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LES MOUVEMENTS IRRÉSISTIBLES

férenle. Même si on la met sur le feu, elle ne se meut pas parce qu'elle ne sent pas de douleur.

Mon ami Tiegcl, professeur de physiologie au Japon, fit celle autre expérience : il prit un serpent et lui trancha la lêle d'un coup. Pendant que le tronc se tordait par terre, il le toucha avec une baguette de fer rouge; le serpent s'enlorlilla autour et, quoiqu'il se brûlât, il ne cessait pas de s'enrouler. Donc la moelle épinicrc qui produit ces r.-.ouvements n'est pas capable de raison.

Mais comment s'expliquer alors tous les autres faits en apparence raisonnables?

La structure môme des centres nerveux peut donner l'apparence intelligente à des actes purement mécaniques. Supposons que les voies nerveuses qui vont aux divers muscles de côté ou d'autre laissent passer plus ou moins facilement les excitations qui parlent de la moelle épinière. Quand nous laissons tomber une gouîte d'acide sur une jambe, comme dans le cas de la grenouille, on verra aussitôt se mouvoir certains muscles dont les nerfs présentaient une résislance moindre pour les excitations qui émanent du centre. Mais si l'animal ne peut enlever la cause de l'irritation, l'excitation de la moelle se condense pour ainsi dire, croît, et devient enfin si énergique que la tension nerveuse s'ouvre un passage à travers les voies moins faciles, donnant ainsi naissance à d'autres mouvements moins habituels.

Dans ma carrière de médecin, j'ai eu plus d'une fois l'occasion de voir la moelle épinière de l'homme blessée ou coupée. Le cas le plus intéressant fut celui d'un paysan qui, en tombant d'un arbre, se coupa avec une serpe la moelle dans la r/'gion du dos, un peu au-dessous des omoplates. Il remuait le bras, parlait, mais ne sentait plus la partie inférieure du corps, ni la douleur que devait lui causer une blessure au tibia, quoiqu'il remuât la jambe chaque fois que nous louchions la blessure pour la panser.

Marshall Hall démontra «mk^ tous les actes de la rcmo-

duction dépendent de la parlie inférieure de la moelle. Brachel rapporte qu'un soldat qui avait eu deux enfants était cependant paralysé complètement et insensible de la moitié inférieure du corps. Il ne manque à un animal dont la moelle a été tranchée que les mouvements irréguliers de la partie séparée du cerveau qui correspondent par leur spontanéité à ceux que nous nommons volontaires.

La grenouille et les autres animaux auxquels on a tranché la moelle sont généralement immobiles et paralysés dans la partie séparée du cerveau ; il faut f s toucher pour qu'ils se meuvent. Si l'on touche une des pattes po.térieurcs du chien auquel on a sectionné la moelle dans la partie dorsale, qu'on la pince ou qu'on la comprime légèrement, il la plie ou la retire, mais sans en avoir conscience, comme nous faisons nous-mêmes lorsqu'on nous touche pendant notre sommeil. Si l'excitation est plus vive, il meut également l'autre jambe et la queue ; plus forte encore, il meut tout son corps et se met à trembler.

Ainsi, quand le cerveau manque, les excitations faibles produisent un balancement de la queue, et les fortes, le retrait de la queue entre les jambes. Ce qui démontre que les phénomènes semblables, caractéristiques de la peur, ont lieu aussi sans aucune participation de la volonté et de la conscience.

La vivacité et l'inquiétude, si naturelles à la jeunesse, dépendent d'une grande excitabilité du système nerveux, comme on l'observe chez les jeunes animaux. L'âge, la race, le régime déterminent de grandes ditférences dans les mouvements réflexes par lesquels les animaux privés de cerveau réagissent, en admettant le même mode d'excitation pour tous. Les inégalités que nous observons dans le caractère, correspondent à des différences anatomiques et fon'^tionnelles des centres nerveux.

Dans l'impossibilité où l'on est de trouver deux hommes dont toutes les parties du cerveau et de la moelle soient identique?, on doit supposer que cette différence dans la structure des éléments nerveux intlue énormément sur les autres différences fonctionnelles qui semblent dépendre d'une cause d'un ordre plus élevé, connue sous le nom générique de volonté. Geque nous croyons le résultat d'un

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choix libre est une nécessité fatale, consé îuence d'une chaîne indissoluble de causes et d'ctfets, d'aciions p'.iysiques et méc3'->iques, de réactions automatiques et iacoQscientes de la machine vivante.

L'explication de quelques phénomènes de la peur ex!p:e que nous fussions d'abord connaître certaines propriétés des parties excitables du système nerveux- Si l'on soumet ie ui'YÏ qui se rend à la jambe d'une grenouille ;i l'action d'un courant très faible, incapable de produire une contraction musculaire, on peut en laisser croître Tintensité lentement, d'une manière uniforme et continue, jusqu'à ce qu'il devienne très fort, sans qu'il se produise aucun mouvement et aucune réaction dans la jambe. Cette expérience démontre que les nerfs du mouvement réagissent, non par suite de l'excitation, puisqu'elle peut être très forte sans produire aucun effet visible, mais par les variations rapides et les changements brusques qui occasionnent des secousses.

Une douleur ou une peur quelconque, qui nous surpreiînent vivement, produisent un trouble profond dans notre organisme, tandis que si elles se produisent d'une manière lente et continue les etfets en seront bien moins graves.

Au début d'une sensation, la réaction est toujours plus vive. Ce fait e^t vrai de tous les phénomènes du système nerveux,et il est inutilede citer desexempies, car, chacunle sait par expérience, le système nerveux se décharge à chaque !( réaction d'une partie de son énergie ; aussi, quand l'animal ] est très faible, il ne réagit plus après deux ou trois fois.

Nous comprenons maintenant pourijuoi les petites émotions subites produisent dans l'organisme des troubles profonds, tandis (|ue des événements très graves, auxquels nous sommes préparés, ont des etfets proportionnellement bien moindres.

Pline, parlant de la peur qui fait lermcr les yeux lors-

qu'on fait un geste de menaces, raconte que sur vingt gladiateurs, on en trouvait à peine deux qui ne baissaient [)as les paupières quand on les menaçait à Timproviste.

Il est surprenant qu'une cause si faible produise des mouvements si vifs que nous sommes impuissants à maîtriser. Lors môme qu'on est persuade qu'il s'agit d'une riche, que l'ami qui plaisante ne mettra pas le doigt dans notre œil; bien mieux, si. un carreau de vitre est interposé entre nous et la main qui menace, malgré la raison et la volontj, la plupart des personnes ne peuvent s'empêcher (le fermer les yeux. On dirait qu'il y a en nous deux natures : une animale non raisonnable qui commande, l'autre humaine et intelligente qui succombe.

Lorsqu'un moucheron ou un grain de poussière pénètre dans notre œil, nous le fermons irrésistiblement, m.algré notre volonté, par un mécanisme automatique.

Parfois, il ne s'agit pas seulement d'un mouvement unique et saccadé, mais d'une série assez complexe de mouvements qui ont leur origine loin du point d'excitation. Pour en donner un exemple convaincant, je rappellerai un fait que j'ai pu observer dans mes recherches sur la déglutition. Cet acte que nous exécutons continuellement en mangeant n'est pas volontaire. En effet, si nous essayons de le répéter plusieurs fois de suite, nous nous apercevons immédiatement que, dès que nous n'avons plus de salive dans la bouche, un effort quelconque pour avaler devient impossible.

Pour avaler, il faut qu'une bouchée ou un liquide quelconque vienne touclu^r la muqueuse à la partie postérieure de la bouche. Aussilôt les nerfs sensibles excités avisent la moelle de la prjpence, à la partie supérieure de l'œsophage, d'un corps qui doit être transporté dans l'estomac. De la moelle partent immédiatement des ordres successifs de-tincs à faire exécuter les contractions de l'œsophage, d'abord à la partie supérieure, puis à la partie voisine audessous, puis à celle qui est plus bas, et ainsi de suite, de proche en proche, jusqu'au cardia. La bouchée saisie est ainsi transmise par des contractions successives de la bouche à l'estomuc.

On voit donc que certaines parties du système nerveux

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fonclionnent aulomaliquement et produisent une série dt contractions coordonnées dans un but déterminé, qui, au premier abord, peuvent sembler volontaires, mais qui sont en réalité mécaniques et inconscientes. Un de ces mécanismes remonte à la naissance : chacun sait que si Ton met le doigt dans la bouche d'un enfant qui vient de naître, il le suce. C'est une machine qui fonctionne sans discernement; c'est comme si Ton touchait le boulon du ressort d'une poupée mécanique; personne n'a pu enseigner au lœlus ce mouvement pendant qu'il se trouvait dans le sein de la mère. Au sortir de l'œuf, le poussin becqueté. Dans ce cas, le mouvement n'est pas dû à un contact immédiat comme celui du doigt mis dans la bouche, mais à une sensation lumineuse, qui, après tout, n'est qu'un contact avec la chose éloignée par l'enlremise des rayons lumineux. A peine l'image d'un grain se peint-elle dans son œil que le poussin becqueté.

11 suffit d'observer avec un peu d'attention nos mouvements pour être persuadé que le nombre de ceux qui sont aulomaliques est plus grand qu'on ne pense. En hiver, au saut du lit, quand nous passons nos pantoufles, à peine louchons nous avec le.> pieds chauds le cuir qui est froid, que le pied se retire automatiquement et il nous faut faire un effort pour le maintenir. Il en est de môme quand le cordonnier nous prend mesure de chaussures, môme sans qu'il nous chatouille, ce n'est pas sans peine que nous tenons le pied ferme. Quand nous touchons un fer, une lasse ou un objet quelconque très chaud qui nous brûle, nous l'abandonnons immédiatement et retirons la main, et il est fort heureux que cela soit ainsi et que nous ayons déjà al)andonné l'objet qui peut nous causer quelque mal avant d'être avertis qu'il brûle ou qu'il })ique. Lors mè;iie que nous avons perdu la conscience de nous mêmes, dans une maladie ou par suite d'un accident quelconque, ou simplement pendant le sommeil, notre corps se gare automalifjuemcnt de ce qui le pique, le brûle, le refroidit, le pres-e ou le comprime.

Lorsque la douleur produite par une brûlure est faible, un seul côté du corj.s se meut, celui où se produit l'exci-

tation ; si la brûlure est plus étendue ou plus forte, le mouvement s'étend au côté opposé et enfin à un degré plus intense encore, il gagne le corps tout entier.

Cette loi, que vient de trouver Pfliiger, s'applique aussi bien aux animaux intacts et normaux qu'à ceux qui sont privés de cerveau et sont incoiiscients; cela démontre que les gestes et les mouvements si caractéristiques du corps de l'homme, par lesquels il réagit contre une douleur imprévue, ne dépendent pas de sa volonté. Tout ce qu'il y a de plus caractéristique dans les pliénoraènes de la peur, les palpitations, l'oppression, la pâleur, le cri, la faite, le tremblement, sont des mouvements réflexes. A mesure que la physiologie fait plus de progrès, le domaine du libre arbitre va en diminuant et ie nombre des mouvements irrésistibles augmaUe.

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