I^RUES LONGITUDINALES
Deux grandes' voies, larges chacune de 7 ni. 75 à 8 mètres, traversaient Beaumont d'un bout à l'autre, en longeant la Place Publique, l'une sur ^^on côté est, l'autre sur son côté ouest. La première {Rue Romieu aujourd'hui) était divisée, par la Place Publique, en deux parties et formait ainsi deux rues : la partie ^ud, la plus longue des deux, portait le nom de Grande rue de Vidal: la partie nord, beaucoup plus courte, était la Rue de Froment. La seconde voie longitudinale {Rue Poussai aujourd'hui) était également divisée, toujours par la Place Publique, en deux parties : la partie sud était la Rue Ramond; la partie nord était la Rue Deytier.
Entre ces deux larges voies, voies principales, et le mur d'enceinte, couraient deux autres rues moins importantes, toutes les deux longitudinales, toutes les deux aussi allant (primitivement du moins) d'un bout à l'autre de la ville. Celle qui se trouvait au levant des deux rues Vidal et Froment, portait le nom de Rue Renarde. Celle qui se trouvait au couchant des deux rues Ramond et Deytier, n'avait peut-être pas de nom dans son ensemble; mais je l'ai trouvée signalée dans des documents anciens, pour deux de ses tronçons, sous les noms de Rue Coste et Rue Féliciane : j'adopterai cette dernière appellation.
Enfin, entre la Rue Froment et la Rue Deytier, et à peu près à égale distance de l'une et de l'autre, se trouve une dernière rue longitudinale, celle-ci fort étroite et relativement courte : nous l'appellerons, en raison même de sa situation entre deux des mes principales, la Ruelle intermédiaire.
\'oyons séparément chacune de ces rues :
a) La Grande rue de Vidal.
La Rue de Vidal partait de l'angle sud-est de la Place Publique et s'étendait de là jusqu'à la Place Vieille. Elle était fermée sur
ce point par une grande porte, autrefois soigneusement fortifiée, qui était la Porte Vidal. C'est sur cette rue, du côté du levant, que les Dames de la Foy avaient édifié leur couvent.
Au delà des fossés de la ville, la Rue de Vidal était continuée vers le midi par un chemin assez large, mais irrégulier et mal pavé, le Chemin de Montpazier.
Ce nom de Rue Vidal donné à la principale rue de Beaumont remonte bien plus haut que la Révolution. Je l'ai vu figurer dans un acte du ii décembre 1721 (Minutes Castaing), relatif à l'achat par Guillaume Grenier dit Lagrave, charpentier, de la maison qui est occupée aujourd'hui par M. Boisserie, charpentier (ancienne maison du Syndicat) : il est expressément indiqué dans cet acte que la dite maison « confrontait, au levant, à la Rue de Vidal ».
Je l'ai retrouvé ensuite dans un très grand nombre d'actes qui ont été retenus soit par Castaing, soit par Darchier, de 1740 à 1770. Dans certains d'entre eux, notamment dans un acte de vente de l'année 1771, il est écrit rue de Bidal : Bidal, est-il besoin de le dire, est le mot patois de Vidal. Le 9 juillet 1765, Antoine Delpit, sieur de Belerd, achète à Louis Lamouroux, maçon, « un eyrial de maison où il n'existe actuellement que quelques fragments de vieilles murailles », situé dans la ville de Beaumont et « sur la grand'rue de Vidal » (acte passé par Rouby) et, quelques lignes plus bas, dans le même acte, je lis que ledit eyrial confronte, du couchant, à la « grand'rue de Vidal». Dans un autre contrat, de l'année 1751, il est question de l'afferme d'une maison « qui a son ouverture sur la Grand'rue ». Enfin, dans les registres municipaux de 1791, la Rue Vidal est encore désignée, à propos d'une procession de la Fête-Dieu sous le nom de Grand'rue, bien que dans les actes notariés de l'époque elle continue à être appelée Rue Vidal.
Au total, la rue qui allait de l'angle sud-est de la Place P\iblique à la Place Vieille, portait indistinctement les noms de : Rue de Vidal, Rue Vidal, Rue de Bidal (en patois), Grand'rue de Vidal ou, tout simplement, Grand'rue.
Qu'était ce Vidal, dont le nom fut donne'' à la plus impor-
tante des rues de la ville? Je l'ignore, et pour cause : je n'ai rencontré ce nom nulle part.
b) La Rue froment.
La Rue de Froment ou Rue Froment n'est autre que la partie nord de la Rue Romieu actuelle. Elle partait de l'angle nord-est de la Place Publique et s'étendait de la jusqu'aux fossés des fortifications, où elle se continuait avec le Chemin de Couze et Bergerac. Aux fortifications, elle aboutissait primitivement à une porte; la Porte Froment, en tout semblable à celle qui se trouvait au bout de la Rue de Vidal. Cette porte,>-dont personne aujourd'hui ne se souvient et dont il ne reste aucune trace, fut très probablement démolie vers le milieu du xviii' siècle, quand on commença la construction de l'hôpital.
Du côté du couchant, la Rue Froment était bordée par une série de maisons de petites dimensions, d'apparence modeste, la plupart d'entre elles en très mauvais état ou même menaçant ruine. Elles ont été presque toutes reconstruites. Çà et là, entre elles ou au-devant d'elles, se voyaient des terrains non bâtis, disposés en cour ou en jardin.
Du côté du levant, se trouvaient deux constructions importantes : tout d'abord la maison Girot (on écrivait quelquefois Zirot), marchand, habitée aujourd'hui par M"^^ veuve Delrieu; puis, tout à l'extrémité de la rue, les bâtiments du nouvel hôpital qui ne renfermait que très peu de malades et où la municipalité avait loué un local pour ses divers services. L'hôpital devenait ainsi, comme il l'est encore aujourd'hui, du reste, VHôtel commun ou la Maison commune.
La Rue Froment est indiquée dans neuf actes notariés, que j'ai sous les yeux. Ces neuf actes se rapportent à la vente de maisons qui se trouvent situées : soit sur le côté du couchant (maison Lespinasse, maison Ballande) et qui, alors, confrontaient du levant à la Rue Froment ; soit sur le côté du levant (maison Robert) et qui, dans ce cas, confrontaient du couchant à cette même Rue Froment. Le premier de ces actes porte la date du
16 février 1761 : il a trait à un échange d'immeubles entre Guillaume Lespinasse, travailleur, et Hilaire Reynal, menuisier, qui, tous les deux, habitaient la rue de Froment. L'acte le plus récent est du 20 septembre 179 1 : il y est question d'une maison vendue par Robert, marchand, à Castagne, dit Claou, menuisier; c'est la maison où se trouve aujourd'hui l'Hôtel des Voyageurs et qui fut acquise par Misermont, il \- a quelque cinquante ans, des héritiers de Castagne fils, épicier.
c) La Rue Ramond.
La Rue de Ramond ou Rue Ramond est représentée -aujourd'hui par la partie sud de notre Rue Foussal. Elle partait de l'angle sud-ouest de la Place Publique ou, ce qui revient au même, de la Place des Mesures. De là, elle se dirigeait vers le sud, longeait la Place du Pisadis et venait se terminer, comme la Rue Vidal, à la Place Vieille. Ici encore, elle aboutissait, du côté de la Place Vieille, à une porte défensive, la Porte Ramond ou Porte de Lannette, aujourd'hui démolie. La Rue Ramond, au delà des fossés de la ville, était continuée par un grand chemin qui allait à Cugnac et, de là, à Castillonnès.
Parmi les documents que j'ai pu recueillir sur la Rue Ramond, le plus ancien date de 1751. C'est un acte d'accord passé par Meynardie, notaire royal, entre Estienne Archer, marchand, et l'un de ses voisins, le sieur Géraud du Tinet de Vilarzac, avocat au parlement. Archer habitait la petite maison qu'occupe aujourd'hui M. Farfal, facteur retraité. Vilarzac, qui résidait ordinairement au Tondu, commune de Naussannes, habitait très probablement, quand il venait à Beaumont, la maison où demeure actuellement iM'i'^ Sourbier. Il était, en tout cas, propriétaire de la cour qui se trouvait au nord de la maison d'Estienne Archer, cour qui existe encore et qui est une dépendance de la maison Sourbier. Un beau jour, Vilarzac voulut bâtir dans hi dite cour une maison d'habitation et, à cet effet, il commença à construire un mur en regard de la maison d'Archer (côté nord), en ne laissant. «ni le ce mui- et la maison, c|u'un espaces de 5 pouces pour
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sen'ir d'androno. Archer troux'a cet inter\alU^ trop étroit et protesta par acte de notaire, somiuî'nt son \oisin d'arrêter sa construction ou de transporter son mur plus loin. - Mais, disait Vilarzac. je construis chez moi et j'ai justement bâti mon mur sur l'emplacement d'un ancien mur dont la. construction n'a pas été poursuivie. — Mais, répliquait Archer, mes latrines font saillie de 5 pouces, mon ayguière (mon évier) fait saillie de 8 pouces, le tombant d'eau de ma toiture fait saillie de 12 pouces; mon a\guière arrivera jusqu'à votre mur et les tuiles de mon toit le dépasseront de 7 pouces; où iront alors les eaux de l'ayguièrc et du toit? " Les deux voisins, ne pou\ant s'entendre, allaient en appeler aux tribunaux, c^uand des amis coinmuns s'entremirent pour aplanir le différend et réussirent à mettre d'accord les deux parties. Aux termes de cet accord, ^'ilarzac arrêta la construction de son mur,' reçut chez lui les eaux pluviales de la toiture d'Archer, les eaux sales de son ayguière, les immondices de ses latrines et lit faire une rigole qui conduisait le tout depuis l'androne jusqu'au milieu de la Rue Ramond.
Si vous vous arrêtez devant la maison Farfal, vous constatez, amis lecteurs, tout à côté de son encoignure nord, une androne de 16 centimètres de largeur et, au delà de l'androne, un mur élevé seulement de 54 centimètres : c'est le mur que construisait Mlarzac et qu'il dut abandonner conformément à l'accord intervenu entre Archer et lui. Quant à la rigole qui faisait suite à l'androne et la dégorgeait, elle existe encore, tout comme l'ayguière.avec «son col saillant de 12 pouces» : cette dernière, toutefois, est aujourd'hui inutilisée, la cuisine de la maison ayant été descendue du premier étage au rez-de-chaussée.
Cette petite digression, que l'on voudra bien me pardonner, nous apprend pourquoi il existe, à gauche de la maison Farfal, un mur inachevé. Elle nous apprend aussi pourquoi les héritiers du sieur de \'ilarzac n'ont pas repris sa construction et ne la reprendront pas. Si jamais le propriétaire de l'ancienne cour Vilarzac voulait élever ce mur plus haut, le propriétaire de l'anciennne maison Archer aurait toujours le droit de s'y opposer. A défaut de l'acte de Meynardie, l'ayguière, 1'" ayguière au long
col », est toujours là pour affirmer ses droits et, s'échappant du feuillage qui la recouvre, elle crierait - une fois encore - aux ouvriers maçons, comme il y a cent soixante ans, qu'elle se refuse à être emprisonnée dans une androne trop étroite.
Et je reviens là où j'aurais dû m'arréter, m'excusant encore auprès du lecteur de la longueur de ce récit. Mais toutes les fois que je passais devant la maison Farfal et que je voyais cette androne, sa situation singulière entre une maison et un jardin, son étroitesse relative, son arrêt à 54 centimètres au-dessus du sol, tout cela m'intriguait et, en ayant trouvé un jour l'explication dans un « vieux papier », je n'ai pu résister au plaisir de la donner à mes lecteurs de Beaumont.
Dans ce « vieux papier " relatant l'accord entre le marchand Archer et l'avocat au parlement de Vilarzac, la maison Archer est indiquée comme confrontant du côté du couchant u à une rue appelée Rue Ramond ». \'oilà le fait important de l'acte précité : il nous fait connaître le nom que portait, en 1751, la partie sud de la Rue Foussal actuelle : c'était la Rue Ramond.
Il est très probable que cette appellation remonte à bien des années plus haut, mais j'ignore entièrement son origine. Elle s'est, en tout cas, continuée jusqu'en 1789 et même pendant la Révolution.
Dans la période comprise entre 175 1 et 1789, les minutes notariales de Darchier et de Castaing m'ont fourni plus de dix actes de vente ou de ferme se rapportant à des maisons situées Rue Ramond.
Après 1789, je trouve encore quatre actes notariés Ujui nous apprennent que la rue qui nous occupe portait encore pendant
I. En 1789, un pri.x fait entre Jean Dubul, aiaitre-iiiaçoa. el veuve Louis Domorguc pour réparation de sa maison « située dans la préseuie ville et sur la Rue de Ramond » (Minutes Castaing)
En 1791, une vente laite par Jean Veyrier a Joseph Blanchard d'une maison située Rue Ramond, confrontant du levam à cette Rue Ramond et du nord au Pisadis, c'est la maison appartenant aujourd'hui à M. Comhc (Minutes D.jr./iii-r).
tn l'an V'I (i8<;8), revente de cette maison par Blanchard en laveur de Jean Jaylc, cordonnier, elle confronte toujours du levant à la Rue Ramond (Minutes Boisserie).
Hn l'an IX (iSoo), acte de partage des deux fils Auriel, portant sur la maison paternelle, laquelle est indiquée connue située sur la Rue Ramond (Minutes D.ifi Inrr).
LKS RUES 3Ï
la période révolutionnaire, tout au moins jusqu'en l'an IX, le nom de Rue Ramond.
d) La Rue Dey lier.
En voilà une qui a mis ma patience à une rudo épreuve. Depuis longtemps, je savais son existence par la vente d'une maison qui appartenait à l'hospice et qui était nettement indiquée, dans l'acte de vente, comme située dans la Rue Deytier. Mais, comme je ne connaissais pas la maison dont il s'agissait, il m'était tout à fait impossible de dire quelle était celle des rues de Beaumont qui portait le nom de Rue Deytier. J'ai pris pour elle, pendant quelque temps, la rue qui va de la place aux fossés en longeant l'église : je croyais, en effet, que la maison Vendue par l'hospice était la dernière maison de cette dernière rue, la maison Lanceplène. Mais je me suis vite aperçu que je faisais fausse route : ce n'était pas là qu'était la Rue Deytier.
Je désespérais de résoudre le problème lorsque, un beau jour, je tombai sur un acte d'achat, par le notaire Darchier lui-même, {Minutes Castaing, 28 janvier 1777), d'un terrain qui se trouvait au couchant de la ville, au-dessous des fortifications, entre le chemin '(des rosses» ^ et cet autre chemin qui, de la porte de Lusiés, descend au Moulin de la ville, et j'ai appris par l'acte que le dit terrain était placé « dans le tènement Deytier ». Ce fut un trait de lumière : ma Rue Deytier devait être dans le voisinage. Mais trois rues ou ruelles se trouvent dans ce voisinage : la rue qui va de la place pubhque à la Porte basse de Lusiés; la ruelle qui, de la Porte haute de Lusiés, se dirige vers le Castelot; enfin, la partie nord de la Rue Foussal actuelle. Il fallait encore choisir entre les trois?
Quelques jours plus tard, je fus assez heureux pour mettre la main, par hasard, sur l'acte de- vente, vainement cherché pendant six mois, de la maison sus-indiquée qui avait été
I. On donne encore aujourd'hui le nom de Cluniin des Rosses a ce même chemin qui, de Tancienne maison Valette, descend vers le Moulin de la ville. Cette appellation est, comme on le voit, fort ancienne.
32 LA Vn.LE ET COMTE DE BEAUMOXT
aliénée par la commission de l'hospice. Or, j'y troiuai, à la première page, que cette maison confrontait : « du levant, à la Rue Deytier; du nord, au grand chemin qui va de Molières à Issigeac... y. Le problème était résolu : la maison en question était l'ancienne maison Palazot (aujourd'hui maison (iaillard) et la Rue Deytier n'était autre que la partie nord de notre Rue Poussai actuelle. Elle partait de l'angle nord-ouest de la Place Publique et s'étendait de là jusqu'au mur de la ville, où elle était fermée, comme la Rue Froment, par une porte de ville, la Porte Devtier. Au delà du mur d'enceinte et des fossés de la ville, elle était continuée par un grand chemin qui se dirigeait vers Bannes et Lanquais.
Cette appellation de rue Deytier donnée à la partie nord de la rue appelée aujourd'hui Rue Foussal est bien antérieure à la Révolution. Je la trouve, en effet, dans l'acte de partage des héritiers de Jean Trapary {Minutes Rouby, 28 août 1771), à propos de la maison qui est habitée aujourd'hui par M. Roussely, ancien facteur, laquelle maison est indiquée, dans l'acte, comme confrontant au levant « de la rue appelée Deytié ».
Le nom de Deytier ou Deytié (on trouve les deux) ne nous (!st pas plus connu que ceux de Froment, de Vidal, de Ramond, qui ont été donnés aux trois autres grandes rues longitudinales de Beaumont.
e) La Rue Reiiai'dc.
On donnait le nom de Rui- Renarde, axant et pendant la Révolution, à une longue rue longitudinale qui se dirigeait du sud au nord parallèlement aux deux rues de Vidal et de Froment, et au levant de ces dernières. Elle se trouvait à peu près à midistance entre les deux rues précitées et 1( mur d'enceuite. On la trouve parfois désignée sous le nom de Rue de la Renarde : c'ebt un synonyme. Elle s'étendait d'un bout à l'autre de la ville, du mur d'enceinte du midi au mur d'enceinte du nord.
A son extrémité sud, du côté de la Place Vieille, la Rue Renarde j>artait d'une construction en appiMitis du xiiT' siècle,
qu'on a plus tard surélevée de deux étages et qui appartient, depuis 1904. au signataire de ce li\re (ancienne maison de Liniers). Une porte ogivale, de petites dimensions, la séparait des fossés de laWlle : nous l'appellerons la Porte sud de la Rue Renarde. Elle a disparu aujourd'hui sans laisser de traces. De là, la dite rue s'étendait en ligne droite et sans interruption, jusqu'à la
FiG. 7.
L'interruption «Je lu Rue Rciuirdc au niveau de la Rue Boignc: elle a à l'origine, justiu"à la Place Vieille (vov. fig. i).
A i.'iiuclic". !•! iiiiiiscm (^cole; .1 Jniilo, l'ocurie •^^ I aiuiciinit iiiaisdii ili,nmmbfinl : entre l<?s iloux. reiiiplacemont iJe la Ruo Ucnarde. occupiaujourd'hui par deux polilcs cuiislniplinns bassr-s. de date rocenlo. On voil iiellemont qu'elles fermeni l'ancienne Kuo Renarde En deçà de ces cdns- Iruclions, à droite el à gauclie, se trouve la Rm' Borgne, coupant à l'angle droit la dile Rue Renarde
ait,
porte latérale de l'église. Elle reprenait de l'autre côté de l'église et de nouveau, sans interruption, allait jusqu'au côté nord du mur de la ville. A cette extrémité, comme à l'autre, une petite porte ogivale la séparait du fossé : c'était la Porte nord de la Rue Renarde. Klle a été, elle aussi, démolie. Elle est remplacée aujourd'hui par une haute muraille, qui date très proba-
34 1 A vn LK i:t comté de beaumokt
blcincnt du jour où cette partie de la rue a été aliénée et englobée dans le jardin du presbytère.
La Rue Renarde, on le voit, s'étendait primitivement dv sa Porte sud à sa Porte nord, sans autre interruption que celle répondant à l'église paroissiale. Elle se composait donc de deux parties seulement : une partie sud, la plus longue des deux, (pii allait de la porte latérale de l'église à sa Porte sud; une partie nord, relativement courte, qui allait de l'église à sa Porte nord. Mais, au cours des siècles, avant comme après la Révolution, la Rue Renarde a été l'objet de nombreux empiétements. Du côté sud, tout d'abord, la famille de Constantin, au commencement du xix« siècle, l'a acquise, pour agrandir son jardm, dans toute l'étendue comprise entre sa Porte sud et la première rue transversale appelée Rue Borgne. Avant cet empiétement, la Rue Renarde passait au levant de l'ancienne maison de Liniers et de l'ancienne maison de Constantin, délimitée du côté opposé, tout d'abord par une grange, démolie par moi en 1905, puis par une muraille peu élevée qui la séparait du jardin de Constantin, enfin par une vieille maison, la maison Coste.
Ce premier empiétement, qui est certainement postérieur au Consulat et à l'Empire, est facile à constater (ftg. 7) quand, de la Rue Renarde, on jette un coup d'oeil sur la maison Coste et l'ancienne maison de Constantin. Entre les deux immeubles, on voit très nettement l'emplacement de la rue en question, occupé maintenant par deux constructions basses, toutes récentes, servant l'une d'étable et l'autre de bûcher. Elles dépendent : la première de la maison de Constantin ; la seconde de l'ancienne maison Coste. Les deux riverains se sont emparés de la rue et chacun en a pris la moitié.
Vn second empiétement, celui-là plus ancien, se \'()it au niveau du couvent des Dames de la lM)y (aujourd'hui école des ImUcs), lecpiel interrompt complètement la Kue Renarde depuis la iiulle qui \a à la fontaine de (arrière, jusqu'à celle ([ui, au delà du dit couvent, longe les bâtiments de l'hospice actuel. Ce deuxième empiétenunt date du commencement du XVIII'' siècle : il eut pour auteur (a\'ec l'autorisation, tou-
rïïS RIKS
tefois, des consuls dv la \ille) M"'" de Martin de Lagorce, supéiieure dv la c-onuniinaiité des Dames dv la l'Oy, (juand elle fit construire son couvent. Nous \ reviendrons plus loin (voy. chap. X\'I) à propos de la maison des Dames de la Foy de Heaumont. De cet empiétement par les Dames de la Foy, il ne reste aucune tract' sur la façade nord du couvent : cette façade, en effet, a été construite en entier dans sa portion correspondant à la Rue Renarde. Mais il n'en est pas de même sur le côté sud : là, on voit très nettement encore (fig. S), entre la maison \'erdier et le mur du jardin du couvent , l'emplacement où se trouvait la rue interrompue.
Il est comblé aujourd'hui par deux petites maisons, basses et peu profondes, occupant chacune la moitié de l'ancitnne rue; elles appartiennent l'une et l'autre au chevrier (iardet. Ici encore la rue aliénée avait été divisée en deux parties
I.'intcriupiion de la rue Renarde sur le ente sud du couvent.
A (ï.iiicIk". r<in<-ir-niie maison ilii cordriiinicf Ponierpçiin ini.'iison Vpr(li(M' ini jiMii'd'Iiiii); ;i droilo, l.i miii'iiillc du ,i;iirtin du <;oiivenl ; rnlri' les doux, cmpificcincnl de l;i nie Heuai'd"', otxupé .-luiourd'hui par deux jiclitos conslruclioiis liiiSNO. dp diile rôconle En dec;;i de ces coiislructions. In rnellc! oonduisiint h la fontaine de Carrière.
égales et cliaquc riverain a\'ait pris celle attenant à sa maison.
Depuis le côté nord du couvent jusqu'à la Rue du Pourtanel, la Rue Renarde se poursuit avec une largeur uniforme de 5 mètres. Sur son côté gauche, en allant vers le Pourtanel, se voient trois escaliers extérieurs, deux en pierre, le troisième en bois, qui vont de l'embas au premier étage et qui, établis sur la chaussée, la rétrécissent d'autant. Mais ces escaliers, de construction relativement récente, n'existaient pas à la Révolution.
Depuis la Rue du Pourtanel jusqu'à l'église, la Rue Renarde existe encore, ininterrompue, mais considérablement rétrécie : elle mesure à peine i m. 50 de largevir. La circulation, bien certainement, n'y était pas très active. Et pourtant, malgré son étroitesse, elle nous présentait, à l'époque de la Révolution, un certain nombre d'entrées de maison. La plupart ont disparu depuis. On y voit encore une ou deux portes ogivales, qui remontent vraisemblablement au xiiie ou au xiv^ siècle.
Au delà de l'église, la Rue Renarde reprend dans la même direction et se poursuit sur une longueur de 30 à ^2 mètres. Puis, après la Rue du Barry, elle est de nouveau interrompue, par des écuries d'abord dépendant de l'Hôtel des Voyageurs et, au delà des écuries, par un jardin qui est aujourd'hui, et cela depuii soixante-quinze ans environ, le jardin du presbytère. Cette absorption (qu'on me permette cette expression), de la partie nord de la Rue Renarde par les riverains, s'est produite de 1770 à 1780, quand on construisit l'hôpital. Je crois devoir ajouter, cependant, que l'empiétement de l'Hôtel des Voyageurs est beaucoup plus récent. Il y avait là, en effet, dans les premières années de la Révolution, une petite maison, appartenant à Catherine Dessirier, qui fait partie aujourd'hui de l'écurie de l'Hôtel et qui, alors, s'ouvrait librement sur la Rue Renarde. La Rue Renarde existait donc encore. Il me paraît rationnel d'admettre que l'ancien propriétaire de la maison occupée actuellement par l'Hôtel (le s»" Castagne sans doute) acquit la maisonnette de Catherine Dessirier et, en même temps, mit la main sm- la portion de la Rue Renarde c^ui se trouvait corn.
prise entre la maison Dessiner et la sienne. L'aliénation par la commune a été d'autant plus facile que la portion de la rue aliénée n'était que l'extrémité d'une impasse ou cul-de-sac.
.\u total, la Rue Renarde, interrompue sur quatre points (à chacune de ses extrémités et deux fois à sa partie moyenne) n'est plus représentée aujourd'hui que par trois tronçons savoir : i" un tronçon sud, allant de la Rue Borgne au couvent ; il est déhmité. d'une part, par les maisons qui donnent sur l'ancienne Rue Vidal, d'autre part, par l'ancien terre-plein des fortifications; 2^ un tronçon moyen, allant du couvent à l'église; il est compris entre le terre-plein des fortifications (en partie bâti) et des maisons d'habitation dont la façade donne sur l'ancienne Rue Vidal et sur la Place Publique; 30 un tronçon nord, allant de l'éghse à l'écurie de l'Hôtel des Voyageurs. Ce troisième tronçon est délimité, du côté du couchant, par les maisons de l'ancienne Rue Froment ; du côté du levant, par les maisons du Barry.
f) La Rue Féliciane.
Au couchant de la bastide beaumontaise, entre les deux rues Ramond et Deytier, d'une part, le mur d'enceinte, d'autre part, se trouvait primitivement une quatrième rue longitudinale, faisant sur ce point le pendant de la Rue Renarde. Comme cette dernière, elle était comprise entre les maisons des rues Ramond et Deytier et le terre-plein des fortifications. Comme elle encore, elle allait d'un bout à l'autre de la ville. Comme elle, enfin, elle se terminait, à chacune de ses deux extrémités, par une petite porte ogivale, ouverte le jour et fermée la nuit comme les grandes portes. La Porte Sud a disparu (et depuis bien longtemps) sans laisser de traces : elle devait se trouver sur le point où la vieille maison de Lafaurie prend contact avec la maison nouvelle. La Porte Nord a également été démolie et, probablement aussi, depuis longtemps : elle se trouvait au bout de la rue, entre la tour ronde de l'ancienne maison Palazot et l'angle correspondant du jardin de Parades. J'incline à croire que sa disparition
38 LA VII.I.F. l-.T COMTlv DE BEAUMON T
date de l'époque où fut construite la tour précitée, de la pre mièrc moitié du xviii^ siècle.
La Rue Félicianc a eu le même sort que la l'îue Renarde : elle a été fort maltraitée, depuis sa création, par les constructein-s de maison et les amateurs de jardin.
Dans sa portion sud tout d'abord, depuis le mur d'enceinte jusqu'à la Place du Pisadis, elle a complètement disparu au point qu'il n'est pas toujours facile de déterminer d'une fa(;on bien précise l'emplacement qu'elle occupait. Toutefois, en jetant les yeux sur un plan de la ville actuelle, on voit sur le côté ouest de la Rue Ramond, une rangée de maisons, au nombre de neuf ou dix, qui se terminent au couchant suivant une ligne à peu près droite : c'est évidemment cette ligne que suivait la rue en question. Son entrée sur le Pisadis est occupée aujourd'hui par ime maison qui appartient aux Ciuénée-Couderc. ('omme cette maison est de construction ancienne, nous devons en inférer que la disparition de la Rue Féliciane sur ce point est également fort ancienne.
De la Place du Pisadis, notre Rue Féhciane se dirigeait vers le nord, et il nous en reste encore une amorce, mais une amorce fort courte, comprise entre la maison Davoust et l'ancienne maison ("or, avec son escalier en pierre surajouté à la construction primitive : elle mesure à peine 8 mètres de longueur. Au delà de ces 8 mètres, la rue est interrompue par la maison que Louis Ters fit construire sous le Premier Empire et qui est restée inachevée. On voit très nettement, rien qu'en regardant cette construction du côté du couchant, que toute sa partie postérieure s'élève sur l'ancienne rue.
Au delà de la maison Ters (actuellemt-nt maison de Lanauze), la rue disparaît entièrement jusqu'à la Place des Mesures. Toutefois, on en reconnaît nettement la trace dans la terrasse de l'ancienne maison Bessot (aujourd'hui maison j. ("ombe) (ît dans la terrass(> de l'ancienne maison (irenier (aujourd'hui maison Avezou) (]ui s'étend, en passant derrière les Mesures, jus(iu'à la maison Perraudin. Là, notre rue reprend, jMiis se prolonge sans interruption jusqu'à l'eNta-mité di' la \ille et.
LES Rl'KS 39
pour préciser, jusqu'à la tour de l'ancienne maison Palazot (aujourd'hui maison Tiaillard), où elle est continuée par un chemin qui conduit à la fontaine du ("astelot.
En résumé, et comme nous le montre nettement la ligure (), de la rue longitudinale qui allait primitivement du fossé sud a fossé nord, il ne restait plus, au moment de la Révolution. comme aujourd'hui du reste, que deux tronçons : i" un tronçon sud. qui part du Pisadis et qui, quelques mètres plus loin, se termine en cul-de-sac ou, plus exactement, se termine à une porte qui donne entrée dans l'écurie de l'ancienne maison Ters; 2» un tronçon nord, beaucoup plus long, qui s'étend depuis la maison Perraudin jusqu'à la tour de la maison Gaillard.
Ces deux tronçons avaient -ils des noms au xviii*' siècle? Oui et voici tout ce que j'ai pu trouver, à ce sujet, dans les documents anciens que j'ai eus sous la main.
Le lo juin 1782, sept ans avant la Révolution, un certain Georges Capulin, maître-menuisier, achète à un certain Rozier (Rougier en patois), tisserand, le derrière de la maison qui borde du côté du nord la place du Pisadis. C'est l'ancienne maison Cor, celle à laquelle on a ajouté, probablement à cette époque, un escalier en pierre pour monter au premier étage. Or, dans l'acte de vente retenu par Darchier, notaire royal à Beaumont, je lis que la maison vendue «a son issue sur la Rue Coste » et, plus bas, qu'elle confronte « du couchant à une rue ci-dessus désignée » la Rue Coste. Cette rue est donc bien certainement le premier tronçon de notre rue longitudinale et nous savons maintenant que, quelques années avant la Révolution, elle était appelée Rue Coste.
Le deuxième tronçon avait lui aussi son nom et c'est encore en compulsant des actes notariés que je suis arrivé à le connaître. En 1777, Louise David, veuve du sieur Léonard Tinet, et Jeanne Lestang, veuve de Pierre Colin, qui habitaient sur la Place des Mesures, la première à l'angle sud-est (maison Avezou aujourd'hui), la seconde à l'angle nord-est (maison Perraudin aujourd'hui), eurent une contestation que e vais essayer de raconter. Jeanne Lestang, qui avait acquis de la municipalité
d'alors la partie de la rue située au couchant de sa maison (la rue qui nous occupe), venait d'en prendre possession et de la fermer. Mais cela ne faisait pas l'affaire de Louise David qui, ayant un jardin derrière sa maison (le jardin Avezou aujourd'hui), se voyait ainsi fermer le passage, dont elle avait toujours joui jusqu'ici, de son jardin dans la rue avoisinante. Elle protesta, naturellement, auprès de sa voisine. Celle-ci, qui n'était pas toujours commode, lui répondit que, si elle s'était emparée de la rue, elle
n'avait fait qu'user du droit que lui avait concédé la communauté de la ville, ce qu'elle pouvait établir, ajoutait -elle, par « bons et valables titres 1». Mais, répliquait Louise David , la communauté " n'avait pu rien faire qui portât atteinte à la servitude qu'elle avait sur la
FiG. g.
I..1 Rue l'éliciano et les jardins avoisinants, derrière la Plaee des Mesures : le conflit entre la veuve I.cstang et la veuve Tinet.
1, Place di-s Mesures. - 2. Uue Kéliciane - •'.. Maison de la veuvo Tinot (maison Avezou .lu.jouvd'iiui). avec •. sa Icrrasse. — ."), Maison de la veuve Colin (maison l'erraudin aujourd'hui, avec ti. sa lerrasse — 7. Maison do Marly (maison (;osle aujourd'hui', avec 8. son jardin. — 9, Jardin de la veuve Tinet — 10, Passage coui-roiri entre ce dernier jardin et l,i Rue Félioiane
rue», etc., etc. Et
ce différend allait soulever un gros procès, quand MM. Louis Ters et Jacques Poussai, l'un consul, l'autre juge, qui étaient amis des deux veuves, s'entremirent comme conciliateurs et aboutirent à un accord sur les bases suivantes : Jeanne Lestang prendra la rue pour y bâtir sa terrasse (ce qu'avait déjà fait avant elle Louise David), mais elle laissera au couchant de sa construction, entre celle-ci et la muraille (jui limite la rue au couchant, un passage (un counoir, dit l'acte) de 4 pieds q pouces de largeur, grâce auquel sera établie une libre communication «'ntre le jardin de Louise David et la rue. De son coté, Jeanne
Lestang ^'engageait à ne pas élever sa construction (sa terrasse) H plus haut que deux petites lucarnes qui donnent le jour à sa cave» et, d'autre part, à laisser, entre la dite construction et la terrasse de Louise David, une androne de i pied de largeur. C'est la disposition que l'on rencontre aujourd'hui derrière les deux maisons Avezou et Perraudin.
L'accord inter\enu entre les deux veuves David et Lestang fut consacré par un acte officiel devant M^ Darchier, notaire royal, en résidence à Beaumont. Or, dans cet acte, et c'est là le point essentiel de cette petite histoire, la rue en litige, dont avait voulu s'emparer Jeanne Lestang et dont Louise David avait réclamé et obtenu une partie, est indiquée à deux reprises comme portant le nom de Rue Féliciane.
La Rue Féliciane et la Rue Coste ne sont donc que deux tronçons d'une seule et même rue. Il est fort possible que les autres tronçons, disparus ou existant encore, aient eu d'autres noms. Il est fort possible aussi que ces appellations soient de date relativement récente et que, à l'époque où la rue allait encore d'un bout à l'autre de la ville, elle portât un nom qui n'était ni Coste ni Féliciane et qui a aujourd'hui disparu. Mais, de cela, nous ne savons absolument rien et voilà pourquoi j'ai désigné et continuerai à désigner sous le nom de Rue Féliciane la rue longitudinale qui, au couchant de la ville, court entre les maisons des rues Ramond et Deytier, d'une part, et, d'autre part, le terre-plein des fortifications.
L'exemple donné par Léonard Tinet et par Pierre Cohn ne manqua pas d'être suivi et, après eux, d'autres riverains empiétèrent sur la rue Féliciane en y élevant des terrasses en continuité avec le haut de leur maison. Telles sont, en allant du midi au nord : la terrasse de l'ancienne maison Delord (aujourd'hui maison Coste), la terrasse de la maison Bouny, la terrasse de la maison Malivert, la terrasse de l'ancienne maison Lanceplène (aujourd'hui maison Monceau) et, enfin, celle de l'ancienne maison Palazot (aujourd'hui maison Gaillard), placée tout contre la tour ronde. Il convient d'ajouter que ces divers empiétements se sont toujours effectués avec l'assentiment de l'admi-
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nistration municipale et après versement, i)ar les bénéficiaires, d'une indemnité, minime du reste.
g) La Rite Intermédiaire.
Je désignerai sous ce nom une rue fort étroite (i m. 50 de largeur seulement), qui se trouve située au nord de la place, entre la Rue Froment et la Rue Deytier. I^lle prend naissance sur le milieu d'une ruelle transversale, qui va de la Place de l'Eglise à la Rue Deytier et que nous appellerons plus loin la (Cinquième Traversière. De là, elle se porte vers le nord et, arrivée à l'ancienne maison Foussal, elle s'intiéchit vers l'ouest pour aboutir à la rue Deytier, en formant par cette partie infléchie la Septième Traversière. La rue intermédiaire s'arrête donc aujourd'hui, en tant que rue longitudinale, à l'ancienne maison Foussal. Mais, primitivement, elle se prolongeait jusqu'au fossé nord, où elle débouchait par une petite porte ogivale. Cette dernière partie de la rue, dont il ne reste plus aucun vestige, a dû disparaître deux ou trois ans avant la Rév^olution, lorsque Jacques Foussal fit bâtir sa maison.
Comme nous le montre nettement la figure i, la Rue Intermédiaire partageait le pâté de maisons comprises entre la Rue Froment et la Rue Deytier en deux groupes à peu près égaux : le groupe du côté du couchant et le groupe du côté du levant, lesquels avaient leurs façades, le premier s\u- la Rue Deytier, le s(îcond sur la Rue Froment.
j'ai trouvé mention de cette rue intermédiaire dans cinq ou six actes notariés. Elle est toujours indiquée par le simple mot de ruelle : il est infiniment probable (Qu'elle n'a\'ait pas de nom spécial.
2*^ Rues transversales ou traversières
Nous désignerons sous ce nom toutes les rues qui vont du levant au couchant, en coupant à angle droit les rues à direction longitudinale, ('es rues, qu'on appelait encore rues traversières, sont en général étroites : quekiues-unes sont de simples
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ruelles. Nous pouvons, d'après leur situation, diviser ces rues et ruelles en trois groupes: i^ celles qui. de la Rue Rainond et de la Place Publiiiue, vont aux fossés de la ville, côte couchant ; i" celles qui, de la Rue \'idal, de la Place Publique ou di' la Rue Froment, vont aux fossés de la ville, côté levant; j" celles qui unissent l'une à l'autre les quatre grandes rues longitudinales»
a) Rues ttiiversières allant aux fossés de lu ville, côté du couchant.
Cinq rues, partant de la Rue Ramond, de la Place du Pisadis ou de la Place Publi(iue, se dirigeaient du côté du couchant, vers le mur d'enceinte et les fossés. Ce sont, en allant du midi au nord : la Rue des Prise us, la Rue sud du Pisadis, la Rue nord du Pisadis, la Rue de la Tour carrée, la Rue de la Porte de Lusiés.
i*^ La Rue des Prisons. — La Rue des Prisons, large de 3 m. 13, se détachait de la Rue Ramond à 40 mètres environ de la porte de même nom. De là, elle se dirigeait du côté du couchant et aboutissait à une vieille construction, qui servait de prison. Cette construction, qui se trouve aujourd'hui dans le jardin de M™^ de Lafaurie ou, plus exactement, entre ce dernier jardin et celui de M*'^ Davoust, est le reste d'une vieille porte de ville, surmontée d'une tour, qvie l'on désignait autrefois sous le nom de Porte de Pech grand.
Primitivement, la rue en question passait sous cette porte et se continuait, au delà, avec un chemin qui descend vers le Moulin de la ville : c'était alors la Rue de Pechgrand. A une époque que je ne saurais préciser, mais qui remonte très vraisemblablement à la fin du xvii«- siècle, la Porte de Pechgrand fut fermée du côté de la campagne et transformée en prison de ville: de ce fait, l'ancienne Rue de Pechgrand s'arrêta à la prison, et, changeant de nom, devint la Rue des Prisons. Plus tard encore, la prison fut désaffectée et vendue, avec la partie avoisinante de la rue qui y conduisait. La rue, par suite de cette aliénation, n'est plus aujourd'hui qu'une impasse fort courte :
elle se termine à 25 mètres de l'ancienne Rue Ramond, fermée là par un grand portail en bois qui donne accès dans le jardin de M^^ de Lafaurie. Elle porte encore, dans le quartier, le nom d'Impasse des Prisons.
J'ai déjà raconté, dans ma Bastide de Beaionuiit (t. I*^'"', p. 201) l'histoire de la Porte de Pechgrand et de la prison qui s'éleva sur ses ruines. Je n'y re\'iendrai pas ici.
2" La Rue sud du Pisadis. — La deuxième rue transversale, allant aux fossés de la ntIU^ (côte couchant) était à la fois très étroite et très courte. Elle partait de l'angle sud-ouest de la Place du Pisadis et, 15 mètres plus loin, arrivait à l'ancien mur d'enceinte. Nous l'appellerons la Rue sud du Pisadis, par opposition à la suivante qui, partant aussi du Pisadis, mais de son angle nord-ouest, deviendra la Rue nord du Pisadis.
La Ruelle sud du Pisadis existait encore en 1842, époque où a été fait le cadastre. Elle a été acquise depuis par les héritiers de Darchier Caumont, qui l'ont incorporée à leur jardin. Il est à remarquer qu'elle n'allait pas jusqu'au boulevard actuel, mais s'arrêtait au niveau de la façade ouest de la maison Darchier, aujourd'hui maison Davoust. C'est que, primitivement, le mur d'enceinte de la ville passait immédiatement en arrière de cette maison.
Il est très probable, mais aucun document ne nous permet de l'atitirmer, que la Rue sud du Pisadis se terminait en atteignant le mur d'enceinte, par une petite porte ogivale semblable à celle qui terminait la Rue Renarde.
3" La Rue nord du Pisadis. — Nous désignerons sous ce nom une ruelle très étroite qui partait de l'angle nord-ouest de la Place du Pisadis ou, plus exactement, de la Rue Féliciane, en face de l'androne de Louis Ters et qui, de- là, descendait en ligne droite jusqu'aux fossés de la ville. Elle traversait le mur d'enceinte par une porte, comme elle fort étroite, qui se trouve signalée dans une courte note de Charles de Montsec écrite vers 1770.
La Rui' nord du Pisadis recueillait, avec les eaux pluviales de cette dernière place, une partie des t-au.x de la Rue Ramond
et nous rappellerons, à ce sujet, ciu'unc sorte d'égout part actuellement encore de l'angle nord-ouest de la Place du Pisadis et va au boulevard, en longeant la façade nord de la maison Da-
FlG. lO.
La Rue des Prisons ou Impasse des Prisons, vue depuis la Rue Raniond.
-V giiuchc de la nie. se voil le jardin de M de Monlsec: à dioile, un nuire jardin, le jarilin de M. U<-vau?cr; loul au fond, la prison de la ville, avec son rez-de-chaussée constiluanl la prison proprement dile, el. .Tu-dessu«. la chambre du geôlier.
voust ou, si l'on veut, le côté sud de l'ancien jardin Louis Ters (aujourd'hui jardin de Lanauze). Évidemment le conduit en question se trouve construit sur le parcours de l'ancienne ruelle
^G i.A viLi.r: i:t comté de ni:. \r mont
iioid (lu Pisudis, qu'il remplace aujourd'hui. Il charrie les mêmes eaux, qu'il prend à la même place et qu'il déverse au même endroit.
40 La Rue de la Tour ('artée. — Voilà encore une ruelle qui a entièrement disparu, mais dont l'existence ne me paraît pas douteuse. Elle prenait naissance sur la Rue Féliciane, en arrière de l'ancienne maison Bessot (aujourd'hui maison Combe), et j'ai tout lieu de croire qu'elle faisait suite, là, à une petite rue étroite comme elle, qui venait de la Rue Ramond. De la Rue Féliciane, notre ruelle longeait le côté sud du jardin Combe et s'ouvrait sur le fossé, tout à côté d'une vieille tour carrée, qui faisait autrefois partie des fortifications et que nous avons longuement décrite dans V Histoire de la Bastide de Beaumoni (voy. t. I*"", p. 225) sous le nom de Tour carrée de Ters : elle était située, en effet, dans le jardin de Louis Ters. La base de cette tour existe encore et la terminaison de la rue qui porte son nom est aujourd'hui remplacée par une petite porte de construction moderne qui, du jardin précité, s'ouvre sur le boulevard.
50 La Rue de la Porte de Lusiés. — La cinquième et dernière rue transversale, plus large que les précédentes, est la Rue de la Porte de Lusiés. Comme chacun le sait, elle commence à l'angle nord-ouest de la Place Publique ou, ce qui revient au même, au point où la Rue Deytier se sépare de la place. De là, elle descend en pente raide vers le couchant, passe sous une première porte (la Porte haute de Lusiés), croise à angle droit la Rue Féliciane et arrive à une seconde porte (la Porte basse de Lusiés), au delà de laquelle elle se continue avec un grand chemin qui, comme celui de Pechgrand, va au Moulin de la ville : c'est le (irand chemin de Beaumont à Issigeac.
Il y avait donc en 1789, comme aujourd'hui du reste, deux Portes de Lusiés : la Porte liante et la Porte basse.
La Porte basse, la plus importante des deux, est une porte de \ille remontant à la fondation de la bastide. lille est assez bien conservée. VA\c est du style ogival du xiiF siècle, avi-c gonds pour les pentiues et rainures latérales, pour la herse. En amont de la poite proprement dite, et recou\rant une partie de la rue,
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se tiomait une \i>ùtc. dont on xoit ciicoiv U-s traces. Ivnlin, la porte et la voûte étaient surmontées d'une tour carrée où se logeait le gardien, chargé de surveiller les abords de la porte et de
FiG. II.
La Rue de la porte Je Lusiés, vue depuis les fossés de hi \ille, avec la porte hassc de Lusiés.
On Jiperçoil, loiil on li.iiil, \» l'orlP Iwinlr; r{. ;mi ilel.i. bi l'I.u'n l'iililii|iir. «ivcc li.'s corniérfs 'In col'" nord
manœuvrer la herse. J'ai soigneusement décrit cette tour dans mon Histoire de la Bastide de Beaumont (chap. IV, Fortifications), à laquelle je renvoie le lecteur. Au delà de la Porte basse de
Lusiés, sur la campagne, se trouvait un fossé, avec ou sans pontlevis. Je suis, toutefois, porté à croire que les portes de Beaumont n'avaient pas de pont-levis : on ne voit, en effet, sur ce qui reste de ces portes, à la porte de Lusiés pas plus qu'ailleurs, les traces du dispositif spécial auquel on aurait accroché les chaînes destinées à le mouvoir. Il est probable que, au niveau des portes, le fossé se trouvait, en temps ordinaire, ou comblé ou surmonté d'une sorte de pont en planches mobiles. Ce n'est qu'au moment d'une guerre, d'un siège ou même d'une simple alerte, que l'on retirait les planches et qu'on donnait au fossé les dimensions qu'il avait sur tous les autres points de l'enceinte. La Porte haute est moins intéressante. C'est une simple muraille, d'ailleurs peu épaisse, allant d'un côté de rue à l'autre, et percée à sa base d'une baie en plein cintre pour le passage des habitants. Elle a bien une feuillure tournée du côté de la place, mais elle ne présente aucune trace de gonds. Il est fort probable qu'elle n'eut jamais de vantaux et que, si elle fut jamais fermée, elle le fut à l'aide d'un remplissage en moellons ou, plus simplement encore, par une construction en bois fixée au mur. Cette Porte haute de Lusiés n'est, du reste, pas fort ancienne. On remarquera, en effet, qu'elle n'est pas liée aux deux maisons qu'elle réunit et qui, elles, datent du xiii^ ou du XIV-' siècle. Il est probable qu'elle fut construite en une période de troubles (guerres de religion) sans doute et à la hâte, pour doubler la Porte de Lusiés. Quant aux créneaux qui la couronnent, ils sont de date tout à fait récente.
La Rue de la Porte de Lusiés avait, à la Révolution, le même aspect qu'aujourd'hui. On n'y a rien changé depuis cent trente ans. On s'est contenté de la rétrécir dans sa partie haute, en construisant à droite et à gauche deux terrasses, l'une au sud de la maison Malivert (ancienne maison Darchier), l'autre au nord de la maison Bouny (ancienne maison Oueyrouze). Rappelons que cette dernière terrasse, construite en 1863, cache, à son extrémité ouest, tout à côté de la Porte haute de Lusiés, une jolie porte ogivale du xili^ siècle, qui mettait en communication la cave de la maison avec la rue. Sous la terrasse du côté