CHAPITRE TROISIÈME JP
que le '3oe juillet dernier, sur les trois heures de relevée, étanl à la cure, accompagné de MM. Gaïuon et Pasquet, nos vicaires: survint nombre de paysans armés, et d'autres non armés, taisant marcher devant eux les sieurs Buisson, négociant, Génin, notaire. et Grobon, serrurier : lesquels, s' étant présentés à la maîtresse porte que nous avons ouverte, nous ont demandé le terrier dépendant de notre bénéfice. Nous avons répondu (pic le terrier demandé n'était point en notre pouvoir, mais entre les mains du sieur Morin, géomètre et commissaire-feudiste. chargé de la rénovation depuis 1783; que le sieur Morin devait être a ( )plevoz, que l'on pouvait l'aller chercher. Les sieurs Buisson et Grobon observèrent que cette démarche serait inutile et qu'on ne devait point demander ce terrier, d'autant mieux que personne n'avait jamais été inquiété pour ces rentes. Quelqu'un de la troupe ayant observé que le sieur Morin avait dans cette ville une chambre en louage, la bande refusa la déclaration que nous offrions de renoncer à la perception dudit terrier, et nous força de nous transporter dans la maison du sieur Pichon, où demeure Me Boy, notaire, qui avait signé quelques reconnaissances. Il fut interrogé s'il avait en son pouvoir le terrier en question. L'on fouilla son cabinet, l'on visita son protocole, sans rien trouver de relatif au terrier. L'on poursuivit dans la chambre du sieur Morin qui fut ouverte par la dame Pichon. L'on fit venir le siem Mery, serrurier, qui ouvrit la garde-robe sans l'endommager. On trouva au rayon du milieu le terrier et autres documents en dépendant. Un quidam s'en empara et ne nous laissa qu'une feuille papier coupé, écrite sur trois pages de la main du sieur Morin, portant les reçus qu'il a faits pour nous, depuis l'époque 1^83 jusqu'à ce jour.
« Déclarons que nous ne pouvons apprécier au juste la valeur du terrier enlevé, dont nous n'avons d'autre connaissant e que la voix publique, qui nous a appris que le même jour ledit terrier fut brûlé sur la place de cette ville ; mais nous pouvons assurer que le dernier fait en 160,4 contenait environ quatre-vingt-dix reconnaissances dont plusieurs avaient plus d'un article, que Le produit des redevances annuelles arrivait à ')•"> bit licites froment, 5o livres noyaux, une charge vin. 12 livres argent, tout quoi avait fait fond dans notre portion congrue, ainsi qu'il est porte dans le dernier arrangement pris entre Monseigneur L'archevêque de Vienne et nous, curé.
q4 LA PEUR EN DAUPHINE
« C'est sur cette considération que nous avons dressé le présent procès-verbal pour être présenté à mon dit seigneur archevêque, et l'original conservé dans nos archives, pour mettre nos héritiers à l'abri des poursuites de nos successeurs.
« Fait à Bourgoin, ce 3e août 1789.
« Et en témoignage de vérité de tout le contenu avons signé, nous proposant d'insérer le présent original à la fin du registre de la présente année pour plus grande sûreté. — Bert, curé ' ».
Ainsi, dans la région des Terres-Froides, les paysans montrent une relative modération ; il n'en est pas de même dans le Nord de la province, où, le 29 et le 3o, la bande des incendiaires de Vaulx et de Janneyrias continue sa sinistre promenade. Le noyau en reste formé par les plus acharnés des pillards, que l'alarme a fait sortir de leurs villages la veille ou lavant-veille : venus de Bourgoin, de la Verpillière ou d'Heyrieux, ils sont excités par leurs longues marches et leurs visites aux caves, exaltés par le facile succès de leurs pillages antérieurs \
Sur leur route, les « brigands » soulèvent les habitants des
1. Copie laite par Bert lui-même, le 12 septembre 1789; Bibl. de Grenoble, mss., O. 963.
2. Les témoins, qui déposent sur les pillages des châteaux du Nord de la province, ont reconnu plus aisément les gens des villages voisins, dont l'extérieur leur était familier. Mais la présence d'un noyau permanent de paysans venus de beaucoup plus loin est également signalée par eux. Le mémoire des dégâts faits au château de Meyzieux, Bibl. de Grenoble, mss., O. ÎS76, signale la présence de gens de Bourgoin et d'Heyrieux ; Benoit Jacquin, dans sa déposition, Boux, p. 147-148, déclare avoir été entraîné au pillage par des habitants d'Heyrieux : ceux-ci, on l'a vu, avaient rejoint la colonne à la Verpillière. Au château de Villette, le garde reconnaît un paysan de Ruy ; déposition Micoulloud, Roux, p. 107. « La troupe de ces brigands, dit un témoin du pillage de Meyzieux, n'était composée que d'étrangers », c'est-à-dire de gens des communautés éloignées: déposition Laloge, Roux, p. 162. Le nommé Baptiste a dû joindre la bande à Chamagnieu, déposition Lambert, Roux, p. i63. Sur le pillage des caves, voir notamment le mémoire des dévastations faites au château de Jonage, Bibl. de Grenoble, mss., O. 878.