‹ La peur en DauphinéChapitre 54 sur 111 · CHAPITRE TROISIEME 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME 8l

dans les campagnes la rumeur que les pillards ne détruisaient les châteaux que pour obéir à des ordres du Roi. Avanl L'alarme, ou avait déjà raconté, à Saint-Quentin,

que les châtelains cachaienl des ordres du Roi '. A l'incendie de Vaulx, an sac de la Verpillière, on ne parla de rien de semblable \ Mais, dans l'après-midi, on commença à dire que les <( brigands » n'agissaient qu'en vertu d'ordres exprès3 : la présence, constatée par tous, d'n\ï officier de maréchaussée à la tète des pillards, était l'aile pour donner quelque vraisemblance à cette fable *. Quel en avait été le premier auteur % c'est ce que les commissaires des États, au cours de leur enquête, ne purent découvrir. Mais il est certain que, dans la soirée du 28,

Douze envoyât deux députés pour faire remettre en liberté ces inoffensifs prisonniers. Registre des délibérations de la Commission intermédiaire (Areb. de l'Isère, série C), 3o juillet, matin, p. 321-322.

i. Déposition Manuel, Roux, p. 64.

2. « Sans parler d'ordres ni de permission du Roi. ...» Déposition Rlanc, Roux, p. 58.

'*. Le curé de Menuefaniille dépose que, revenant de Bourgoin dans l'après-midi du 2S, il rencontra « le nommé Liobau, géomètre et piqueur de pierre, habitant de Bourgoin, qui lui dit que le bruit courait qu'on devait dévaster incessamment les châteaux et qu'on n'attendait plus (pic des nom (lies de Paris pour cela » ; déposition Honorât, Roux, p. 60-61. On dit la même chose au pillage de Janneyrias, dans la soirée: déposition Louis Jacques, id., p. i38.

». L'homme arrêté à Brangues déclare, parlant des pillages, « (pie personne ne s'y oppose ; que même, â l'incendie du château de Vaulx, ils avaient avec eux M. de Rivais, sous-lieutenant de maréchaussée à la résidence de Bourgoin ». Journal de la défense de Brangues contre les brigands, Bibl. de Grenoble, mss., O. 865.

."). Il est possible (pie le bruit des ordres du Roi soit dérivé des propos du fou qui avait passé a Saint-Pierre-de-Chandieu dix ou douze jours avant l'alarme. Entre autres propos incohérents, celui-ci avait dit « qu'il y avait un édit qui permettait de piller et saccager les châteaux. En disant cela, il montrait une pancarte qu'il ne laissait pas; lire et qu'il disait aller faiie imprimer à Grenoble » (déposition Antoine Thomas, notaire et châtelain à Saint-Pierre. le-Chandicu, Boux, p. 176). C'est un bourgeois de Saint-Pierre, le sieur Verney, qui prétendit, après l'alarme, « qu'il avait pu [et non (a une des pancartes qui portaient les ordres du Boi ». (Déposition Barthélémy Poudré, chirurgien, Boux, p. 170-176). <>r le fils de Vcrnej a assisté en conciliateur au pillage des premiers châteaux (dépositions de Bonce, Cl. Passart, Joseph Lacroix, Roux, p. 166-169). Peut-être a-l-il été le premier â colporter ces propos en toute bonne foi.

Bibliothèque d'histoire moderne.

8q la peur en dauphiné

on commença à dire en différents lieux « qu'il fallait piller et saccager les châteaux, qu'il y avait des ordres pour cela ' ». Le 29, les paysans crurent partout que les pillages étaient prescrits par le Roi 2. Ils le crurent d'autant plus volontiers qu'ils étaient déjà enclins à imiter l'exemple donné. Dans leur crédulité, ils admirent très aisément que les pancartes grossièrement imprimées que leur montraient quelques obscurs meneurs 3 contenaient réellement l'expression de la volonté du Roi ami de la nation ; que Louis XVI, qui avait paru fêter avec les Parisiens la destruction de la Bastille, prenait le parti des paysans contre les oppresseurs féodaux.

Le plus souvent, comme le parti de l'ordre n'avait à sa disposition aucune force organisée 4, il fut bientôt débordé. Les campagnards, qui rentraient chez eux après avoir pris part aux dévastations, engageaient les paysans des villages où ils passaient à faire comme eux '". Les gens sans aveu, qui prolitent toujours des troubles pour paraître, prêchaient le pillage. C'est ainsi que, au sac de Snezin, le 3o, un déserteur joue un rôle important °.

Les hommes d'ordre sont réduits à laisser faire, ou à ne blâmer qu'avec une modération prudente. Me Bertray, notaire et châtelain de Saint-Alban, chez qui on est allé,

Page 1