‹ La peur en DauphinéChapitre 53 sur 111 · CHAPITRE TROISIEME 7«J · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME 7«J

coup de villages, <>n demanda de la poudre et des urines à la Commission intermédiaire '.

Cependant, sans se rendre encore an compte exact des événements, les notables comprirent immédiatement que les désordres menaçaient de s'étendre : aussi lirent-ils souvent effort pour assurer le maintien de la tranquillité. Un véritable parti de l'ordre se forma dans certains villages ; les châtelains, les notaires, les médecins prêchèrent le calme, et s'efforcèrent d'empêcher leurs concitoyens de répéter les propos dangereux qui commençaient à se répandre. A Aoste, à Brangues, à Morestel, ils donnèrent l'ordre d'arrêter les él rangers, soupçonnés de pousser à la rébellion \ A Grémieu, ils se formèrent en Comité permanent dès le .29, demandèrent instamment des secours à la municipalité de Lyon : s'ils ne purent, au début, étendre leur action dans les campagnes voisines, ils parvinrent du moins ;'i éviter des troubles dans l'enceinte de la ville '. A Biol, ils surent convaincre les habitants de la nécessité de respecter les demeures seigneuriales. el obtinrent même leur concours pour aller chasser les « brigands », qui venaient de piller un château du voisinage '. On vit, le 29, lors de l'attaque du château de Cuirieu, les curés el les notables des communes

1. Verbal de ce qui s'est passé dans nos cantons (rédigé par de Leinps, de Châbons), Bibl. de Grenoble, inss., O. 871 ; journal tenu à Aoste, Bibl. de Grenoble, inss., O. 887 ; registre des délibérations de la Commission intermédiaire, 3o juillet, matin, p 320.

2. « Nous reçûmes également avis qu'on avait arrêté à Morestel un inconnu auquel on avait (trouvé ?J amadou, mèche el briquet, et l'on donna le signalement d'un de ses camarades que nous ne tardâmes pas d'avoir u. Journal tenu à Aoste. « Nous leur répondons .., qu'ils doivent retourner chez eux, quitter leurs armes et travailler, arrêter tous les étrangers qu'ils verront passer et nous les amener ...» Journal île la défense de Brangues contre les brigands, Bibl. de Grenoble, mss., O. 865.

'< Delachenal, Histoire de Crémicu, p 359 sqq. Le procès-verbal «le formation du Comité, destiné à « pourvoir à la sûreté, à la défense, à la police et au maintien de l'ordre et de la tranquillité dans celle ville » a été publié par cet auteur en appendice, p. 4^r'cs ■"'•

\. Procès-verbal île tout ce qui s'est passé dans Biol depuis le lundi •27 juillet dernier jusqu'au 3o Inclusivement, Bibl. <!<• Grenoble, ms>., o. st>'(.

voisines s'efforcer, sans succès d'ailleurs, de calmer les assaillants ' ; les bourgeois de Morestel offrir un asile dans leur bourg à quelques dames nobles du voisinage 2.

Mais, dans la plupart des villages, les notables étaient trop peu nombreux pour pouvoir agir autrement que par la persuasion. Or, le plus souvent, les paysans se montraient peu disposés à les écouter. Ceux de Terrebasse « étaient imbus de l'idée (pie la noblesse travaillait à leur ruine ; ils se croyaient trahis , ils tenaient des propos séditieux et allaient jusqu'aux menaces... ' ». Comme M. de Moidieu essayait d'endoctriner les gens du village de Meyrieu, « ils lui dirent que les attroupements n'en voulaient qu'à la noblesse, et que son absence seule pouvait sauver de l'incendie le cliàleau de Meyrieu... * ». Les miliciens improvisés de Brangues. dit le journal de la défense, « pensent et parlent mal lorsque nous ne sommes pas à leur tète ;' ».

Les otîiciers municipaux de Champier turent obliges par leurs concitoyens, dans la matinée du 29, d'arrêter quelques nobles âgés et deux religieuses qui fuyaient par crainte des pillards : il fallut, pour ne point indisposer les paysans, transférer les captifs à la Côte-Saint-André et les interroger comme s'ils eussent été les auteurs responsables de la récente alarme '. En même temps, courait

1. Déposition du P. Desclef; du P. Michallon, Roux, p. 98-99.

2. Déposition Gourjut, Roux, p. 120-127 î Joseph Cuzinier, id., p. 12S-129. De même, le 3o, le curé et les notables de Jallieu parviennent à sauver le château de la Bâtie; déposition Rivoiredela Bâtie, Roux, p. 70-71.

3. Procès-verbal historique et descriptif de ce qui s'est passé à Terrebasse depuis le 28 juillet 1789, Bibl.de Grenoble, mss., O. 989.

4. Déposition de Marc-Antoine de Moidieu, dans la procédure faite à Champier et à la Côte-Saint- André, Bibl. de Grenoble, mss., O. 879.

5. Journal de la défense de Brangues contre les brigands, Bibl. de Grenoble, mss., O. 865.

G Procédure faite â Champier et à la Côte-Saint-André, comprenant les interrogatoires de MM. de Bellegarde, chevalier de Saint-Louis; Gaspard- Claude de Moidieu, procureur général ; de la Tour-du-Pin-Montauban ; de la Garde ; Marc-Antoine de Moidieu, ancien capitaine d'infanterie ; de Miribel, conseiller honoraire au Parlement; de Madame de Monteynard, abbesse de Saint-Pierre, Bibl. de Grenoble, mss., O. 879. 11 fallut que le Comité des

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