CHAPITRE DEUXIÈME
nous faire saccager ' » : tout le monde répétait « que c'étaienl les seigneurs qui avaient causé cette alarme parce qu'ils voulaient détruire le Tiers-Etat, et qu'ils envoyaient des brigands pour cel objet : ». On pouvait à bon droit, disaiton encore, accuser les nobles « d'être cause de cette corvée », et pourtant les vassaux n'avaient-ils pas déjà bien des griefs contre eux ? 3 L'exaltation des paysans se tournait maintenant contre le régime féodal, contre les châteaux, et « quelques-uns allaient jusqu'à dire que ce serait bien fait de les piller ou saccager 4 ».
Les notables, M. Tranchant . négociant, M. Seignoret, lieutenant-colonel de la milice bourgeoise, M. Joseph Bert, curé de Bourgoin, s'efforçaient en vain de calmer les exaltés et de renvoyer chez elles les différentes communautés '. Ils allaient inutilement des uns aux autres. Certains déclaraient au curé « que, puisqu'ils n'avaient pas trouvé d'ennemi, ils iraient visiter les nobles et les curés qui soutenaient les nobles ' ». Vers le point du jour, le secrétaire-greffier de
Saint-Alban entendit un paysan crier : « Ce sont ces f
nobles qui nous ont donné l'alarme, et il n'y avait point d'ennemis. Nous ne retrouverons jamais de meilleure occasion : étant ainsi rassemblés, il faut nous venger d'eux et les saccager 7 ».
Vers l'aube, les menaces des paysans se portèrent surtout contre M. de Yaulx, dont ils se plaignaient « avec la plus grande amertume ». Les exhortations des notables
i. Déposition Florin Micliard. Houx, p. /Ji : « il ne connut aucun de ceux qui parlaient ainsi, et . . . même la nuit était si obscure qu'il aurait tic impossible de les distinguer ».