur tout ce qui se passait dans leur région et qui, en échange, plusieurs fois par semaine, et quotidiennement quand cela était nécessaire, leur donnait des nouvelles de Paris, leur faisait connaître les lois et décrets promulgués par l'Assemblée et, aussi, leur envoyait des instructions plus ou moins impératives sur lesquelles elles réglaient leur conduite. Le club parisien avait ainsi dans les clubs provinciaux une multitude d'agents dévoués et disciplinés qui, sur un simple mot d'ordre parti de Paris, aiguillaient les

administrations des départements, des districts et des municipalités dans une direction donnée, exactement la même pour toutes les régions. Par ces ramifications dans les départements, les Jacobins acquirent une puissance d'action considérable. Ils arrivèrent à former comme un État dans l'État et leur influence sur les événements qui se déroulèrent en province fut d'autant plus prépondérante que le gouvernement, de par la Constitution même, se trouvait dépourvu de tout moyen d'action sur les administrations départementales et communales. Le club des Jacobins devint ainsi un des organes les plus importants et les plus actifs de la Convention.

Le département de la Dordogne fonda de bonne heure des sociétés populaires, et ces sociétés se multiplièrent rapidement. Henri Labroue ^ en a compté jusqu'à soixante-dix-neuf et la liste qu'il a donnée n'est probablement pas complète. Beaumont eut la sienne dès le mois d'avril 1791. Elle fut créée par les révolutionnaires les plus marquants de la ville, auxquels vinrent se joindre, en 1792 et 1793, un très grand nombre d'adhérents de l'un et de l'autre sexes, soit de la municipalité de Beaumont, soit des autres municipalités du canton.

Parmi les sociétés populaires qui s'organisèrent dans le voisinage de Beaumont, je signalerai celles de Bergerac, de Lanquais, de Couze, de Lalinde, de Badefols, de Limeuil, de Cadouin, de Belvès, de Montpazier, d'Issigeac. Tous ces groupements révolutionnaires, y compris celui de Beaumont, étaient plus ou moins exaltés : la société de Montpazier réclamait les têtes des scélérats Georges et Pitt ; les « sans-culottes » de Belvès (60 membres) demandaient que la Montagne, épurant le sanctuaire de la liberté, expulsât de la Convention ceux qui « faibles ou faux » n'avaient pas voté la mort de Louis XVI ; la société de Cadouin applaudissait «à la mort d'Antoinette»; celle de Bergerac, à son tour, délibérait « à l'unanimité qu'il serait fait une adresse à la Convention pour la remercier d'avoir fait tomber la tête de l'infâme autrichienne », etc. Disons tout de suite que les

I. H. Labrour, Les Soriétés populaires: en Dordogne, La Révolution, iQiS.

Atiiis de la Constitution de. Beaiimont, bien que sincèrement acquis aux idées avancées, n'insultèrent jamais de la sorte aux victimes de la Terreur.

§ I. - Les « Amis de la Constitution de Beaumont »,

La Société des Amis de la Constitution de Beaumont fut fondée dans les premiers jours d'avril, avec un bureau composé de Louis Ters, président; Antoine Révauger, vice-président; Jean Baptiste Lacoste et Gilles Darchier, secrétaires. Le nom du trésorier ne nous est pas connu ^

Tout ce qui concernait son organisation et son ."^^^ Fig. 105.

fonctionnement se trou- Le citoyen Louis Ters,

le premier président de la Société populaire.

vait consigné dans un long

règlement, comprenant cinquante-deux articles, dont le premier

est ainsi conçu: «L'objet de la Société des Amis de la Consti-

I. Nous possédons, de la Société populaire de Beaumont, deux cahiers ou registres, le premier allant du 3 avril 1791 au 30 janvier 1792, le second commençant le 31 janvier 1792 et se terminant le 17 frimaire de Tan II (7 décembre 1793)-

Le premier cahier, trouvé dans les papiers Poussai, a été communiqué par M. Nigoul à M. l'abbé Chastaing, curé de Bourniquel, lequel l'a passé, à son tour, à M. l'abbé Cabanel, vicaire de Beaumont : ce dernier a quitté le pays, sans restituer le précieux manuscrit, et toutes tentatives faites pour le retrouver ont été jusqu'ici infructueuses. Fort heureusement, M. le curé Chastaing, avant de s'en dessaisir, en avait transcrit une grande partie dans un cahier spécial, qu'il a bien voulu, avec son obligeance ordinaire, mettre à ma disposition, et qui renferme l'analyse sommaire de toutes les séances, jusqu'au 13 octobre inclusivement.

Le deuxième cahier est en ma possession. Je l'ai trouvé au fond d'un grenier, au milieu de vieux papiers à moitié détruits par les souris ou les gouttières. Il est luimême assez bien conservé. La première séance porte la date du 31 janvier 1792; la dernière, celle du 17 frimaire de l'an 11.

Il y avait un troisième cahier, qui a disparu. Je l'ai vainement demandé aux Archives départementales de la Dordogne et à celles de la Gironde. J'ai tout lieu de croire qu'il était entre les mains de M. Ters, et qu'il a eu le sort des nombreux documents municipaux que possédait ce dernier.

Les délibérations de la Société populaire nous présentent donc deux lacunes : une première lacune, comprenant l'intervalle compris entre le 13 octobre 1791 et le 30 janvier 1792, soit trois mois et demi ; une deuxième lacune, beaucoup plus importante celle-là, allant du 8 frimaire de l'an II jusqu'à la dissolution de la Société en fructidor an III (août 1793), soit un intervalle de vingt mois.

tution de Beaumont sera, premièrement, de travailler au maintien et à l'affermissement de la Constitution suivant l'esprit des décrets de l'Assemblée nationale et des instructions et des vues des Amis de la Constitution de Paris et de correspondre avec les sociétés du même genre formées ou à former dans le royaume. Ce règlement, du reste, était à peu près semblable, dans la forme comme dans le fond, à celui de toutes les Sociétés populaires.

Chaque membre de la Société recevait du président un certificat patriotique qui, en attestant son civisme et son attachement à la Constitution, lui servait de passeport et lui assurait, quel que fût l'endroit où il se trouvait, un accueil fraternel dans les Sociétés populaires affiliées à la sienne. Voici le modèle de ce certificat :

Société des Amis de la Constitution de Beaumont.

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