Dépositions Dodoz, Mollard, Bertray, Koux, p. Vr'ï
■2. Assemblée de la communauté tic Saint-Alban, du 3o juillet 1389, Bibl. de Grenoble, mss., (>. 883. Cet acte est rédigé par Al Mollard ri M« Bertray lui-même, « écrivant Bieur Louis-Antoine Dodo/, secrétaire-grefller »; et il esl principalement destiné à justiiier ces trois personnages auprès de la Commission intermédiaire, Les rédacteurs ne peuvent donc, dans leur procès-verbal, qu'avoir atténué le ion d'indulgence du discours réellement tenu par M Bertraj .
S', LA PEUll EN DAUPHINE
sines seraient invités à employer tout leur zèle à contenir les habitants des campagnes, à leur persuader de s'occuper sans distraction de cueillir les récoltes, et des autres travaux qui sont d'une si grande importance dans cette saison ' ». Notables et officiers de la milice n'osent traiter les pillages que de « distraction ».
Les paysans prennent au contraire conscience de leur force et de la solidarité qui les unit. La haine de la féodalité leur fait sentir qu'ils doivent, comme tous les citoyens, profiter de la Révolution commençante. En pillant certains châteaux, ils crient : « Vive le Roi et le Tiers-État ! ' » L'un d'eux demande naïvement qu'on conserve le château de Maubec « pour servir de forteresse au Tiers-Etat ' ». Mais le Tiers rural comprend sa victoire à sa manière, qui n'est point celle des villes. Les habitants de Meyrieu refusent de laisser emmener le bétail du seigneur qui, pensent-ils, leur appartient désormais *. A Saint-Quentin, les paysans veulent qu'on ouvre les vannes de l'étang qui occupe inutilement de la terre arable '. La suppression des droits seigneuriaux doit être suivie, à leurs yeux, de la destruction de toutes les entraves de l'agriculture.
L'état d'esprit des paysans à la nouvelle des premiers pillages, l'incertitude craintive des notables domiciliés dans les communautés rurales, expliquent la rapidité avec laquelle les exemples donnés le 28 juillet à Domarin, à Yaulx, à Bourgoin et ailleurs, sont suivis dans tout le voisinage. Pendant une semaine, les désordres vont gagner progressivement presque tout le Viennois et menacer de s'étendre au reste de la province.
1. Délibération de la municipalité de Bourgoin du 29 juillet 1789, dans Fochier, Souvenirs Idstoriques sur Bourgoin, titres et documents, p. i^-i/\o.
•2 Déposition Galard, Roux, p. 89. D'après le procès-verbal des capitaines de la milice lyonnaise (Areh. nat., Dxxix'>i>, 1, icr dossier), les pillards de Salagnon auraient répondu aux questions des miliciens :« Nous gardons le Tiers-Jtilat brigand, qui est dans la maison : si vous êtes des nôtres, vous n'avez qu'à entrer ». Cf. déposition Jacquin, Roux, p. i4~.