CHAPITRE IIÎ
Un animal privé do cerv-^au est une machine qui ne peut se mouvoir que sous rinfliience d'excitations externes; l'animal iniacL est aussi une machine, mais elle ditfÈTe des autres en ce qu'elle renferme en elle la cause qui la fait agir et se modifier.
Quand on touche très légèrement en un point de son corps un animal privé de cerveau, il ne réagit pas immédiatement mais seulement après plusieurs chocs légers et successifs. Gela résulte des expériences remarquables qui me causèrent une impression profonde quand je les vis exécuter pour la première fois par mes amis Kronecker et Stirling, au laboratoire de Leipzig. Après avoir décapité une grenouille, ils armaient d'une plume le doigt d'une patte postérieure de l'animai. Cette plume traçait des traits sur uu cylindre tournant, toutes les fois que la grenouille faisait un mouvement. A l'un des doigts de l'auire patte était fixé le lild'un courant électrique et un pendule ouvrait et fermait alternativement le courant, de manière à produire une action intermittente. C'était merveille de voir cette grenouille sans tète fonctionnant régulièrement pendant plusieurs heures. Le courant était-il faible au point de ne pas le sentir sur la langue, il fallait un plus
grand nombre d'excilalions, une trentaine environ avant que la grenouille y répondît par une secousse; au contraire, si le courant était plus énergique, un nombre moindre suffisait pour amener une réaction. Gela se passait ainsi d'une manière régulière jusqu'à la mort de l'animal.
Les excitations s'accumulent dans la moelle épinière. Chacun sait par expérience personnelle que, si l'on a dans le gosier quelque chose qui chatouille, l'excitation très faible et d'abord peu sensible devient à la longue insupportable et nous force à tousser pour rejeter la chose. Une légère démangeaison à la peau produit le même effet si elle est persistante.
Il y a des impressions qui restent longtemps accumulées dans'^le cerveau avant de manifester leur énergie par l'activité musculaire. Quelquefois une partie du système nerveux se charge lentement, comme une bouteille de Leyde, sous l'influence de faibles étincelles électriques. La tension des cellules nerveuses reste pour ainsi dire latente, jusqu'à ce que, par un contact imprévu ou une faible impression, l'étincelle nerveuse fasse explosion. Cela ne laisse pas de causer quelque surprise; il semble que ce soit un bruit accidentel, un effet disproportionné avec la cause momentanée. Nous avions oublié que le feu travaillait sous la cendre, que la force s'accumulait lentement et nous croyons avoir accompU cet acte avec la volonté.
L'aptitude qu'a la cellule nerveuse à pouvoir accumuler et conserver les impressions externes est un fait d'une telle importance en physiologie que je n'en saurais trouver d'autre plus capital. Le*^ cerveau diffère de la moelle en ce qu'il est plus apte à accumuler les impressions. Et celle propriété ne tient pas à une différence de composition, mais à une plus grande abondance de cellules nerveuses destinées à ce travail.
La manière même dont se forme le cerveau pendant révolution des animaux nous aidera à comprendre ses fonctions. Observons les êtres les plus simples chez lesquels il n'existe pour ainsi dire que la moelle. Les nerfj qui se détachent de la partie supérieure, pour aller aux organes des sens, ont été soumis pendant une longue suite
de générations à dis excilalions plus fréquentes que les autres nerfs; les cellules qui occupent les racines de ces nerfs ODl été continuellement excitées par les impressions externes, et, par suite, les actions chimiques, la nutrition, ont dû être plus actives et nécessiter un afilux plus grand du sang dans ces foyers d'une grande activité. Les cellules se sont donc rapidement multipliées autour des racines des nerfs des organes des sens, où il s'est peu à peu formé un terrain plus étendu. A mesure que la structure de l'animal s'est perfectionnée, ses rapports avec le monde extérieur se sont multipliés et les cellules nerveuses des racines sont devenues plus nombreuses, en même temps qu'elles ont été le siège d'une plus grande activité. Il ne faut pas seulement se borner à la vie d'un individu pour s'expliquer le développement d'un organe par l'exercice, mais tenir compte du travail accompli dans le même sens par la suite innombrable des générations.
L'hérédité, qui permet de transmettre aux enfants la structure et les propriétés acquises par les centres nerveux, a constamment étendu, par les efforts incessants de nos ancêtres, la masse nerveuse d'où est résulté linalement le cerveau.
Quand vous visiterez un musée d'anatomie comparée, regardez à la vitrine du système nerveux, vous y verrez que les animaux inférieurs possèdent seulement la' moelle, ou un très petit renflement à la partie qui correspond au cerveau. A mesure que la structure de l'animal devient plus complexe, le renflement devient plus apparent : d'abord semblable à un pommeau de canne, il ressemble ensuite à une massue; il grandit, croît, se développe de plus en plus à mesure qu'on arrive aux animaux supérieurs, jusqu'à ce qu'il atteigne enfin ses plus grandes dimensions dans le cerveau de l'homme.
Mo.-so. — La Peur.
Un des plus célèbres physiologistes modernes, Flourens, avait déjà dit que toute la masse cérébrale sert aux mêmes fonctions et que, si Ton en détache une partie, la partie voisine y supplée; ce qui explique pourquoi les blessures du cerveau sont beaucoup moins graves que celles de la moelle. Même pour nous, physiologistes, ce n'est pas sans un profond élonnement que nous vérifions sur le vivant l'insensibilité du cerveau. On a vu des hommes auxquels on avait retranché une grande partie de leur cerveau, qui, à la suite d'accident, faisait hernie hors du crâne, ou des malades ivres ou furieux, blessés à la tète, porter leurs mains sur leur cerveau mis à découvert et le déchirer.
C'est seulement dans ces dernières années que les physiologistes sont parvenus à maintenir vivants, pendant un temps assez long, des chiens auxquels on avait enlevé la presque totalité du cerveau. Cette année même, le professeur Goltz en a amené un de Strasbourg à Londres, au Congrès international de médecine, afin de montrer les phénomènes que présente un animal dans cet état. On lit dans le mémoire de ce savant (1) qu'un chien auquel on a enlevé le cerveau a l'air stupide et ahuri; ses yeux n'ont plus d'expression, ses mouvements sont lents et incertains; on dirait qu'il emploie plus de temps qu'à l'ordinaire à se décider à faire quelque chose. Il y a dans sa démarche je ne sais quoi d'étrange et de comique, presque de solennel, qui rappelle la marche de l'oie. Il va toujours tout droit devant lui comme un automate; renconlre-t-il un petit chien, il passe par-dessus sans se détourner et, si le chien est grand, il est capable de le soulever avec la tête ou même de le renverser, mais il ne se détournera pas. S'il se trouve en présence d'un obstacle quelconque, il cherche à le surmonter pour passer outre, tandis qu'il pourrait, en s'écartant d'un pas, trouver le chemin libre. Il
(1) F. Goltz, Ueber die Verrichtungen des Grosshirns. Bonn, 1881, pp. 61 et suivantes.
trouve difficilement l'écuelle qui contient sa nourriUire, l'odorat le guide mieux que la vue. Il saisit brusquement tout ce qui se présente à sa portée au point de mordre ses propres membres en burlant de douleur. S'il brise un os avec les dents, il n'en sait pas retrouver les débris tombés de sa bouche. Il est incapable de rien apprendre et on dirait qu'il a oublié ce quil savait auparavant; ainsi, par exemple, il ne tend plus la patte à la demande de son maître; en un mot, toute sa vie intellectuelle est suspendue. Il continue seulement à aboyer quand on frappe à la porte, toutefois après une attente assez longue. Deux chiens qui se détestaient continuèrent de se mordre lorsqu'ils se rencontraient, même après qu'on leur eut enlevé une grande partie du cerveau. La mémoire diminue graduellement à m'esure qu'on enlève une partie de plus en plus grande de cet organe, et, enfin, elle disparait complètement après l'ablation à peu près complète.
Pour faire comprendre encore mieux comment fonctionne le cei'veau, divisons-le par la pensée en deux parties, l'une profonde ou inférieure, située à la base des hémisphères et qui forme la continuation plus directe de la moelle, c'est le centre des mouvements involontaires provoqués par les émotions, et l'autre, la partie supérieure, constituée par les circonvolutions, qui doit être considérée comme le siège des mouvements volontaires.
La différence considérable qui existe entre l'intelligence de rhoinme et celle du jeune enfant tient à ce que, chez reniant, la partie supérieure du cerveau n'est pas encore développée, les circonvolutions sont à peine ébauchées. Les organes de la volonté et de la parole lui manquent. Lorsque ces organes apparaîtront et que les grandes cellules pyramidales se multiplieront, il acquerra Tune et l'autre. Les muscles des organes encore inactifs se mettront en même lomps à fonctionner, mais la distinction entre ces deux iiarties des centres nerveux persistera toute la vie. Des exemples permettront de mieux saisir ma pensée :
Un homme se trouve paralysé par siiile d'une altération quelconque qui a détruit la communication de Tétage supérieur du cerveau avec la moelle; le bras et la main ne remuent plus sous Finfluence de la volonté. Tout à coup une personne depuis longtemps attendue survient à Timproviste, rémotion ressentie produit une secousse dans la région cérébrale des émotions, et il peut alors soulever le bras. On sait qu'un malade dont le nerf facial est paralysé ne peut fermer les yeux et, pourtant, si l'on fait semblant de vouloir lui meltre le doigt dans l'œil, il ferme aussitôt les paupières. Nous verrons plus tard l'exemple de gens restés longtemps muets qui ont subitement recouvré la parole à la suite d'une frayeur.
Les chiens auxquels on enlève une grande partie de l'étage supérieur du cerveau n'éprouvent pas de frayeur lorsqu'on les menace du fouet, mais si on le fait claquer, ils fuient immédiatement. Un rat auquel on enlève les hémisphères et les lobes optiques reste tranquille, quelque bruit que l'on fasse ; mais s'il entend un bruit qui ressemble à celui que ferait un chat, aussitôt il saute et s'enfuit.
Au moyen de certaines lésions pratiquées sur le cerveau, les physiologistes peuvent facilement supprimer l'action de la liberté dans certains mouvements volontaires. Quand on supprime les pédoncules du cervelet et quelques parties du cerveau, on peut faire marcher à volonté un chien d'un seul côté, soit à droite, soit à gauche, le faire aller en arrière ou tourner comme dans un manège. La volonté de l'animal persiste, mais tous ses efforts pour exécuter ce qu'il veut faire restent sans résultat; le corps suit fatalement la marche qui est une conséquence de la lésion. Claude Bernard cite le cas d'un vieux et brave général qui, par une cruelle ironie du sort, ne pouvait marcher qu'à reculons.
Un grand nombre de physiologistes ont cherché dans ces derniers temps à fixer avec précision les points du cerveau dans lesquels réside l'expression des émotions; quelle partie peut être détruite sans entraîner la perte de la vie, tandis que disparaissent toutes les expressions de la peur et de la douleur. Un des derniers écrits publiés
sur ce sujet est celui de Bechterew. Cet auteur a observé que, si on présente à un chien quelque chose de répugnant à manger ou d'une odeur repoussante, il aboie et grince des dents même après qu'on lui a enlevé les tubercules bijumeaux et quadrijumeaux et qu'il ne manifeste aucune expression de dégoût et de répugnance après qu'on lui a enlevé les couches optiques. D'où il conclut que les voies suivies par les mouvements involontaires qui font conliixter les muscles destinés à exprimer les émotions passent a travers la couche optique, une des parties les plus [irofondes de la masse cérébrale. Le plan supérieur de la volonté et le plan inférieur des émotions ont là leur point de jonction, pour mettre en action les muscles qui produisent tous les mouvements caractéristiques des passions.
Occupons-nous maintenant de distinguer plus nettement ce que nous tenons de nos ancêtres sous la forme d'instincts de ce que nous acquérons par notre propre expérience.
On doit à Galien une expérience très simjtle et très instructive. Ayant arraché un chevreau du ventre de sa mère, il le posa imméiliatement sur le sol et mil à sa portée des plats contenant de l'huile, du vin, du miel, du vinaigre, de l'eau et du lait, afin d'observer le premier mouvement de l'animal. Celui-ci, après avoir quelque j.eu tremblé avant de se tenir sur les jambes, se gratta, flaira les divers plats et but le lait.
Il y a des oiseaux qui, à peine sortis du nid, saisissent les mouches avec une précision telle qu'on reste surpris de ce qu'en naissant ils aient déjà acquis une adresse qu'un long exercice pourrait seul leur faire ac(iiiérir. Certains papillons, à peine sortis du cocon, s'élancent immédiatement dans les airs en volant avec la plus grande adresse vers les fleurs où ils vont puiser le nectar.
Nous reviendrons sur ce sujet (piand nous étudierons la (cur chez les jeunes enfants Pour le moment, constatons
que riiomme en naissant est moins parfait que la plupart des animaux, et qu'il doit acquérir à l'aide de son éducation et de son expérience un grand nombre de connaissances que les animaux possèdent déjà en venant au monde.
Moins les petits reçoivent de soins de leurs parents, plus ceux-ci possèdent de connaissances instinctives; au contraire, la sollicitude et les soins des parents pour leurs nouveau-nés sont d'autant plus grands que l'influence de. l'hérédité est plus faible.
Celte apparente infériorité dans les dons de l'instinct à la naissance, comme celle des dons de la fortune, est largement compensée par l'aptitude supérieure qu'ont les animaux à accroître leur capacité intellectuelle au moyen de l'éducation. Les avantages de l'intelligence dépassent de beaucoup ceux de l'instinct; aussi l'homme a-t-il dompté tous les animaux.
Rien que pour apprendre à marcher, l'homme éprouve de grandes difficultés. Au commencement les enfants ont une grande peur de se laisser tomber, même lorsqu'il ne leur est pas encore arrivé de faire de chute. Nous faisons tous nos mouvements avec peine et non sans un travail sérieux; peu à peu, l'acte devient moins raisonné et, enfin, à peine volontaire, nous ne saurions dire automatique, car la volonté intervient au moins au commencement. Mais une fois engagés dans une route pour nous promener ou pour faire un voyage, nous pouvons marcher longtemps sans nous en apercevoir.
Ribot (4) parle, d'après Trousseau, d'un musicien qui faisait sa partie de violon dans un orchestre et qui était pris de vertige épileptique pendant lequel il perdait la conscience. « Cependant il continuait à jouer en mesure quoique restant absolument étranger à ce qui l'entourait, quoiqu'il ne vit et n'entendit plus ceux qui l'accompagnaient. » Il nous arrive à tous de lire à haute voix sans savoir ce que nous lisons et d'écrire un mot pour un autre,
(1) Th. Ribot, les Maladies de la mémoire. Paris, 1881, page 9
quand nous sommes distraits. Bien des gens, accablés de fatigue, ont dormi en marchant. On pourrait citer en grand nombre des exemples qui prouvent que des mouvements oui, au début, ont coûté de grands eiïorts de volonté sont aevenus tellement habituels qu'on les accomplit sans en avoir conscience.
Demandons-nous maintenant comment s'opère cette trans- •"ormation du mouvement volontaire en mouvement automatique. Lorsque nous faisons pour la première fois des mouvements compliqués, notre cerveau est le siège d'une grande activité. Rien ne se fait sans le concours des cellules du plan supérieur, c'est-à-dire celles des circonvolutions auxquelles viennent en aide les organes des sens, afin de débrouiller l'enchevêtrement d'ordres et de contre-ordres à envoyer aux fibres musculaires. Le travail s'accomplit sous une direction compétente et éclairée; mais à force de répéter le même travail, les communications avec le plan inférieur denennent plus étendues et les voies plus aisées. A la longue, le travail finit par être exécuté par le plan inférieur et sans le concours de la volonté. On comprend, en effet, que plus une action est fréquente, plus aussi le mécanisme qui sert à l'accomplir tend à s'organiser.
Mais voici qui est plus grave : les physiologistes voudraient placer dans l'étage inférieur l'origine de ce que nous avons de plus noble dans notre caractère, les sentiments les plus élevés de la nature humaine mêlés aux actes automatiques et aux instincts plus matériels.
Ainsi, par exemple, l'amour de la mère pour ses enfants est une nécessité inéluctable pour la conservation de notre espèce. Dès lors, les animaux inférieurs, qui mettent au monde une nombreuse progéniture, peuvent l'abandonner sans inconvénients, tandis que, chez les animaux supérieurs, la rareté des petits doit être compensée par des soins plus attentifs et plus prolongés des parents.
Examinons en particulier ce qui se passe chez le singe. Nous lisons dans l'ouvrage de Brehm (1) le passage suivant relatif au singe :
(1) Brehm, Vie des animaux.
« Quand le petit singe tette encore et ne peut se tenir debout, la mère est d'autant plus caressante et affectueuse pour lui. Elle s'en occupe sans cesse, le lèche, l'embrasse, le contemple comme pour se repaître de sa vue, le presse sur son sein et le balance comme pour l'endormir. A mesure qu'il grandit, sa mère lui laisse plus de liberté, sans toutefois le perdre de vue un seul instant; elle le suit dans ses mouvements, le lave dans l'eau du ruisseau et le peigne avec tendresse.
« Au moindre danger elle se précipite vers lui, et pousse un cri pour l'avertir d'avoir à se réfugier auprès d'elle. S'il lui désobéit, ce qui arrive rarement, elle le corrige en le pinçant et lui donnant de véritables soufflets.
« La mort du petit est dans bien des cas suivie de celle de sa mère. Les singes abandonnent généralement un des leurs qui tombe blessé dans la lutte ; une mère, au contraire, défend son petit contre un ennemi quelconque, si formidable qu'il soit. Elle cherchera d'abord à s'enfuir avec lui, mais, s'il lui arrive de le laisser tomber, elle pousse un cri perçant et s'arrête, la bouche ouverte, grinçant des dents, et les bras tendus d'une manière menaçante. »
Duvaucel raconte l'émotion profonde quïl éprouva après avoir tué un singe femelle : « C'était une pauvre mère qui portait son petit, la balle l'atteignit dans le voisinage du cœur. Faisant un effort suprême, elle prit son petit, l'attacha à un rameau et tomba morte de l'arbre. Je n'ai jamais senti, dit-il, un plus grand remords d'avoir tué un être qui, au momenl même de mourir, se montrait si digne d'admiration par sa tendresse. »
Qu'il s'agisse d'instinct ou d'affection, s'il y a une différence entre l'amour d'un homme et l'amour d'un singe, peu m'importe. Les choses se passent ainsi pour que la conservation de l'espèce soit assurée, mais cela ne saurait diminuer en rien l'admiration que nous devons avoir pour des mécanismes aussi parfaits.
Je crois n'avoir aucun mérite à aimer ma mère. Je me souviens de ce qu'elle a fait pour moi, et, lors même que notre affection mutuelle serait purement et simplement un
acte mstinclif, que tous les deux nous n'aurions pas eu la liberté d'agir autrement, je me réjouirais tout autant d'être construit de telle sorte que je ne puisse retenir les battements de mon cœur quand je revois son image ; ma plainte et mes regrets n'en sont pas moins sincères. Quoiqu'elle soit morte depuis de longues années, je me sens encore attiré vers sa tombe pour honorer sa mémoire, la visiter avec la plus vive émotion et dans la douleur la plus profonde, je me félicite d'être un automate qui garde le culte d'une afFection capable de renouveler la douleur et les laniies du dernier adieu.