LA FETE DE LA FONDATION DE LA REPUBLIQUE
aux premiers emplois de l'Etat est la première clause du pacte de l'égalité. Point de distinction de naissance, ou de privilège : le seul mérite est honoré; motif impérieux pour élever les hommes à former de grandes pensées et à tenter de grandes choses.
Peuple français, voilà ce que tu devrais être ! tu le serais déjà, si tu t'étais bien pénétré de l'esprit de ton acte constitutionnel, si tu n'avais pas écouté ceux qui ont diffamé l'esprit républicain pour rétablir le joug des prêtres et des rois.
Ah, cesse de les croire; hâte-toi de sortir du chemin qu'ils t'avaient tracé et qui ne pouvait te conduire qu'à la honte et à la ruine. Tu devrais être le modèle et l'arbitre des peuples : ils voulaient, au contraire, t'en faire devenir l'opprobre. Vois aussi comme ils t'ont trompé ! Vois si la République est le règne du terrorisme! La République a triomphé; et, cependant, le sang des traîtres a été épargné. Non, ce n'est pas du sang qui cimente les Républiques. Pour le despotisme d'un seul, il faut verser du sang; mais, pour fonder l'égalité, il ne faut que des lois.
C'est à la Constitution d'être la règle de tes mœurs et la boussole de ta vie.
Porte le nom de citoyen avec un orgueil légitime : ce beau titre a des droits sacrés; nos pères, sous le despotisme, l'ont envié longtemps; ils regrettaient, ils déploraient de n'être pas des citoyens. Que ce nom te soit cher; n'en donne jamais d'autres, si ce n'est par mépris. Que ta bouche, enfin libre, ne se souille jamais de ces qualités féodales, de ces honneurs honteux qui t'avilissaient autrefois, et dont le plus modeste même doit te blesser encore puisqu'il rappelle l'esclavage.
Que che:'. toi désormais l'esprit national se forme et s'élève au niveau de tes sublimes pensées. Sois le premier des peuples libres et que la qualité de citoyen français soit le plus beau de tous les titres.
Sois humain et compatissant; c'est chez les peuples libres que respire l'humanité, foulée aux pieds par les despotes : l'autel de la miséricorde est dans le cœur de l'homme libre.
Souviens-toi des principes que ton immortel Montesquieu assigne aux trois gouvernements : il donne au despotisme le fondement de la terreur; l'honneur est le fantôme qui marche à la suite des rois; mais la base des Républiques, leur essence, c'est la vertu.
Peuple français, vois par ce mot ce que la Constitution, ton gouvernement, ta patrie exigent aujourd'hui de toi; ne fais pas dire aux autres et ne dis pas toi-même que tu n'es pas républicain, parce que la vertu est la base de la République; ne te calomnie pas et fais taire la calomnie. Peuple français, sois vertueux, aime la Constitution, ton Gouvernement, ta Patrie; et tu seras républicain et rien n'égalera ta gloire et ton bonheur.
Tu dois être attaché à ton gouvernement, comme sont attachée maintenant l'un à l'autre les deux pouvoirs suprêmes institués par toi.
Sois frappé de ce grand exemple.
Les conspirateurs royalistes avaient désuni les pouvoirs; et en brisant ce nœud, cette clef de l'édifice social, ils étaient presque parvenus à dis soudre la République. Grâce à la destinée, les conspirateurs ne sont plus ni dans le Directoire, ni dans les deux Conseils. Les Conseils et le Directoire marchent enfui d'accord, et la République est sauvée.
Cette lecture a été écoutée dans un religieux silence. Elle a produit sur les assistants une impression profonde. De toutes parts, sur l'estrade et parmi la foule, ont éclaté les cris de Vive la République, Vive la Constitution de l'an III !
Le Président demande maintenant aux organisateurs le dernier acte de la fête : l'érection du nouvel arbre de la liberté. Sur un signe de l'agent municipal, le citoyen Jacques Coste, ou de son adjoint, le citoyen Bessot, l'arbre à racines, apporté quelques instants auparavant, glisse doucement dans la fosse qu'on lui a creusée et, tout d'un coup, se dresse vers le ciel, aux acclamations enthousiastes de la foule et aux cris mille fois répétés de Vive la République ^ A ces acclamations de la foule, les caisses de la garde nationale mêlent leurs notes graves et, dominant le tout de leur grosse voix, les canons du commandant Carrière lancent aux échos leur dernière salve, annonçant à la cité et à la campagne que la fête officielle est terminée. Et le cortège rentre à l'administration municipale, dans le même ordre, précédé et suivi par un détachement de la garde nationale.
Terminée la fête officielle, oui; mais la fête, non.
Nous avons vu, dans le programme de la municipalité, un article VIII, portant que ^<les citoyens sont invités à passer la journée en danses et autres jeux publics x. Les jeunes citoyens et les jeunes citoyennes de Beaumont avaient remarqué cet article, non sans quelque plaisir, et ne manquèrent pas, dans
I. Ce nouvel arbre, il est à peine besoin de le rappeler, l'ut substitue à celui, bien desséché .sans doute, que les jeunes royalistes étrangers, venus à Beaumont pour la fête votive du 26 thermidor (voy- p- 927) avaient élevé, avec le concours de l'administration, sur la Place Publique, en roinplacemcnt de l'arbre de la liberté, planté sous la Convention et coiffé du bonnet rouge. L'arbre du 26 thermidor n'avait vécu que trenteneuf jours.