CHAPITRE DEUXIÈME
avoir soulevé grand émoi. A Briançon. il ne fut pas même question des brigands, semble-t-il '.
Dans les Terres- Froides, au contraire, La peur fui générale et ses conséquences lurent terribles.
L'alarme, transmise d'Aoste à la Tour-du-Pin par es chemins de traverse, y parvint à peu pies en même temps qu'aux Abrets \ Un habitant de la Bâtie-Montgascon vint, vers trois heures de l'après-midi, annoncer au sieur François Lhoste, notaire et châtelain royal. « que dix mille Savoyards étaient entrés en France et mettaient tout à feu et à sang1 : que le village d'Aoste était déjà dévasté, et qu'il fallait promptement se mettre en défense ou se sauver ' » . Le châtelain réunit aussitôt les employés des
i . Lettre de Froinent-Coste, Briançon, 2S juillet, à l'Assemblée nationale, Arch. nat., D xxixi.i*, i, icr dossier.
•2. Les événements de Bourgoin et des Terres-Froides, très importants puisqu'ils furent l'origine de tous les troubles du Viennois, nous sont particulièrement bien connus. Outre les nombreuses dépositions recueillies par les envoyés de la Commission intermédiaire Champel et Ronin, publiées dans Roux, Mémoire des brigandages, nous possédons un très précieux document. C'est le procès-verbal commencé le 2-, à six heures et demie du soir, et rédigé au fur et à mesure des événements par les ofliciers municipaux de la ville, continué jusqu'au 3 août (Arch. nat., Dxxixl'is, 1, 3e dossier). Accusée d'avoir favorisé les troubles, la municipalité «le Bourgoin fit en outre imprimer un Mémoire à Messieurs les Commissaires des Etats du Dauphinè pour la justification des citoyens de la ville de Bourgoin, s. 1. n. d., in-8. Cet imprimé étant devenu presque introuvable, je le cite d'après Pochier, qui l'a reproduit dans ses Souvenirs historiques sur Jiourguin, litres et documents (Vienne, 1880, in-S), p. i35-i4'(. J';>i également utilise le procès-verbal rédigé le ag juillet par le sous-lieutenant de maréchaussée de Bourgoin, Pierre-Alexandre de Rivais (Bibl. de Grenoble, niss.. O. 880) et le recueil des lettres envoyées et reçues par la municipalité de Bourgoin du 27 nu3i juillet (Bibl. de Grenoble, mss., (). 885). Ces derniers documents, ainsi que beaucoup d'autres, avaient été recueillis par les commissaires des États au cours de leur enquête. J'ai encore tiré quelques renseignements de la demande d'amnistie rédigée le 1 \ août par le Comité permanent de Bourgoin (Arch. nat.. D XXIXbis, i, T dossier). .le ni' cite ici que les textes les plus importants. Les antres seront signalés au cours du récit.
V En annonçant à Bourgoin l'alarme de la Tour-du-Pin, le notaire Ariioiix devait «lire qu'elle avait été apportée « par quelqu'un venu des
fermes et les envoya à la découverte : la nouvelle se répandit parmi les habitants qui sonnèrent le tocsin. Leurs craintes furent augmentées par l'arrivée d'un postillon du Gaz, nommé Rey, « qui dit être venu exprès pour annoncer que les Savoyards ravageaient tout et étaient déjà à Chimilin ' ». Des femmes, épouvantées, s'enfuirent dans la campagne. « emportant leurs enfants et ce qu'elles pouvaient de leurs hardes '2 ». Les hommes s'armèrent pour attendre l'ennemi : le curé et le chevalier de Murinais se joignirent au châtelain pour demander du plomb et de la poudre à la municipalité de Bourgoin 3.
Dans les villages et hameaux situés sur les hauteurs voisines de la petite ville, le tocsin sonna bientôt aussi : « De toutes parts on n'entendait que pleurs et cris alarmants, répétés par toutes les bouches, qu'il arrivait du côté de Savoie depuis dix jusqu'à vingt mille hommes (car tantôt c'était plus ou moins), qui indistinctement mettaient tout à feu et à sang » ; on prétendait même à Cuirieu qu'ils étaient déjà à la Tour-du-Pin. « Une infinité de paysans de différents lieux ... se rendirent à la Tour-du-Pin pour venir au secours ». A huit heures du soir quinze cents hommes, pourvus d'armes improvisées, étaient rassemblés, attendant les troupes du roi de Sardaigne *.
A quatre heures, le sieur Arnoux, notaire et agent de Madame de Vallin, avait été informé du péril par des gens qui étaient venus lui demander des armes ; très
Abrets » (Procès-verbal rédigé par les officiers municipaux de Bourgoin, Arch. nat., D xxixbis, i, 3e dossier). Mais on n'a été lui faire part du danger chez lui qu'à quatre heures, sans doute après l'arrivée du postillon du Gaz (ce village est en effet sur la route des Abrets à la Tour-du-Pin). La déposition de Lhoste, que nous suivons ici, semble préférable, i. Déposition Lhoste, Roux, p. 77-78.
2. Note de ce qui s'est passé avant et pendant le dévastement du château de Cuirieu : Bibl. de Grenoble, mss., O. 886.
3. Billet écrit par les officiers municipaux de la Tour-du-Pin à la municipalité de Bourgoin; Bibl. de Grenoble, mss., O. 885.
4. Note de ce qui s'est passé avant et pendant le dévastement du château de Cuirieu; Bibl. de Grenoble, mss., O. 886. •