CHAPITRE IV
Le soulèvement des campagnes et le peuple des villes
I. Formation du Comité des Douze. La première expédition de Rives. L'attitude hostile des paysans et du peuple de Grenoble effraie la milice bourgeoise. Retraite de M. de Frimont. — II. Les prisonniers de Vienne et de Bourgoin. La population de ces villes exige leur élargissement. Le parti de l'ordre et la canaille. — III. Les volontaires lyonnais mettent fin aux troubles dans le Nord de la province, les milices et les dragons arrêtent ceux du Sud de «Vienne. Troubles dans la région de Viiieu, après la retraite de M. de Frimont. — IV. La Commission intermédiaire reprend la direction des affaires. Elle rétablit l'ordre à Grenoble et fait appel aux milices bourgeoises : son attitude est d'abord modérée. Deuxième expédition et destruction des terriers à Viiieu.
L'émoi provoqué à Grenoble le 29 par la nouvelle des premiers troubles fut très vif. Depuis la veille, la « population indocile » demandait « des armes à grands cris » ', et on n'osait ni les lui refuser catégoriquement ni les lui donner, car on ignorait l'usage qu'elle en ferait \ Les hommes d'ordre craignaient une sédition dans la ville, et Savoye de Rollin écrivait tristement à son ami Mounier : « Il y a quelques jours, Monsieur et cher compatriote, que nous étions les braves, les courageux, les prudents Dauphinois. Ces beaux jours se sont éclipsés ; nous
1. Ces expressions sont de Savoye de Rollin, dans sa lettre à Mounier du 29 juillet 1789, Bibl. de Grenoble, mss., R. 63i4.
2. En décidant de demander des armes à M. de Durfort, le Conseil général de la ville désirait surtout « devancer les mouvements du peuple » et réserver ces armes à la milice bourgeoise. Délibération de l'hôtel-de-ville de Grenoble du 28 juillet, Bibl. de Grenoble, mss., O. 8;3.