‹ La peur en DauphinéChapitre 22 sur 111 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

malheurs à venir » et qui lui demandèrent si l'on n'avait point peur dans son pays : « Sur sa négative, ils lui dirent : « Comment ! vous ne savez done pas que des gens tout « habillés de fer-blanc doivent tout mettre à feu et à sang, « brûler et saccager les châteaux ' ? »

Aussi, le dimanche 26, les hommes les plus intéressés à la sauvegarde des propriétés s'occupèrent-ils de s'organiser, comme dans les grandes villes, « pour le maintien du bon ordre et pour se tenir en défense en cas de tàcheux événements ' ». Ce jour-là, les habitants de Morestel tinrent une assemblée « pour former une milice bourgeoise 3 » ; les notables d'Aoste « s'enrégimentèrent » et allèrent en corps à la messe paroissiale « faire chanter Yexaudiat » avec accompagnement de salves de mousqueterie ; le soir, comme on parlait toujours des « huit cents brigands » qui étaient « du côté de Lagnieu », on illumina les rues 4.

La rumeur menaçante gagnait même certains villages des Terres-Froides : à Virieu, les notables, qui n'ignoraient point sans doute les actes de violence commis à Paris, faisaient un « règlement de discipline » pour leur nouvelle garde citoyenne ; « et l'on eut soin d'y faire insérer le pouvoir de faire tirer sur le premier qui parlerait de pillage, incendie et violence d'aucune espèce ». En même temps, à Chàbons, le châtelain autorisai! une assemblée ; « après cette assemblée, on a fait un rôle de quelques jeunes gens et autres qui pourraient porter secours au

1 . Lettre de Teste de Vignes à M. Ronin, membre de la Commission intermédiaire, Mevzieux, ', octobre \~s\\, Bibl. de Grenoble, îuss., (). 986; cf. Roux, p. 163-166.

2. Procès-verbal de Magnin du Fàyet, lieutenant de châtellenie de Virieu,

en date du - août i~S;i, Bibl. de Grenoble, niss.,<>. 908.

'?. Déposition A. Gourjut, Roux, p. ia5.

4. Cependant, à Aoste, on était avant tout dans la joie du rappel de Neeker : on faisait chanter un Te Drurn « en actions de grâces pour la délivrance des maux dont la Fiance venait d'être préservée ». Journal tenu à Aoste, Bibl. de Grenoble, inss., (). 887.

>. Procès-verbal de Magnin du Payet, Bibl. de Grenoble, mss.,0. 908.

premier avertissement de ceux qui le demanderaient et pour se garder soi-même chez soi ' ».

Ainsi, dès le 26, on redoutait quelque péril : mais le danger n'apparaissait pas comme immédiat, et les craintes restaient localisées sur un petit nombre de points du Dauphiné \ Le lendemain devait être le jour de l'universelle panique.

Le lundi 27 juillet, an matin, dans tout le Nord du Dauphiné, le ciel était noir et le temps orageux 3 ; les habitants de Morestel continuaient à s'entretenir de l'arrivée possible des pillards, et attendaient avec impatience le retour des envoyés qui avaient été s'informer à Lagnieu \ On racontait que les brigands du Bugey avaient « saccagé le château de Love et fustigé le maître » ; on ajoutait qu'ils avaient « mis le feu à nombre de gerbiers ». Un Bugiste arrivé le matin confirmait les habitants dans leurs craintes \

Le commandant des employés des fermes reçut alors une lettre du lieutenant de Flévieu, qui annonçait comme

1 . « Verbal de ce qui s'est passé dans nos cantons » (rédigé par de Lemps à partir du 28 juillet). Bibl. de Grenoble, mss., O. 890.

2. Il est même probable que les documents, étant rédigés sous le coup de la grande alarme du 27, sont portés à donner une trop grande importance aux premiers symptômes de la peur : mais les faits qu'ils énoncent ne peuvent avoir été inventés.

3. Journal tenu à Aoste, Bibl. de Grenoble, mss.. O. 887; Journal de la défense de Brangues (rédigé par Michoud), Bibl. de Grenoble, mss., O. 865; déposition Cl. Blanc, Roux, p. 116; Mémoire à Messieurs les Commissaires des Etats du Davphiné, dans Focliier. Souvenirs historiques sur Bourgoin. titres et documents (Vienne, 1880, in-8), p. i36 : « Une pluie des plus fortes, un orage continuel, un temps affreux qui durait depuis le matin.... ».

4. ils ne devaient en revenir que dans la matinée du 28. Déposition Gourjut, Roux, p 126

5. Lettre du curé de Morestel aux notables de Brangues, transcrite sur le journal de la défense de Brangues (Bibl. de Grenoble, mss., O. 865): « Cette lettre est écrite de la main de M. le curé de Morestel sans signature et sans adresse, pas même pliée, ce qui annonce l'alarme où est ce bourg, »

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certaine la mise à sac de Lagnieu : il la communiqua aux notables du bourg, qui crurent à la réalité du danger, el tinrenl « une nouvelle assemblée pour prendre les dernières mesures pour former une milice bourgeoise et se mettre en défense ». Ils ne perdirent cependant |>;is encore tout sang-froid et s'abstinrent de l'aire sonner le tocsin. Mais le menu peuple était dans une vive alarme : les allées et venues des officiers municipaux lui taisaient craindre les plus graves périls '.

Un employé des fermes, du nom de Bouffard, qui partit vers onze heures pour Aoste « à grande course de cheval ! » alin de porter les « lettres de correspondance » au receveur des termes, recueillit les propos inquiétants que tout le monde tenait autour de lui lors de son départ ' : à son arrivée à Aoste, entre midi et une heure de l'après-midi '. il commit la faute de les répéter non-seulemenl au receveur, mais aux habitants, qui se les redirent les uns aux autres. Les notables du pays, le médecin Comte, l'abbé de Leyssin, la comtesse d'Aoste, d'abord méfiants, ne doutèrenl plus du péril en constatant l'assurance de Bouffard; le brigadier et le receveur des fermes allaient de maison en maison, colportant la nouvelle apportée par le cavalier « el qui étail déjà devenue très publique » . Pour repousser les assaillants dont

i. Dépositions du commandant des employés, Joseph Carpentier, Roux, p 120; d'Antoine Gourjnt, id., p. ii>.">.

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