AFFAIRES RELIGIEUSES
A l'époque où éclata la Révolution, la cure de Beaumont, avec Montcany son annexe, était entre les mains de M. Jean Pouzargue, originaire de Belvès : il avait avec lui un vicaire, l'abbé Bonal, lequel fut remplacé, en 1791, par l'abbé Jacques Delpit, ftls d'Antoine Delpit de Belerd, habitant Beaumont. La cure de Saint Avit Sénieur avait pour titulaire M. Pierre Matasse: lui aussi avait un vicaire, l'abbé Vassal du Marais. Dans les autres paroisses du canton, nous trouvons comme desservants : àBourniquel, M. Gaillard; àBayac, M. Lafuge; à Bannes, M. Guilbert; àXaussannes, M. Jalbert; à Nojals et Gleyzedals, M.Louis Joseph Lantourne; à Sainte Sabine, M. Joseph Lantourne, le frère du précédent, avec un vicaire, M. Paulin Mauriac; à dettes, M. Lafargue; au Bel et au Pic, M. Cayrouse ou Cayrouze (on trouve les deux orthographes) ; à Saint Germain de Boisse, M. Duché; à Rampieux, M. Trin; à Labouquerie et Saint Semin des Fosses, M. Flaujac.
On sait la part importante que les curés du canton de Beaumont prirent, dans leurs paroisses respectives, aux élections municipales de 1790 (voir p. 170). Nous n'y reviendrons pas ici.
Aux termes du décret du 27 novembre 1790, les curés et vicaires du canton eurent à prêter le serment civique. Les uns, comme le curé de Bayac et le curé de Bannes, le prêtèrent sans hésitation et dans toutes les formes requises. Les autres le
refusèrent ou, ce qui revient au même, prêtèrent un serment plus ou moins modifié, un serment à eux, qui ne répondait nullement aux vœux de l'Assemblée nationale. Les premiers, prêtres constitutionnels, continuèrent à remplir leurs fonctions et touchèrent de l'État, en remplacement de leurs anciens revenus, un traitement fixe. Les autres, ceux qui n'avaient pas voulu obéir à la loi, prêtres réfractaires, furent privés de leurs droits civiques, enfermés dans les prisons du département et, finalement, déportés.
Aux termes du décret établissant la constitution civile du clergé, les biens des cures, y compris les presbytères, passèrent aux mains de l'État. Comme tous les biens nationaux, ils furent tout d'abord mis sous séquestre, puis vendus publiquement aux enchères.
Nous nous contenterons ici d'indiquer ces faits. En raison même de leur importance, nous leur consacrerons un chapitre à part, auquel nous donnerons pour titre : Le culte à Beaumont pendant la Révolution (voy. t. II).
Aux affaires ecclésiastiques se rattache, à Beaumont, le couvent des Dames de la Foy. Ce couvent, fondé à Beaumont en 1710 par M'i*^ Louise de Lagorce (demoiselle de Lapradelle), était un établissement important, et par son bâtiment, et par le nombre de ses religieuses. Les Dames de la Foy de Beaumont avaient, tout d'abord, une école publique, où elles donnaient un enseignement élémentaire aux filles pauvres de la ville et de la banlieue. Mais elles avaient été fondées avant tout pour recevoir de jeunes protestantes, dites nouvelles converties ^ et les élever dans les principes de la religion catholique. Un grand nombre d'entre elles, leur instruction finie, entraient en noviciat et restaient dans la congrégation.
En 1789, le couvent de Beaumont comptait de vingt à vingtcinq rchgieuses, avec quelques novices et deux ou trois sœurs converses. Elles avaient à leur tête M^^^ Anne de Beaujeau, supérieure, et Mii^ (iabrielle de Sarpy, assistante.
I. Voyez, à eu sujet, I„ Tbstut, La Rastidc de Rt\iuinonl . t. Il, ehap. X, p. îjc).
Essentiellement aristocratique, la congrégation des Dames de la Foy de Beaumont ne manquait jamais l'occasion de manifester ouvertement son hostilité contre le nouveau régime et contre ses représentants. A plusieurs reprises, la municipalité eut à se plaindre de ses agissements et à sévir contre elle. Une première fois, elle condamna la supérieure à une amende, amende qui fut régulièrement payée. Le i^'' avril 1792, elle enjoignait aux religieuses d'avoir à fermer leur chapelle au public. Deux mois plus tard, le 7 juin, elle prit contre elles un arrêté, leur ordonnant de tenir fermées, et cela pendant huit jours consécutifs, toutes les portes et fenêtres donnant sur la rue. Enfin, le 27 septembre 1792, le procureur de la commune, Jean Lacoste, conformément au décret de l'Assemblée nationale portant l'abolition des congrégations religieuses, les expulsa de leur couvent.
Ces événements, particulièrement intéressants pour notre histoire locale, méritent d'être racontés en détail et, comme nous l'avons fait pour le Culte, nous consacrerons aux Dames de la Foy de Beaumont un chapitre spécial (voy. t. II).
L'année 1789 fut pour les agriculteurs une année désastreuse. Les grains, le froment en particulier, ayant manqué, la population se trouva, dès les premiers mois de 1790, dans une extrême misère.
Le 29 mai 1790, le maire, à qui incombait le devoir d'assurer à la population les subsistances qui lui étaient nécessaires, réunit d'urgence le conseil général de la commune pour s'entretenir avec lui de la situation et prendre les mesures exigées par les circonstances. La séance ouverte, il donne la parole au procureur syndic, qui était à cette époque Pierre Melon.
Le procureur rappelle, tout d'abord, que d'après le recensement qui vient d'être fait dans toute l'étendue de la commune,
368 lîIiAUMOXT sous LA CONSTITUANTE ET LA LÉ(;iSLATI Vi;
la quantité de grains qui reste est notoirement insuffisante pour alimenter la population jusqu'à la prochaine récolte et il ajoute que cette pénurie se fait sentir également dans toutes les localités voisines. Il n'est presque personne, dit-il. dont les ressources, sérieusement atteintes « par les calamités survenues sur les récoltes des deux années précédentes », ne soient aujourd'hui complètement épuisées; les vivres sont, depuis quelque temps déjà, d'une cherté excessive; c'est à bref délai la famine, si on ne songe à y remédier par des précautions urgentes. Et, à cet effet, Pierre Melon requiert que « le gouvernement soit très justement supplié de faire éclater sa bienfaisance envers un peuple fidèle à tous ses devoirs et qui n'a jamais cessé de leur donner des preuves du plus pur patriotisme; ce faisant, de lui accorder, afin de le sauver des horreurs de la faim qui les menace, la quantité de deux cents boisseaux froment, cent boisseaux seigle et vingt-cinq à cinquante boisseaux fèves ». Dans le cas où cette demande serait rejetée, il propose de nommer un délégué qui, au nom de la commune, aura à se procurer, chez tel négociant qu'il jugera convenable, les subsistances sus-indiquées.
Le maire, les officiers municipaux et les notables, se rendant aux raisons du procureur syndic, prennent la délibération suivante {Arch. mun. de Beaumont, i'^^ Cahier, p. 143) :
Nous, maire, officiers municipaux et notables, soussignés, faisant droit au réquisitoire du procureur de notre commune, avons nommé comme nous nommons par ces présentes à la pluralité des suffrages pour flotre député, la personne de Pierre Delpit \ négociant de la présente ville, icy présent et acceptant, auquel nous donnons plein pouvoir de, -pour nous et au nom de notre commune, se transporter tant en la
I. Pierre Delpit, s"" de Bclerd, était le (ils aine d'Antoine Delpit, s"' de Belerd, ancien consul, et de Sabine Grenier (voy. Thstut, La Vie coiuniuiuilc à Beaumont à Li fin de l'amien régime, Bordeaux i<)20). il était né à Beaumont, le 30 avril 17^0: il avait donc trente-neuf ans à la Révolution. A Bordeaux, où il vécut quelque temps, il épousa demoiselle Jeanne JuUicn, fille de Joseph Jullieii, « bourgeois et constructeur de navires », habitant Bordeaux. Après son mariage, il revint à Beaumont, oii son père l'associa à son commerce. 11 figure, ç;'i et là, dans les documents publics, comme marchand ou négociant, comme feudiste ou téodiste, comme feudiste géomètre, comme bourgeois, enfin comme commissaire aux droits seigneuriaux. 11 signait tantôt Delpit ou Delpit ayné, tantôt Delpit de Belerd. Pierre Delpit mourut le îo octobre i7<)2, à l'âge de quarante-deux ans. Il avait eu neuf entants en treize ans, dont une fille et huit garçons.
Ville de Bordeaux que partout où besoin sera pour impclrer, soit du Gouvernement, soit de tel négociant qu'il appartiendra, la quantité de deux cents boisseaux froment, cent boisseaux seigle, de vingt-cimi à cinquante boisseaux fèves, payables à tel prix, pactes, clauses et conditions qu'il trouvera à propos et à la charge par lui de les faire assurer, et de prendre à raison de ce tous engagements requis et nécessaires; promettant d'avoir le tout pour agréable, et de l'en relever indemne...; de fournir aux frais de son vovage séjour et retour, renonçant à tout bénérice d'ordre, division et discussion des biens et des personnes. Fait et arrêté à Beaumont lesdits jour, mois et an que dessus.
Ters, maire. Loiseau, officier municipal . Delpit. Hilère.
Bessot (Robert). Grenier, officier municipal. Randoxmer, notable.
MiAXNE. Redon. Blanchard. Dubut. Carrière.
Labarrière, secrétaire.
\'oilà donc Pierre Delpit charge de se transporter à Bordeaux pour faire l'achat de froment, de seigle et de fèves. Pierre Delpit était un homme très expert en matières commerciales, il connaissait parfaitement Bordeaux, où il avait autrefois vécu.
FiG. 66.
L'officier municipal Pierre Delpit, délégué à Bordcau.x pour faire l'achat au noi de la Municipalité, de froment, de seigle et de fèves.
et le choix de sa personne pour la mission sus-indiquée paraissait de tous points excellent.
Le lendemain matin, au moment même où Pierre Delpit, « sollicité par le besoin public » [sic), faisait ses préparatifs de départ, le procureur syndic recevait une lettre signée de trois officiers municipaux, de trois notables et de sept citoyens actifs qui, pour des raisons qui ne sont pas spécifiées, protestaient formellement contre la nomination de Pierre Delpit et demandaient son remplacement. Le procureur, je ne sais trop pourquoi, s'associa aux protestataires et, à sa demande, la munici- I. 24
palité, dans la séance du jo mai, retira à Pierre Delpit la délégation qu'elle lui avait donnée la veille.
Pierre Delpit, comme tous les hommes un peu en vue, avait à Beaumont des ennemis personnels qui, le cas échéant, n'hésitaient pas à lui être désagréables. Déjà, en septembre 1790, ils avaient trouvé le moyen de faire disparaître son nom sur la liste des citoyens actifs et ils venaient maintenant de lui faire retirer la mission flatteuse d'aller négocier pour la commune un important achat de céréales. Ajoutons que les griefs formulés contre lui n'avaient rien de grave et, d'autre part, n'étaient rien moins que fondés : son nom, par ordre du district, fut inscrit à nouveau sur les listes électorales; aux élections de novembre 1791, les citoyens actifs de Beaumont le nommèrent officier municipal et, dans quelques mois, c'est à lui que la municipalité confiera le mandat d'aller à Belvès toucher la somme de 3.000 francs accordée à la commune de Beaumont pour achat de grains.
Pierre Delpit relevé de sa mission, il fallait le remplacer par un autre. Et, u comme le cas requiert célérité », le procureur Melon, séance tenante, demande qu'il soit procédé immédiatement à la nomination de « un ou plusieurs députés suffisants et capables de remplir dignement l'objet dont s'agit » et il demande en même temps « que la municipalité de Bordeaux soit instamment suppliée de prendre sous sa bonne protection» les délégués qui lui seront envoyés et, « ce faisant, de leur fournir tous les secours dont ils pourraient avoir besoin . »
L'assemblée, se rendant aux raisons exposées par le procureur de la commune, délègue, en remplacement du sieur Pierre Delpit, les citoyens Benoît I-oiseau, officier municipal, et Antoine Carrière, notable, en leur donnant pleins pouvoirs. Ils devront se transporter le plus rapidement possible « tant en la ville de Bordeaux que partout où besoin sera, pour impétrer à crédit, soit au gouvernement, soit à tel négociant cju'il appartiendra, la quantité de deux cents boisseaux froment, cent boisseaux seigle et vingt-cinq à cinquante boisseaux fèves, payables à tel prix, pactes, clauses et conditions qu'ils trouveront à propos
de fixer, u Comme bien entendu, la municipalité de la ville de Beaumont prendra à sa charge les frais de leur voyage, séjour et retour.
Il est à croire, puisqu'il n'en est pas question plus loin, que les citoyens Loiseau et Carrière menèrent à bien leur mission. Ils rapportèrent à Beaumont les diverses céréales qu'on les avait chargés de se procurer et, grâce à elles, la population de la commune put, sans trop souffrir, attendre la récolte de 1790,
Cette récolte, sans être abondante, fut certainement meilleure que celle de l'année précédente. Elle fut, en tout cas, suffisante pour garantir le consommateur contre la gêne; car, dans les délibérations municipales, depuis le mois d'août 1790 jusqu'au mois d'août 1791, je ne vois formuler aucun desideratum au sujet des subsistances.
La récolte de 1791 fut, par contre, mauvaise, manifestement insuffisante pour les besoins de la population. Dès le mois de février de 1792, la municipalité, sensible aux cris de détresse qui s'élevaient de toute part dans la commune, s'adressa au district qui vota, en sa faveur {Arch. dép., Série L-317), une somme de 3.000 livres destinée à « l'achat de grains pour la subsistance des citoyens >k Le corps municipal délégua son maire Benoit Loiseau, pour se rendre à Belvès et y recueillir cette somme. Mais comme Loiseau, pour des raisons sérieuses, ne put accepter cette mission, la municipalité désigna à sa place le citoyen Pierre Delpit, négociant, celui-là même qui s'était vu, l'année précédente, retirer le mandat de se rendre à Bordeaux pour }' négocier un achat de grains, « pour se transporter par devant messieurs du comité de subsistances, du district de Belvès, y percevoir les sommes susdites, en donner bonne et valable décharge et quittance; et faire tous les engagements requis et nécessaires pour la remise d'icelles ».
En même temps qu'il accordait à la ville de Beaumont une provision de 3.000 livres, le directoire du district avait institué dans cette localité (arrêt du 7 avril 1792) un Comité des subsistances qui aurait pour charge de centraliser '( dans des gre-
},']'Z UKAIMONT SOL'S LA CONSTniANIK ET LA LEGISLATIVE
niers sûrs et sains )- tous les grains mis à sa disposition et de les répartir ensuite, au fur et à mesure des besoins, entre la population de la ville et de la campagne. Ce comité, aux termes mêmes de l'arrêté précité, devait se composer de neuf membres : deux officiers municipaux, le procureur de la commune et six citoyens recommandables par leur patriotisme et propriétaires. Le directoire, qui s'était réservé la nomination de ces neuf membres, désigna d'abord le maire qui était Benoît Loiseau, un deuxième officier municipal qui fut très probablement Pierre Delpit et le procureur de la commune qui était Jean Baptiste Lacoste. Pour les (( six citoyens recommandables par leur patriotisme et propriétaires », il fit choix de MM. Poussai Laroque, juge de paix et administrateur du district, le curé de Beaumont, Tinet jeune, Melon et Pierre Colin.
Pierre Delpit, au retour de sa mission à Belvès, apporta donc à Beaumont une première ordonnance de 1.500 livres sur le trésorier du district, une deuxième ordonnance d(; pareille somme sur le sieur Gimet ^ négociant à Bergerac, « pour délivrer à la municipalité de Beaumont soixante7dix boisseaux de froment, mesure de Bordeaux » et, en outre de ces deux ordonnances, le décret du district en date du 7 courant portant la création, dans la ville de Beaumont, de son Comité de subsistances.
Sur tout cela la municipalité de Beaumont eut à délibérer.
Elle se réunit, à cet effet, en séance extraordinaire le 10 avril 1792, sous la présidence du maire Loiseau et elle arrêta le règlement de son Comité de subsistances. Voici, en partie, le procès-verbal de cette séance ;
Ce jourd'hui dixième avril mil sept cent quatre vingt-douze le maire et les officiers municipaux de la ville et banlieue de Beaumont soussignés, assemblés extraordinairement en l'hôtel commun, assistés du conseil général de la commune :
I. (liriiet, négociant à Bcrgor;ic, avait dans ses magasins de grands dopots de grains, i|ui appartenaient au dépaitement et dont celui-ci disposait au fur et à mesure des besoins, en faveur des eomniuiies de son ressort.
Ouï le procureur de la commune, arrêtent ce qui suit :
Article premier.
Il sera tviut présentement délivré une quittance ou cautionnement en la forme prescrite par la direction du district.
Article II.
Le Comité de subsistances mentionné par l'arrêté du directoire du district aura lieu dans la présente ville à commencer de ce jour, ainsi et de la même manière qu'il est organisé par ledit arrêté.
Article III.
Les membres du Comité s'assembleront sans délai pour nommer leurs président, secrétaire et garde-magasin, et qu'ils nommeront, au surplus, un trésorier.
Article IV.
Le trésorier et le garde-magasin fourniroiit chacun une caution suffisante.
Article V.
I^ sieur Delpit versera les fonds qu'il a en mains dans celles dndit trésorier, sur sa simple quittance, moyennant quoi il en sera bien et valablement déchargé.
Article VI.
Lesdits fonds, de même que tous ceux qui seront réunis dans la suite audit trésorier seront employés par ledit Comité en achat de grains ainsi et de la manière qu'il jugera à propos et par telles ou telles personnes qu'il lui plaira commettre.
Article VIL
Lesdits grains, de même que les soixante-dix boisseaux froment à prendre sur le sieur Gimet, seront transportés es greniers de l'hôpital de la présente ville', et remis au pouvoir dudit garde-magasin.
Article VIII.
Le garde-magasin ne pourra en faire mesurer aucune livraison quelconque, sans un ordre exprès sou.scrit au moins par le maire, un officier municipal et l'un des citoyens composant ledit comité.
I. L"Ii6pital de la ville, à cette époque, était le grand bâtiment qui se trouve aujourd'hui a l'extrétnité nord de la rue Komieu et qui l'orme la mairie et le presbytère. (Voy. t. Il, chap. XIX, Hôpitaux.)
Article IX.
Toutes les poursuites relatives au recouvrement seront faites au nom (lu Comité, pour les fonds être versés dans la caisse du trésorier, tpii seul en pourra f<jurnir bonne et valable quittance.
Fait et arrêté audit Beaumont, conseil général tenant, les jour et an ci-dessus.
LoisEAU, maire. Delpit, officier municipal. Delpech, officier municipal. Melon. Dubut, officier municipal. AuRiEL. CosTE officier municipal. Colin. Lacoste, procureur de la commune. Labarrière, secre'laire greffier.
Cette première provision fut, hélas ! bien vite épuisée et, deux mois plus tard, la disette se faisant toujours sentir, le maire Loiseau adresse au district une nouvelle demande de cinquante sacs de blé, dans une forme profondément suppliante. C'est le pauvre, humble, besogneux, qui tend la main :
« Cejourd'hui, huitième jour du mois de juin mil sept cent quatre-vingt-douze, nous, maire et officiers municipaux, assistés du conseil général de la commune, délibérant sur les moyens de pourvoir aux subsistances dont la pénurie commence déjà à se faire sentir dans ce canton, et )ie voyant aucune ressource à espérer que dans les bienfaits du directoire du district, qui nous a toujours donné des marques de son zèle à secourir l'humanité souffrante dans tous les cas où nous nous sommes intéressés pour cet objet et, comptant toujours sur sa bienveillance pour les populations malheureuses, nous nous sommes décidés à nous adresser à lui une fois encore et à le prier instamment de vouloir bien « de nouveau accorder à notre commune la quantité de cinquante .sacs bled froment », que nous ferons transporter dans les greniers de notre hôpital et que nous rembourserons au directoire au fur
et à mesure que nous en opérerons la vente.
)) Loiseau. »
Laissons là pour l'instant cette supplique d'une population qui souffre de la faim. Laissons là aussi notre Comité des subsi.stances et .son garde-magasin, veillant sur les quelques grains qui restent encore dans l'entrepôt de l'hôpital. Nous retrouverons
tout cela plus tard (voy. chap. MI), quand nous nous occuperons de la question des subsistances sous la Convention.
Les habitants de Beaumont étaient, par nature, des gens calmes et tranquilles. Tout entiers à leurs travaux de culture ou à leur négoce, ils ne s'occupaient que secondairement des affaires publiques, et ils n'y apportèrent jamais ces passions violentes ■que l'on eut à regretter dans certaines municipalités voisines, notamment en Sarladais. L'exercice de la police, on le sait, était à ce moment-là entre les mains du maire et des officiers municipaux élus. Or, dans nos registres communaux, du 12 décembre 1789, date où commence le premier registre, au 22 septembre 1792, qui marque la fin de la Législative, je n'ai trouvé nulle part la mention que l'ordre ait été sérieusement troublé sur un point quelconque de la commune ou même du canton. Bien plus, les infractions aux lois ou aux simples règlements de police sont extrêmement rares. Ce chapitre, sur les troubles politiques et les affaires de police à Beaumont sous la Constituante et la Législative, sera donc fort court.