‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 24 sur 269 · I.FS RPFS · texte numérisé non relu

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oppose (construite en iS(\5), il existe aussi une porte ogivale mais elle est placée un peu plus haut, ^'ers le milieu de la maison : comme la précédente, elle fait communiquer la rue avec la cave de la maison Malivert.

b) Rues transversales allant aux jossés de la ville, côté du levant.

Du côté du levant, la vieille bastide de Beaumont possédait sept rues ou ruelles, qui se dirigeaient transversalement vers les fossés de la ville. De ces sept rues :

a) Trois partaient de la Rue Vidal : c'était la Rue Borgne, a Rue de la fontaine de Carrière et la Rue du Couvent :

b) Deux, les plus larges, partaient de la Place Publique, c'était la Rue du Pourtanel et la Rue de l'Eglise ;

c) Les deux dernières prenaient naissance: l'une sur la Place de l'Église; l'autre sur la Rue Froment; elles n'avaient pas de nom spécial.

Toutes ces rues, sauf une, la plus étroite du reste, existent encore aujourd'hui. Voyons, tout d'abord, celles qui partaient de la Rue Vidal.

!« La Rue Borgne. — La Rue Borgne se détachait de la Rue N'idal à 35 mètres environ de la Place Vieille, immédiatement au-dessous de l'ancienne maison Chambard (maison Testut aujourd'hui). De là, elle se dirigeait vers le levant, croisait la Rue Renarde, continuait son trajet entre la maison Halix (aujourd'hui maison Coste) et le jardin Blanchard (aujourd'hui jardin Faugère) et s'arrêtait à un tout petit jardin, au delà duquel se dressait le mur d'enceinte. La rue en question n'allait donc pas jusqu'aux fossés de la ville : elle en restait séparée par le jardin dont je viens de parler. Elle se terminait donc en cul-de-sac : c'était une véritable impasse, d'où le nom de Rue Borgne sous lequel on la désignait. On l'appelait encore la Rue Borlhe ou, en patois, la Rio Borlho, la Carrier 0 Borlho. Tous ces noms, patois ou français, figurent dans des documents des xvii^ et xviiie siècles.

Le jardin en question, qui fermait la Rue Borgne du côté du levant, appartenait quelque temps avant la Révolution, à un certain Raymond Pasquet, mouleur de pots. La petite maison, qui l'avoisinait du côté du couchant, en dépendait. C'était une petite maison basse, sans plancher, sans fenêtres, avec deux petites sorties : l'une sur la Rue Borgne, l'autre sur le jardin. Le tout fut acheté, le 19 mars 1764, en l'étude de M^ Castaingnotaire à La Védie, par « Messire Jean Baptiste de Constantin, chevalier, ancien garde du corps du roy », lequel incorpora la maison et le jardin dans son jardin à lui, mais sans trop modifier leur disposition. En tout cas, la rue resta telle qu'elle était avant l'achat de Constantin : ce fut toujours une rue fermée, une rue borgne.

Des modifications se hrent plus tard, qui transformèrent complètement les lieux.

Vers 1855, le petit-ftls de l'acheteur de 1764, Victor de Constantin, alors maire de Beaumont, démolit le mur d'enceinte en regard de la Rue Borgne et prolongea celle-ci jusqu'aux fossés, Puis, pour fermer son jardin — ou du moins ce qu'il en restait — du côté de la Rue Borgne, il construisit une muraille de 3 mètres de hauteur allant de la maison vendue au mur de la ville. D'autre part, il maçonna la porte par laquelle l'ancienne maison Pasquet s'ouvrait sur la Rue Borgne, transforma le jardin en une volière et, dans le mur qu'il avait construit sur la Rue Borgne, il ménagea une porte étroite qui mettait la vohère en communication avec la rue. Enfin, à l'angle nord-est du jardin, tout contre le mur de ville, il éleva un pigeonnier de forme carrée, que le lierre ne tarda pas à recouvrir. Telle est la disposition que l'on voit encore aujourd'hui.

l'ajouterai que, si primitivement la Rue Borgne était exclusivement cette ruelle étroity (]ui allait de la Rue Vidal au jardin minuscule du potier Pasquet, plus tard et par une extension regrettable, on donna en même tenips ce nom à la portion avoisinantc de la Rue Renarde. C'est ainsi cpie, dans un acte de (iilles Darchi(;r remontant à 1787 (deux ans seulement avant

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la Ivôvolution); je lis, à propos de la vente d'une maison qui se trouvait située entre la Rue \'idal et la Rue Renarde, qu'elle confrontait au levant » à la Rue Renarde ou Borlho «. L'application d'un même nom à deux rues différentes n'est donc pas douteuse.

2^ La Rue de la fontaine de Carrière. — Cette rue ou plutôt ruelle se détachait de la Rue Vidal, à peu près en son milieu. De là, elle descendait par une pente assez rapide vers la Rue Renarde, croisait cette rue à angle droit et, continuant son trajet descendant, venait se terminer aux fossés de la ville. Il y avait là très probablement une petite porte ogivale. Au delà des fossés, la ruelle était continuée par un chemin qui allait à la fontaine de Carrière, fontaine importante qui alimentait tout le côté est de la ville et qui devait très probablement son nom à sa situation sur un terrain appartenant à l'une des familles Carrière de Beaumont.

Quel nom portait cette ruelle? Je l'ignore. Peut-être n'en avait-elle pas, du moins au xvili*^ siècle. Car, dans tous les documents de cette époque où il est question d'elle, elle est mentionnée par le seul nom de a ruelle)).

La ruelle qui descendait à la fontaine de Carrière existe encore aujourd'hui telle qu'elle était en 1789 et, à coup sûr, peu différente de ce qu'elle était à la fondation de la bastide. Elle se termine sur le boulevard qu'on continue à appeler Les Fossés, à la maison du chevrier Gardet, dont la façade est justement bâtie sur l'emplacement du mur d'enceinte. Sur cette rue, s'ouvrent encore un certain nombre de portes ogivales du xiii^ ou du xiv<^ siècle, notamment dans l'embas de la maison Verdier et dans celui de la maison Glène.

30 La Rue du Couvent. — Cette rue était encore une simple ruelle, non pavée ou très mal pavée, malpropre, destinée à l'écoulement des eaux pluviales plutôt qu'à la circulation des habitants, allant de la Rue Vidal aux fossés de la ville, en longeant le côté nord du couvent. Elle existe encore aujourd'hui avec l'aspect, ou à peu près, qu'elle avait à la Révolution. Comme la précédente, elle n'avait probablement pas

52 LA VILLE ET COMTE DE BEaUMONT

de nom spécial. Je l'ai trouvée signalée dans deux actes de notaire, relatifs à la vente de la maison et du jardin qui la délimitent du côté du nord : elle est indiquée, daiis l'un et l'autre de ces actes, par le simple mot de ruelle, « ruelle les séparant de la communauté des Dames de la Foy ». Si elle avait eu un nom, nul doute que le notaire l'aurait connu et indiqué dans son acte de vente.

40 La Rue du Pourtanel. — En 1789, et bien avant cette époque, on donnait le nom de Pourtanel à un quartier de la ville, quartier peu important du reste, qui se trouvait au levant du mur d'enceinte, à l'endroit où aboutissaient et où aboutissent encore les deux chemins de Saint Avit par le Rieutord. C'était le quartier où s'élèvent aujourd'hui la maison du cantonnier chef Lagarde (avec les deux ou trois petites maisons avoisinantes), la maison Lafon, la maison Lanceplène et celles qui sont en face, jusqu'au-des.sous de l'église. On disait d'une personne qu'elle habitait le Pourtanel, qu'elle était du Pourtanel, qu'elle allait au Pourtanel, comme on dit aujourd'hui d'une autre qu'elle habite la Place Vieille, qu'elle est de la Place Vieille, qu'elle va à la Place Vieille. Dans un acte de partage retenu par Castaing, notaire royal, en 1780, une certaine Anne Auriel, habitant Beaumont, renonce à certains droits, à condition qu'on lui laisse la libre possession de la maison ^ qu'» elle a située au Pourtanel de cette ville ». Sept ans plus tôt, en 1773, Thérèse Geneste fait don à l'hôpital de Beaumont du terrain où se trouve actuellement l'école des garçons, et, dans l'acte de donation, rédigé par Rouby, notaire, le chemin cjui délimite ce terrain du côté du levant est indiqué par l'apptillation de h chemin qui va du Pourtanel à Belpech ».

D'où vient ce mot de pourtanel? On sait que, dans les propriétés un peu importantes, il existe d'ordinaire deux portes d'entrée : une porte, relativement large, souvent couronnée

I. (jette maison est celle i|ui l'ail l'i-ncolynuie des Fosses cl île Va rue en question, !;< iniiison I.agardc.

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d'un cintre, ([ui est la porte principale ou le portail: un*.' porte plus étroite, qui est la petite porte ou le poioiuiiel. Eh bien, il est probable qu'il y avait sur les fossés, au point où le chemin de Saint Avit entrait en x'ille, une porte qui, par rapport aux grandes portes des rues Vidal et Ramond, était une porte bien modeste, une petite porte, un pourianel, laqut^Ue, par extension, avait donné son nom au (Quartier. Je donne cette explication pour ce qu'elle vatit. Elle ne repose sur aucun document écrit et je suis prêt à l'abandonner le joiu" où l'on m'en apportera une de meilleure.

Quoi qu'il en soit de la signification du mot pourtanel, le quartier qui portait ce nom était relié à la Place Publique par une iiie très large, qui était appelée la Rue du Pourtanel. J'ai trouvé ce nom de Rue du Pourtanel dans deux actes notariés {Minutes Darchier), remontant, le premier au 4 septembre 1775, le second au 27 messidor an VI.

Est-il besoin de rappeler que la Rue du Pourtanel, à peu près en son milieu, croisait à angle droit la Rue Renarde?

50 La Rue de l'Eglise. — De l'angle nord-est de la Place Publique partait une deuxième rue, droite et large comme la Rue du Pourtanel, qui longeait le côté sud de l'église paroissiale et venait se terminer aux fossés de la ville, un peu au-dessus du chevet. Cette rue existe encore aujourd'hui avec les dimensions et l'aspect qu'elle avait à la Révolution. Mais, à l'origine, elle était beaucoup plus courte et voici pourquoi. Au xiii^ siècle et pendant les deux ou trois siècles qui suivirent, le cimetière de la bastide de Beaumont n'était pas, comme actuellement, placé en dehors de l'enceinte. Il se trouvait dans la ville elle-même, très probablement des deux côtés de l'église et, à coup sûr, du côté du midi, occupant la partie inférieure de la rue qui nous occupe. Nous savons, en effet, que, lorsque vers 1852, on abaissa le niveau de la rue en face des maisons Magal, Durand et Lanceplène, la pioche des ouvriers mit au jour de nombreuses tombes. Le cimetière remontait probablement jusqu'à la porte latérale de l'église et c'est là que s'arrêtait la rue.

Plus tard, à une époque qui ne nous est pas connue, mais que je crois fort ancienne, au xYii^ siècle et peut-être au xvi«, le cimetière primitif, reconnu trop petit (on n'inhumait pas encore dans l'église ou on n'y inhumait que très peu), fut transféré là où il est actuellement, à 150 ou 200 mètres audessous de l'église paroissiale : c'est alors que la rue longeant l'église fut prolongée, à travers l'ancien cimetière, jusqu'au mur d'enceinte d'abord, puis, ce mur ayant été démoli à son niveau, jusqu'au fossé et à l' arrière-fossé. (Voy. à ce sujet mon Histoire de la Bastide de Beaumont, t. I, page 139.)

Quant au nom que portait la rue en question, je l'ai vainement cherché dans les très nombreux documents que j'ai compulsés sur le vieux Beaumont et, pendant bien longtemps, j'ai cru qu'elle n'en avait pas. Tout récemment, il m'est tombé sous la main un rapport fait par Jacques Poussai, juge, à la date de juin 1772, sur l'état des places et rues de Beaumont, rapport dans lequel la rue qu' nous occupe est appelée à deux reprises Rue du Pourtanel. Est-ce une erreur du rapporteur? Peut-être. Mais, si le juge Poussai ne s'est pas trompé, et si la rue longeant l'église portait réellement, en 1772, le nom de Rue du Pourtanel, il nous faut nécessairement admettre qu'il y en avait deux, l'une partant de l'angle sud-est de la place (c'est celle que nous avons décrite plus haut), l'autre partant de l'angle nord-est, aboutissant l'une et l'autre, ce qui est exact du reste, au quartier dit du Pourtanel.

()« Ruelle allant de la Place de l'Eglise à la Rue Renarde. - La petite Plaça de l'Eghse, située, coiîime nous l'avons vu page i}, au-devant du portail de l'église paroissiale, laissait échapper, à son angle nord-est, une rue relativement large (4 à 3 mètres), mais fort courte ([ui, en longeant le côté nord de l'église, venait s'ouvrir dans la Rue Renarde. Cette rue, qui existe encore aujourd'hui, était délimitée, à droite par l'éghse, à gauche par une rangée de petites maisons d'habitation. Elle n'avait pas denom ou, du moins, je ne lui en connais pas.

7" Ruelle allant de la Rue Froment à la Rue Renarde. — La première maison de la Rue Proment, sur le côté droit . on partant

do la Place do l'Kgliso (autrefois maison Dunieau, aniourd'luii maison Fago) otait séparée de la seconde maison (ancienne mai- ;K)n Delpit. aujourd'hui maison Delrieu) par une ruelle, qui s'étendait en lif^ne droite et sans interruption de la Rue Froment à la Rue Renarde. Cette ruelle, qui était largement ouverte en i/Sq, existait encore en 1840, puisqu'elle est représentée sur le plan cadastral de la commune de Beaumont. Elle disparut quelques années plus tard, vers 1850 ou 1855, quand Dumeau fit rebâtir sa maison. Dumeau mit la main sur la partie de la ruelle qui répondait à sa construction; Delpit s'empara du reste. On voit très nettement encore, sur la rue Renarde, l'emplacement de l'ancienne ruelle. Comme la précédente, elle n'avait pas dé nom spécial.

80 La Rue du Bûrry ou Rue de Paris. — A quelques mètres seulement de l'église paroissiale, la Rue Renarde entrait en plein dans le quartier du Barry. On sait ce que, au Moyen-Age, on désignait sous le nom de Barry : une agglomération de maisons, généralement petites et pauvres, qui se trouvait située à la limite même de la ville, soit dans le faubourg, soit au niveau du rempart.

Le Barry de Beaumont occupait à la Révolution, comme aujourd'hui du reste, la partie nord-est de la ville. Il était traversé dans toute son étendue par une ruelle à direction transversale, orientée par conséquent du couchant au levant, qui partait de la Rue Renarde et, de là, descendait jusqu'aux fossés de la ville, où elle se terminait.

Cette rue, du nom du quartier où elle se trouvait située, était appelée la Rue du Barry.

Sur «on côté gauche, en descendant, la Rue du Barry envoyait vers le nord un petit prolongement qui allait jusqu'au jardin de l'hospice et s'y terminait en cul-de-sac. Ce prolongement existé encore aujourd'hui avec, sur les côtés, des maisons d'habitation : il aboutit à un portail en bois, au delà duquel se trouve le jardin du presbytère qui, on le sait, n'est autre que l'ancien jardin de l'hospice.

Le nom de Rue du Barry, donné à la rue qui nous occupe,

5(> LA VILLl- KT COMTE DE HEAUMONT

remonte au moins jusqu'au commencement du xviiip siècle. Quelque temps avant la Révolution, un esprit facétieux — il était du Barry assurément — l'appela la Rue de Paris. Cette appellation fit fortune et, à partir de ce moment, la rue en question porta irdii^tinctement le nom de Rue du Barry on celui de Rue de Paris. Et cette nouvelle appellation de Rue de Paris donnée à la vieille Rue du Barry ne resta pas sur les lèvres des habitants. Elle passa dans les actes publics. Le 12 mai 1773, seize ans avant la Révolution, ("luillaume Fauverte vend à Pierre Parsat une petite maison qu'il a au Barry et qui 0 confronte, au midi, à la Rue de Paris». Cinq ans plus tard, le 18 février 1778, Fauverte, tuilier, vend une maison à Simon Latour : cette maison est située au Barrv et, comme la précédente, elle est indiquée dans l'acte de vente comme « confrontant, au midi, à la Rue de Paris». Deux nouvelles maisons se vendent au Barry en 1784 et 1785 : elles sont indiquées l'une et l'autre (Minutes Castaing) comme situées csurla Rue de Paris». L'appellation de Rue de Paris donnée à la fin du xviiie siècle à la rue du Barry n'est donc pas douteuse.

J'ajouterai que, dans deux actes notariés que j'ai là sous les yeux, notre Rue de Paris est désignée sous le nom de Rue de la porte de Paris. C'est une variante.

Est-ce que la Rue du Barry se terminait, du côté des fossés de la ville, par une porte qui aurait été la Porte de Paris? C'est possible, probable même. Mais à l'heure qu'il est, il n'en reste aucune trace : il est vrai que les deux maisons qui se trouvent à l'extrémité de la rue ont été rebâties depuis ou, tout au moins, profondément modifiées. En tout cas, s'il y avait autrefois une porte, ce no pouvait être qu'une porte modeste, fort modeste, une sorte de pourtanel. La rue était étroite, peu passante, habitée par des gens peu cossus; elle n'aboutissait à a.ucun chemin extérieur, mais se terminait brusquement sur les fossés de la ville, tout à côté d'une mare infecte, où croupissait une eau sale et horriblement puante. Le cadre, on en conviendra, convenait bien peu à l'édification, sur ce point, d'une porte luxueuse digne du nom qu'elle portait.

LES Kl'KS =)7

Singulière idée, tout de même, que d'avoir placé là la Porte de Paris et la rue qui y conduisait !

(•) Rues transversales nuissant les deux grandes rues

longitudinales.

Ces rues transwrsales, unissant l'une à l'autre les deux grandes rues longitudinales, étaient au nombre de sept. Comme elles n'ont jamais vu de nom (ces noms du moins ne sont pas parvenus jusqu'à nous), nous les appellerons Première, Deuxième, Troisième, Quatrième, Cinquième, Sixième et Septième Traversière, en allant du midi au nord, de la Place Vieille aux Portes Froment et Deytier. Elles ne nous présentent, du reste, qu'un médiocre intérêt.

lo La Première Traversière. — La Première Traversière allait de la Rue Ramond à la Rue Vidal. Elle commençait, sur la Rue Ramond. en face de la Rue des Prisons et se terminait, sur la Rue Vidal, en regard de la Rue Borgne. Cette ruelle existe encore aujourd'hui, de même que les deux suivantes. Elle n'avait pas de nom spécial ou, du moins, ce nom ne m'est pas connu. Dans les différents actes oii elle figure, elle est indiquée tout simplement comme '( ruelle^ ^> sans aucun adjectif.

2° La Deuxième Traversière. — Elle partait de la Rue Ramond en regard de l'angle sud-est de la Place du Pisadis. De là, elle se dirigeait en ligne droite vers la Rue Vidal et s'y terminait, juste en face de la ruelle, déjà décrite, qui conduisait à la fontaine de Carrière. Celle-ci, non plus, n'avait pas de nom. Je l'ai trouvée dans un acte public désignée par cette périphrase : « une ruelle qui conduit du Pisadis à la Rue Vidal «. Rappelons que, au delà du Pisadis, notre Deuxième Traversière était continuée par une toute petite ruelle (voy. p. 14), qui suivait la

I. Entre cette Première Traversière et la Place Vieille, se voit aujourd'hui une ruelle terminée en cul-de-sac. Elle est située entre la maison Eagc (côté nord) et la maison Fronty (côté sud). J'ai la certitude que cette ruelle, à la Révolution ou un peu avant la Révolution, se prolongeait jusqu'à la Rue Ramond, formant alors une nouvelle rue traversière, qui serait \n première. Elle est, en effet, représentée sur un plan de cette partie de la ville, dressé par M. Charles de Montsec vers 1770.

même direction et allait jusqu'au fossé du côté couchant. Elle est nettement indiquée sur notre plan (fig. i).

3° La Troisième Traversière. — La Troisième Traversière est un peu plus au nord. Elle commençait, sur la Rue Ramond, en face de l'emplacement où s'éleva plus tard la maison Ters et se terminait, sur la Rue Vidal, en regard du couvent des Dames de la Foy. Je l'ai vue, dans deux actes publics du xviii^ siècle, désignée comme ceci : « une ruelle qui va de la Rue Ramond à la Rue Vidah). Dans un autre acte portant la date du i^r floréal anV(30 avril 1797), elle porte le nom de Rue du Couvent, probablement parce que c'était celle que suivaient les habitants du Pisadis et de la Rue Ramond pour se rendre à la chapelle du couvent.

40 La Quatrième Traversière. — La Quatrième Traversière n'était séparée de la Place Publique que par deux maisons. Beaucoup plus étroite que la précédente, elle n'était qu'une simple ruelle réunissant, au voisinage de la place, les deux rues Ramond et Vidal. Sur les deux côtés, s'ouvraient quelques portes basses destinées aux embas et, au-dessus de ces portes, quelques rares fenêtres éclairant les chambres du haut. Cette ruelle existe encore aujourd'hui telle qu'elle était en 1789, toujours aussi étroite, toujours aussi malpropre, plus malpropre encore peut-être, destinée, non pas à permettre la circulation des habitants entre les deux rues qu'elle réunit (qui oserait s'y aventurer?), mais à recevoir, le jour aussi bien que la nuit, contrairement aux règles les plus élémentaires de l'hygiène publique, toutes les immondices des maisons voisines.

50 La Cinquième Traversière. — La Cinquième Traversière est placée au nord de la Place Publique, séparée de celle-ci, comme la précédente, par deux rangées de maisons. VAW. allait de la Rue Deytier àla Rue Froment ou plus exactement à la Place de ri^^glise. Du côté de la Kue Deytier, elle commen(,ait vn ref.^ard de la cour de (i. Darchier (aujourd'hui maison occupée- par la pharmacie Nicomède) ; elle se terminait, du côté oppose, en lace du portail de l'église paroi:- si aie. La Cimiuième Traversière était comme la Quatrième, une ruelle fort étroit(\ malpropre^, peu

LES Rl'KS

favorable à la circulation : ollo était, comme aujourd'hui, très pou fréquentée. Sur elle s'ouvraient et s'ouvrent encore un certain nombre de portes ogivales, appartenant à de vieilles maisons du xiii*" ou du NiV^ siècle.

6° La Sixiètne Tfaversière. — La Sixième Traversièrc prenait naissance sur la Rue Devtier, à 1 6 mètres environ au nord de la précédente. De là.

elle se portait ver?

la Rue Froment.

Mais, en 1 789 , comme aujourd'hui du reste, elle n'allait pas jusquelà : elle s'arrêtait à cette ruelle longitudinale déj à signalée plus haut sous le nom de Ruelle Intermédiaire, qui partait V du milieu de la Cinquième ïraversière pour aboutir au fossé du côté nord. La Sixième Traversière était donc fort courte :

sa longueur ne dépassait pas 16 mètres. Elle présentait cette particularité intéressante qu'elle débouchait sur la Rue Deytier, non pas librement comme les autres, mais par une petite porte ogivale (fig. 12) que les habitants de la ruelle ouvraient ou fermaient à volonté. La rue en question acquérait ainsi la signification d'une voie privée plutôt que d'une voie publique.

Fig. 12.

l.ciUi'L-L' de l;i SixiL'iiii.' Tia\c l'sièi'c sur la Kiu' I)c\Ik'i,

avci" sa petite poilc ogivale,

telle qu'elle était à la Ré\ olulioii.

A druile de la pnrlc. l'iini-ii'imc iii.'iisoii (lii <'iii'(l(iiiiiii'i' .lar(|iic'- Cosle. in.lii'n cln Boaliilioiil siilis lu ConMMilinii (iVcsl iiujiiui-il'liiii li'-lMclo Di'sniivei'sj .\ fraiiclic l'aiiciuiiin' iii-iisiiii l)i>iii;n-. ail.JDiii'irliill ili'iniilii*. en iiIimiiB li-iiips i|iio l.i iioi-lc, pciur r,un> t(Ti Jardin ("jai'diu de l'ôliitlc l>r^siH)>"fM"s

6o LA VILLE ET COMTÉ DE BEAU MON!

Et, de fait, elle appartenait aux riverains, moitié à ceux de droite, moitié à ceux de gauche.

La Sixième Traversière a disparu aujourd'hui, de même que sa porte ogivale sur la Rue Deytier. Mais l'une et l'autre existaient encore vers 1860 et les personnes de mon âge se rappellent l'avoir vue on face du mur mito^'en (androne autrefois) qui sépare la maison de Parades de la maison Roussely. Sa porte ogivale elle-même était assez bien conservée, mais le mur (jui la surmontait était en grande partie détruit, et sur ses pierres mal jointes et menaçant de tomber croissaient, comme sur des ruines, quelques pieds d'iris rabougris.

Actuellement, on ne \'oit plus rien de la disposition que je viens de décrire. La transformation radicale qu'a subie ce petit coin de Beaumont est de date toute récente. Elle est l'oeuvre de M. Delbourg, ancien notaire, qui a fait successivement l'acquisition de toutes les maisons bâties sur la ruelle et les a en grande partie démoUes pour établir son jardin. (Voy. à ce sujet, mon Histoire de la Bastide de Beaumont, t. I, p. 149.)

70 La Septième Traversière. — La Septième Traversière est représentée actuellement par cette petite ruelle qui prend naissance sur la Rue Poussai, entre la maison habitée par M. Pasquet, maître-plâtrier, et le garage de M. Fayolle du Moustier. De là, elle se dirige transversalement du côté du levant et, comme la précédente, se termine sur la rue intermédiaire. Elle mesure à peine 16 mètres de longueur : elle est donc fort courte.

Primitivement, la Septième Traversière ne s'arrêtait pas là, mais se prolongeait jusqu'à la Rue Froment et peut-être même jusqu'à la Rue Renarde. J'ai de bonnes raisons de croire que, en 17H9, elle n'était pas encore fermée du côté de la Rue Froment et qu'elle venait s'ouvrir sur cette dernière rue en face de l'hospice ou, plutôt peut-être, en face de l'ancienne maison Robert (aujourd'hui remise de l'Hôtel des Voyageurs).

Je me rappelle avoir vu jadis, dans la }:)arti(' ouest de notre septième traversière, un superbe escalier en pierre, en saillie sur la ruelle, (jui donnait accès au premier étage d'une maison

LES HABITAXTS 6l

actuellement reconstruite. Ces escaliers extérieurs en pierre, a\ec ou sans parapet, n'étaient pas rares dans notre bastide beauniontaise. Ils sont presque tous démolis aujourd'hui et remplacés par des escaliers intérieurs en bois.

La Septième Traversière, pas plus que la Sixième, la Cinquième et la Quatrième, ne portait un nom spécial. Dans les documents anciens que j'ai eus en main et où il est question d'elles, elles sont désignées purement et simplement par le mot de » ruelles » sans autre désignation.

i.ES HABITANTS

11 serait bon, maintenant que nous sont connues les places et les rues de Beaumont, de connaître aussi ceux qui les habitaient. On sait l'intérêt tout particulier qui s'attache aux faits historiques, quand on connaît les hommes qui en ont été les témoins ou même les auteurs. J'ai pu mettre la main sur un cahier de recensement, recensement de l'an IV, qui nous fournit à ce sujet des renseignements précieux.

Je reproduirai tout d'abord ce recensement, en le présentant sous une forme plus simple et plus claire : il nous donne l'état de la population de Beaumont dans les premiers jours de floréal an IV (mai 1796).

Puis, je répartirai les habitants, ce qui sera facile, par âge, par sexe et par profession.

J'essaierai enfin, dans un dernier paragraphe, de les répartir aussi par places et par rues, c'est-à-dire d'indiquer pour chacun d'eux le quartier de la ville et, dans chaque quartier, la maison qu'il habitait.

Après cette étude, un peu longue, un peu fastidieuse peutêtre, mais toujours instructive pour les habitants du Beaumont actuel, nous nous trouverons pour ainsi dire transportés dans le vieux Beaumont de 89 et nous pourrons alors — comme en

pays connu — suivre plus fructueusement les événements divers qui s'y d(''ruulèrent au cours de la Révolution.

§ I. - Le RECENSEMENT DE l'AN IV.

Je reproduis ci-dessous le Tableau de recensement de l'an IV, tel qu'il a été dressé par la municipalité de l'époque. Je me contenterai de le simplifier, en le débarrassant d'un certain nombre d'annotations qui sont sans importance et en supprimant la colonne des Obser-

c^C^WO^ ^tiéouooUfb^ ''étions qm, dans l'original,

est entièrement blanche.

FiG il ' ^^ tableau, qui n'est

, , , , p, , . qu'une sorte de brouillon

.-\iidy Laval Dubousquet, ^

.vg«iii mgniiipjii di' i,i eomimiiio ii<> ■iieiiiiii]iiMi ccrit â l'a. iiàte par ic Secrétariat pour établir ensuite la copie officielle destinée à l'administration départementale, date du i6 floréal an IV. Il a été fait par les soins de Laval Uubousquet et de Pierre Bessot qui, à ce moment-là (nous sommes sous le Directoire), remplissaient, auprès de l'administration municipale du /^Q^if^^i^^ canton, le premier, les fonctions d'agent, le x'^^"*'"*-^

second, celles d'adjoint. A la dernière page fig, 14.

est épinglée une note se rapportant au iJessot,

recensement de la campagne et écrite tout , , ■^'^J^''"' "';"'';^'i'i.i entière de la main de Laval Dubousquet.

Dans le tableau officiel se trouve une colonne spéciale indiquant si l'habitant est né à Beaumont ou est venu y résider après sa naissance et, dans ce dernier cas, quelle est l'époque de son (>nlrée dans la commune. J'ai ci 11 devoir la supprimer comme peu importante. Elle nous apprend que, sur 5S/, habitants, il y en avait 426 qui étaient u natifs » (c'était le terme con.sacrc) et 157 qui étaient « importés, ».

Je diviserai le présent tableau en deux parties : l'une renfermant les habitants di: la ville proprement dite {BcaumotU-

LES HAHITANÏS

\ille) : r.uitiv so rapportant à la population dv la campagne (Bciiumont-annpii^nc).

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