‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 238 sur 269 · UNE FETE VOTIVE SINGULIÈREMENT MOUVEMENTÉE · texte numérisé non relu

UNE FETE VOTIVE SINGULIÈREMENT MOUVEMENTÉE

gens et dans les lieux où étaient les groupes, nous faisons entendre le langage de la raison et l'autorité de la loy et nous le faisons avec succès. » Tout le restant de la matinée se passe ainsi, pour les deux magistrats, à se transporter d'un lieu à un autre pour dissiper les attroupements et « prévenir les explications qui auraient pu devenir explosives ». Puis, comme sonnait midi à l'horloge de la vieille église, Louis Ters et Pierre Grenier comme les autres citoyens, rentrèrent chez eux. C'était l'heure du déjeuner.

Bien que l'administration municipale, par son intervention énergique, ait empêché, entre des royalistes étrangers et les républicains de Beaumont, une collision qui aurait pu avoir les plus graves conséquences, les esprits n'en restaient pas moins surchauffés de part et d'autre et il était à craindre qu'après le déjeuner - — un déjeuner de fête votive ! — il ne se produisît de nouveaux incidents.

C'est ce qui arriva, en effet.

Vers 2 heures, alors que les habitants se répandaient dans les rues et sur les places publiques, deux ou trois jeunes gens, appartenant au groupe qui avait failli le matin en venir aux mains avec les gardes nationaux, se présentent chez le président de l'administration municipale et chez le commissaire du Directoire exécutif, pour leur dire qu'en se promenant, ils ont été offusqués de voir encore deux bonnets rouges, l'un sur le portail de l'église au-dessus d'une inscription sur l'existence de l'Etre suprême du temps de Robespierre, l'autre au sommet de l'arbre de la liberté qui s'élève sur la Place Publique, et leur demandent, au nom de leurs camarades, de faire disparaître au plus tôt cet objet rappelant le régime du sang et de la terreur qui « avait couvert la France de deuil et d'échafauds ». Louis Ters et Pierre Grenier étaient trop du même avis pour repousser nettement une pareille demande : «Ce que vous désirez, leur répondit Louis Ters, mais nous le voulons nous-mêmes; nous sommes, comme vous, offusqués qu'il >' ait encore à Beaumont des bonnets rouges et, s'ils s'étalent toujours aux yeux des passants, c'est que, au milieu de toutes nos occupations, le temps

nous a manqué pour les faire enlever... », etc. Une telle condescendance, chez un président de l'administration municipale d'un grand canton, était un aveu de faiblesse et il aurait vraiment lieu de nous étonner ; mais l'ardeur révolutionnaire de l'ancien maire élu de 1790 s'était singulièrement attiédie depuis quelques années et il ne songeait plus maintenant qu'à poursuivre les démocrates — ses anciens corréligionnaires — qu'il qualifiait généreusement de terroristes et d'anarchistes.

Du reste, aux « jeunes gens étrangers » se joignirent, au dire de Grenier, des citoyens de la commune de Beaumont — ce n'étaient certes pas des républicains avancés — , qui venaient eux aussi demander l'enlèvement des bonnets rouges et cela dans l'après-midi. » Le président, écrit Grenier, ne crut pas devoir résister à un si généreux dévouement qui paraissait dissiper les soupçons et concourir au rapprochement des esprits. » Il réunit aussitôt l'administration municipale dans le local ordinaire de ses séances et, après avoir exposé à ses collègues les démarches qui ont été faites auprès de lui et auprès du commissaire du Directoire exécutif, il leur fait prendre l'arrêté que voici :

Considérant que les bonnets rouges et tous les signes qui peuvent rappeler à la mémoire le régime de la terreur ont été proscrits de tous les lieux publics;

Considérant que l'administration municipale s'était déjà occupée du projet de faire effacer l'inscription gravée au-dessus de la porte de la cy-devant église, d'enlever le bonnet rouge et de renouveler l'arbre de la liberté qui, pourri à peu près, pourrait dans sa chute écraser quelques individus; que ce n'est que la multiplicité de ses occupations qui a fait que cette mesure n'a pas été exécutée;

Considérant que cette condescendance au désir des citoyens sera une preuve du patriotisme de cette commune et du canton de Beaumont, de leur amour de la Constitution de l'an III et de leur désir d'effacer de la mémoire tout ce qui peut rappeler le gouvernement de la Terreur;

Le commissaire du Directoire exécutif entendu;

Arrête :

Article i <-'>".

Le président de l'administration se rendra ilans le jour sur la place publique pour faire abattre en sa présence l'arbre de la liberté et l'inscription et le bonnet rouge placés sur la porte de la cy-devant église.

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