‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 237 sur 269 · UNE FÊTE VOTIVE SINGULIÈREMENT MOUVEMENTÉE 92I · texte numérisé non relu

UNE FÊTE VOTIVE SINGULIÈREMENT MOUVEMENTÉE 92I

Une lettre analogue, conformément à l'arrêté précité, fut envoyée à l'administration municipale du canton de Lalinde.

En même temps qu'aux administrations municipales de Lalinde et de Cadouin, Louis Ters écrivait au commandant de gendarmerie de Lalinde :

Citoyen,

Des propos et des mouvements dont je me suis aperçu me font craindre qu'il n'arrive du train dans cette commune. Comme la moitié de la brigade de la résidence de Montpazier est à Périgueux et qu'il ne pourra peut-être se détacher que deux hommes, je vous invite de venir avec votre brigade pour concourir, avec nous, à maintenir la tranquillité publique.

Salut et fraternité.

Louis Ters.

Toutes ces précautions prises, les agents municipaux retournèrent dans leur commune. Louis Ters et Pierre Grenier, qui résidaient à Beaumont, regagnèrent leur domicile et attendirent les événements.

Les journées du 22 et du 23 furent calmes. Du reste, on ne s'attendait, pour ces jours-là, à aucun mouvement.

La journée du 24 fut, elle aussi, parfaitement tranquille. Mais le soir, vers minuit, quand la garde fut levée, une quinzaine de personnes se réunirent et parcoururent les rues de la ville, « armées de pied en cap », en entonnant des chants, « qui tendaient à exciter les citoyens les uns contre les autres » disait Louis Ters, « qui appartiennent à un parti justement exécré » écrivait Pierre Grenier. Ils s'arrêtèrent même devant les maisons de certains citoyens « paisibles et honnêtes » et lancèrent des pierres aux fenêtres, en criant qu'il fallait enfermer les Chouans et les royalistes. <( Cette carmagnole, ajoute Grenier, exaspéra les citoyens et ranima les partis. »

Le lendemain, 25 thermidor, il y eut aux environs de la ville, un combat singulier entre deux jeunes gens appartenant à l'un et à l'autre parti. Le document qui relate le fait ne nous dit pas s'ils se battirent au sabre, au pistolet ou simplement à coups de poings. Mais il nous fait connaître que le combat

« n'eut aucun résultat fâcheux », ce qui veut dire qu'aucun des deux adversaires ne fut blessé. Le grand coup était pour le lendemain 26, jour de la fête votive ^

Dans la crainte d'événements graves, que légitimait amplement l'effervescence générale qui régnait dans la population, à la campagne comme à la ville, Louis Ters convoqua d'urgence les membres de l'administration pour le lendemain à 7 heures du matin. A chacun des magistrats municipaux, agents et adjoints, il adressa la lettre suivante :

Beaiimont, 25 thermidor an V.

Citoyens collègues,

Des chants, des propos et une affaire particulière, qui a eu lieu ce

matin, me font craindre que la journée de demain pourrait être orageuse.

Je vous invite de vous rendre ici l'un et l'autre demain à sept heures du

matin. Lorsque quelques dangers menacent les citoyens, les magistrats

doivent être à leur poste, pour prendre les moj^ens qui sont en leur

pouvoir, afin d'éviter les suites (jue les divisions entre citoyens pourraient

entraîner pour la tranquillité publicjue.

Salut et fraternité.

Louis Ters, pr'.

En même temps, il retenait à Beaumont les gendarmes de Montpazier et de Lalinde, venus la veille pour le jour de foire; il leur adjoignait le citoyen Bessot cadet «lieutenant à la suite de la gendarmerie », qui résidait à Beaumont; et, enfin, il décidait, d'accord en cela avec le cpmmandant et les autres officiers de la colonne mobile, qu'il serait organisé pour la journée du 26 une garde de quarante hommes.

Le 26, à 7 heures du matin, les membres de l'administration sont à leur poste dans la salle des délibérations, s'entretenant des événements et des dernières mesures à prendre pour assurer l'ordre et la tranquillité dans la ville. Étaient présents : Louis Ters, président, Coste (de Beaumont), Durant (de Glottes), Delpit (de Saint Avit), Moliérac (de Born), Ducros

I. La fête votive de Beaumont tombait à cette époque, coiiiinc aujourd'iiui Ju reste, le jour de la Saint-Laurent, lo août.

UNE FÊTE VOTIVE SIXOrLIÈREMEXT MOUVEMENTÉE 923

Laroqiie (de Boiirniquel), Bessot (de Beaumont), Fonbelerd (de Saint Avit), Pagnoux et Rousset (de Labouquerie), Ducros Labrugue (de Bourniquel), Fontanelle (de Nojals), Ségalas (de Rampieux) et Pierre Grenier, commissaire du Directoire exécutif.

Vers 8 heures, l'agent municipal de Beaumont vient prévenir le président que déjà, de divers côtés, arrivaient des citoyens armés, les uns avec des fusils, les autres avec des sabres ou des pistolets.

Quelques instants après, Bessot, qui s'était absenté un instant, rentre en séance avec son ami Lacoste, annonçant qu'il venait d'arriver d'autres jeunes gens chez les citoyens Neyrac et Révauger, bien connus comme contre-révolutionnaires. Le président convoque aussitôt les citoyens Neyrac et Révauger pour fournir des explications. Neyrac arrive j^^^

et, en réponse aux diverses questions

Le citoyen Bessot cadet,

qui lui sont posées, il déclare qu'il a .„,„„ , „„u.„„i ,i<.„„n,i ;»

^ r > l Anci(?n heulenonl de frondnrmfrie.

chez lui » trois particuliers de Bergerac,

qui sont venus pour s'amuser à la fête votive » et il répond de leurs bonnes intentions. Le citoyen Révauger était absent, mais l'un des jeunes gens qui étaient descendus chez lui avait exhibé un passeport parfaitement en règle, délivré par la municipalité de Bergerac Nos administrateurs, plus ou moins satisfaits, ne poussent pas plus loin leur enquête. Ils ont du reste, en ce moment-ci, à s'occuper d'autres événements.

Il est 9 heures Une trentaine de jeunes gens, débouchant du chemin de Couze, entrent dans la ville, en chantant le Réveil du peuple et en criant « à bas les terros » (les terroristes) . A cette provocation, un jeune homme de la ville répond par le cri de « à bas les Chouans > et une rixe s'engage. Les jeunes gens étrangers croient reconnaître, dans le jeune citoyen qui les avait ainsi traités de Chouans, un des « assassins » (c'était leur expression) de leurs camarades dans l'afïaire du 19, devant la maison Reynal, et ils s'apprêtent à lui faire un mauvais parti. Des femmes prennent fait et cause pour leur compatriote et, s'armant de

pierres, se dressent devant les royalistes. Des groupes se forment, grossissent et ■( on crie à la garde )>. La garde arrive et « soit par inadvertance, soit par ignorance de la contenance impassible qu'elle devait démontrer », elle couche en joue les jeunes étrangers. Ces derniers dégainent et, le sabre en main, fondent sur la garde et sur les citoyens qui lui faisaient cortège.

Le sang allait couler.

Fort heureusement, au moment où le combat allait s'engager, l'administration municipale, Ters et (irenier en tête, arrive sur les lieux, se précipite entre les deux partis et parvient (c'est Grenier qui parle), «par sa contenance fière et ferme, à arrêter et dissiper ce mouvement sans que l'humanité eût lieu à gémir ». Il n'y eut, en effet, qu'un seul blessé : un garde national, voulant parer un coup de sabre dirigé contre un de ses concitoyens, reçut par mégarde une légère blessure à la cuisse. Le calme rétabli, les gardes nationaux regagnent leur corps de garde, les habitants rentrent chez eux et les « jeunes gens étrangers » se rendent chez leurs amis.

Quant au président de l'administration municipale et au commissaire du Directoire exécutif, toujours pleins de zèle — parce que toujours très perplexes — ils se répandirent dans les maisons où étaient descendus les « jeunes gens étrangers » pour les pressentir au sujet de leur voyage à Beaumont et leur donner les conseils que dictaient la prudence et la sagesse. Ils répondirent invariablement, comme s'ils obéissaient à un mot d'ordre, « qu'ils étaient venus voir leurs amis, assister à la fête votive et fraterniser avec les bons républicains; qu'ils étaient les amis et les défenseurs de la Constitution de l'an III, qu'ils avaient voué haine aux terroristes et aux royalistes et que les citoyens de Beaumont n'avaient à craindre de leur part aucune espèce de provocation ». C'était alors la tactique des néo-royalistes de ne pas se découvrir, de se déclarer partisans de la Constitution de l'an III, de s'allier en apparence avec les républicains modérés, de se dire au besoin ennemis du royalisme. « Nous nous répandons dans la ville, écrivait Grenier dans son rapport au département, nous nous portons dans les maisons où étaient les jeunes

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