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La peur en Dauphiné (juillet-août 1789)

J'avais eu l'intention de faire précéder cette étude sur la peur en Daupliiné d'une étude sur la peur dans toute la France, où j'aurais cherché à utiliser les documents déjà publiés et les monographies déjà parues. Mais, dans la pénurie où nous sommes encore d'instruments bibliographiques commodes pour l'histoire provinciale de la période révolutionnaire, il m'eût fallu, pour dépouiller une quantité considérable de revues locales, d'histoires de villes ou de provinces, un temps dont je ne dispose pas. Au reste, peut-être vaut-il mieux attendre que les chercheurs nous donnent plus de documents. Ce livre ne sera donc qu'une monographie, modeste contribution à l'histoire du mouvement populaire le plus spontané et le plus fertile en conséquences qui ait agité les campagnes pendant la Révolution.

J'ai systématiquement cherché à ne pas me laisser influencer par les récents travaux de MM. Mège {La Grande peur, dans le Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, 1900, p. 140-171, i-.Vafo), Bussière {La Révolution en Périgord, 'Y partie, p. 72 sq.), Bruneau {Les débuts de lu Révolution dans les départements du Cher et de l' Indre, p. 55 sq.). Pas plus qu'eux, je oe trois à une conspiration aristocratique on révolutionnaire : pas plus qu'eux pour l'Auvergne, le Périgord ou le Berry, je n'admets pour le Dauphiné que L'alarme ait été le résultai d'une machination. Je suis arrivé aux mêmes conclusions

PIERRE CONARD

qu'eux : mais je n'ai lu leurs ouvrages qu'après avoir terminé mon étude.

J'ai particulièrement cherché à montrer, par le plus menu détail, comment l'alarme était née et s'était transmise à travers une province. Il serait, je crois, à souhaiter que. dans tous les pays où la peur a passé, du 22 juillet (Maine) au 3 août (région de Toulouse), on s'attachât à bien relever la date précise du passage de la panique. Je serais étonné que cette chronologie minutieuse ne permit pas de déterminer nettement le courant ou les courants de la peur. On pourrait, je crois, en tirer la conclusion définitive, qu'il n'y a eu ni « complot » ni même « commotion électrique », mais tout simplement transmission de village à village, et de province à province, d'une nouvelle qui, à l'origine, avait peut-être quelque fondement. Il y avait eu réellement des actes de pillage, sinon de brigandage, dans l'Ile-de-France et la Franche- Comté. Je ne me dissimule pas que je n'avance ici qu'une affirmation hypothétique. Je crois qu'elle vaut la peine d'être examinée, et j'espère avoir le loisir de le l'aire un jour.

Je dois beaucoup à l'obligeance de ceux qui m'ont aidé dans mes recherches. M. Maignien, conservateur de la Bibliothèque de Grenoble : M. Prudhonnne, archiviste de L'Isère; M. Lacroix, archiviste de la Drome : MM. Caron et Schmidt, archivistes aux Archives nationales, m'ont aidé de bien des manières. Je leur en ai la plus grande obligation, et leur en garde un souvenir reconnaissant.

Je dois également des remerciements à M. Seignobos. qui a bien voulu examiner ce travail en qualité de commissaire de la Société d'Histoire moderne.

(Juillet-Août 17 8 9)

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