CHAPITRE PREMIER
encore éloignés des intentions connues du souverain:.... L'indemnité qu'ils ont exigée à Romans ne permet pas de douter qu'ils ont voulu se maintenir dans des privilèges d'une injustice démontrée ' ». La communauté de Saint- Vérand fit imprimer sa délibération, la signifia par huissier au secrétaire des États du Daupliiné, et la répandit dans les autres villages2.
Le mouvement de protestation gagna bientôt tout le Viennois. La municipalité de Saint-Marcellin osa même convoquer des dépulations de toutes les communautés du bailliage, atin de délibérer avec elles sur la nobilité 3 : et, pour empêcher cette tenue d'Etats plébéiens, il fallut l'intervention énergique de la Commission intermédiaire \ cbargée depuis peu d'administrer la province, et du Conseil d'État \ Partout du moins se tinrent des assemblées, où l'on désavoua les députés ; on y vit même des bourgeois, possesseurs de quelques tonds nobles, renoncer sans indemnité à leurs privilèges \ L'intendant, alors à Paris, s'ef-
i. Délibération de la communauté de Saint-Vérand , V février 1789, inipr., Arch. nat., Ba, 75.
2. Caze de la Bove au Garde des sceaux, 22 février 1789. Arch. nat., B«, 76.
3. Délibération de la ville de Saint-Marcellin, i5 mars 1789, Arch. nat., Ba, 70.
\. Extrait du procès-verbal de la Commission intermédiaire des Etats du Daupliiné, du 3i mars 1789, à 10 heures du matin, Arch. nat., Ba, 70. Sur la création, la composition et le rôle de la Commission, voir l'Arrêt du Conseil d'État portant règlement pour la nouvelle formation des Etats de la province de Daupliiné, du 22 octobre 1788, dans Brette, Recueil de documents, t. I'r, p. 28(1-290, art. 32-42.
5. Arrêt du Conseil d'Etat du 22 avril 1789, dans Brette, Recueil de documents, t. Ier, p. 290.
6. Voici, par ordre chronologique, la liste de celles de ces délihérations, dont les procès-verbaux sont aux Arch. nat., Ba, 7*>, et (Vienne) C, i3 :
1" février 138g, Saint-Vérand; — 8 février, Saint-Antoine; — 2.5 février, Vii une (délibération suivie de renonciations); — 8 mars, Tain; — 14 mars, Créinieu (avec une série de renonciations individuelles, du i', au 25); — l5 mars, Lens-Lestang, Moras, Saint-Marcellin (première délibération, tendant à la convocation des communautés, copie incluse au procès-verbal de la Commission intermédiaire ci-dessus cité); — 22 murs. Montmiral, Villard- Chevrières, Blanieux, Saint- Apollinard, Bessins, Châtie; — 2g mars, Bourgoin, Serre-en-Viennois, Saint-Gervais ; — 3o mars, La Côte-Saint-André (avec une série de renonciations); — 5 avril. Saiul-Ma reellin (a* délibération,
i<> LA PEUR EX DAUPHINK
frayait et redoutait « des troubles dont il esl difficile de prévoir les conséquences ' ».
Il est vraisemblable, en effet, que les assemblées des villages, en donnant aux paysans l'occasion d'échanger leurs frustes idées, de se communiquer leurs griefs respectifs et d'en produire publiquement une faible partie, ravivaient en eux les vieilles rancunes et les sourdes colères contre l'oppression seigneuriale. Certaines communautés ajoutèrent à la protestation contre la clause additionnelle des plaintes contre les droits féodaux ' ; d'autres les exprimèrent dans leurs réponses à un interrogatoire de la Commission intermédiaire: certaines entin firent des cahiers de doléances '. L'accord était absolu, pour réclamer le rachat ou l'abolition de toutes les servitudes de la terre 4. Une communauté demandait instamment la révocation de toutes les aliénations du domaine \
Les paysans n'ont même pas partout la patience d'attendre des réformes qu'ils espèrent voir accomplir par les Etats généraux : ils prennent les devants. Le président de Vaulx écrit à Necker, dès le i3 février 1789 : « L'on me mande de différents cantons de la province que les vassaux
avec une série de renonciations); — 8 avril, Champagne; — / 3 avril, Brions, le Passage, Savasse, Albon, Varacieu; — iÇ avril, Aly (?), Mantaille;
— ao avril, Croze; — 22 avril, Pont-de-Beauvoisin; — 2g avril, Hauterives;
— 3 mai, Paladru.
Il y eut sans doute d'autres protestations encore. Une lettre de Caze de la Bove au secrétaire d'Etat de la Guerre Puységur, i3 mars 1789, Arch. nat., B», 70, mentionne une délibération à Pierrelatte. Entin M. Maignien, dans sa Bibliographie historique du Dauphiné pendant la Révolution (Grenoble, 1891, 3 vol. in-8) signale une protestation imprimée de la communauté de Virieu, 3 mai, que je n'ai pu trouver.
1. Caze de la Bove au Garde des Sceaux, 22 février 1789, Arch. nat.,B», 75.
2. Voy. délibérations de Saint-Antoine, Montmiral, le Passage, etc.
'?. Sur cette question, voir Révolution française du 14 juin 1903, Les cahiers du Dauphiné en ij8g.
4. C'est ce que constatait Farconet, secrétaire des Etats par intérim, en envoyant à Mounier des réponses et des cahiers, le 12 août 178;) : « Votre décret national rend inutiles toutes ces doléances qui ne portent en grande partie que contre les droits féodaux ». Bibl. de Grenoble, mss., R. 63i4-
"p. Voeux el doléances d'Albon, art. 11; cf. un mémoire anonyme sur le domaine royal, joint aux réponses et aux cahiers (Bibl. de Grenoble, mss., R. 63l4).