‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 200 sur 269 · VIVRE LIBRE OU MOURIR LA NATION, LA LOI ET LE ROI · texte numérisé non relu

VIVRE LIBRE OU MOURIR LA NATION, LA LOI ET LE ROI

Certificat patriotique.

Nous, membres du club des Amis de la Constitution de Beaumont, certifions et attestons à tous les bons français que notre frère... [ici le nom du membre de la Société) est membre de notre Société et qu'il a donné des preuves non équivoques d'attachement et de respect pour la loi.

Nous prions, en conséquence, toute société, club, assemblée, sous quelque dénomination que ce soit, qui, comme la nôtre, est fondée sur l'égalité, la liberté, l'amour de la patrie et le saint respect dû aux décrets de l'Assemblée nationale, de lui faire l'accueil que méritent son patriotisme et son courage à maintenir la Constitution contre tous ceux qui en seront des ennemis.

I'"ait au club des Amis de la Constitution de Beaumont, le...

[Signatures.)

Le club Jacobin de Beaumont tint d'abord ses séances dans une maison particulière qui donnait sur la Place Publiciue. Quelle est cette maison? Aucun document nt> nous l'indique. Mais j'ai tout lieu de croire qu'elle se trouvait située du côté du couchant et qu'elle était probablement, ou l'ancienne maison Delord (au-

jourd'hui maison Coste), ou l'ancienne maison Delpech (aujourd'hui maison Boisserie), mais je ne saurais l'affirmer. Plus tard (9 octobre 1793), le nombre des membres de la Société s'étant considérablement accru et le local qu'ils occupaient sur la place étant devenu insuffisant, nos Jacobins mirent la main sur la chapelle de l'ancien couvent des Dames de la Foy {fig. 106), et c'est là désormais qu'ils se réunirent.

La salle des séances de la Société était très simplement meublée : une grande table pour le bureau avec une sonnette

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Fig. 106.

L'ancienne chapelle du couvcait des Dames de la Foy, devenue la salle des séances

de la Société populaire.

A droite, le maitre-uulel ; à gauche et en bas, la petite porlo s'oiivrant sur le vestibule de

l'entrée du couvent ; en haut, la tribune. Au fond, répondant de la travée du chœur, la

petite chapelle dite chapelle de la Vierge.

pour le président et une urne pour les scrutins, une chaire pour les orateurs, des bancs ou des chaises pour les assistants et c'est tout. Çà et là, sur les murs s'étalaient de nombreux tableaux, où étaient affichés par les soins du secrétariat, le règlement de la salle, les avis de la Société, l'ordre du jour des séances, les lois et décrets de l'Assemblée nationale, les arrêtés du département ou du district, etc. L'éclairage pour les séances du soir était assuré par des lampes à huile ou de vulgaires chandelles que supportaient des appliques apposées aux murs.

Le bureau de la Société se composait d'un président, d'un vice-président, de deux secrétaires et d'un trésorier : c'est ce qu'on appelait les Officiers de la salle. Ils étaient nommés au scrutin, en séance publique, par les membres présents. Aux termes du règlement, ils étaient renouvelables tous les mois, mais nombreux sont les cas où ils restaient en fonctions deux ou

FiG. 107.

Le citoyen Randonnier, président de la Société populaire en octobre 1793.

même trois mois. Cette prolongation, quoique irrégulière, se faisait à la suite d'un accord tacite : elle ne souleva jamais aucune protestation. Nous avons vu plus haut que la Société eut pour premier président le citoyen Louis Ters et pour premiers secrétaires les citoyens Gilles Darchier et Jean Baptiste Lacoste. Parmi les citoyens qui occupèrent après Louis Ters le fauteuil présidentiel, nous citerons Pierre Melon, Jacques

ëv^^

FiG. 108.

Le citoyen Blanchard, secrétaire de la Société populaire en octobre 1793.

Foussal, l'abbé Jacques Delpit, curé de Beaumont, Delpit père, Révauger, Darchier, Labarrière, l'abbé Lacoste, successeur de Jacques Delpit à la cure de Beaumont, Lacoste père, Randonnier, Arnaud Tinet s^ de Lacombe. Comme secrétaires, nous rencontrons successivement les citoyens Girot, marchand, Labarrière, instituteur, Delpit fils, marchand, Darchier, notaire, Blanchard, tailleur d'habits, Randonnier, forgeron, Bertrand, huissier de la justice de paix, etc. Aux secrétaires incombait la tâche, sou-

vent difficile, d'assurer la correspondance de la Société, de convoquer les membres aux réunions, de rédiger les procèsverbaux des séances, de veiller à l'exécution des arrêtés, etc. Ils s'en acquittèrent toujours avec exactitude et dévouement. Les procès-verbaux de Labarrière sont toujours très correctement écrits.

Au début, la Société populaire interdit formellement l'entrée des séances à toute personne qui ne faisait pas partie de la Société. Elle tenait beaucoup au secret de ses délibérations et prenait toutes sortes de précautions pour fermer sa salle et son bureau à des « intrus », qui pourraient bien n'être que des ennemis de la révolution. Un jour, le 14 août 1791, une femme s'était sournoisement introduite dans la chambre située au-dessus de la salle des séances. Dans la séance du 16, un membre, en signalant le fait, exposa que la femme en question était une « femme suspecte » et qu'elle ne s'était introduite dans la maison que « pour se mettre à la portée de voir ou d'entendre ce qui se passait dans la séance ». Et il réclama contre elle une sanction sévère. La Société, « penchant à l'indulgence », décida que pour cette fois elle passerait là-dessus, mais, qu'à l'avenir, elle prendrait contre les indiscrets et les indiscrètes des mesures rigoureuses. Et, pour éviter le retour de pareils faits, elle exigea du propriétaire de la maison que, les jours où auraient lieu les séances, il garderait en poche la clef de la chambre qui se trouvait au-dessus de leur salle.

Le II octobre 1791, un certain nombre de membres de la Société demandèrent que les séances fussent désormais publiques. Une pareille proposition, qui était en opposition formelle avec l'esprit qui règne dans les clubs, fut vivement combattue et finalement rejetée. On décida, cependant, « pour l'utilité des citoyens », que seraient publiques les séances du dimanche et des jours de fêtes. Ces séances auraient lieu dans l'après-midi, à la sortie des vêpres. Et comme la Société était embarrassée pour porter cette décision à la connaissance des habitants de la campagne, le président (qui était alors le curé Delpit) voulut bien se charger «de les prévenir lui-même au prône de la messe».

Sauf ces séances dominicales, où les citoyens qui ne faisaient pas partie de la Société étaient admis, toutes les réunions de la Société étaient strictement secrètes. Elles avaient lieu le plus souvent dans la soirée, vers 7 ou 8 heures, et étaient annoncées d'ordinaire par voie d'affiche. Dans la séance du 2 juillet 1791, un membre proposa de les faire annoncer (( par quelques coups de baguette ou le son d'une petite cloche qui serait transportée à cet effet de la ci-devant annexe de Montcany ou une des cloches de l'église de la présente ville ». Mais cette proposition ne fut pas acceptée séance tenante et, dans la séance suivante, il fut décidé qu'on délibérerait de nouveau sur cette question « au temps où ladite cloche serait en place convenable ». C'était un ajournement sine die.

Les citoyens qui désiraient faire partie de la Société ne pouvaient y être admis qu'à la suite d'un vote en séance publique. Ils devaient, tout d'abord, être présentés par deux membres, lesquels répondaient de leur civisme. Quant au vote pour leur admission, il ne pouvait avoir lieu dans la séance même où était faite la présentation, mais était renvoyé à la séance suivante. Au début, et conformément à l'article 2 des statuts, il fallait aux candidats pour être admis les deux tiers des suffrages exprimés. Mais plus tard, on se contenta de la moitié et, le 26 frimaire an II, la Société supprima l'article 2 de son règlement, en décidant «que la moitié des voix plus une suffirait à l'avenir, comme par le passé, pour la réception des candidats ».

Les nouveaux affiliés avaient pour premier devoir de prêter le serment d'usage : « Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution du royaume. » Après la fuite de Varennes, le i*''" juillet 1791, la Société supprima de la formule du serment les mots de fidélité au roi. Le 25e jour du z*^ mois de l'an II de la République, un membre demande que le serment auquel est assujetti tout membre de la société soit échangé et prêté en ces termes : « Je jure d'être fidèle à la Nation et à la Loi ; de maintenir la liberté et l'égalité de la République une et indivisible. » Il y avait même, à la Société de Beaumont, pour la prestation du serment, une

autre formule, qui se trouve inscrite sur la couverture du registre des délibérations et dont on se servait probablement pour les gens illettrés. Le président, en s'adressant aux nouveaux membres, leur disait : « Vous jurez d'être fidèles à la Nation et à la Loi, de maintenir la Liberté et l'Egalité, de ne point permettre que le patriote soit insulté par l'aristocrate. » Et, levant la main, ils répondaient : « Je le jure ».

Bien qu'admis par un vote régulier dans la Société populaire, les membres de la Société n'en étaient pas moins surveillés dans leurs agissements et, de temps à autre, ils devaient se soumettre à un nouveau scrutin, dit épuratoire, qui disait à la Société s'ils avaient conservé leur civisme et étaient toujours dignes de faire partie des Amis de la Constitution. Les vrais républicains, alors, avaient comme une phobie des suspects, et ils prenaient précautions sur précautions pour n'avoir autour d'eux que des amis sûrs.

Le 18 vendémiaire de l'an II, la Société vota, pour l'une de ses prochaines séances, un scrutin épuratoire général, auquel seraient soumis tous ses membres. Ce scrutin épuratoire eut lieu dans la séance du 15 frimaire, sous la présidence du citoyen Lacoste, curé de la commune. Nous lisons, à ce propos, dans le procès-verbal :

L'ordre du jour étant le scrutin épuratoire délibéré le i8e jour du premier mois et fixé à aujourd'hui, en conséquence : l'assemblée a procédé à cette opération avec toute l'équité possible, devant séparer pour toujours ce qui pouvait se trouver indigne de sa confiance. Chaque membre présent ayant été scrutiné par rang de liste, il est résulté du scrutin que tous les membres présents qui ont passé au creuset patriotique ont été trouvés dignes d'être comptés au nombre des Amis de la Montagne de Beaumont, à l'exception des citoyens L. . ., (de Merle) et T... aîné, qui ont été rejetés comme indignes de participer aux précieux avantages des amis et des défenseurs de la Liberté et de l'Égalité.

Huit jours plus tard (22 brumaire) un membre ayant demandé qu'un scrutin épuratoire général ait lieu ainsi tous les mois « pour éprouver si tous les membres se maintenaient dans leur républicanisme », l'assemblée applaudit et vota la proposition à l'unanimité.

Les présidents des Amis de la Constitution se plaignaient généralement, et non sans raison, du peu d'empressement des sociétaires à assister aux séances. Si quelques-uns, particulièrement fervents, s'y rendaient avec une exactitude des plus louables, d'autres, beaucoup moins zélés, n'y faisaient que de rares apparitions, ou même ne s'y montraient jamais. Le i^r décembre 1792, dans la première séance qui eut lieu sous la Convention, un membre, après avoir exposé que la Société se trouvait privée depuis longtemps de la présence de certains citoyens agrégés, demande que, aux termes des statuts, tous ceux qui n'auraient pas paru à la Société pendant douze séances consécutives seraient regardés comme ayant renoncé à l'association et, en conséquence, seraient rayés du tableau. La question ayant été mise en discussion, un membre de la Société fait remarquer avec raison que les citoyens qui seraient ainsi menacés d'exclusion par défaut d'assiduité devaient être invités préalablement, par les soins du président, à se rendre, dans le délai de quinzaine, dans le sein de l'assemblée pour y exposer les raisons de leur absence, et ce n'est qu'alors qu'on pourrait, en toute connaissance de cause, prendre une décision à leur égard. Cette observation ayant été reconnue fondée, le président se fait remettre la liste des membres qui tombent sous le coup de la motion précitée, et décide qu'ils seraient invités, par le secrétariat, à se rendre à l'assemblée pour s'expliquer et qu'en cas de refus de leur part, « ils seraient censés avoir renoncé à l'affiliation pour toujours et déclarés indignes de contracter désormais aucun lien avec la Société sous aucun rapport et qu'en conséquence leurs noms seraient biiïés sur le tableau. » C'est ainsi que Jacques Poussai, l'ancien maire et juge de Beaumont, fut rayé de la liste des Amis de la Constitution.

Jacques Poussai, qui avait été, avec Ters et Kévauger, l'un des fondateurs de la Société, qui l'avait même présidée plusieurs fois au lendemain de sa formation et qui tenait à voir figurer son nom sur la liste des sociétaires, protesta contre cette exclusion. Le 9 octobre 1793, il écrivit au président, qui était alors le curé Lacoste, une longue lettre dans laquelle il dit toute sa

surprise de n'être plus inscrit au nombre de ses membres, affirmant « qu'il n'a jamais eu intention de se séparer d'elle, que s'il avait manqué d'assister à plusieurs de ses séances, c'était par rapport à quelques membres qui ne sont plus», et il finit par demander sa réintégration. Après la lecture de cette lettre, un membre ayant demandé et obtenu la parole, fait observer que

FiG. 109.

Le citoyen Jacques Poussai Laroque, ancien président de la Société.

le citoyen Foussal. s'étant séparé volontairement de la Société en n'assistant pas à ses séances depuis bien longtemps, ne pouvait et ne devait être remis sur la liste « sans passer à une nouvelle épreuve ». L'observation, transformée en motion et fortement appuyée, l'assemblée délibère que, « si le citoyen Foussal désire véritablement d'être réintégré dans ses premiers droits, il sera tenu de se rendre à telle de nos séances qu'il jugera à propos, pour y reconnaître et confesser qu'il s'est séparé volontairement de la Société et la prier de vouloir l'admettre de nouveau, aux formes ordinaires, au nombre de ses membres ». Je ne sais ce qu'il advint de cette affaire, mais il est très probable que le citoyen Foussal, soit pour des raisons de politique générale, soit pour des questions de personnes, n'insista pas. Car, dans toutes les séances qui suivirent jusqu'au 17 frimaire de l'an II (7 décembre 1793), le nom de Jacques Foussal n'est même pas prononcé.

La société des Amis de la Constitution de Beaumont ne fut ouverte, au début, qu'aux citoyens. Les citoyennes, bien qu'acquises elles aussi aux idées du jour, en furent soigneusement exclues. Ce n'est qu'aux réunions publiques du dimanche et des jours de fêtes qu'elles étaient autorisées à pénétrer dans la salle, mais en qualité de simples assistantes.

Deux fois seulement, et dans des conditions vraiment charmantes, les portes s'ouvrirent toutes grandes devant elles.

75t» LA SOCIÉTÉ POPULAIIŒ DE BEAUMONT

La première fois, ce fut le 28 juin 1791, quelques semaines seulement après la fondation de la société. La séance était présidée par l'abbé Delpit, vicaire de la paroisse. On était en train de lire des nouvelles quand on annonça la présence, à la porte de la salle, d'une « troupe de jeunes citoyennes » qui demandaient à entrer pour déposer une pétition.

Le président les fit introduire.

L'une d'elles, se séparant du groupe, s'avança vers le bureau et, dans une allocution empreinte du plus pur patriotisme, elle demanda au i/v^ O /^^/^'^^ président, en son nom et ==. au nom de ses compagnes,

de vouloir bien les auto- ^^^- ^^°- riser à s'inscrire comme

Le curé Jacques Delpit, de Beaumont, membres de la SOCiété. « La

président de la Société populaire en 1791.

plus belle époque de notre vie, disait-elle en terminant, serait le jour où vous voudriez bien nous procurer ce glorieux avantage. Croyez, Messieurs, que notre démarche a été dictée par le plus pur patriotisme et le désir que nous aurions de le purifier encore et d'accroître nos connaissances en recevant les belles leçons que vous nous donneriez. »

Le président félicite ces citoyennes de leur démarche et leur affirme que la Société populaire « se plaira à couronner leurs vertus civiques, en prenant en considération leur demande ». En attendant, il les invita, si cela pouvait leur être agréable, à assister à la séance.

Et, alors, on vit quatre jeunes filles s'avancer vers le curé Delpit et déposer sur son front une couronne civique, pour rendre hommage à son caractère et à son patriotisme. Jacques Delpit, profondément ému, leur dit toute sa reconnaissance" et les embrassa aux applaudissements de l'assemblée.

Nous aurons à rappeler cette scène à propos du curé constitutionnel de Beaumont, et nous reproduirons alors (voy. Culte, chap. XIV, t. II), avec l'allocution des «jeunes citoyennes», la réponse de Jacques Delpit.

La seconde fois que les « citoyennes » de Beaumont franchirent le seuil de la Société populaire, ce fut en juillet 1791, à l'occasion de la visite, à Beaumont, de l'évêque Pontard. L'évêque constitutionnel de la Dordogne était reçu et fêté par les Amis de la Constitution dans le local ordinaire de ses séances, quand un groupe de jeunes citoyennes fit son entrée dans la salle. L'une d'elles adressa à l'évêque un « compliment très flatteur » et, après lui en avoir demandé la permission, déposa sur son front une couronne civique, « que ses compagnes portaient en triomphe ». Nous aurons l'occasion plus loin (voy. Culte, t. II, chap. XIV) de raconter tout au long cette visite de l'évêque Pontard à la Société populaire de Beaumont. Nous ne faisons ici que la signaler.

Les citoyennes de Beaumont, on le voit, sont très aimablement accueillies au club. Chacun rend hommage à leurs sentiments patriotiques, mais on persiste à leur refuser l'admission dans la Société.

Il faut arriver au commencement de l'an II (octobre 1793) pour voir nos clubistes revenir un peu de leur ancien rigorisme et donner aux citoyennes de Beaumont la satisfaction qu'elles attendaient depuis si longtemps. Dans la séance du 26 brumaire de l'an II, un membre, ayant obtenu la parole, demanda que « les personnes du sexe fussent reçues au nombre des membres de la Société avec voix délibérative ». Sur quoi, un autre membre de la Société s'efforça de démontrer « l'inconséquence d'une pareille motion, à considérer surtout avec voix délibérative ». Après un long débat auquel prirent part les principaux membres de la Société, l'assemblée délibéra que « les personnes de sexe, d'un civisme connu, seraient affiliées seulement à la société, avec droit de porter la parole, mais sans voix délibérative ». Et, séance tenante, un membre posa la candidature de la citoyenne Colin, la femme du maire, et un autre membre, la candidature de la citoyenne Reynal, la femme de l'officier municipal, lesquelles furent admises et prêtèrent serment dans la séance suivante.

Aux citoyennes Colin et Reynal, les deux premières femmes de Beaumont admises dans la Société populaire, vinrent, les mois

suivants, s'en joindre une multitude d'autres, notamment la citoyenne Loiseau, la citoyenne Labarrière, la citoyenne Blanchard, la citoyenne Coste, la citoyenne Mianne, la citoyenne Dubut, la citoyenne Randonnier, la citoyenne Fonvive (de Lapradelle), la citoyenne Latour, la citoyenne Grenier Lagrave, la citoyenne Tinet aîné, la citoyenne Jardel, etc. A ces noms bien connus, qui appartiennent à la bourgeoisie bcaumontaise.

FiG. III.

Le citoyen J. B. Labarrière, Secrétaire de la Société populaire, en octobre 1793.

vinrent s'en joindre d'autres, ayant une consonance un peu plus plébéienne : la Marianne de Bertrand, la Cadète de Grimard, la Duserche, la fille de Jean, la femme du Cadet charpentier, la Nanon, la nommée Jeanne dite Chose, etc. La Société, nettement bourgeoise, au début, était, en 1793, quelque peu démocratisée.

L'admission de citoyennes aux séances des Amis de la Constitution ne provoqua jamais le moindre incident. Du reste, elles se firent constamment remarquer par une tenue des plus correctes et, constamment aussi, les citoyens se montrèrent pleins d'égards pour elles. Le i^"" frimaire an II, à la demande d'un des membres de la Société, on leur réserva, dans la salle des séances, la petite chapelle où se plaçaient autrefois les religieuses, et il fut déhbéré « que ledit lieu serait disposé d'une manière propre à ce qu'aucune citoyenne ne fût incommodée ».

La police de la salle était confiée à deux commissaires, dits Commissaires d'ordre, qui étaient nommés au début de chaque séance et qui avaient pour mission d'assurer, soit dans la salle, soit dans la tribune, le maintien de l'ordre et de la tranquillité.

SON ORGANISATION, SON FONCTIONNEMENT 75g

Leur rôle fut généralement facile, car le bureau prenait toutes les précautions possibles pour n'admettre aux séances que des personnes paisibles et, en tout cas, pour en interdire l'entrée à tout citoyen en état d'ébriété. Dans la séance du 22 brumaire, un membre lit une motion aux termes de laquelle tout individu qui s'introduirait dans la salle des séances plus ou moins pris de vin, en serait d'abord expulsé séance tenante, puis le lendemain, recevrait une lettre du président l'informant qu'il ne pourrait, pendant un mois, assister aux séances de la Société. Il demande, en outre, que tout ivrogne, qui causerait des troubles au sein de l'assemblée, serait frappé d'une exclusion définitive. Cette motion, mise aux voix, fut votée sans observations aux applaudissements de l'assemblée.

Non seulement la Société populaire ne voulait pas d'ivrognes, mais elle exigeait que tous ses membres se présentassent aux séances dans une tenue correcte. Dès les premières réunions, un membre, ayant obtenu la parole, demande « qu'il soit défendu d'assister aux séances sans habit ou veste », ou bien encore d'y paraître « avec canne, bâton, épée ou autres armes, avec tablier d'ouvriers bouchers », ce qui, ajoute l'auteur de la proposition, « est contre les règles de la décence dans une Société d'honnêtes citoyens ». Et, dans la séance du lendemain, le président, avant de prendre possession du fauteuil, ne manque pas de rappeler qu'aucun membre ne doit se présenter à l'assemblée « en chemise, en tablier d'ouvrage ou le bonnet sur la tête ». Par contre, il fut exigé que tous les clubistes, les femmes comme les hommes, ne pénétreraient dans la salle qu'après avoir épingle à leur coiffure ou à leur vêtement la cocarde tricolore. Cette prescription ne fut pas toujours régulièrement observée, car le 14 frimaire de l'an II, une motion fut votée à l'unanimité, portant que toute personne de l'un ou de l'autre sexe qui se présenterait aux séances, soit dans la salle, soit dans la tribune, sans porter sur elle ce « signe civique », ce « signe républicain », serait expulsée sur-le-champ.

La caisse de la Société des Amis de la Constitution de Beaumont était alimentée par les cotisations de ses membres. Chacun

d'eux était tenu de verser annuellement une somme de 3 francs, soit 5 sous par mois, i sou par semaine. Le produit de ces cotisations était notoirement insuffisant pour parer aux dépenses de la Société, en raison de la « cherté de toute espèce de marchandises », et, comme bien on pense, les Amis de la Constitution se trouvèrent rapidement en déficit. Le 28 septembre 1793, ils se virent obligés, la caisse étant vide, de doubler les cotisa-

Le citoyen Tinet, s"" de Lacombe, président de la Société populaire en octobre 1793.

tions et cela, dit le procès-verbal, « jusqu'à ce que la Société se fût entièrement libérée de ses dettes et qu'elle eût fait ses provisions d'hiver », en éclairage, en chauffage et en fournitures de bureau.

La situation financière de la Société était d'autant plus précaire que ses membres n'étaient jamais pressés de verser leurs cotisations. Déjà le 6 mars 1792, le trésorier se plaignait de ne pouvoir, malgré tous ses efforts, arriver à faire rentrer les fonds et, en présence de difficultés financières à peu près insurmontables, il demandait à être remplacé.

Pour remédier à cette situation pénible, la Société délibéra qu'à l'avenir le mois serait payé d'avance et que tout retardataire, qui ne se serait pas acquitté à la fin du mois, serait rayé de la liste des sociétaires. Un membre proposa d'afficher dans la salle les noms des retardataires. Un autre voulait que le président fît connaître publiquement, au début de chaque séance, les noms de ceux qui étaient encore redevables de tout ou partie de leurs cotisations. Toutes ces mesures, insuffisantes ou mal appliquées, restèrent sans effet : les fonds ne rentraient pas et la caisse était toujours vide. Le 4 décembre 1792, la Société, ayant à renouveler sa location de la salle et manquant de fonds

POLITIQUE GÉNÉRALE j6t

pour désintéresser le propriétaire de la maison, nomma deux commissaires, les citoyens Reynal père et Dumeau fils, « à l'effet de se transporter devers les membres redevables et de les solliciter à se libérer entièrement ». Reynal et Dumeau, avec un zèle et un dévouement des plus louables, allèrent de porte en porte tendre la main aux « redevables »; mais, hélas, ils rencontrèrent un peu partout plus de promesses que d'argent et ils n'apportèrent au trésorier, pour employer l'expression du procèsverbal, qu'« une recette des plus modiques ». Alors, la Société, après avoir épuisé « toutes les voies de douceur et de médiation envers les frères », se vit forcée, « malgré ses sentiments paisibles et fraternels », de recourir aux procédés de rigueur pour obtenir la rentrée de ses fonds. En conséquence, et à la suite d'une délibération qui fut prise à l'unanimité (décembre 1792), elle nomma un procureur syndic, le citoyen Grenier fils, et lui donna tous les pouvoirs nécessaires pour citer en justice tous ceux de ses membres qui persisteraient dans le refus de verser leurs cotisations en retard.

Cette dernière mesure fut sans doute excellente, car, dix mois plus tard, en octobre 1793, la Société y eut de nouveau recours : elle nomma cette fois, pour faire rentrer ses arrérages, les citoyens Delpit et Guilhaume Reynal « avec pouvoir, si besoin était, de s'adresser soit à la justice de paix, soit aux tribunaux ». La Société des Amis de la Constitution de Beaumont, on le voit, ne fut jamais une de ces sociétés privilégiées où la fonction de trésorier est une charge facile et agréable. Elle fut toujours pauvre.

§ 2. - Les « Amis de la Constitution » de Beaumont

ET LA politique GÉNÉRALE.

Les Amis de la Constitution de Beaumont, sincèrement acquis à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, eurent pour objet essentiel de défendre contre l'ancienne noblesse — les ci-devant nobles, comme on disait alors — la Constitution

nouvelle du royaume, basée, comme on le sait, sur le principe de la souveraineté du peuple.

Louis Ters, en prenant possession de la présidence, le 9 avril 1791, prononça le discours suivant, qui traduit fidèlement, avec ses sentiments personnels, ceux de la société tout entière :

« Messieurs,

» J'ai appris, avec plaisir et reconnaissance, que vous m'aviez fait l'honneur de me nommer pour présider la société des Amis de la Constitution, que vous avez formée dans cette ville. En acceptant cette place, je sens toutes les obligations que je contracte. Vous pouvez compter sur mon zèle à la remplir et je m'engage à faire tous mes efforts pour mériter votre confiance et justifier votre choix.

» Il s'est formé, dans presque toutes les villes du royaume, des clubs ou sociétés sous le nom des Amis de la Constitution. C'est le rassemblement des citoyens animés du patriotisme le plus pur, prêts à verser la dernière goutte de leur sang pour maintenir la Constitution du royaume décrétée par l'Assemblée nationale et sanctionnée par le Roy. Ces sociétés ne sont pas des corps délibérants. Elles ne sont point chargées d'une part d'administration, ni des fonctions judiciaires, mais elles pourront faire connaître les décrets et, en les soumettant à la discussion, influer sur l'opinion publique et contribuer au bonheur commun.

» Notre Constitution est le fruit de la réflexion de plusieurs philosophes du siècle présent et (un mot illisible) savantes de nos représentants. Elle établit et conserve le droit de l'homme. Tous les intérêts ont été pesés et les différents pouvoirs, agissant les uns contre les autres, en maintiennent l'équilibre, sans lequel tout serait détruit, et nous retomberions dans le despotisme dont nous venons de sortir. L'histoire des peuples de la terre ne nous offre rien de pareil et nous pouvons nous flatter que nous possédons la Constitution la plus parfaite qui ait jamais existé.

» La liberté de chaque citoyen repose sur la loi : elle est notre sauvegarde, elle veille sur nos personnes et défend nos propriétés.

Nous devons donc tous être soumis aux lois pour maintenir cette liberté qui doit être notre idole. Car, Messieurs, nous ne pouvons jouir de notre liberté- qu'autant que l'exercice que nous en faisons ne nuira aucunement à la liberté d'autrui. Sans cette correspondance mutuelle, nous tomberions dans une anomalie affreuse qui serait pire que le despotisme dont la nation a brisé le sceptre.

)) Les lois sont faites par les représentants du peuple nommés par nous. Elles seront à l'avantage du plus grand nombre; et, si l'intérêt particulier de quelque individu se trouve blessé, il doit céder aux circonstances et faire des sacrifices pour le bien général.

» Il va se former bientôt une fédération générale entre tous les clubs du département de la Dordogne et même entre tous ceux des quatre-vingt-trois départements du royaume qui ont pris la dénomination d'Amis de la Constitution. Vous serez invités, Messieurs, à envoyer des députés à une assemblée générale qui se tiendra pour former des règlements généraux et contracter l'accord le plus intime. Nous ne formerons plus, à l'avenir, qu'une même société, qu'une même famille. Cette union assurera la Constitution. Elle reposera sur une base solide et inébranlable. Que pourront, en effet, les ennemis de la Constitution contre tant de millions d'hommes libres prêts à verser tout leur sang pour conserver leur liberté, dont le cri de guerre sera : « Vivre libre ou mourir. »

» Quant à moi. Messieurs, je fais aujourd'hui le serment que, dans toutes les circonstances de ma vie, je sacrifierai tout pour le bien général et pour maintenir notre Constitution jusqu'à mon dernier soupir. »

Comme on le voit, les membres composant la Société populaire de Beaumont applaudissent à l'organisation nouvelle que l'assemblée allait donner à la France, mais ils sont toujours sincèrement royalistes. Quelque ardentes que soient leurs aspirations révolutionnaires, ils n'ont pas encore songé à remplacer la monarchie par un gouvernement républicain.

Louis Ters, comme pour témoigner sa reconnaissance aux

Amis de la Constitution qui l'avaient mis à leur tête, leur fit don du cachet de la Société. Ce cachet, que j'ai pu me procurer et que je reproduis ici, a une forme circulaire, mesurant 30 millimètres de diamètre. Il nous présente, en son milieu, un triangle supporté par une hampe que surmonte un bonnet phrygien. Dans

FiG. 113.

Le cacliet de la Société populaire de Beauniont.

le triangle même se voient les quatre suscriptions : la nation, LA LOI, LA CONSTITUTION, LE ROI. Sur les deux côtés du triangle, à gauche et à droite, sont écrits les mots de liberté et d'ÉGALiTÉ. Le tout est entouré par deux branches de chêne qui s'entrecroisent à la partie supérieure et à la partie inférieure. Enfin, au-dessous du triangle, on lit : club de beaumont. Louis Ters était, à cette époque (il n'en fut pas de même plus tard), l'un des principaux dirigeants du club de Beaumont. Dans la séance du 22 août 1791, le président, qui était ce jour-là Delpit père, le complimenta et, « à la grande satisfaction de l'assemblée », déposa sur son front une couronne civique.

Quand Louis XVI, après de longues réflexions, se décida enfin à accepter la Constitution (13 septembre 1791), la Société

populaire de Beaumont, qui en fut immédiatement informée par la Société mère, nomma deux commissaires (20 septembre 1791), à l'effet de se rendre auprès de la municipalité pour solliciter l'autorisation de « faire chanter un Te Deiim en action de grâces et à célébrer l'acceptation que le roi avait faite

FiG. II 4.

Le sceau du Comité de surveillance de Belvès.

de l'Acte constitutionnel par des reconnaissances publiques ». Et, comme la municipalité faisait la sourde oreille, elle prit sur elle-même, dans la séance suivante (24 septembre 1791)., « pressée de porter au peuple la connaissance d'un si grand acte », de voter des réjouissances publiques, sauf à demander ensuite à la municipalité de s'associer à cette manifestation.

La Société populaire de Beaumont, avec ses fondateurs, Louis Ters, Révauger, Jacques Foussal, Gilles Darchier, Pierre Melon, l'abbé Delpit, Delpit père, Jean Baptiste Lacoste, etc., fut d'abord une société bourgeoise, ne comptant dans ses rangs que des citoyens actifs, c'est-à-dire payant un impôt direct au moins égal à la valeur de trois journées de travail. Mais plus tard, sous la Législative et la Convention, elle vit venir à elle

des gens du peuple, de pauvres ouvriers de la ville ou de la campagne, dont beaucoup n'étaient même pas électeurs. Avec cet élément populaire, s'introduisirent dans la Société des mœurs démocratiques. Le mot de monsieur fut remplacé par celui de citoyen; au mot de madame se substitua peu à peu celui de citoyenne. Dans la séance du 24 septembre 1793, un membre de la Société observa que « dans un état républicain (on était alors en république), où tous jouissaient des mêmes prérogatives, il était indigne de voir subsister encore des termes consacrés par le despotisme » et il demanda que dorénavant le mot de vous en s'adressant à une seule personne fût aboli entre sociétaires, « ce mot ne pouvant se prononcer qu'en adressant la parole à plusieurs ». Une pareille motion fut vivement applaudie et la majorité s'étant prononcée en sa faveur, le président annonça que « le mot de vous, quand on ne s'adresserait qu'à une seule personne, était pour toujours aboli dans le sein de la Société ». Quelques mois plus tard, un mot de saveur toute révolutionnaire, le mot de sans-culotte, fit son apparition dans la Société : le i'^'" frimaire an II, le Comité de surveillance de Belvès invita les Amis de la Constitution de Beaumont à désigner un « sansculotte du canton » pour se joindre à lui, et la Société, après élection, envoya au comité séant à Belvès le « sans-culotte Loiseau », juge de paix du canton.

Il est intéressant de constater que, au fur et à mesure que la Société populaire bourgeoise évolue vers la démocratie, ses fondateurs s'éloignent peu à peu de la Société. Elle n'est plus, comme jadis, présidée par les citoyens bourgeois Ters, Révauger, Poussai. A sa tête se voient maintenant des citoyens autrement avancés : le curé Delpit, le curé Lacoste et l'instituteur Labarrière, l'ennemi personnel de Jacques Foussal. Rappelons, à ce sujet (voy. p. 754), que Jacques Foussal, avec quelques autres, fut rayé de la liste des membres pour s'être dispensé, pendant de longs mois, d'assister aux séances de la Société, et se vit dans l'obligation, en octobre 1793, de demander sa réintégration.

La Société populaire de Bergerac, en 1791, avait demandé que les électeurs peu aisés fussent indemnisés de leurs frais de

déplacement et elle les indemnisait elle-même pour ne pas voir «les avantages de la fortune suppléer les talents et les vertus». Obéissant à un même sentiment, les Amis de la Constitution de Beaumont, à propos de l'envoi à Bergerac du citoyen Labarrière, prirent une décision analogue (13 brumaire an II) : « Comme il pourrait arriver qu'un individu qui réunirait les suffrages de la Société ne pourrait avoir les facultés de supporter les frais de voyage que sa conscience le mettrait dans le cas de faire ou que du moins il ne pourrait faire ces dépenses sans déranger ses affaires personnelles, un membre a demandé que dorénavant celui qui recevrait quelque mission éloignée de la part de la Société fût indemnisé des frais de voyage. » La motion fut appuyée et délibérée.

Sous la Convention, après la proclamation de la République, de nombreux travailleurs sollicitèrent leur admission dans la Société populaire. La Société se démocratisa ainsi de plus en plus et, en octobre 1793, elle se décida, en témoignage de son admiration pour la conduite des Montagnards, à changer de nom et à prendre désormais celui de Société de la Montagne. La délibération est curieuse et mérite d'être reproduite. La séance est présidée par Lacoste, curé de la commune :

La séance ouverte, un membre, après avoir obtenu la parole, a observé, avec toute la vivacité d'un républicain, que la Liberté devait son salut à la Montagne; que c'était de cette Montagne sainte qu'était sortie la foudre qui, roulant depuis longtemps sur la tête de ces hommes vils dignes d'être esclaves, de ces hommes qui, sous le voile d'vm faux patriotisme, ne cherchaient qu'à détruire le signe de la Liberté, avait fini par les écraser; que c'était elle qui était l'arc-boutant du vrai bonheui du peuple et que, sans elle, nous serions plongés dans le plus affreux esclavage; qu'elle seule avait osé porter une main vengeresse sur le trône, digne par ses forfaits, d'être anéanti depuis longtemps; et que nous devions tous nous glorifier de porter le glorieux nom de Montagnards.

Ce même membre a ensuite fait la motion que notre Société fût d'ores et déjà désignée sous le nom de Société de la Montagne. La motion ayant été vivement applaudie, l'assemblée a délibéré que, désormais, la Société républicaine de Beaumont porterait le nom de Société de la Montagne séant à Beaumont.

Et, à partir de ce moment, les admissions des nouveaux membres sont faites, non plus aux Amis de la Constitution, ni à la Société populaire, mais à la Société de la Montagne.

Gardienne vigilante des conquêtes de la Révolution, la Société populaire de Beaumont surveilla attentivement les suspects..., suspects de regretter l'ancien régime et de chercher à le rétablir. Dès le 28 juin 1791, à la suite de la fuite du roi et de son arrestation à Varennes, elle décida, « vu les circonstances critiques dans lesquelles on se trouvait alors et la nécessité de découvrir les conspirateurs », que son président, accompagné d'un autre membre de la Société, se rendrait à la municipalité, à l'effet de lui demander de nommer deux commissaires qui, après avoir prêté serment de garder le secret sur les affaires étrangères à l'intérêt général, « ouvriraient toutes les lettres qui se trouvent à la poste avant qu'elles ne soient remises aux différents particuliers à qui elles sont adressées, ces précautions étant nécessaires pour déjouer les ennemis du bien public ». Cette démarche, toutefois, n'eut jamais lieu. Dans la séance du 3 juillet 1791, la Société, se rapportant au décret de l'Assemblée nationale, qui défend sous des peines graves la fracture des sceaux et l'ouverture des lettres, retira « la pétition que les circonstances critiques où l'on se trouvait alors l'avaient engagée à faire à la municipalité ».

Le 20 mars 1793, un membre de la Société propose la création d'un Comité de sûreté générale, comprenant quatre membres et un secrétaire. Cette proposition ayant été adoptée à l'unanimité, le président invite l'assemblée à constituer le comité en question. L'assemblée désigne alors le citoyen Labarrière pour remplir les fonctions de président, en lui laissant le choix des trois autres membres. En conséquence, Labarrière, à son tour, désigne les citoyens Lacoste, Reynal et Colin. Les quatre membres du Comité, ainsi arrêtés, désignent eux-mêmes leur secrétaire : leur choix se porte sur Labarrière, lequel se trouve être à la fois le président et le secrétaire du Comité.

La Société se montra sans pitié pour les suspects, non seulement pour les hommes, mais encore pour les femmes. Le 27 mars 1793, elle reçut une lettre du citoyen Delpit (le procèsverbal de la séance ne nous dit pas quel est ce Delpit), ayant pour objet de demander à la municipalité de vouloir bien mettre

en liberté les femmes détenues dans la maison d'arrêt. En réponse, la Société arrêta qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur une pareille proposition.

Six mois plus tard (i<?r octobre 1793), les membres composant le Comité de salut public séant à Belvès adressèrent à la Société populaire de Beaumont une lettre à l'effet de l'inviter à correspondre avec eux, à leu ; dénoncer tout individu dont la conduite paraîtrait suspecte, à prendre enfin toutes les mesures de salut public pour déjouer les manœuvres des ennemis de l'intérieur. Le président, à son tour, invita tous les citoyens présents à correspondre aux vues salutaires du Comité de salut public, « en surveillant plus particulièrement tous les gens suspects et en les dénonçant avec impartialité». Sur ce, un membre, ayant obtenu la parole, fit observer que, « pour entretenir une correspondance plus suivie avec ledit comité et accélérer les opérations qui pourraient survenir, il serait nécessaire d'établir dans le sein de la Société un Comité de surveillance qui correspondrait directement avec le Comité de salut public ». La motion ayant été mise aux voix et adoptée sans discussion, on décida que le Comité de surveillance du présent canton se composerait de six membres et que ces six membres seraient nommés, séance tenante, au scrutin public et à la pluralité des suffrages. Le choix des électeurs se porta sur les citoyens Ters, Blanchard, Labarrière, le curé Lacoste, Carrière aîné et Jacques Coste, maire. Les nouveaux élus prêtèrent aussitôt le serment de « remplir leurs fonctions avec exactitude et impartialité », et le Comité entra immédiatement en fonctions.

Les membres du Comité de surveillance de Beaumont furent renouvelés le 23 brumaire an IL L'élection, qui avait à nommer huit commissaires au lieu de six, eut pour résultat l'entrée dans le Comité des citoyens Blanchard, Ters, Lacoste père, Lacoste, curé, Carrière aîné, Labarrière et Antoine Reynal père. Ils appartenaient tous au parti démocratique : Louis Ters lui-même comptait encore parmi les républicains avancés.

Il est à remarquer que la Société populaire de Beaumont n'admit jamais dans son sein des citoyens issus de familles nobles.

Joseph Laborde (voy. p. 511), le 14 octobre 1793, demanda à y entrer. Le vote, conformément au règlement, fut renvoyé à la séance du lendemain : il ne put recueillir la majorité des suffrages et ne fut pas admis. Et pourtant Joseph Laborde, malgré ses anciennes attaches royalistes, avait dans la Société des Amis de la Constitution, comme dans la population tout entière, de vives sympathies : ennemi du bruit et de la violence, il s'était toujours refusé à se mêler aux manifestations bruyantes des contre-révolutionnaires ou même à les approuver; il n'était pas, du reste, tout le monde le savait à Beaumont, un adversaire résolu des idées nouvelles; il ne faisait au gouvernement aucune opposition ouverte et il allait même à afficher des opinions libérales; la Société populaire, dans sa séance du 4 frimaire an II, qui lui fut en grande partie consacrée, vota à une grosse majorité (2g voix sur 43 votants) un ordre du jour reconnaissant « que le citoyen Laborde s'était comporté en vrai citoyen depuis la Révolution » ; mais il était d'origine noble et c'était probablement là, pour les Amis de la Constitution, un fait suffisant pour lui interdire l'entrée de la Société.

Après la mort de Louis XVI, les Montagnards de Beaumont, répondant aux vœux de la Convention, s'efforcèrent de faire disparaître, dans leur circonscription, tout ce qui pouvait rappeler l'ancien régime.

Nous avons déjà vu plus haut que, le 12 octobre 1793, la Société, sur la proposition d'un de ses membres, avait demandé que le drapeau de la garde nationale, portant encore les emblèmes de la royauté, fût brûlé et remplacé par le drapeau aux trois couleurs. Ce ne fut là qu'un commencement.

Dans la séance du 9 octobre 1793, un membre fait observer que les divers certificats que délivre la Société portent encore, comme le drapeau, les emblèmes de la royauté, et il demande au bureau de vouloir bien les renouveler. Un autre membre, tout en partageant les regrets du préopinant de retrouver des souvenirs de l'ancien régime sur les certificats de la Société, croit néanmoins devoir s'opposer à leur renouvellement pour des raisons d'économie (la société était toujours très pauvre)

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