CHAPITRE DKUXIEMK
bons Français et fidèles sujets ! A mesure que ces braves gens arrivaient, ils se rangeaient en ordre sur la Place d'armes el montraient la plus grande ardeur. Les citoyens de tout rang, de tout âge, de toul sexe, les accueillaient avec des cris d'allégresse et des applaudissements mille fois réitérés ». Quand, vers dix heures du matin, on commença à se rassurer, on eut quelque peine à faire partir tout ce inonde. Vers midi, on apprit enfin que les citoyens de
Valence arrivaient au secours de Romans, précédés par un gros détachement du régiment d'artillerie : le Comité permanent se hâta d'envoyer un de ses membres au-devant d'eux, alin de les remercier et de leur faire rebrousser chemin '.
L'alarme, après avoir traversé Valence, descendil vers le Sud jusqu'à Montélimar, où elle arriva le 28 à six heures du soir. Un postillon traversa la ville «en criant qu'il y
1. Procès-verbal des événements du 28 juillet 1789, dressé par le Comité permanent de la ville «le Romans. Bibl. de Grenoble, n^s., O. 8?5.
avait dix mille Savoyards aux environs de Valence qui pillaient, brûlaient et saccageaient tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage. » Dans la nuit du 28 au 29, les habitants des villages voisins vinrent en nombre au secours de la ville ', un Comité permanent fut formé. On se calma enfin, dans la journée du 29, sur les nouvelles reçues de Valence : a II ne restera bientôt de cette vive émotion, écrivaient le 3o les commissaires chargés de rédiger le procès-verbal des événements, que la preuve d'un patriotisme et d'une union les plus capables de rassurer les bons citoyens contre les tentatives et les entreprises des ennemis du repos public ' » .
Des deux côtés de la route suivie par l'alarme, du Nord au Sud du Dauphiné, on avait d'ailleurs partagé les craintes des habitants des villes. Dans la Valloire, à Roybon, à Saint- Vallier. dans le Vercors, le Diois et les Baronnies, on avait cru aussi à l'invasion des Savoyards '. Toutefois, dans la région des hautes montagnes, peut-être à cause de la lenteur des communications, la panique ne semble pas
1. « L'ardeur était telle que, en moins de vingt-quatre heures, Montélimar aurait réuni plus de quarante mille hommes armés ». Procès-verbal de ce qui s'est passé à Montélimar, « fait et clos à Montélimar le 3o juillet 1789». Bibl. de Grenoble, mss., O. 874-
2. Procès-verbal de ce qui s'est passé à Montélimar. Cf. de Coston. Panique due à l'invasion prétendue de dix mille Savoyards en Dauphiné en 1 y8o (Lyon, 1888, brochure in-8, tirage à part du chapitre Ier du tome iv de l'Histoire de Montélimar).
3. La généralité de l'alarme en Bas-Dauphiné est attestée par la lettre de la Commission intermédiaire à l'Assemblée nationale du 3i juillet 1789 (Arch. nat., Dxxix>'i\ 1, i*1 dossier), par le rapport du procureur général aux ministres, en date du 7 août (Bibl. de Grenoble, mss , Q. 6, f" 101-102), par une lettre de la Commission intermédiaire au colonel de la milice bourgeoise de Dieuletit, 5 août 1789 (Bibl. de Grenoble, mss., O. 896), par l'article malheureusement très court du seul journal qui paraissait alors dans la province (Affiches de Dauphiné du 3o juillet 1789, i6s année, n° 1/4). Sur la peur dans la Valloire, à Boybon et à Saint- Aallier, voir les documents publiés par Y. Baboin dans une étude dont le titre promet beaucoup plus : La Drôme révolutionnaire ; L'alarme des brigands en Bas-Dauphiné, Révolution française, 1888, t. I", p. 1066 et s. (L'auteur n'a pas cherché à suivre, moment par moment, la marche de la peur). Sur la panique dans les Baronnies, voir une lettre du châtelain de Nyons au procureur général. 6 août 1789, Bibl. de Grenoble, mss., O. 900.