‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 230 sur 269 · I. Pour la tèt»: do Tan IV, voir p. 86i · texte numérisé non relu

I. Pour la tèt»: do Tan IV, voir p. 86i

(l'église du couvent), où se trouvaient déjà réunis un très grand nombre de citoyens, notamment : Jacques Poussai, juge de paix, avec ses assesseurs, Choisy, Colin, Melon, Grenier père, Carrière aîné et Girot, le premier commandant, le second adjudant de la garde nationale, François Gibert, sous-officier dans la colonne mobile, Joseph Bessot, lieutenant de gendarmerie, Jean Baptiste Lacoste, officier ministériel, Georges Bertrand, huissier à la justice de paix, Tinet aîné, greffier à la dite justice de paix, Pierre Landa Colombier, secrétaire en chef de l'administration municipale, etc.

Le président, comme l'année précédente, annonce à l'assemblée l'objet de la cérémonie et fait lecture de la loi du 24 nivôse et de l'arrêté de l'administration centrale relatifs à la réunion. Puis, levant la main, il prête serment en ces termes : Je jure haine à la royauté et à l'anarchie ; je jure attachement et fidélité à la République et à la Constitution de l'an III.

Après lui, chacun des fonctionnaires s'approche du bureau et prononce à haute voix le même serment.

Avant de se séparer, et sur la proposition du président, l'assemblée arrête que les fonctionnaires et hommes publics du canton qui ne se sont pas rendus à cette fête (et ils étaient fort nombreux) seront invités à prêter le serment prescrit par la loi dans une séance publique de l'administration municipale.

§ 6. - Les troubles de ventôse an V.

Nous sommes à la fin de l'hiver. Les élections de germinal approchent et les partis extrêmes s'y préparent activement, les royalistes rêvant toujours de restaurer en France un régime qu'ils regrettent, les républicains démocrates bien résolus à ne rien céder des conquêtes de la Révolution. Sous une apparence trompeuse de paix et de tranquillité, le canton est profondément divisé. Habilement travaillées par des émissaires qui parcourent la ville et la campagne, les populations s'inquiètent, s'agitent. Les esprits, déjà très surexcités parles rudes épreuves de six années de révolution, s'échauffent de plus en plus et il

suffirait d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres, d'une occasion pour déchaîner des troubles graves. Cette occasion, elle se produisit le 30 nivôse an V, dans les conditions que voici.

Les républicains avancés de Beaumont avaient placé un bonnet rouge au haut d'une pique, qu'ils avaient plantée sur la Place Publique. D'autre part, conformément à l'arrêté du Comité de salut public du 23 floréal, ils avaient substitué, sur la façade de l'église paroissiale, à l'ancienne inscription : Temple de la Raison, ces mots du décret de la Convention nationale du 18 floréal : Le peuple français reconnaît l'existence de l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme. Le parti royaliste s'en émut et, dans la nuit du 29 au 30 pluviôse, quelques-uns de ses membres, restés inconnus, barbouillèrent d'ordures et le bonnet rouge et l'inscription.

Un pareil outrage à leurs convictions politiques et religieuses souleva, dans le parti jacobin, une indignation profonde. Quelques membres du parti remirent une pétition à l'agent municipal de la commune, en lui demandant « le netto3^ement des ordures • et, comme celui-ci ne s'empressait pas de déférer à leur désir, ils procédèrent eux-mêmes, dans la journée, à ce nettoiement, non sans proférer à l'adresse de leurs adversaires des protestations et des menaces. Et, quand vint le soir, ils se réunirent et parcoururent bruyamment les principales rues de la ville en chantant la Marseillaise et la Carmagnole. Répondant à cette manifestation par une contre-manifestation, les royalistes sortirent eux aussi de leurs maisons et se répandirent à travers la ville, formant des bandes, lançant des cris menaçants et entonnant leurs chants à eux, notamment le Révei Idu Peuple. Révolutionnaires et contre-révolutionnaires se rencontrèrent sur la Place Publique — la Place de la Liberté, alors — et, là, ce fut entre les deux partis un échange on ne peut plus bruyant de paroles, de menaces et de coups.

Fort heureusement, vers 9 heures, Pierre Grenier et Louis Ters, suivis de quelques citoyens paisibles, apparurent au milieu de la bagarre et réussirent, à force d'objurgations et de prières, à séparer les combattants et à rétablir l'ordre. On se demande

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ce qu'il serait advenu sans l'intervention de ces magistrats. Il n'y eut, en somme, que des insultes et des scènes de pugilat. A 10 heures, la place était évacuée et la ville absolument tranquille. Cette première bagarre avait été bruyante, très bruyante : elle n'avait pas été meurtrière.

Le lendemain, i'^'^ ventôse. Grenier convoque d'urgence l'administration municipale pour s'occuper de la situation. Encore sous le coup de l'émotion profonde qu'a produite sur lui tout ce qu'il a vu et entendu, le commissaire du Directoire exécutif n'a plus dans son attitude la belle assurance dont il ne s'était jamais départi jusque-là. Il retient cette fois sa déclaration habituelle sur la paix et la tranquillité publique. Il croit réellement à l'existence de la rixe dont il a été le témoin et, à l'ouverture de la séance, il la raconte dans les termes suivants :

« Des mouvements qui se sont manifestés ces jours derniers dans le chef-lieu de cette commune ont fait craindre de voir la tranquillité publique troublée et l'harmonie qui y a régné jusques à présent rompue. J'ai cru qu'il était nécessaire de prendre des mesures les plus promptes. Le président de l'administration municipale et l'agent municipal de cette commune étant absents, je me suis déterminé à vous convoquer extraordinairement pour aujourd'hui, afin d'aviser aux moyens à prendre. Et, malgré que je n'aye pas tardé un moment à prendre cette précaution dès que j'ai eu connaissance des mouvements, peu s'en est fallu que je l'eusse fait trop tard.

» Oui, citoyens, si le président de l'administration municipale et moy ne nous fussions pas trouvés ici hier au soir, la commune de Beaumont, qui jusques à présent a joui de la plus parfaite tranquillité depuis le règne constitutionnel, qui a donné l'exemple jusques à présent aux communes circonvoisines de sa soumission et de son attachement aux lois de la République et de 1 ''oubli généreux et réciproque des fautes révolutionnaires, cette commune, dis-je, seraif aujourd'hui en proye aux fureurs de îa, guerre civile.

» Nous avons vu les partis en présence, nous avons vu le poignard fratricide peut-être, prêt à se souiller du sang de ses

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victimes. Nous avons vu l'artisan contre l'artisan, le propriétaire contre le propriétaire, le défenseur de la patrie contre le défenseur de la patrie. C'était sur la Place Publique, vers les g heures du soir, que se passait cette scène scandaleuse et affligeante. Des chants et des cris, qui, dans tant d'autres communes, sont devenus des signes de ralliement de deux partis qui cherchent à renverser le gouvernement, se faisaient entendre, formaient les partis et les provoquaient réciproquement l'un contre l'autre. Mais, je dois le dire à la louange des habitants de Beaumont, s'ils s'étaient oubliés un moment pour se livrer à la passion des différentes opinions révolutionnaires, ce délire a été presque aussitôt éteint que formé. A peine le président de l'administration municipale et moy avons-nous eu prononcé l'ordre de se retirer que les deux partis se sont également empressés d'y souscrire, et le reste de la nuit a présenté le calme ordinaire.

» Cette circonstance, citoyens, doit nous confirmer dans l'idée satisfaisante que ces mouvements et les précédents étaient en grande partie le fruit de l'erreur et n'avaient d'autre principe réel que dans des suggestions perfides qui, dans ces circonstances, ont agité tant de communes de la République. Je ne me dissimule pas que ces mouvements pouvaient avoir quelques causes éloignées qui ne peuvent encore que se présumer. Mais, par les rapports qui ont été faits, il paraît que ce sont des ordures que quelque ennemi du repos public s'est amusé à apposer sur un bonnet rouge, qui a échappé à la surveillance de la police, et sur une inscription de reconnaissance de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme, qui existe encore sur la porte de la cy-devant église de cette commune, qui les ont fait éclater. Quelques citoyens de la commune, croyant sans doute voir dans ces ordures un outrage fait à la liberté, portèrent une pétition non signée à l'agent municipal de la commune par laquelle ils luy demandaient le nettoyement de ces ordures. Le lendemain, ils procédèrent eux-mêmes à ce nettoyement. Cette opération se fit, dit-on, avec quelque ostentation et avec quelque profession de terrorisme. Toutes ces circonstances semèrent des inquié-

tudes parmi les personnes qui se rappellent encore des maux qu'ont faits à la France les hommes qu'on a voulu désigner sous la dénomination de terroristes. Les passions et les ressentiments se sont réveillés, les partis se sont formés, des cris en horreurs aux différents partis ont été chantés, un feu de joye a été ajourné par l'un de ces partis à aujourd'hui sous le prétexte louable de la réjouissance de nos victoires et de la découverte de la nouvelle conspiration royaliste, mais dont le véritable but est, s'il faut en croire la rumeur publique et les indications des divers propos tenus, d'amener une occasion aux deux partis de déployer et mesurer leur force.

» Voilà, citoyens, ce que la rumeur publique et ce que j'ai vu m'ont transmis sur la situation de cette commune. Je ne négligerai rien pour découvrir les auteurs de ces mouvements. Mais, en attendant, j'ai cru que, avant que le mal ne fût pire, l'administration municipale devait prendre des mesures pour arrêter ce ferment de discorde qui prend de la consistance tous les jours; je vous en fais la réquisition empressée. »

Séance tenante, l'administration municipale, composée de Louis Ters, président, Delpit, Laval Dubousquet, Bouscaillou, Bessot, Durant et Rasteau :

Considérant que les troubles qui se sont manifestés dans cette commune paraissent coïncider avec ceux qui ont eu lieu dans plusieurs autres cantons et être suggérés par les insinuations perfides des ennemis de l'ordre et de la tranquillité;

Considérant que c'est dans les rassemblements que se fomentent les complots liberticides des citoyens égarés avant de se répandre dans les places publiques et dans les rues, en chantant des chansons qui ne tendent qu'à animer les citoyens les uns contre les autres et à les exciter à des voies de fait ;

Considérant qu'il est du devoir des magistrats du peuple de prévenir les troubles qui pourraient survenir dans le canton dont l'administration lui a été confiée, déclare à la nation et à ses concitoyens qu'elle emploiera tous les moj^ens que la loi a mis en son pouvoir pour maintenir la paix entre ses concitoyens; elle jure également de poursuivre tous les factieux sous quel-

ques couleurs qu'ils marchent, soit royalistes, soit anarchistes et, à cet effet, elle prend l'arrêté suivant :

Article i^r.

Tout attroupement armé ou sans armes est défendu; s'il s'en forme quelqu'un, il sera dissipé sur-le-champ par voyes de commandement verba ou par la force.

Article 2.

Tout rassemblement pour célébrer des fêtes par des feux de joye est défendu.

Article 3.

Il est défendu de chanter, sur les places publiques et dans les rues, aucun chant qui puisse provoc^uer les citoyens les uns contre les autres, sous peine d'être poursuivi comme perturbateur du repos public.

Article 4.

Il est défendu à tout aubergiste, marchand de vin et cabaretier de donner à boire aux citoyens de la commune après neuf heures du soir, sous peine, pour les cabaretiers ou aubergistes, de trois jours de prison pour la première contravention et de la fermet-ure du cabaret pour la seconde.

Article 5.

II est enjoint à l'agent municipal de se concerter avec l'adjoint pour donner la plus grande publicité au présent arrêté et en assurer l'exécution; et, si le cas le requiert, ils sont autorisés de requérir la colonne mobile de luy donner main forte.

Cette délibération était à peine prise et signée que des citoyens effarés entrent dans la salle des séances et disent au président « qu'il y a du train dans le cabaret de Loiseau ». L'assemblée y délègue aussitôt le citoyen Laval Dubousquet, agent municipal de la commune, pour rétablir l'ordre. Mais à peine est-il parti qu'arrivent d'autres citoyens pour annoncer que l'affaire, au lieu de se calmer, s'aggravait chez Loiseau et que royalistes et démocrates s'y égorgeaient. Sur ce, le président de l'administration, le commissaire du Directoire exécutif et tous les membres présents de l'administration s'élancent chez Loiseau. On sait que le citoyen Loiseau, ancien maire.

ancien juge de paix, maître plâtrier et aubergiste, habitait sur la Place Publique la maison à cornière placée en face des mesures et occupée aujourd'hui par M. xA.uriel, boucher {/ig. izy). On se battait fort, en effet, dans la petite salle de l'auberge. Au milieu d'un vacarme effroyable, bouteilles et verres volaient en éclats, les coups succédaient aux coups et l'on entendit même, notes singulièrement lugubres, quelques détonations d'armes à feu.

FiG. 127.

La iiKiisoii do Pierre Loiseau, où >e passa la rixe du i^'' ventôse an Y.

Fort heureusement, les pistolets à cette époque étaient moins dangereux qu'aujourd'hui et, si les blessés furent nombreux, il n'y eu pas de mort.

L'arrivée des magistrats municipaux amena un peu de calme. Le président de l'administration, Louis ïers, en profita pour haranguer la foule. Après avoir fait lecture de l'arrêté que l'on venait de prendre, il engagea les citoyens des deux partis à réfléchir et à se mettre en garde «contre les suggestions perfides qui tendent à les armer les uns contre les autres, en provoquant la guerre civile » et il leur demanda de se retirer tranquillement chez eux. Louis Ters, on le sait, avait une influence considérable sur les liabitants de Beaumont : à sa voix, la rixe prit fin et, quelques instants après, la salle du citoyen

Loiseau était vide et silencieuse. Il y avait bien quelques chaises cassées, une ou deux tables boiteuses et même cà et là, sur le sol, quelques taches de sang, mais c'était tout. Cette fois encore la bagarre, malgré l'ardeur qu'on y avait apportée de part et d'autre, n'avait pas fait de victimes.

Le calme rétabli, les magistrats municipaux retournent au cy-devant couvent des Dames de la Foy et, tout heureux de leur intervention, reprennent la séance interrompue. Après un échange d'observations au cours desquelles il fut unanimement reconnu que la rixe survenue chez Loiseau était d'ordre politique et n'était que la suite de celle qui avait eu lieu la veille sur la I^lace Publique, l'administration municipale, « considérant que tous ces mouvements ont une source probable dans lesprojetsd'armerles citoyens les uns contre les autres» — c'était le cliché ordinaire — prend le nouvel arrêté que voici:

Article i'^''.

Copie du réquisitoire du commissaire du Directoire exécutif et de l'arrêté qui l'a suivi sera adressée au juge de paix du cantou, ensemble du procès-verbal qu'a dressé l'agent municipal de cette commune, de la rixe de ce jourd'huy, qui luy serviront de dénonciation officielle, aux fins qu'il instruise contre les fauteurs et promoteurs desdits troubles conformément aux lois.

Article 2.

L'agent municipal de cette commune est chargé de tenir toujours

à sa disposition une escouade de la colonne mobile, qui fera des

patrouilles dans la nuit et sera toujours prête à se transporter partout

où besoin .sera.

Article 3.

Copie des pré.sentes mesures prises ce jourd'huy sera adressée à l'administration centrale et au ministre de police générale.

Fait à Beaumont en séance publique par l'administration municipale le !'»'■ ventôse an V de l'ère républicaine.

Ters, pr'. Durant.

Delpit. Bouscaillou.

L'administration municipale, en raison des circonstances graves que traverse la commune de Beaumont, déclare qu'elle

siégera en permanence jusqu'à ce que la tranquillité sera rétablie dans le canton.

Le lendemain 2 ventôse, Grenier, dans la crainte de nouveaux troubles et avec l'approbation de l'administration municipale, prend toutes les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité dans la commune et dans le canton. Il se décide à faire appel à la force armée et il écrit la lettre suivante, qu'il envoie simultanément et par deux exprès aux brigadiers de gendarmerie de Montpazier et de Lalinde :

Beaumont, le 2 ventôse an V.

Des mouvements qui se sont manifestés ces jours-ci dans cette commune, et qui ne sont pas encore éteints, rendent nécessaire une force publique, majeure de celle que nous avons, pour assurer la tranquillité de cette commune, surtout pour la journée de demain qui est un jour de marché. Je vous requiers, en conséquence, de venir demain avec votre brigade pour concourir au maintien du bon ordre.

Veuillez bien m'accuser réception de la présente.

P. Grenier.

Le brigadier de gendarmerie de Montpazier envoya le jour même un simple accusé de réception. Celui de la gendarmerie de Lalinde répondit par ces trois lignes :

Lalinde, le 2 ventôse an V.

Bien que nous ayons bien des affaires en ce moment, nous ne ferons pas faute de nous rendre demain sur les di.x heures. Salut et fraternité.

BOUTHIERS.

En même temps qu'il réquisitionnait les gendarmes, Grenier écrivait à Jacques Poussai, juge de paix du canton, pour le saisir des troubles des jours précédents et lui demander de rechercher les coupables et de les traduire devant les tribunaux compétents :

Beaumont, le 2 ventôse an V de la R. F.

Vous recevrez ci-joint : 1° une copie du procès-verbal de la séance de l'administration municipale de ce canton du i*^"" courant, qui contient des renseignements et des mesures sur des mouvements qui se sont manifestés dans cette commune et sur une rixe qui en a été la suite le même

jour; 2° un procès- verbal de l'agent municipal de cette commune, du ler aussi du courant, qui contient les détails et les suites de la rixe. Vous y verrez que la tranquillité publique a été troublée dans cette commune, qu'il y a eu un grand nombre de délits commis, qu'il y a peut-être des projets plus sinistres encore. Les auteurs et fauteurs de ces troubles, de ces délits, doivent subir la peine que la loi leur impose. C'est à vous à les rechercher et à les traduire devant les tribunaux compétents. Votre amour de l'ordre connu est un sûr garant du zèle que la société attendra de vous dans cette affaire. Les pièces suivantes et la présente vous serviront de dénonciation officielle.

Salut et fraternité.

P. Grenier.

Dans une deuxième lettre, Grenier transmettait au juge une dénonciation du citoyen Dagout, sonneur de cloches, se plaignant d'avoir été « assassiné )> {sic) dans la rixe du i^^^" courant à l'auberge Loiseau. Le juge du canton était encore chargé d'instruire cette affaire.

La mission confiée en cette circonstance à Jacques Poussai, qui était originaire de Beaumont, était pour lui particulièrement délicate : il avait à informer et peut-être à sévir contre des amis et, aussi, contre un ennemi personnel, le citoyen Loiseau qui, on s'en souvient, l'avait évincé, aux élections d'octobre 1792, pour la place de juge. Cédant à un sentiment de délicatesse qui l'honore, il se récusa. La direction du jury du tribunal de police correctionnelle de Bergerac nomma à sa place les citoyens Gouzot, juge de paix du canton de Cadouin, et Carrier, juge de paix du canton de Lalinde. Comme on pouvait s'y attendre, étant données les tendances politiques qui prévalaient alors dans les sphères officielles, les royalistes ne furent nullement inquiétés et, par contre, un grand nombre de républicains démocrates furent jetés en prison : tout d'abord, Pierre Loiseau, dont l'auberge avait été envahie et saccagée; puis les citoyens Blanchard, Lacoste père et fils, Laporte, Rivière, Dumeau, Grenier, La tour. Durant, Dagout, Rejmal, Melon, Pierre Audissou, Jean Fontauzard, etc. qui, « après avoir été blessés et outragés par des rebelles attroupés » avaient été punis « comme auteurs des attroupements ». Un grand nombre d'entre eux, après une détention de quelques jours dans la maison

d'arrêt de Beaumont, furent transférés dans les prisons de Bergerac, où nous les retrouverons encore dans les premiers mois de l'an VI. Ils ne furent, en effet, remis en liberté qu'en brumaire et frimaire, Loiseau le 9 brumaire, les autres, le 3 frimaire suivant.

Cette même journée du 2 ventôse fut marquée par deux incidents qui nous sont racontés par Grenier lui-même. Tout d'abord, un bruit, parti je ne sais d'où, se répandit dans Beaumont que quatre royalistes avaient donné rendez-vous à quatre Jacobins — à quatre terroristes, comme ils les appelaient — à (( une petite distance de la cité », le rapporteur ne nous dit pas en quel endroit. Assurément, il devait se livrer là, entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, un de ces combats singuliers qui, à cette époque profondément troublée, étaient relativement fréquents. Nos Jacobins de Beaumont répondirent naturellement à cette provocation et, à l'heure fixée, ils partirent pour le rendez-vous avec un grand nombre de leurs amis « avec assez de bruit pour qu'on s'en aperçoive et que l'alarme se jette dans la ville». A leur suite s'élance, plus ou moins affolée, une suite nombreuse « de femmes et d'hommes armés de toutes les manières ». Laval Dubousquet et (irenier, ceints de leur écharpe, se transportent eux aussi sur les lieux, amenant avec eux une escouade de la colonne mobile. Mais, arrivés à l'endroit fixé pour le rendez-vous, champions révolutionnaires, population, magistrats municipaux, soldats de la colonne mobile ne rencontrent personne. C'était, comme l'écrivait Grenier, une fausse alerte, et chacun rentra chez soi, singulièrement furieux contre les royalistes, mais heureux au fond que la lutte fratricide que l'on redoutait n'ait pas eu lieu.

La soirée qui suivit fut assez calme, mais la nuit, des bandes parcoururent les rues de la ville en chantant et, le lendemain on signalait à l'agent mimicipal que des « inconnus » s'étaient rendus devant la maison du citoyen Neyrat \ l'un des chefs

I. Nevrat devait habiter à cette époque sur la rue Deytier Tancien liôpital, (]ui avait été acheté en 1789 parle cuiv l'ouzargue, et qu'il avait acquis lui-même, quelques années plus tanl, à la vente des biens nationaux. C'est aujourd'hui la maison Gaillard.

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du parti royaliste et avaient brisé les fenêtres à coups de pierres. Ils n'avaient pu, toutefois, pénétrer dans la maison et l'agression s'était réduite à la destruction de quelques contrevents donnant sur la rue.

Le 3 ventôse était un jour de marché et de nouveaux troubles étaient à craindre. De bon matin, l'agent municipal de la commune, Laval Dubousquet, délibérant avec son adjoint Pierre Bessot « sur les moyens de ramener l'ordre et de maintenir l'union et la paix entre les citoyens », arrête qu'ils se transporteront alternativement, concurremment si le cas l'exige, dans tous les lieux où la présence des magistrats sera jugée nécessaire pour assurer la liberté publique et, individuellement, chacun d'eux « examinera scrupuleusement tous les rassemblements et mouvements qui pourraient avoir lieu ». Puis, dans un nouvel arrêté que voici, il supprime, comme pouvant servir de signe de ralliement, la sonnerie des cloches :

Considérant que, dans une effervescence telle qu'elle existe dans la commune, le son de la cloche pourrait servir de signe de ralliement aux partis divers qui s'agitent;

Considérant qu'un tocsin répandrait l'alarme dans tous les environs et que les malveillants pourraient chercher à mettre à profit ce moment pour inonder de crimes ces contrées;

Considérant que la loi met à notre disposition tous les moyens qui peuvent assurer le repos public ;

Avons arrêté :

Que les portes de l'église, seules voyes pour parvenir aux cloches, seraient et demeureraient fermées jusqu'à nouvel ordre, que les clefs seraient de suite remises en nos mains et que tout son de cloches quelconque serait interdit dans la commune.

Cet arrêté est affiché aussitôt, à côté de ceux de l'administration municipale, sur les piliers de la halle, à la porte de l'église et à la porte de l'ancien couvent.

Il est 9 heures.

En ce moment arrivent à Beaumont les gendarmes de Lalinde et de Montpazier, réquisitionnés la veille par le commissaire du Directoire exécutif. Ils se présentent aussitôt à l'agent municipal, à qui ils déclarent qu'ils se sont rendus sans délai à la

réquisition qui leur a été faite et qu'ils sont « prêts et disposes à exécuter les ordres qui leur seraient donnés pour prévenir et arrêter tous les désordres ». Laval Dubousquet en prend acte et il loge les deux brigades, celle de Lalinde chez le citoyen Colin aubergiste, {ftg. 74, p. 432), celle de Montpazier chez le citoyen Ouercy ^ également aubergiste. Les dépenses seraient payées, comme d'habitude, sur les fonds destinés aux charges locales.

La journée, contrairement aux prévisions, se passa dans le plus grand calme. Le soir, à 5 heures, le commissaire du Directoire exécutif autorisa les gendarmes de Lalinde à regagner leur résidence. Il se contenta, pour le service de la nuit, de la brigade de Montpazier. A 10 heures du soir, le rapport de la gendarmerie et celui de l'adjoint municipal ne signalèrent aucun incident. Il n'est rien de tel, pour calmer les passions politiques, comme les uniformes des gendarmes. Les dix ou douze gendarmes de Montpazier et de Lalinde, en tenue de campagne, se promenant deux à deux au milieu du marché, avaient produit leur effet.

Le 4 ventôse Laval Dubousquet et Bessot, dès 8 heures du matin, sont à leur poste. Vers 10 heures, les gendarmes de Montpazier se présentent à eux et, comme le calme est maintenant rétabli et que leur présence n'est plus nécessan-e, ils demandent l'autorisation de se retirer. Laval Dubousquet y consent et les gendarmes, après avoir fait une dernière tournée dans les rues de la ville, reprennent le chemin de Montpazier. La journée fut calme. Le soir, à 9 heures, Laval Dubousquet et Bessot, suivis d'une escouade de la colonne mobile, se transportèrent « dans tous les lieux publics pour en faire la visite ». Ils constatèrent que partout régnait la plus grande tranquillité.

Le 5 ventôse, au matin, Laval Dubousquet est informé de divers côtés que la tranquillité publique n'a été nullement troublée la nuit dernière et que les esprits paraissent disposés

I. Duineau, dit Quérir, ainsi appelé parce qu'il était Drigiiiaire du Qucrcv. habitait sur la rue Hroiiieiil.

au plus grand calme. Jugeant alors qu'une invitation de sa part adressée à ses concitoyens pour les exhorter à l'union et à la concorde pourrait avoir les plus heureux effets dans un moment où « le cœur semblait docile à la voix de la justice et de la loi » et estimant « qu'invoquer les vertus est un moyen de déterminer tous les républicains à l'ordre et à la paix », il se décide à adresser une proclamation au peuple. Le jour-même, à I heure de l'après-midi, il invite les habitants à se rendre sur la place publique autour de l'arbre de la liberté. Il s'y rend lui-même avec son adjoint, gravit les premiers degrés de l'autel de la patrie et harangue la foule en ces termes :

« Républicains,

» Une pomme de discorde a été jetée dans cette commune. Une main scélérate a rompu d'un seul trait l'union et la concorde qui existaient entre tous les citoyens par une entreprise aussi indécente que ridicule. Toutes les passions, toutes les haines, étouffées par la douceur du régime constitutionnel, se sont réveillées. Il n'a pas été au pouvoir de vos magistrats d'en empêcher les funestes effets. Les têtes étaient trop montées, l'irritation trop violente.

« Mais, à présent que cette première effervescence est un peu calmée, j'invite tous mes concitoyens à réfléchir sérieusement sur les scènes passées et sur la nécessité de s'abstenir à l'avenir de tout acte qui pourrait se reproduire. Car si celuy qui a provoqué une si terrible explosion est atrocement coupable, le serait-il moins celuy qui, par ses manœuvres et ses menées, tâcherait de la perpétuer. Non sans doute : il accumulerait à la fois .sur sa tête criminelle l'exécration de ses concitoyens et toute l'animadversion de la justice.

"L'invitation que j'adresse ici à mes concitoyens ne sera pas vaine, je l'espère. Vous êtes tous des amis de la tranquillité et de la paix, tous disposés au plus grand sacrifice pour l'obtenir. Or, le sacrifice que je réclame de vous tous, le voici : éviter tous ces rassemblements nombreux où la discorde se glisse par

le concours de diversité de passions et d'intérêts; s'interdire tout chant, tout groupe qui annonce l'esprit de parti. Ce n'est que là, ce n'est que par là que les passions s'aiguisent et que l'ordre public est altéré.

» Qu'il n'y ait donc plus parmi vous, oh ! vous tous, mes concitoyens, qu'un seul parti. Ne formez qu'un seul groupe, celuy des amis de l'ordre et de la paix. Faisons plus, et ceci est très possible : qu'un généreux oubli de tout le passé ramène parmi nous l'union et la concorde.

» Nous sommes libres. Montrons-nous dignes de l'être par nos vertus... Que ce ne soit pas, d'ailleurs, au moment où les despotes abattus demeurent sans ressources, qu'ils puissent compter sur nos divisions intestines, sur nos propres entredéchirements... Dans tous les cas, que la justice seule demeure chargée de toutes les vengeances.

» Que si, contre mon attente, de perfides agitateurs rendent inutiles mes exhortations, s'il éclate encore de nouvelles rixes, de nouveaux troubles, tenez pour certain, qui que vous soyez et qui pouvez y prendre part, que vous serez victime de vos obstinations. »

Cette proclamation, lue d'une voix forte, produisit sur les habitants une impression profonde. Laval Dubousquet la fit afficher aussitôt à la porte de l'église et à la porte de l'administration municipale.

Les journées du 6 et du 7 ventôse furent, comme les deux précédentes, absolument calmes. Le soir, à 9 heures, Laval Dubousquet, selon son habitude, alla visiter tous les lieux publics, notamment les auberges et les cabarets. Il n'eut, dans ses rapports, à signaler aucun incident.

Le 8 ventôse était un dimanche. Le dimanche était alors, comme aujourd'hui, plus qu'aujourd'hui peut-être, un jour de repos. Laval Dubousquet, «considérant que, dans ce jour, il pourrait se former quelques rassemblements, vu le désœuvrement auquel sont livrés tous les ouvriers », requiert Jean Audissou, lieutenant de la colonne mobile, de se tenir prêt avec une

forte escouade de sa compagnie, pour se transporter avec lui « dans tous les lieux où besoin pourrait être ». Mais, à sa grande satisfaction, l'ordre régna partout et, après avoir le soir, à l'heure ordinaire, fait la visite de tous les lieux publics, avec le lieutenant Audissou et son escouade, il envoya à l'administration municipale son dernier rapport, où il concluait qu'il n'existait plus lYiaintenant aucun danger pour la tranquillité publique. Et Laval Dubousquet demanda alors à l'administration municipale de vouloir bien l'autoriser à se rendre pour deux ou trois jours à sa propriété de Merle, où l'appelaient des affaires urgentes. Du reste, il donnait l'assurance que sil'ordre et la tranquillité venaient, pendant son absence, à courir de nouveaux risques, on n'aurait qu'à le faire prévenir et qu'il s'empresserait, « toute affaire cessante», de rejoindre son poste. Les risques, que redoutait Laval Dubousquet, ne se produisirent pas et notre dévoué agent municipal de Beaumont put oublier, dans le calme reposant de Merle, les graves soucis que lui avait donnés à Beaumont, l'agitation populaire des premiers jours de ventôse.

La paix et la tranquillité étaient donc revenues dans notre petite ville. Grenier, qui s'était empressé de signaler à l'administration centrale du département les troubles occasionnés par l'Affaire du bonnet rouge, s'empressa bien plus encore de lui faire connaître les heureux résultats obtenus par les efforts de l'administration municipale :

Beaumont, le 6 ventôse an V.

Le commissaire du Directoire exécutif près l'adm^^^ nip^^ du canton de Beaumont, à celui près l'adm'^^^ centrale du département de la Dordogne .

Je m'empresse de vous prévenir, citoyen collègue, que l'espoir que j'avais lors de ma dernière dépèche sur les mouvements qui avaient agité la commune de Beaumont, que les mesures prises par l'administration municipale le i*-'"" courant et jours suivants seraient suffisantes pour rétablir l'ordre dans cette commune, n'a pas été encore trompé. Jusques à présent tout a été tranquille et l'effervescence semble se calmer

§94 BEAUMONÏ SOUS LE DIKECTOIKE

tous les jours. Si les derniers jom-s de carnaval se passent sans trouble ', j'ai l'espoir que la commune de Beaumont sera parvenue à i-attraper sa tranfiuillité ordinaire. J'espère aussi que l'expérience du passé sera une leçon pour l'avenir et <]ue les malveillants et les agitateurs ne trouveront pas une autre fois les esprits aussi aptes à seconder leurs desseins perfides.

Grenier.

A cette lettre du citoyen Grenier, son collègue près l'administration départementale, le citoyen Peskay répondit par celle-ci, éminemment flatteuse pour le commissaire du Directoire exécutif.

Périgueux, le 9 ventôse an V de la République française une et indivisible.

Le Commissaire du Directoire exécutif près l'adm^'^ centrale du département de la Dordogne, à celui près l'adm"^ mp^^ du canton de Beaumont.

J'ai été très satisfait, citoyen collègue, de l'empressement que vous avez mis à m'instruire des troubles qui ont agité votre commune. Je ne puis qu'infiniment louer votre conduite, votre prudence et votre sagesse. L'administration municipale et particulièrement son président vous ont parfaitement secondé. Il est bien doux, dans la place que j'occupe, de pouvoir payer à des fonctionnaires publics le tribut d'éloges qu'ils méritent.

L'administration centrale, à qui j'ai communiqué votre lettre et procès-verbaux de votre administration a applaudi à son zèle. Elle attend qu'elle les lui fasse passer directement pour lui donner elle-même des témoignages de sa satisfaction.

V^eillez sans cesse, citoyen collègue, sur les menées des anarchistes. Tâchez de prévenir les troubles qu'ils cherchent à répandre sur tous les points de la république. C'est une tactique sur laquelle ils ont fondé les plus grandes espérances. Du calme sur toute chose. Le temps et la raison feront le reste.

Continuez, citoyen collègue, par votre zèle, à maintenir l'ordre et à faire exécuter les lois, à justifier la confiance dont vous honore le gouvernement et à vous attacher, de plus en plus, tous les vrais amis de la constitution, de la justice et de l'humanité.

Salut et fraternité,

Peskay.

I. La journée du carnaval se passa comme à Tordinairc et la tranquillité publique ne fut pas troublée. Une mascarade assez nombreuse, organisée par les exclusifs (c'est ainsi qu'on appelait les républicains démocrates), parcourut la ville avec des armes et inspira, tout d'abord, « quelques sollicitudes sur ses intentions », mais ces craintes étaient sans fondement. 11 ne « s'ensuivit rien de mauvais », et, au dire de Grenier luimême, la promenade des masques armes « n'avait d'autre cause c^u'une suite des plaisirs du carnaval »

A tous ces éloges prodigués à Grenier pour « sa conduite, sa sagesse », le commissaire du Directoire exécutif près l'administration départementale aurait bien dû, ce semble, en ajouter quelques-uns à l'adresse de l'agent municipal de la commune de Beaumont qui, par son énergique intervention, avait contribué, bien plus que les réquisitoires de Grenier, à ramener le calme et la tranquillité dans la ville. Mais Laval Dubousquet passait, et avec raison, pour avoir des idées révolutionnaires avancées et le citoyen Peskay, qui était ultra-modéré, ne pouvait se résoudre à reconnaître le mérite, quelque grand qu'il fût, d'un adversaire politique qui n'était pour lui qu'un Jacobin, un terroriste, un anarchiste.

§ 7. - Les élections de germinal an V.

Sans doute, Grenier et Laval Dubousquet avaient maîtrisé l'émeute dans la rue, mais ils n'avaient pu réussir à calmer les esprits et moins encore à faire naître l'union et la concorde entre les citoyens, dont les uns, jamais satisfaits, voulaient poursuivre la Révolution ou tout au moins en conserver les résultats, tandis que les autres, effrayés des progrès de la démocratie, s'efforçaient de les enrayer et, revenant en arrière, de rétablir l'ancien régime. Les élections de germinal vont nous montrer aux prises ces deux partis extrêmes, les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires.

1° Avant l'élection.

Le commissaire du Directoire exécutif et le président de l'administration municipale étaient chargés, en raison même de leurs fonctions, de renseigner l'administration centrale sur l'état d'esprit de la population de Beaumont et nous avons d'eux un certain nombre de rapports à ce sujet. On constate, en les lisant, qu'ils n'incriminent jamais les royalistes, ils ne parlent même pas de leurs agissements. Par contre, il n'est pas de méfaits dont ils n'accusent les républicains avancés.

8g6 BEAUMONT SOUS ],E DIRECTOIRE

Dans une lettre en date du 12 nivôse, qu'il adresse au ministre de l'intérieur, Grenier parle d'un imprime qui circule dans le département et dans lequel on invite les patriotes à dire au gouvernement entre autres choses, « que le fanatisme agite ses brandons, que les émigrés sont ouvertement protégés par les fonctionnaires publics, que les acquéreurs des domaines nationaux sont proscrits et dépouillés de leurs propriétés, qu'enfin les patriotes sont impunément provoqués et assassinés ». Naturellement, le pacifique Grenier, pour qui la tranquillité ne pouvait être troublée dans le canton, s'empressait d'affirmer que de pareils maux ne sont pas arrivés jusqu'à lui», ce qui ne l'empêche pas, quelques lignes plus loin, d'attribuer à « une fraction jacobine » la distribution clandestine de l'imprimé en question.

Un mois plus tard, le 13 ventôse, quelques jours seulement avant les élections. Grenier dénonçait à nouveau à l'administration départementale la campagne que menaient les Jacobins dans le canton de Beaumont. Il écrivait : « S'il faut en croire des avis que je reçois, les exclusifs se remuent, ils se répandent dans les campagnes, ils cherchent à agrandir leur parti, travaillent et préparent le peuple pour les élections prochaines en lui inspirant des craintes pour le rétablissement de la royauté, le retour des dîmes et des rentes, s'ils donnaient leur confiance aux riches propriétaires, aux hommes qui ne sont pas souillés des crimes révolutionnaires, etc., etc. Ils ne lui font voir de salut pour la liberté que dans les hommes qui ont fait leurs preuves pendant le gouvernement révolutionnaire, qui ont bien incarcéré, etc., etc. Ils cherchent à accréditer leurs conjectures par l'événement du i^^ courant, en disant que les propriétaires, les royalistes ont voulu égorger les patriotes. La découverte de la conspiration royaliste est encore un des grands moyens dont ils se servent. Tous les mouvements qui se sont passés sont, suivant ces émissaires, des ramifications de la conspiration et tous ceux qui n'étaient de leurs bords, des conspirateurs. » Et il ajoutait : « Je donnerai à ces avis toute l'attention qu'ils méritent et je ne négligerai rien pour déjouer des projets si perfides, s'ils ont été conçus. »

De son côté, Louis Ters, dans une lettre qu'il envoyait au département, se faisait l'écho des mêmes bruits : « On nous annonce de toutes parts, disait-il, qu'il se répand dans les communes de la campagne des émissaires pour alarmer les citoyens paisibles. Ils leurs disent que les royalistes veulent rétablir la royauté; que les émigrés rentrent en France; que leurs biens leur seront rendus; que le clergé, la dîme et les rentes seront rétablis. Ils leur désignent comme royalistes tous les propriétaires qui jouissent d'une certaine fortune, etc. «

Avec un pareil esprit, les élections ne pouvaient être calmes. Elles furent, en effet, passionnées et passablement orageuses.

Dès le 30 frimaire, le président de l'administration municipale, à la demande de l'administration centrale du département, invitait les agents municipaux à dresser, chacun dans sa commune respective, la liste des citoyens qui réunissaient les qualités prescrites par la Constitution pour prendre part au vote, soit dans les assemblées primaires, soit dans les assemblées communales. Ces listes furent déposées sur le bureau de l'administration le 24 pluviôse suivant. Elles donnaient, pour tout le canton, un total de 1.208 électeurs.

Quelques jours après, le 24 ventôse, Louis Ters donna connaissance à ses collègues d'un projet d'adresse, rédigé par lui, aux citoyens des communes du canton pour les mettre en garde contre les insinuations des ennemis de la tranquillité publique. Cette adresse est intéressante et je la reproduirai ici in extenso {Arch. municipales, 3^ cahier, p. 212) :

« Citoyens,

» Nous jouissions dans le canton de la plus parfaite tranquillité, lorsque des malveillants sont venus agiter les esprits et donner aux citoyens de la commune chef-lieu du canton des méfiances Les uns contre les autres. On les a entendus chanter des chansons qui paraissaient tendre à une provocation. Le président de l'administration municipale et le commissaire du Directoire exécutif parvinrent, dans un moment très critique, à I. 57

calmer les esprits. Mais ce calme ne fut pas de longue durée. Le lendemain, pendant que vos administrateurs étaient occupés à prendre des mesures pour maintenir la paix, une rixe survenue dans un cabaret entre plusieurs particuliers agita vivement cette commune. L'administration municipale interrompit sa séance, Se porta sur les lieux où la dispute s'était élevée et parvint, avec le secours de plusieurs citoyens, à rétablir l'ordre et la paix.

» L'administration municipale a dénoncé au juge de paix le procès-verbal de l'agent municipal de la commune de Beaumont pour qu'il fasse les poursuites contre les auteurs et fauteurs des troubles survenus dans cette commune. Elle jure de poursuivre tous les partis, soit royalistes, soit anarchistes, qui chercheront à troubler la tranquillité publique.

» Vos administrateurs se font un devoir de vous prévenir, citoyens, qu'il se répand dans la campagne des émissaires pour vous égarer et vous donner des méfiances contre quelques-uns de vos concitoyens : ils vous disent que les royalistes cherchent à rétablir la royauté, que les émigrés et les prêtres déportés vont rentrer dans la France, que les rentes et les dîmes vont être rétablies. Il peut y avoir des royalistes qui désirent le rétablissement de l'ancien régime. Mais ce n'est pas au moment où le général Bonaparte et la brave armée d'Italie volent de conquête en conquête, où la Vendée est entièrement pacifiée, où le Rhin et un triple rang de combattants opposent une barrière inexpugnable aux ennemis de la France qu'ils pourront croire réussir dans leur sinistre projet.

» Ils vous désignent comme royalistes quelques propriétaires parce qu'ils aiment la paix, parce qu'ils veulent l'exécution des lois et le maintien de la Constitution de l'an III. Non, citoyens, il n'y a point de royalistes parmi vous. Et vous ne vous laisserez point séduire par ces émissaires cruellement perfides, qui ne cherchent qu'à vous tromper pour vous entraîner dans leur parti, afin de perpétuer l'anarchie et vous conduire au rétablissement du gouvernement révolutionnaire et des comités.

» Pourriez-vous croire que des propriétaires voulussent rétablir le royalisme, eux qui en seraient les premières victimes?

L'usurpateur de la liberté ne leur pardonnerait jamais d'avoir coopéré à l'établissement de la République, d'avoir exercé des fonctions publiques dans le nouveau gouvernement, d'avoir acquis des biens nationaux. Ils seraient imposés à de fortes contributions. Ils seraient soumis de nouveau à des taxes révolutionnaires pour indemniser les émigrés des pertes qu'ils ont éprouvées. Le rétablissement des rentes, le paiement des arrérages et la dîme épuiseraient la presque totalité de leurs propriétés. Non, citoyens, ils ne sont pas assez dépourvus de raison pour vouloir le renversement de la Constitution de l'an III, de cette Constitution qui assure la liberté et l'égalité, le respect des personnes et des propriétés. Ils sont bien perfides ces émissaires ! Ne voient-ils pas que les alarmes qu'ils sèment parmi vous ne tendent qu'à faire naître des craintes dans l'âme des acquéreurs des biens nationaux et à éloigner ceux qui auraient le projet d'en acquérir encore d'autres. Ils se rendent donc bien coupables envers la République, dont ils se disent les défenseurs.

» Unissons-nous tous, citoyens, autour de la Constitution de l'an III, nous qui avons juré haine à la royauté et à la monarchie, qui ne voulons ni le rétablissement de Louis, ni servir la faction des Jacobins et des Orléanistes. C'est par la réunion des bons citoyens que le gouvernement sera fort et que toutes les factions seront renversées.

» Citoyens, l'acte important que vous allez remplir, celui duquel vont dépendre les consolations du passé et les espérances de l'avenir, c'est la composition des assemblées électorales. Si vous perdez un instant de vue la conservation du gouvernement et l'intérêt de la République, si vous prêtez l'oreille aux passions et aux intrigues des partis, vous allez précipiter la France dans un nouvel abîme. N'avez-vous pas reçu la leçon de l'expérience? Quand les démagogues se sont emparés des élections, vous avez eu des échafauds, la terreur et l'anarchie. Si les royalistes les maîtrisaient, vous auriez d'autres excès et toutes les fureurs de la réaction. Mais si le choix de vos électeurs est dans le sens et l'esprit de la Constitution, ces électeurs vous donneront de bons représentants. Écartez, la patrie vous en conjure, écartez tout

goo BEAUMONT SOUS LE DIRECTOIRE

esprit de brigue, de parti, de faction. Voulez-vous les étouffer toutes, voulez-vous faire taire et jacobins et royalistes, que vos choix se portent sur des hommes probes et éclairés, sur des hommes qui ont su allier la modération et la justice à la fermeté des principes, sur les patriotes de première origine qui n'ont attendu ni le 31 mai, ni le 9 thermidor, ni le 13 vendémiaire. La caution de la moralité de vos délégués, vous la trouverez dans l'intérêt que donnent la propriété, l'industrie féconde, le talent actif, (un mot illisible), de l'estime publique, cette propriété de l'opinion à laquelle les gens de bien attachent, tant de prix et que cherchent à usurper ceux même qui ne le sont pas. »

Cette adresse, l'administration municipale l'accepte dans le fond comme dans la forme et, « considérant que, dans le moment où les ennemis de la Constitution de l'an III s'agitent dans toute la France pour égarer le peuple dans les choix qu'il va faire dans les assemblées primaires et électorales, on ne saurait trop le prévenir contre les insinuations de ceux qui ne cherchent qu'à le tromper pour ramener le régime de la terreur », elle prend un arrêté portant qu'elle serait affichée dans chaque, commune du canton. Tous les électeurs purent donc la lire ou l'entendre lire (car il y avait à ce moment-là beaucoup d'illettrés) avant de se rendre au scrutin.

2° Les assemblées primaires.

L'assemblée primaire de l'an V (le juge de paix ayant été nommé l'année précédente pour deux ans), devait tout simplement faire choix des citoyens du canton de Beaumont qui se rendraient à Périgueux pour former l'assemblée électorale, chargée d'élire les députés.

Les électeurs de Beaumont dépassant le chiffre de 900 (ils étaient au nombre de 1.108), l'assemblée primaire fut, aux termes mêmes de la Constitution, divisée en deux sections : la section nord, comprenant les communes de Beaumont, Saint Avit et Bourniquel; la section sud, formée par les six autres communes

du canton, Sainte Sabine, Born de Champs, Nojals, Glottes, Rampieux et Labouquerie. La première, composée de 705 votants, aurait à désigner quatre délégués. La seconde, avec 503 votants, en désignerait trois. Voici, d'ailleurs, l'arrêté de l'administration départementale, en date du 13 ventôse :

Vu le tableau fourni par l'administration municipale du canton de Beaumont, contenant le nombre des citoyens ayant droit de voter dans l'étendue de son arrondissement;

L'administration centrale du département de la Dordogne, le commissaire du Directoire exécutif entendu,

Arrête :

Article i^^t.

Il y aura deux assemblées primaires, le premier germinal prochain, dars le canton de Beaumont.

Article 2.

La première aura lieu à Beaumont et comprendra tous les citoyens ayant droit de vote des communes suivantes, savoir : Beaumont, Saint Avit et Bourniquel.

Article 3.

La seconde se tiendra à Sainte Sabine et sera composée des votants des communes cy après désignées, savoir : Sainte Sabine, Born, Labouquerie, Glottes, Noials et Rampieux.

L'assemblée qui se tiendra à Beaumont, composée de 705 votants, nommera quatre électeurs; celle qui aura lieu à Sainte Sabine et qui comprendra 503 votants, nommera trois électeurs.

Article 5.

Copie du présent arrêté sera envoyée à l'administration municipale du canton de Beaumont, qui demeurera chargée de le publier dans toutes les communes de son arrondissement.

Delpi 1 , pour le président .

Débordes, pour le secrétaire en chef.

Les deux sections de l'assemblée primaire du canton de Beaumont se réunirent au jour fixé, la section nord à Beaumont, la section sud à Sainte Sabine. Je n'ai pu mettre la main sur les procès-verbaux de ces deux assemblées et j'ignore entièrement ce qui s'y passa : il est probable que, ici comme ailleurs,

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démocrates et directoriaux se retrouvant aux prises, elles furent plus ou moins agitées. J'ignore aussi, les registres des délibérations municipales n'en faisant aucune mention, les noms des sept citoyens sur lesquels se portèrent les suffrages des électeurs. Mais ce qui est certain, c'est que les élections furent entièrement favorables au parti des modérés : car, dans un document publié en prairial an VI, sur lequel nous aurons à revenir plus tard, il est expressément dit que c'est grâce au port d'armes dans les assemblées primaires du canton de Beaumont que les conspirateurs royaux avaient assuré leur succès. Les électeurs avaient répondu à l'appel de Louis Ters : les résultats du vote étaient tels que le désiraient le commissaire Grenier et, avec lui, l'administration municipale.

Quant à l'assemblée électorale de la Dordogne, elle s'ouvrit à Périgueux le 20 germinal (9 avril 1797). Elle avait à élire un député au Conseil des Anciens et trois députés au Conseil des Cinq-Cents. Les électeurs, dont le plus grand nombre appartenaient au parti des modérés, portèrent leurs suffrages : pour le Conseil des Anciens, sur Peskay, commissaire du Directoire exécutif du département; pour le Conseil des Cinq-Cents, sur les citoyens Dslpit (Jean), administrateur du département, Maine Biran, ancien garde du corps, et Carrier Saint Marc, juge de paix. Peskay, qui représentait le Directoire exécutif dans le département de la Dordogne, était un républicain des plus modérés : il n'avait cessé de faire la guerre aux terroristes, c'est-à-dire aux républicains démocrates partisans de l'ancienne Constitution de 1793. Jean Dclpit, notre compatriote (il était de Saint Avit), appartenait lui aussi, comme Peskay, plus encore que Peskay peut-être, au parti des contre-révolutionnaires : Laval Dubousquet et Melon, en parlant de lui dans un imprimé relatif aux assemblées primaires de Beaumont, le désignèrent comme « faisant auprès du corps électoral, les fonctions de commissaire de Blankenbourg ». Blankenbourg, on le sait, était le surnom du prétendant à la couronne de France, de celui qui devait être Louis XVIIL Carrier Saint Marc était, comme son collègue ï)(;lpit, accusé ouvertement de favoriser les royalistes.

Quant à Maine Biran, c'était, comme nous l'avons déjà dit, un ancien garde du corps, qui « n'avait pas absolument rompu avec le royalisme» (Labroue).

Les républicains directoriaux triomphèrent donc de leurs adversaires, les républicains démocrates, aux élections de l'an V et la députation de la Dordogne au corps législatif ne compta que des hommes très modérés. Cette députation, essentiellement hostile aux révolutionnaires, allait-elle jusqu'au royalisme? «Il est difficile de se prononcer, écrit Labroue {loc. cit., p. 141) ; car les royalistes ne se déclaraient pas tels ouvertement, obligés qu'ils étaient de promettre fidélité à la Constitution de l'an III et empêchés, par la loi du 3 brumaire an IV, de proposer une mesure hostile aux lois du pays. Mais il y a lieu de croire que les accusations de royalisme et de chouannerie que lançaient les démocrates contre une partie de leurs adversaires n'étaient pas sans quelque fondement. Le Directoire verra dans ces élections le signe d'un retour offensif du royalisme et, averti par les complots royalistes qui précédèrent le 18 fructidor, il les cassera en même temps que celles de quarante-huit autres départements. Toujours est-il que les démocrates avaient tenté d'inutiles efforts et qu'ils sortaient vaincus de la lutte électorale de germinal an V. »

Voyons maintenant ce qui se passa dans nos assemblées communales.

30 Les assemblées communales.

Les assemblées communales avaient à remplacer, à l'élection, la moitié des agents municipaux et des adjoints.

En vue de cette élection, l'administration municipale de Beaumont se réunit le 24 ventôse an V pour dresser la liste de ceux de ses membres, agents municipaux ou adjoints, qui devaient être soumis à réélection. Elle arrêta, tout d'abord, que les agents municipaux ou adjoints qui avaient été nommés par l'administration elle-même en remplacement d'agents ou adjoints démissionnaires devaient, de ce fait, faire partie de la moitié sortante : se trouvaient dans ce cas l'agent municipal de

la commune de Rampieux, l'agent municipal et l'adjoint de la commune de Labouquerie. Elle n'eut alors qu'à compléter cette moitié par voie de tirage au sort : le sort désigna, comme devant être remplacés, le citoyen Ducros Laroque, agent municipal de la commune de Bourniquel, le citoyen Rasteau Lanauve, agent municipal de la commune de Nojals, et le citoyen Laval Dubousquet, agent municipal de la commune de Beaumont.

La liste des membres de l'administration municipale soumis à réélection fut donc fixée comme suit :

lo Parmi les agents municipaux, celui de Beaumont, celui de Bourniquel, celui de Labouquerie, celui de Rampieux et celui de Nojals, en tout 5 sur 9;

2° Parmi les adjoints, celui de Saint Avit, celui de Labouquerie, celui de Glottes, celui de Sainte Sabine et celui de Born, en tout 5 sur 9.

Cette liste établie, l'administration municipale fixa la tenue des assemblées communales au premier décadi qui suivra la réunion de l'assemblée primaire, c'est-à-dire au deuxième décadi de germinal.

Les élections communales eurent lieu au jour indiqué. Elles furent relativement calmes.

A Beaumont, les électeurs réunis sous la présidence de Louis Ters le 13 germinal sont au nombre de iio. Les habitants prennent goût aux élections : à la consultation précédente, le 17 brumaire an IV, 33 électeurs seulement avaient pris part au vote. Sur les iio suffrages exprimés,

Jacques Cosie en obtient 53

FONVIVE — 48

Laval Dubousquet ■ — 4

Blanchard — 2

Bessot aîné — i

Carrière aîné — i

Jean Tinet — i

Aucun candidat n'ayant réuni la pluralité des voix, le président renvoie l'élection à la prochaine décade, soit au 20 germinal. Les électeurs, ce jour-là, arrivent plus nombreux

encore : 133 répondent à l'appel de leur nom, soit 23 de plus qu'à la première élection :

Jacques Coste obtient 75 voix.

FONVIVE — 56 —

Il V a deux voix perdues.

Jacques Coste est proclamé, par le président, agent municipal de la commune de Beaumont en remplacement de Laval Dubousquet. Ce pauvre Laval Dubousquet qui, à la précédente élection, avait obtenu 33 voix sur 33 votants, n'en obtient cette fois que 4 au premier tour et aucune au second tour, jt ^.

Ce vote est significatif : il tra- / ç.,^ ii^w^ — '

duit éloquemment les progrès, ^*^

dans la commune de Beau- Fig. 128.

mont, des éléments modérés, Le citoyen Jacques Coste,

nommé agent municipal de Beaumont en même temps que la dé- en remplacement de Laval Dubousquet.

chéance des éléments avancés.

Il est vrai de dire que les meilleurs soutiens de Laval Dubousquet, les Loiseau, les Grenier, les Rivière, les Audissou, les Reynal, etc., avaient été incarcérés à la suite des troubles de ventôse et, naturellement, n'avaient pas bénéficié d'une mesure de clémence pour venir prendre part au vote.

Dans les autres communes du canton, les électeurs réélurent les agents municipaux et les adjoints sortants. Il n'y eut que deux exceptions : l'une à Labouquerie, où l'agent municipal Linarès (du village de Merle) fut remplacé par Pagnoux (du village du Tronc) ; l'autre à Rampieux, où les électeurs remplacèrent le citoyen Foucaud, agent municipal, par le citoyen Gay. Le citoyen Gay, le nouvel élu de Rampieux, étant le beaufrère du citoyen Rasteau Lanauve, agent municipal de la commune de Nojals, ne pouvait, de ce fait, conformément à l'article 17 de la Constitution de l'an III, faire partie de l'administration municipale. L'administration, dans sa séance (ju 6 floréal, le remplaça elle-même, à l'élection, par le citoyen

Vyé qui, au deuxième tour de scrutin, réunit en sa faveur 6 suffrages contre 4 donnés au citoyen Foucaud, agent municipal sortant.

A la suite de ces diverses opérations, la nouvelle administration municipale du canton de Beaumont fut constituée de la façon suivante :

Président Louis Ters.

Commissaire du Directoire exécutif Pierre Grenier.

Agents muiiici panx et adjoints :

a) A gents : b) A d joints :

1° Pour Beaumont . ... CosiE. Bessot.

2° Pour Saint Avit Delpit. Rouby Fonbelerd

3" Pour Bourniquel. . . . Ducros Laroque Ducros Labrugue

4» Pour Sainte Sabine. . Bouscaillou. Lagrèze.

30 Pour Boni Moliérac. Lespinasse.

6° Pour Nojals Rasteau Lanauve Fontanelle.

70 Pour Glottes Durant. Giraudel.

8" Pour Labouquerie . . Rousset. Linarès.

90 Pour Rampieux .... Vyé. Ségalas.

Comme on le voit, la deuxième administration municipale est peu différente de la première. Abstraction faite de Laval Dubousquet remplacé à Beaumont par Jacques Coste, ce sont à peu près les mêmes hommes et, à coup sûr, les mêmes idées : l'administration tout entière, avec son président Louis Ters, est essentiellement modérée. Les élections communales, comme l'élection départementale, ont été manifestement favorables aux royalistes. Tous les républicains modérés de Beaumont s'en réjouissent. Mais personne n en est plus heureux que le citoyen Pierre Grenier, qui voit ainsi le parti Jacobin, — son épouvantail ! — le parti terroriste comme il l'appelle, considérablement amoindri dans le canton. Le i*^"" floréal, quelques jours après les élections, il écrit à son collègue près l'administration départementale la lettre suivante :

« Il était temps, citoyen collègue, que le gouvernement ouvrît les yeux sur le précipice qu'on creusait tous les jours sous ses pas. Depuis quelque temps, les vrais républicains,

Al

LA DEUXIKME ADMINISTRATION' MUNICIPALE qoj

les sincères amis de leur pays avaient à gémir des choix que l'intrigue surprenait tous les jours; et souvent l'homme probe se trouvait à côte ou remplacé par le scélérat. Il faut espérer que les mesures prises par l'arrêté du Directoire exécutif du 27 ventôse dernier parviendront à réparer les maux déjà faits et préviendront de pareils malheurs pour l'avenir.

)) Pour nous, nous avons été préservés, jusques à présent, de ces calamités publiques. Je n'ai que des renseignements très avantageux à vous fournir sur la vie publique et privée des membres qui composent l'administration municipale de ce canton. Nos assemblées primaires ont été étrangères à toute intrigue comme à tout esprit de parti. La probité, le patriotisme, le désir de rétablir l'ordre et le régime constitutionnel ont présidé aux choix, et des hommes vertueux, probes, amis de l'ordre et du régime républicain ont réuni les suffrages. Si l'on ne trouve pas en tous les membres qui composent notre administration municipale également des lumières, au moins y aperçoit-on le même zèle et cette vertu simple et paisible qui ne se trouve que dans les chaumières et qui est étrangère à la défervescence et à la corruption des grandes cités. »

LA DEUXIÈME ADMINISTRATION MUNICIPALE Administration Grenier-Ters.

[Du 22 gerniivnl an V nu 3<' jour compl"' an V.)

Les « hommes probes, étrangers à la défervescence et à la corruption des grandes cités » qui composaient la deuxième administration municipale du canton de Beaumont prêtèrent le serment d'usage et, sous la direction intelligente de Ters et de Grenier, s'attelèrent au char municipal. Le calme qui .suivit les élections de germinal n'était qu'apparent et les mêmes

ferments de discorde qui avaient provoqué les troubles de ventôse, existaient toujours dans la population.

§ I. - Les acquéreurs de biens nationaux

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