POLITIQUE RELIGIEUSE
distinction de sexe, seraient invités, au son de la caisse, à y assister et on nomma six commissaires, les citoyens Delpech, Audissou, Dumeau fils, Girot, Carrière, Lafond et Durant huissier, avec mission de se tenir à la porte de l'église « pour prendre une note de ceux des habitants qui n'y auraient pas assisté, sauf raison légitime ». Tous les hommes répondirent à l'appel de la Société. Les commissaires n'eurent à signaler, comme n'ayant pas assisté à la cérémonie, que quelques femmes du peuple, onze en tout. Un membre de la Société ne manqua pas (séance du 14 brumaire an II) de proposer l'inscription de ces onze citoyennes sur la liste des personnes suspectes. L'assemblée ne fut pas complètement de son avis et délibéra, fort sagement du reste, que, « s'il n'y avait pas d'autres griefs à leur imputer, elles ne pouvaient être dénoncées pour ce fait seulement ». Elles devaient, néanmoins, être attentivement surveillées.
Dans la séance du 12 octobre 1793, la Société arrête que le drapeau tricolore qu'elle avait offert à la garde nationale de Beaumont serait, avant d'être remis au commandant, apporté à l'église et béni par le curé de la paroisse.
Non seulement la Société populaire respectait la liberté du culte, mais elle tenait encore à ce que ses membres assistassent régulièrement aux offices. Le 7 septembre 1791, un membre dénonça quelques-uns de ses collègues, qui affectaient de ne pas assister aux offices du curé constitutionnel, en observant « qu'une telle conduite ne devait pas être celle d'un citoyen décoré du titre auguste d'Ami de la Constitution ». Et une motion fut faite que ces citoyens, « ainsi inconséquents à leurs principes et parjures à leurs serments », auraient à rendre compte de leur conduite à la Société, qui prendrait ensuite, à leur égard, telle mesure qu'il conviendrait.
Dans la séance suivante (10 septembre), l'auteur de cette motion la renouvelle et dénonce publiquement le citoyen Lanauve, ecclésiastique, comme étant de ceux qui affectaient de ne pas assister aux offices du curé constitutionnel. Lanauve, à qui il est demandé des explications, cherche naturellement à se disculper : « Les premières raisons qu'il a données, dit le
procès-verbal, ayant été vivement combattues et repoussées, il a eu recours à des nouvelles, que la Société n'a pas jugées plus favorablement. Enfin, poussé à bout, il a ajouté que, s'il était utile au bien public qu'il assistât en surplis aux ofiices de la paroisse, comme il le faisait régulièrement sous le ci-devant curé, il ne s'y refuserait pas, mais qu'il était bien éloigné de le penser ainsi. » Alors, plusieurs sociétaires demandent que l'assemblée soit consultée pour savoir ce qu'il convient de faire. D'autres ajoutent que la conduite de Lanauve de ne pas assister aux offices depuis qu'ils étaient faits par un prêtre assermenté, pouvait paraître indifférente chez un simple citoyen, mais qu'elle était « très criminelle et de très mauvais exemple chez un citoyen décoré du titre auguste d'Atni de la Constitution ». Finalement, le président met la motion aux voix. A une très grande majorité, l'assemblée décide « que, pour l'exemple, pour l'édification publique et pour fixer l'opinion de quelques esprits faibles, il était utile et même nécessaire que le sieur Lanauve, ecclésiastique, en qualité d' Ami de la Constitution, assistât en surplis, comme ci-devant, aux offices de la paroisse ». Et le président, en proclamant le résultat du vote, invite le sieur Lanauve à renoncer à son opinion personnelle et à s'incliner devant le vreu de la Société. Mais Lanauve fait la sourde oreille et, prenant la parole, il répond a en termes un peu lestes, pour ne rien dire de plus, entre lesquels on remarque ceux-ci qu'il y assisterait quand il lui plairait, etc. », et il quitte la salle, accompagné par les murmures et les menaces de tous les membres présents. Un membre demande, alors, qu'il soit rayé sur la liste des membres de la Société, et cette motion est appu3'ée par la presque-totalité des assistants. Un autre demande que son nom, qu'il qualifie de « profane », soit écrit sur un morceau de papier et brûlé en pleine séance. Un troisième propose que le sieur Lanauve soit dénoncé à toutes les Sociétés voisines comme « indigne de porter jamais le titre auguste à' Ami de la Constitution ». Il fut tout simplement (séance du 17 septembre) rayé de la liste des membres de la Société.
Je plains ce pauvre Lanauve qui, par ce temps de Liberté,