‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 244 sur 269 · LA FÊTE DE LA FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE 94I · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE LA FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE 94I

Le premier vendémiaire, à 6 heures du matin, deux coups de canon réveillèrent les habitants : c'était « l'artillerie » du commandant Carrière qui annonçait la fête.

Vers 7 heures, un arbre superbe — à racines cette fois — arrivait sur la Place Publique, traîné par des bœufs. Le procèsverbal de la fête ne nous dit pas quelle était son essence et il ne nous dit pas davantage le nom du citoyen qui en avait fait don à la commune. On le déposa sur la place et des bras vigoureux, armés de pioches et de pelles, eurent bien vite creusé, au centre même de la place, une fosse profonde destinée à le recevoir.

Vers 9 heures et demie, les membres de l'administration municipale et les fonctionnaires publics, nctamment le juge et ses assesseurs, se rendent individuellement ou par petits groupes au siège de l'administration qui, on ne l'a pas oublié, était l'ancien couvent des Dames de la Foy.

Dix heures sonnent à l'horloge de la vieille église.

Le commandant, les officiers et un détachement de la garde nationale viennent à l'administration annoncer au président Louis Ters que tout est prêt sur la Place Publique pour la célébration de la fête. Et, alors, le président et tous les membres présents de l'administration municipale, le commissaire du Directoire exécutif, le secrétaire en chef, le juge de paix et ses assesseurs descendent de la salle des séances, se forment en corps dans la rue Vidal et se dirigent vers la Place Publique, où les attend une foule immense de citoyens et de citoyennes. Un peloton de gardes nationaux les précède; un autre les suit.

Au moment où le cortège débouchait sur la place, « l'artillerie » du commandant Carrière lance sa deuxième salve.

Les officiers municipaux et les fonctionnaires prennent place sur une estrade qu'on avait élevée pour la circonstance. La garde nationale se dispose tout autour.

Alors, le président se lève, se découvre et prononce un discours u relatif, dit le procès-verbal, à la fondation de la République et aux circonstances ".

Puis, un jeune officier de la garde nationale, dont le nom ne nous est pas parvenu, gravit les degrés de l'estrade et pro-

nonce, lui aussi, un discours «relatif aux circonstances". J'ai vainement cherché ces deux discours « de circonstances », soit aux archives communales, soit aux archives départementales. Je ne les ai trouvés nulle part et je le regrette.

Le président prend de nouveau la parole. C'est pour donner lecture aux assistants de l'adresse du Directoire exécutif aux Français, dénonçant au peuple le complot des ro3^alistes qui fut déjoué par Augereau le i8 fructidor. J'en extrais les passages suivants :

Citoyens,

Le peuple français a remis, en première ligne, le dépôt de sa Constitution à la fidélité du corps législatif et du pouvoir exécutif.

L'intégrité de ce dépôt a été menacée par un complot de royalistes organisé de longue main, tissé avec adresse, suivi avec constance. Le directoire exécutif a découvert la trame; les coupables ont été saisis: le corps législatif a pris sur-le-champ les mesures que commandaient les circonstances.

Pour vous remettre sous le joug que vous avez brisé, pour vous y ramener en quelque sorte par vous-mêmes, ils (les royalistes) avaient introduit dans toutes vos magistratures des hommes corrompus, mais aussi adroits que pervers, habiles à tourner contre la liberté du peuple le pouvoir qu'ils avaient reçu pour la défendre et l'affermir...

Surtout ils n'avaient rien omis pour ramener la France aux formes monarchiques et replier au despotisme les institutions, les fêtes, les mœurs, les usages. Ils savaient bien que l'homme dépend des habitudes et, qu'en changeant ses habitudes, on le change lui-même.

Les formes monarchiques convenaient sans doute à merveille au but des conjurés. Il était important pour eux de repétrir royalement la masse de la nation : mais la nation indignée les repousse loin d'elle. La République a triomphé, et ses formes républicaines doivent manifester et consolider son triomphe; ce doit être le signe comme le fruit de la victoire.

L'esprit républicain, la morale républicaine, les institutions, les usages républicains doivent prévaloir aujourd'hui : mais, pour les embrasser, il faut les mieux connaître, et commencer par s'en former de plus justes idées.

Enfin, c'est là (dans la République) (jue règne le plus puissant ressort et. le plus grand mobile des actions louables et des traits courageux, cette sainte émulation qui engage les citoyens à se surpasser à l'envi par la vertu particulière et par l'utilité publique. Le droit universel

Page 1