‹ La peur en DauphinéChapitre 78 sur 111 · II · texte numérisé non relu

II

phiné, cette délibération fut « généralement applaudie ' ».

La Commission intermédiaire ne pouvait pourtant plus ignorer, depuis les événements du 3i, quel grave inconvénient offrait l'emploi des « soldats-citoyens ». Mais on songeait à trier soigneusement dans la milice grenobloise quelques hommes décidés ; et, d'autre part, le comte de Durfort tenait beaucoup à taire figurer, dans les détachements destinés aux expéditions, des représentants de la nation auprès des troupes royales. Il insistait pour que la Commission fit rester avec les artilleurs qu'elle laissait stationnés à Moirans depuis le i" août, un officier de la milice bourgeoise de Romans 2. Au reste, le manque de forces obligeait à avoir recours aux milices : et la Commission en recommandait même la formation, encourageant ainsi le mouvement que l'alarme avait déjà favorisé 3.

Elle espérait du reste que les a bons citoyens » en feraient seuls partie : elle exprima nettement cet espoir dans les Instructions qu'elle envoya, le 3 août, à toutes les communautés de la province 4 ; après avoir décrit les maux causés par les troubles, elle ajoutait :

Mayen, que cette délibération fut prise : cf. Prudhomme, Histoire de Grenoble, p. 599.

1. Affiches de Daaphiné, n° i5, 6 août 1789. Les Affiches de Dauphiné étaient, semble-t-il, absolument soumises aux inspirations de la Commission intermédiaire.

2. « Du dimanche deux août mil sept cent quatre-vingt-neuf.... M. le marquis de Viennois a remis sur le bureau une lettre de M. le comte de Durfort, commandant de la province, par laquelle il lui mande qu'il désirerait qu'un officier de la milice de Romans, qui a suivi depuis cette ville le détachement d'artillerie qui est en station à Moirans, y restât réuni, et il le prie de faire une réponse à ce sujet. M. le président a été autorisé d'écrire à M. le comte de Durfort que M. Durand, ollicier de la milice bourgeoise de Romans, serait invité de rester auprès du détachement d'artillerie qui est en station à Moirans...» Registre des délibérations de la Commission, p. 335-336.

3. J'ai signalé, dans le chapitre II, la formation d'un certain nombre de ces milices. Cf. la lettre des Commissaires des Etats du Dauphiné à l'Assemblée nationale, 3i juillet 1789, Arch. nat., D xxixbis, 1, 1" dossier : « La crainte des brigands.... a fait former des milices bourgeoises dans toutes les villes, bourgs et villages »; Affiches de Dauphiné, n° 14, 3o juillet 1789 : « Partout on rencontre, comme à Grenoble, des citoyens sous les armes. . . »

4. Registre des délibérations, lundi 3 août, matin, p. 339-342; Extrait du procès-verbal de la Commission intermédiaire du 3 août 1 "8g, placard tiré à 2.000 exemplaires, Bibl. de Grenoble, impr., O. 818.

en VF1TRE "i A I KIKMK 121

« Dans ces circonstances désastreuses, les commissaires des États invitent et conjurent les bons citoyens de se réunir, et d'employer tout le zèle dont ils sont capables pour arrêter le désordre et rétablir la tranquillité publique, leur étant annoncé

que les troupes du lloi sont commandées pour concourir avec eux à repousser de la province les brigands incendiaires qui l'infestent. . . .

« Elle [la Commission] recommande très expressément à tous les officiers municipaux des villes, bourgs et communautés de la province, chargés, par leur état, de veillée à la sûreté publique, de former des milices de bons citoyens dirigés par le zèle patriotique, de le.s commander eux-mêmes, ou d'en confier la direction à des personnes sûres pour arrêter les vols, incendies et déprédations qui se commettent dans les campagnes, en se prêtant des secours mutuels, en se réunissant avec les troupes du Roi, et en établissant une correspondance exacte de poste en poste, pour faire parvenir leurs demandes plus sûrement a la Commission intermédiaire ; et sera la présente imprimée et affichée dans toutes les villes, bourgs et communautés de la province, avec invitation à MM. les curés de joindre leurs pressantes exhortations à celles de la Commission pour ramener le calme et le rétablissement du bon ordre. »

Répondant au colonel de la nouvelle milice bourgeoise formée à Dieulefit, la Commission Lui écrivait: a C'esl très bien fait d'avoir mis sous les armes voire bourgeoisie... Nous ne saurions trop vous exhorter, Monsieur, à n'armer que des gens sûrs : une milice bien choisie el peu nombreuse vous mettra sûrement à l'abri de toute incursion1. » Le procureur général du Parlement de tocnoble, quoique particulièrement soupçonneux el ennemi du populaire, encourageait, au moins provisoirement, la formalion des milices : « Je crois encore, écrivait-il aux ministres, que pour le moment il faudrait laisser subsister les milices bourgeoises, attendu que nous manquons de

i. Les procureurs -généraux-syndics à M Morin, colonej <!<• la milice bourgeoise à Dieulefit, 5 août 17s., (minute), Bibl. de Grenoble, m-s . 1 ». 896

troupes et qu'on demande des secours de tous côtés ' ».

Entin la Commission, toujours pour suppléer à la faiblesse des troupes, décidait de renforcer les brigades d'employés des fermes de cinquante hommes, « qui seraient employés... pour porter des secours dans les différents lieux qui seraient attaqués ou menacés par les brigands, ou pour faire des patrouilles toujours actives dans les campagnes » ; ils seraient « armés et payés aux frais de la province ' ». On s'occupait aussi de faire rendre aux garnisons du Dauphiné leur effectif normal !.

Cependant, le 3 août, après quelques hésitations, la Commission s'était décidée à envoyer les quelques soldats restés disponibles dans les cantons troublés et plus particulièrement à Virieu :

« Il a été arrêté que M. le comte de Durfort, commandant de la province, sera prié de donner des ordres pour que le détachement d'artillerie qui est en station à Moirans se rende à Virieu et dans tous les lieux où sa présence sera nécessaire pour arrêter les dévastations qui s'y commettent : qu'on réunira à ce détachement trente volontaires de la milice citoyenne de cette ville, qui seront renforcés par les gardes bourgeoises des différents lieux où ils passeront. Au surplus, M. Champel a été nommé commissaire pour, conjointement avec les deux députés qui ont été nommés par la municipalité de cette ville 4, suivre les opérations de ces détachements partout où ils se transporteront et employer la voie de l'exhortation et de la prudence pour ramener le calme, l'autorisant à requérir du commandant tout ce qu'il

i. Rapport du 7 août, Bibl. de Grenoble, mss., Q. 6, fJ 102 v°. Le procureur général recommande également la formation de milices bien composées dans une lettre du 5 août au Comité permanent de Saint-Jçande-Bournay et une du 6 août au procureur du Roi à Montélimar ; Bibl. de Grenoble, mss., Q. 4- t. 6, f" libre 20 bis.

2. Registre des délibérations de la Commission, 5 août 1789, matin, p. 35 1-352.

3. Lettre du 6 août à M. Necker, dont le contenu est indiqué au registre des délibérations, p. 353-354.

Page 1