CHAPITRE TROISIEME
villages voisins du Rhône, qui se joignent souvent à eux de gaieté de cœur. C'est ainsi que le village de Villette presque entier prend part aux exploits des pillards '. Si quelque paysan montre de la mauvaise volonté, on sait le persuader. Benoit Jacquin « était à travailler tranquillement dans mi de ses fonds, lorsque treize étrangers passèrent près de ce fonds, (les étrangers l'ayant aperçu s'approchèrent de lui, et l'un d'eux lui adressa la parole cl lui dit : « N'es-tu pas du Tiers-Etat? « Ne payes-tu pas les charges au Roi ? » Sur ce qu'il répondit que oui, il ajouta: « Eh bien ! viens avec nous». Le comparaissant s'y étant refusé et s'élant même couché par terre, cet étranger, qui le tenait déjà par le collet, lui donna un coup de pied pour le relever, tandis qu'un autre lui appuyait un fusil sur la poitrine. Il fut donc forcé de les suivre... 2 ». Mais il est à supposer que, le plus souvent, les paysans ne firent pas tant de façons pour prend re leur part de butin ou de vengeance. Un contemporain écrivait, en conclusion d'un récit, d'ailleurs assez peu exact, des événements du Nord du Dauphiné : « Les grands, les riches, les seigneurs des provinces ont si cruellement et si longtemps écrasé le peuple, qu'il y a une ancienne haine presque inelfaçable. Elle a couvé longtemps, mais c'est en fermentant sans oser ou plutôt sans pouvoir faire d'explosion. ... La vengeance s'amasse pendant un siècle dans des cœurs ulcérés ; et du moment qu'elle peut agir, c'est un torrent qui ne connaît plus de frein ' ». Les paysans ne laissèrent pas échapper l'occasion de faire le plus de mal possible à leurs oppresseurs : ils ne se bornèrent pas,
1. «.... soutenus du fort village de Villette, qui est celui qui a t'ait le plus de mal à Antlion et ailleurs ». Lettre du baron d'Anthon a l'Assemblée nationale, ."> décembre 1789, Arch. nat., 1) xxix, 17 ; et. déposition MicouUoud, Roux, p. 107 ; déposition Corant, id., p. i">^.