RÔLE DE LA GARDE NATIONALE, LES VOLONTAIRES
Le bataillon de la garde nationale de Beaumont est maintenant au grand complet, comme effectifs et comme cadres. Le décret de l'assemblée ordonnant la réorganisation des gardes nationales sur la base du groupement cantonal date du 14 octobre 1791. L'organisation du bataillon de Beaumont avait donc demandé près de dix-huit mois : c'était beaucoup de temps pour arriver à un si maigre résultat. Car, il faut bien le reconnaître, cette organisation n'existait guère que sur le papier. Les effectifs ne comprenaient, sauf de rares exceptions, que des hommes sans instruction militaire. Ils n'avaient ni drapeau ni uniformes. Ils n'avaient même pas d'armes : on ne saurait dire qu'une troupe est armée quand elle n'a à sa disposition que quelques mauvais fusils et quelques douzaines de piques.
Dans ces conditions, les compagnies nouvelles ou réorganisées ressemblaient beaucoup à celles qu'elles remplaçaient. Elles n'en différaient pour ainsi dire que par ce fait que, au lieu d'être organisées par communes, elles étaient organisées par cantons.
Il est à peine besoin de faire remartiuer (|ue, par suite du
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groupement cantonal des gardes nationales, ces troupes échappèrent à l'action directe des corps municipaux pour passer sous celle des adnunistrateurs du district ou du département. Elles perdirent ainsi le caractère qu'elles avaient toujours eu jusqu'ici, de troupes municipales pour se rapprocher plus ou moins des troupes réglées ou troupes de ligne. Toutefois, elles ne furent jamais confondues avec les régiments de l'armée de ligne, lesquels, on le sait, se recrutaient un peu partout par engagements volontaires.
Du reste, les gardes nationales, sauf peut-être celles des départements de la frontière, n'eurent jamais à marcher contre les ennemis du dehors. Leur service était surtout un service intérieur, ne dépassant généralement pas les limites du département ou même celles du canton. Dans l'article 9 de la section III de la loi du 14 octobre 1791, il était dit : « Dans des cas de réquisitions particulières ayant pour objet de réprimer les incursions extraordinaires du brigandage, ou les attroupements séditieux contre la sûreté des personnes ou des propriétés, la perception des contributions ou la circulation des subsistances, les chefs pourront ordonner, selon les occasions, ou des détachements tirés des compagnies, ou le mouvement et l'action de compagnies entières. » Et, dans l'article 10 : « Les gardes nationales, légalement requises, dissiperont toutes les émeutes populaires et attroupements séditieux; saisiront et livreront à la justice les coupables d'excès de violences pris en flagrant délit ou à la clameur publique; ils emploieront la force des armes dans le cas oii ils seront spécialement requis par les officiers civils..., etc. » Les gardes nationales avaient donc pour principales fonctions d'assurer l'ordre et la tranquillité dans le pays, en réprimant les incursions du brigandage, en dissipant les attroupements séditieux, en combattant l'émeute, etc. ; elles étaient surtout, entre les mains des administrateurs du département, du district ou des communes, un instrument de police intérieure. Les gardes nationaux remplaçaient les gendarmes dans les localités ou les brigades de gendarmerie faisaient défaut. C'était le cas à Beaumont, où la brigade de gendarmerie, qui existe aujourd'hui,
ne fut créée que dans les premières années du Second Empire ^
Au début, on demanda aux gardes nationales de fournir aux régiments de ligne des groupes de volontaires. Mais cela ne dura pas. Dès le mois de mai 17 91, la Constituante, sous l'imminence d'une guerre avec l'Autriche, fit appel aux volontaires pour former des bataillons spéciaux qui devaient, au premier appel et au même titre que les troupes de ligne, marcher à la frontière pour défendre contre l'étranger '(la patrie et la constitution ». Quelques mois plus tard, l'Assemblée nationale, ayant plus que jamais besoin d'hommes pour lutter contre l'Autriche, à qui elle avait déclaré la guerre, décréta qu'il serait encore levé dans les départements trente et un nouveaux bataillons de gardes volontaires nationaux.
I. \ la fin de i-f)i, il fut créé une brigade de gendarmerie à Beaumont, et le directoire du département, à la date du 28 décembre, écrivit à la municipalité de cette ville d'avoir à se préoccuper d'un logement pour les gendarmes. Le maire, qui était alors Loiseau, réunit à cet effet les officiers municipaux en séance extraordinaire et fit voter la délibération suivante (Ari7/. municipales, 2* Registre, p. ^19);
« Vu la lettre du directoire du district de Belvès à nous adressée, en date du 9 du courant ;
» Vu celle des administrateurs du département écrite à MM. les administrateurs dudit district ;
» Vu, enfin, l'ordonnance du roi du 28 avril 1776. . ., relative au logement de la gendarmerie nationale ;
» Le tout considéré, la municipalité, d'après l'examen qu'elle en a fait, estime: i)uc de toutes les localités qui peuvent servir à loger la brigade dont la résidence a été fixée en cette ville, il n'en est point de plus propre que la maison du sieur Darchier, notaire, et qu'il offre de céder movennant trois cent cinquante livres de loyer annuellement, à la charge par lui d'y faire les réparations et édifications nécessaires.
» Délibéré à Beaumont, conseil tenant, le dixième jour du mois de janvier mil sept cent i|uatrc-vingt-douzc
LoYZF.Au, maire.
Delpech, officier municipal. Blanchard, offtcier municipal.
Lacoste, procureur de la commune. »
La présente délibération l'ut envovée au district par l'entrcpriac du s'' Lapalisse, lieutenant de gendarmerie, en résidence à Beaunifint, qui l'appuxa d'un rapport persfuinel. Le district, dans sa séance du 14 janvier, l'approuva et fut d'avis i|U*il y avait lieu « de prendre à titre de ferme pour le temps et espace de cinq années » la maiso?) du notaire Darchier (c'est la maison occupée aujourd'hui par M"'* Malivert), pour y établir la brigade de gendarmerie, movennant la somme annuelle de tso livres, à la cfindition que « le bail ne commencera à courir que du jour où ladite brigade en prendra possession ». Elle ne devait jamais, hélas, eu prendre possession. L'affaire fut abandonnée et la ville de Beaumont dut attendre une soixantaine d'années encore pour avoir sa brigade de gendarmerie.
AFFAIKKS KKLIGIEUSES jO^
Le département de la Dordogne. comme tous les autres départements, organisa sur son territoire un certain nombre de bataillons de volontaires et, plus loin (voy. chap. V), en étudiant les affaires militaires sous la Convention, nous verrons le canton de Beaumont envoyer à ces bataillons, notamment au second, un grand nombre de citoyens de tout âge et de toutes conditions.