‹ La peur en DauphinéChapitre 42 sur 111 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

citoyen pourrait leur en imposer ». persuada aux paysans d'emmener aussi Luc Candy avec eux '.

« Messire Jean - Baptiste de Meyrieu , seigneur de Domarin », n'essaya point de résister à la bande furieuse qui, dès son arrivée, se répandit dans les appartements et commença à briser les meubles. Pour sauver son château de l'incendie, il distribua tout l'argent qu'il avait sous la main \ Cette rançon ne suint pas à calmer les paysans : « l'un d'eux eut même la brutalité de porter la main au col de la dame, épouse dudil seigneur, qu'il aurait étranglée, si quelqu'un de ses camarades ne l'en avait empêché ». Le sous-lieutenant, à l'en croire, dut souvent protéger la vie des habitants du château : « Mille fois mesdames de Domarin. mademoiselle de Domarin et mademoiselle Antoinette de Saint-Germain furent sur le point de perdre la vie : je servais de bouclier à celui ou à celle de ces dames qu'on menaçait 3 ». Les dégâts lurent importants ', mais du moins on ne tenta point de mettre le feu au château, et les paysans repartirent après avoir visité les caves ".

Certains voulaient, de là. marcher sur Césarge : mais de Rivais leur représenta que le propriétaire de Césarge. M. de Mellïay, siégeait à la Commission intermédiaire et méritait par ses services qu'on l'épargnai : « Je ne sais pas pourquoi, leur dit-il, vous voulez piller, voler vos repré-

i Procès-verbal du sous-lieutenant de maréchaussée de Rivais : Bibl. île Grenoble, mss., O. 880 De Rivais est assez porté à exagérer La violence et la brutalité des paysans, parce qu'il pense y trouver l'excuse de sa couardise. La déposition <l<- M. «le Domarin (Bibl. de Grenoble, mss., O. 960) "«' mentionne qu'un seul acte de violence contre Madame de Domarin, celui que nous rapportons.

a. « Mil trois cent quarante-huit livres », dit M. de Domarin dans sa déposition .

3. Procès-verbal du sous-lieutenant «le Rivais; Bibl. de Grenoble, mss. O. 880.

4. Déposition de M. de Domarin ; il y évalue les pertes subies par lui

a lli<|'l" '. 17 s.

:.. «... la tête pleine «le la fumée du vin, ils ne respirent que fureur ci vengeance.. . » Procès-verbal du sous-lieutenant de Rivais, Bibl. de Grenoble, mss. , ( >. SSu.

sentants. M. de Meffray est à la chambre intermédiaire ; d'autant mieux, est-il permis de se faire justice soi-même? Respectez les lois, le Roi et nos représentants, qui s'occupent de votre bonheur ». Les paysans résolurent alors d'aller au château du président de Yaulx et reprirent la route de Lyon l.

De Rivais s'efforçait de donner à la marche un caractère militaire ; et, voyant venir sur la route trois ou quatre cents hommes conduits par un cavalier, il alla les reconnaître avec une vingtaine des siens ; c'était le receveur des fermes de la Yerpillière qui marchait au secours de Bourgoin à la tête d'une bande de paysans. Cette troupe se joignit à la première i : quant au receveur, il s'échappa avec peine et revint, au galop de son cheval, prévenir les nobles de la Yerpillière du danger qui les menaçait : « il trouva en chemin des troupes d'habitants de Saint-Quentin, Heyrieux, Fallavier et autres communautés. Il voulut les engager à retourner, pour qu'ils ne fussent pas présents au crime qu'on voulait commettre à Yaulx ; mais plusieurs répondirent qu'il y aurait un pillage et qu'ils voulaient y avoir part 3 ».

Le président de Yaulx était absent de sa demeure : le jardinier et le garde avaient fui, épouvantés, à l'approche de la bande *. Personne ne s'opposa donc au pillage ; de Rivais parvint seulement à tirer de la chapelle les vases sacrés, qu'il remit au curé du village \ Les meubles furent jetés par les fenêtres fi ; beaucoup d'argent et d'effets pré-

i. Procès-verbal du sous-lieutenant de Rivais.

a. Sur cet incident, le procès-verbal de de Rivais est conûrmé par la déposition de Jean-Claude Blanc, receveur des fermes de la Verpillière, dans Roux, p. 57-09.

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