‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 202 sur 269 · POLITIQUE RELIGIEUSE 77I · texte numérisé non relu

POLITIQUE RELIGIEUSE 77I

et, à son tour, il fait observer que « les mêmes certificats pouvaient servir en effaçant les fleurs de lys et le mot de Roi »

C'est ce qui fut fait.

Je reproduis ici (planche 2) en fac-similé le passeport qui, quelques jours après (22 brumaire an II), fut délivré par la Société au citoyen Jacques Poussai Laroque. On constatera que c'est un ancien modèle de la Société des Amis de la Constitution, sur lequel la plume de Blanchard, secrétaire, a consciencieusement biffé la couronne royale, l'écusson sous-jacent et les trois

mots « ET LE ROI ».

Trois jours plus tard, le 12 octobre 1793, un membre de la Société populaire demande en séance publique que, conformément à la loi, tous les tableaux, toutes les statues des rois de France et tous les emblèmes de la royauté soient brûlés. La motion est vivement applaudie. Deux commissaires sont aussitôt nommés, les citoyens Bertrand et Delayre, à l'effet de vouloir bien, sous les auspices et avec l'appui de la municipalité, faire un état complet de « tous les tableaux et statues représentant les ci-devant rois de France, ainsi que tous les monuments féo- . daux »; et on délibère que tous ces vestiges de l'ancien régime, le (( régime maudit » comme on l'appelait alors, seront brûlés publiquement le dimanche vingtième du présent mois sur le champ de la Fédération ^ Et voilà certainement pourquoi nous ne trouvons aujourd'hui, dans les archives municipales de la commune de Beaumont, aucun document antérieur à la Révolution.

§ 3. - Politique religieuse de la société.

Les membres de la Société populaire, au début, étaient des hommes croyants, tenant à faire respecter les usages du culte et les respectant eux-mêmes. Dès le 14 juin 1791, moins de trois mois après sa fondation, la Société mit à sa tête l'abbé Delpit, vicaire, puis curé de la paroisse de Beaumont et le réélut

I. Le Champ de la fédération, à Beaumont, n"étail autre que la place de notre Castelot actuel (voy. p. 21).

quatre fois à la présidence. Quand le curé Delpit, décédé, fut remplace à la cure de Beaumont par le curé Lacoste, celui-ci le remplaça- également à la présidence de la Société des Amis de la Constitution, qui devait, quelque temps après, prendre le nom de Société de la Montagne. Le 22 brumaire an II, un autre prêtre, l'abbé Guibert, curé de Bannes, entra dans la Société et y prêta le serment d'usage. Sur la liste des Amis de la Constitution de Beaumont nous voyons figurer un quatrième ecclésiastique, le sieur Lanauve : nous le retrouverons plus loin. La Société populaire, on en conviendra, ne pouvait donner un meilleur témoignage de son respect pour la religion qu'en appelant dans son sein des prêtres et en se faisant présider par eux.

Le 10 avril 1791, la Société, sur la proposition d'un de ses membres demandant qu'il fût fait un service solennel pour le repos de l'âme de M. Riquetti (Mirabeau), arrêta qu'il serait chanté une messe de mort dans l'église de la paroisse et qu'à cette messe seraient invités la municipalité, la garde nationale et tous les amis de la Constitution. Elle arrêta, en outre, que tous les membres de la Société porteraient le deuil de « cet ami de la Liberté française pendant huit jours )>.

On sait que l'évêque Pontard, en passant à Beaumont, le 29 juillet 1791, fut reçu par la Société populaire. Les ylwî's^e /a Constitution lui firent l'accueil le plus chaleureux (voy. Culte) et, dans la séance du 2 août, la Société prit une délibération, aux termes de laquelle chacun de ses membres était tenu à surveiller les calomniateurs de l'évêque et à les dénoncer à la Société.

Rappelons ici que, le 20 septembre 1791, la Société populaire de Beaumont nomma deux commissaires pour demander à la municipalité l'autorisation de faire chanter un Te Deum en action de grâces pour l'acceptation, par Louis XVI, de l'Acte constitutionnel.

Le 2 brumaire de l'an II, les Amis de la Constitution demandèrent encore, à l'occasion de l'entrée des troupes républicaines dans Cholet et Mortagne, qu'il fût chanté un Te Deum, le jour de la fête de saint Front, en action de grâces de cette » fameuse victoire sur les Brigands ». Tous les habitants de la ville, sans

Page 1